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les élus du CCE d’Air France demandent l’arrêt des expulsions sur ses vols

vendredi 13 juillet 2007

Comme les années précédentes, une grande partie des 25 000 reconduites voulues par le gouvernement se fera sur les appareils et avec les équipages d’Air France.

La pratique des reconduites contraintes à bord des avions de ligne, choquante d’un point de vue éthique, est traumatisante pour les équipages comme pour les passagers.
Mais la direction et les actionnaires d’Air France-KLM, réunis en assemblée générale à Paris, jeudi 12 juillet, ont refusé «  de se prononcer pour l’arrêt de l’utilisation des avions du groupe pour les expulsions d’étrangers qui nuisent à l’image de la compagnie et à la sécurité des vols », comme le demandaient plusieurs syndicats d’Air France-KLM (CGT, CFDT, SUD, ALTER et SPAF) et le Réseau éducation sans frontières (RESF).

[Mise en ligne le 11 juillet, mise à jour le 13 juillet 2007]
un rêve ...

Les élus du CCE d’Air France demandent l’arrêt des expulsions sur ses vols

AÉROPORT-DE-ROISSY [AFP - 10/07/2007 20:38]
Les élus du comité central d’entreprise d’Air France ont adopté à l’unanimité le 5 juillet une motion demandant aux actionnaires « l’arrêt de l’utilisation des avions du groupe Air-France KLM pour les expulsions d’étrangers », a-t-on appris mardi de sources syndicales.

« Les élus demandent aux actionnaires de se prononcer pour l’arrêt de l’utilisation des avions du groupe Air-France KLM pour les expulsions d’étrangers qui nuisent à l’image de la compagnie et à la sécurité des vols » précise la motion adoptée par les 12 élus (CFDT, CGT, FO et CGC) du comité central d’Air France.

La motion appelée “Voeux aux actionnaires” s’adresse aux actionnaires d’Air France dont l’assemblée générale annuelle doit avoir lieu à Paris jeudi.

« C’est une manière d’alerter les actionnaires qui sont là pour gagner de l’argent sur un problème qui est aussi commercial. Les expulsions sont très mauvaises pour l’image de marque d’Air France, notamment en Afrique », a déclaré à l’AFP Philippe Decrulle, élu CGT du CCE.

« Le PDG d’Air France [Jean-Cyril Spinetta] n’est pas indifférent à ces problèmes. Si des actionnaires l’interpellent, ça peut avoir une incidence », a-t-il ajouté.

« Le ras-le-bol des employés de la compagnie est de plus en plus perceptible. Il y a de plus en plus de vols annulés et de passagers qui terminent devant le tribunal parce qu’ils ont pris fait et cause pour le reconduit », a précisé M. Decrulle.

Un vol Air-France Paris-Bamako (Mali) a été annulé en mai après l’intervention de passagers contre une expulsion [1]. Et le Réseau éducation sans frontières (RESF) dénonce depuis plusieurs mois la multiplication des poursuites contre des passagers s’étant opposés à des expulsions.

Sur les expulsions, M. Spinetta avait déclaré en novembre : « Lorsque la République nous demande notre concours pour exécuter les décisions prises dans le cadre d’une légalité incontestable, je ne vois pas au nom de quel motif on le refuserait ».
mercredi 11 juillet 2007.

11 août 2004, des policiers français tentent de faire sortir d’un avion d’Air France une Sénegalaise qui proteste contre le traitement subi par un Malien en cours d’extradition.(AFP)

Expulsion des « Sans-papiers » : RESF et la LDH s’adressent aux commandants de bord

lundi 6 novembre 2006.

Madame, Monsieur,

Vos fonctions de commandant de bord vous amènent à transporter, au milieu de passagers qui se déplacent par convenance personnelle, des voyageurs contraints par une décision préfectorale de reconduite à la frontière, en d’autres termes à participer aux expulsions de sans papiers. Ces hommes, ces femmes, accompagnés de leurs enfants parfois, n’ont, dans l’écrasante majorité des cas, commis aucun autre délit que celui de tenter de vivre dans un pays où ils espéraient élever, éduquer, soigner leurs enfants, contrairement à ce qu’affirment les services de police qui, trop souvent, les présentent mensongèrement comme des « délinquants ».

Ces reconduites sont de plus en plus fréquentes. Elles sont appelées à le devenir davantage encore pour satisfaire aux objectifs stakhanoviens [2] assignés par le ministre de l’Intérieur à ses services et, indirectement, aux compagnies aériennes : + 50% de 2005 à 2004, et encore + 25% cette année.

Vous le savez pour l’avoir vu, les expulsés sont presque systématiquement menottés et entravés. Ils sont chargés comme des paquets et bâillonnés dès lors qu’ils n’acceptent pas de subir docilement leur bannissement. Il arrive qu’ils soient publiquement molestés et frappés quand, luttant jusqu’au bout, ils parviennent à manifester leur désespoir et leur refus d’embarquer. Quelle image de tels faits, répétés à des milliers d’exemplaires chaque année, donnent-ils du pays qui les organise et de la compagnie aérienne qui les accomplit ?

Quand les passagers, souvent leurs compatriotes, choqués, manifestent leur solidarité, il arrive qu’ils soient invectivés et menacés par les escortes.

En riposte aux actions de solidarité d’enseignants et de parents d’élèves scandalisés de découvrir qu’on expulsait leurs élèves ou les copains de leurs enfants et leurs familles, les pouvoirs publics ont récemment franchi une étape avec la complicité de certaines compagnies aériennes. Des équipages formés de cadres censés être « loyaux » ont été constitués sur des vols « sensibles ». A deux reprises au moins récemment, sur un Paris-Lagos en août et un Paris-Bamako en septembre, des commandants de bord ont accepté de faire monter les CRS à bord pour mater leurs passagers.

Ces violences physiques et morales constituent une atteinte à la dignité de ceux qu’on expulse. Commises en public, elles sont aussi de véritables agressions contre la conscience des équipages et des passagers.

Les équipages et les commandants de bord ont pour mission de transporter des passagers dans des conditions de sécurité et de confort normales. Pas de convoyer des fourgons cellulaires volants. Les passagers ont pris un billet pour voyager dans un avion. Pas dans une prison volante avec un, deux ou cinq malheureux menottés et entravés en fond de cabine.

Personne, aucune compagnie, ne peut exiger des équipages, à commencer par les commandants, qu’ils se voilent la face devant ce qui se produit sous leurs yeux ou qu’ils refusent de s’interroger sur la destination de ceux qu’ils transportent. De récentes décisions de justice, prises au sujet d’événements survenus à une autre époque et dans un contexte bien plus grave, rappellent tout de même que les organisateurs de transport ne sauraient s’exonérer d’un jugement de valeur sur les missions qui leur sont confiées. Celle des commandants de bord ne consiste pas à couvrir des pratiques attentatoires aux droits de l’homme ni à rester sourds à l’extrême détresse d’enfants devant leurs parents menottés, et celle d’un adulte qui laisse en partant ses enfants et son conjoint sans ressources.

La Ligue des Droits de l’Homme et le Réseau Education sans frontières s’insurgent contre l’aggravation des pratiques d’expulsion menées dans les aéroports français, dans des avions en partance notamment pour les pays pauvres du sud, pays de misère, de violences, pour lequel l’immigration est souvent l’unique choix pour une vie meilleure.

Ils vous invitent instamment à refuser de cautionner ces actes, dénoncés par une grande partie de l’opinion nationale et internationale et dont l’Histoire dira sous peu combien ils ont terni l’image du pays présenté comme celui des droits de l’Homme.

Enfants sans papiers : RESF, trois ans et déjà grand

par Stéphane Lagarde (Journaliste), rue89.com, le 26 juin 2007 [3]

« La société est une unité, qu’on le veuille ou non. Quand un enfant disparaît de la classe, c’est toute la communauté qui est amputée. »

[Miguel Benasayag]

« Où est le chef ? » Même le secrétariat du nouveau ministre de l’Intérieur s’est posé la question en recevant une délégation du Réseau éducation sans frontières (RESF) le 18 juin. Une anecdote qui symbolise à elle seule le côté inclassable de ce qui ne se veut ni une association, ni une organisation, ni un syndicat et encore moins un parti.

« RESF, c’est tout le monde et personne. On ne veut pas de locaux, pas de fric, tout ce qu’on demande c’est la régularisation des familles ! », rappelle avec force Richard Moyon, membre fondateur du réseau, resté dans la voiture qui a accompagné la délégation, tandis que Brice Hortefeux l’attendait à Matignon. La ligne officielle laisse pourtant songeur. Pas de représentants officiels, pas de structures établies ! Quelle est donc la recette de ce réseau informel devenu l’un des principaux labels de la défense des sans-papiers en France ? Comment ces quatre lettres ont-elles pu prendre autant d’importance dans les médias trois ans jour pour jour après la création du réseau ? Petit retour en arrière…

Acte 1. L’école des sans-papiers

Nous sommes le 26 juin 2004. Ce n’est pas la foule des grands jours, mais la petite centaine de représentants syndicaux et associatifs rassemblés à la Bourse du travail, à Paris, semblent plus motivés que jamais. Il y a là toutes les associations de défense des droits des étrangers. Il y a surtout des syndicalistes issus du monde enseignant. « Depuis le début, l’école est notre champ d’action », souligne Florimond Guimard, 31 ans, professeur des écoles dans le centre de Marseille.

Devant Hortefeux, c’est d’ailleurs une architecte parisienne, un instituteur et une enseignante qui ont mené le dialogue. Un juste retour des choses. Après tout, la conférence fondatrice du 26 juin 2004 est bien née d’une réflexion de professeurs du secondaire de la région parisienne, les enseignants syndiqués restant largement majoritaires parmi les plus actifs du mouvement. A 59 ans, Richard Moyon est professeur de Lettres et d’Histoire au Lycée Jean Jaurès de Chatenay-Malabry, dans les Hauts-de-Seine. Ancien militant de LO, il est surtout bénéficiaire d’une décharge syndicale donnée par… trois syndicats ! FSU, Sud et la CGT.

Mais l’école, ce sont aussi ces parents d’élèves qui se jettent sous les roues de la voiture des policiers venus chercher un grand-père sans papiers chinois à l’école Rampal, à Paris. Ou encore ces assistantes scolaires avec lesquelles s’est construit le réseau à Lyon. RESF a, depuis le début, adopté l’attitude inverse des collectifs de sans-papiers. Au lieu d’accueillir les familles d’élèves sans papiers, le réseau les renvoie dans leur milieu, à savoir l’école. « On a tordu le cou au mythe de l’immigration. Les gens ont découvert que le clandestin fraudeur responsable du chômage, c’était le camarade de classe de leur fils », affirme Pierre Cordelier. Cet instituteur de 66 ans, autre tête pensante du réseau parisien, est syndicaliste à Sud Education.

« La force du réseau, c’est qu’on peut s’inscrire à différents moments », poursuit Catherine Tourier. « On commence par s’inscrire sur son école parce qu’il y a un élève en difficulté », explique cette professeure d’Histoire-géographie de 56 ans, adhérente au Snes et l’une des principales animatrices du réseau dans l’agglomération lyonnaise. « On participe ensuite à une manifestation, à un parrainage, avant de disparaître dans la nature ! Puis on revient s’inscrire dans son quartier. »

Acte 2. La « chasse à l’enfant » de l’été 2006

Les inscriptions vont pleuvoir. Dès la rentrée 2005, les banderoles RESF fleurissent sur les façades des écoles. Le mouvement gagne le primaire et des nouveaux collectifs naissent en province, dans la plus joyeuse anarchie. Certains déposent les statuts d’une association, tel RESF Puy-de-Dôme, quand d’autres refusent même de désigner des représentants. Certains touchent des subventions des conseils généraux, d’autres ne vivent que des dons des particuliers et de la vente d’autocollants, ou encore en organisant des ventes aux enchères de peintures contemporaine, comme l’a récemment fait le collectif du Cher.

Pour Florimond Guimard, de Marseille, « le plus important est d’avoir trouvé un cadre qui nous convenait. Les gens en ont assez des vieilles recettes proposées par le monde syndical ou associatif, ils veulent des actions concrètes. On n’a pas envie de passer 36000 heures à décider d’une motion, RESF permet de se poser des questions sur comment on milite. »

Les résultats ne se font pas attendre. Pilotées à distance grâce à Internet et aux portables, les actions se multiplient. La pétition « Nous les prenons sous notre protection » obtient jusqu’à 130000 signatures et le réseau fait reculer deux fois le gouvernement. La circulaire d’octobre 2005 du ministère de l’Intérieur permet de protéger les jeunes et leur famille jusqu’à la fin de l’année scolaire. Celle du 13 juin 2006 débouchera sur la régularisation de 7000 personnes. « Si on fait le hit parade des régularisateurs depuis trente ans, ironise Richard Moyon, au premier rang on a Mitterrand en 1981, au deuxième on a Jospin en 1998, et au troisième rang, c’est Sarkozy en 2006. »

Mais la force du réseau, c’est aussi son carnet d’adresses. Un fusil à un coup dans la plupart des cas. Avec des exceptions. Premier à se mobiliser, alors qu’il était candidat à la candidature socialiste pour la présidentielle, Jack Lang était encore de la partie il y a une dizaine de jours, pour tenter d’empêcher une expulsion. C’est lui qui amènera l’actrice Josiane Balasko et d’autres personnalités du monde culturel à rejoindre le mouvement. Mobilisés également, Besancenot, Buffet, Krivine et Laguiller, qui participent à des actions ponctuelles, tout comme la verte Dominique Voynet, venue soutenir la famille Raba à Dole.

Plus au centre et à droite, la députée MoDem sortante de la première circonscription du Rhône, Anne Marie Comparini, intervient à son tour. Ou encore le député UMP de Versailles Etienne Pinte, au moment de l’examen de la loi sur l’immigration à l’Assemblée nationale. Le réseau compte désormais des soutiens dans le monde politique, culturel et associatif. Plus de 150 organisations ont signé les différents appels à la vigilance et des représentants sont régulièrement désignés dans les départements ou les grandes villes.

« Il y a une espèce d’auto-représentation, confirme Catherine Tourier. Deux ou trois personnes par collectif sont mandatées d’une façon ou d’une autre par leur région. »Depuis décembre dernier, une liste “Burot” des représentants du réseau a même été créée. « Burot avec une faute d’orthographe », précise Richard Moyon. Manière de ne pas se prendre au sérieux, manière surtout de ne pas réveiller le souvenir des “bureaux politiques” d’antan et de ne pas effrayer les militants de base qui, pour beaucoup, ont justement en commun de n’avoir jamais milité avant.

Acte 3. Trois ans de réflexion, l’âge de la maturité

Pourtant, une réflexion semble bien engagée à l’intérieur du mouvement. RESF risque-t-il d’être victime de son succès ? Trop gros pour prendre des décisions ? Depuis le 6 mai dernier, certains parmi les plus actifs s’inquiètent de ne pas tenir au même rythme pendant cinq ans. RESF doit-il évoluer et si oui vers quoi ? La question sera certainement au centre de la réunion nationale des collectifs, début juillet à Lyon.


[2On appelle stakhanovisme tout ce qui est fait pour impliquer le travailleur et l’inciter à adhérer aux objectifs de son entreprise, voire à s’identifier à son entreprise.

[3Source : http://www.rue89.com/2007/06/26/resf.

On lira également sur le même site l’entretien avec Miguel Benasayag « C’est toute la société qui est traumatisée ».