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les agents de Pôle emploi refusent d’être des délateurs

samedi 28 mars 2009

Alors que les salariés rament et que les chômeurs galèrent, une note récemment diffusée en Midi-Pyrénées demande aux personnels de Pôle emploi de vérifier l’authenticité des papiers des demandeurs et de procéder au « traitement des doutes » en dénonçant les suspects.

Les porteurs de « faux papiers » visés par cette nouvelle note sont clairement les « étrangers » en situation irrégulière. Pour le Réseau Emploi Formation Insertion (REFI), il s’agit d’un premier pas vers la transmission automatisée et informatisée des papiers de tous les étrangers à la Préfecture voulue par le Ministère de l’Immigration. Le REFI rappelle que « notre mission c’est l’emploi, la formation, l’insertion, ce n’est pas le contrôle des papiers des étrangers, et encore moins la délation. »

La fusion entre ANPE et Assédic engendre dysfonctionnements et tension selon les syndicats. (Photo Patrick Blanchard)

Pôle emploi : les salariés rament, les chômeurs galèrent

par Mireille Martin, Var-Matin du 23 mars 2009


La fusion entre l’ANPE et de l’Assédic est effective depuis le mois de janvier. Elle engendre dysfonctionnements et tension selon les syndicats. « Faux » rétorque la direction du Pôle emploi, « il n’y a pas de retard. Et les agents ont été formés ».

Ne les appelez plus ANPE et Assédic. Soyez moderne, dites : « Pôle emploi ». « Mariage à la hussarde », « mariage blanc », « mariage de la carpe et du lapin » : l’union ne fait pas forcément la force, ni l’unanimité. Surtout quand la crise sévit.

Effective depuis le début de l’année, la fusion des deux organismes chargés d’orienter et d’indemniser les demandeurs d’emploi a du mal à passer du côté des salariés du nouveau Pôle et des organisations de chômeurs.

Et le public peine à comprendre. « À quand un vrai site unique ? », s’interroge Gilles, qui cherche un emploi dans la vente. « Malgré la création du Pôle, je dois tout de même me rendre dans deux lieux différents. Au Port-Marchand pour l’Assédic, boulevard Clemenceau pour l’ANPE. »

« C’est vrai : les gens ne comprennent pas. On leur parle de fusion mais seuls deux sites uniques existent dans le département : à Brignoles et à La Valette », expliquent les salariés du Pôle.

Formation insuffisante

« Ils viennent en pensant que l’on pourra répondre à toutes leurs questions et ce n’est hélas pas le cas », regrette-t-on au syndicat FO. « Nous n’avons pas été suffisamment formés. Par exemple, les collègues de l’ANPE pour apprendre le travail accompli par les agents de l’Assédic ont eu droit à trois jours de théorie et quatre jours en immersion. C’est nettement insuffisant ! »

« Le gouvernement a voulu à tout prix marier les deux organismes, cela a été fait à la hussarde et dans la précipitation la plus complète, déplore Georgette Gianola, secrétaire générale CGT du Pôle emploi Paca. Le volet indemnisation notamment a été plus ou moins oublié. Cela a généré une profonde déstabilisation des personnels et beaucoup de dysfonctionnements. »

Antidépresseurs

Selon la responsable syndicale, 9 500 dossiers d’ouverture de droits souffrent actuellement de retard dans la Région. « Cela signifie qu’au bout, il y a des gens qui galèrent, qui ne peuvent pas payer leurs factures. »

Et la tension monte. Pour ne pas dire l’agressivité. « Nous voyons de plus en plus de demandeurs d’emploi. Nous n’avons même pas assez de place pour les recevoir. Les conditions de travail se dégradent », confirme FO.

« J’ai de plus en plus de mal à faire mon métier de conseillère. Des collègues s’effondrent, d’autres sont sous antidépresseurs. En face de nous, nous avons des personnes souvent en grande détresse et nous n’avons plus assez de temps à leur consacrer. C’est difficile à vivre », confie une employée au bout du rouleau.

Mireille Martin


Les agents de Pôle Emploi refusent de piéger les étrangers

par Jean-Louis Dubois-Chabert, La Dépêche du 10 mars 2009


On leur demande d’authentifier l’identité des demandeurs.
En plus de la montée du chômage, les agents de Pôle Emploi ne veulent pas devenir « auxiliaires de police ».

Qu’on la considère vaine, immorale ou à l’inverse fondée ou efficace, la traque aux étrangers sans papiers ne connaît pas de relâche. Quitte à y impliquer sans leur consentement des fonctionnaires choqués par les nouvelles méthodes que l’État leur impose.

Ceux du Pôle Emploi Midi-Pyrénées en savent quelque chose. Le 25 février, une note interne de la direction régionale leur expose les nouvelles modalités d’inscription des demandeurs d’emploi non indemnisables. Au chapitre 4, la note précise qu’à compter du 9 mars, « l’agent qui reçoit le demandeur fait une photocopie de la pièce recevable présentée et en vérifie l’authenticité à l’aide de la lampe UV ». Puis : « Cette vérification s’effectue en dehors de la présence du demandeur, l’agent devra donc se diriger vers un photocopieur situé en retrait à proximité de la lampe UV. » Enfin : « Le traitement des doutes est géré par la filière des indemnisations sur la base de la fiche de transmission adressée par le responsable. »

A l’insu des demandeurs d’emploi

Tollé général des agents. À la veille d’un comité d’entreprise, mercredi, lors duquel elle compte bien aborder la question, l’intersyndicale CGT-SNU-SUD appelle l’ensemble des conseillers de Pôle Emploi à désobéir. « Nous refusons d’être transformés en auxiliaires de police et de piéger les demandeurs d’emploi en copiant et en transmettant à leur insu leurs papiers », explique Sylvie Espagnolle, déléguée CGT.

Pour l’intersyndicale, il apparaît clairement que ce contrôle vise en priorité les demandeurs d’emploi étrangers et que leur direction régionale transmettra les dossiers « douteux » à la préfecture, voire à la police.

Yves Dubrunfaut, directeur régional de Pôle Emploi Midi-Pyrénées n’y voit rien de très récent (lire ci-dessous) ; la tâche dont s’acquittait jusqu’ici l’assurance-chômage incombant depuis la fusion Assedic-ANPE aux agents de Pôle Emploi.

Lesquels ajoutent que cette nouvelle mission est destinée à réaliser des économies de temps (le demandeur d’emploi n’a plus deux entretiens - inscription et développement du projet professionnel - mais un seul) pour masquer « la pénurie de moyens du Pôle Emploi due à la montée du chômage ».

Yves Dubrunfaut : « La vérification est une obligation »

Yves Dubrunfaut, le directeur régional de Pôle Emploi Midi-Pyrénées ne comprend pas ce qui émeut le personnel : « Il s’agit de procédures d’inscription sur la liste des demandeurs d’emploi. Cette activité a toujours été assurée par l’ANPE jusqu’en 1997. Elle a ensuite été transférée à l’assurance-chômage qui vérifiait la validité des pièces d’identité. Les techniques ont changé : depuis trois ans, les conseillers de l’assurance-chômage disposent de nouveau matériel : des lampes à UV. Face aux situations d’anomalies, une procédure de liaison avec la préfecture existe. Ces procédures sont toujours en vigueur dans le cadre de Pôle Emploi. Elles ont pour objet d’éviter d’inscrire des personnes fragilisées qui présentent de faux papiers. C’est un barrage aux faux papiers et aux réseaux mafieux qui utilisent ensuite ces gens-là. » Est-il nécessaire de vérifier l’identité du demandeur à son insu ? « C’est affiché sur la porte dans tous les sites de Pôle Emploi, rappelle Yves Dubrunfaut. Il est précisé que les pièces - carte d’identité, passeport, autorisation de travail, carte de séjour… - font l’objet de vérification. C’est une obligation. Et les agents ne vérifient pas l’identité du demandeur mais la validité de leur pièce d’identité ».

Pour manifester le refus de cette politique :

« QUAND DESOBEIR DEVIENT UN DEVOIR » [1]

Dans une Note récente de Pôle Emploi en Midi Pyrénées , il est demandé aux personnels :

De vérifier l’authenticité des papiers, « Cette vérification s’effectue en dehors de la présence du demandeur, l’agent devra donc se diriger vers un photocopieur situé en retrait à proximité de la lampe UV » (Extrait de la note)

De procéder au « traitement des doutes » en dénonçant les suspects

Ce système induit l’idée d’une fraude organisée et généralisée. Ce n’est qu’un pur fantasme. Il agit sur l’inconscient collectif avec tous les dangers qui peuvent en découler : malaise, culpabilisation, agressivité, violences envers soi-même et envers les autres, et ce, des deux côtés du guichet.

Les porteurs de « faux papiers » visés par cette nouvelle note sont clairement les « étrangers » en situation irrégulière car qui à part de personnes étrangères pourraient être porteuses de faux papiers. C’est un premier pas vers la transmission automatisée et informatisée des papiers de tous les étrangers à la Préfecture voulue par le Ministère de l’Immigration et déjà testé sur Bordeaux.

Nous savons pertinemment que certains de ces demandeurs d’emploi étrangers seront expulsés vers leur pays d’origine dont ils ont fui la misère, parfois la guerre et l’absence de droits fondamentaux. Sous prétexte d’une « chasse aux fraudeurs » on demande donc aux personnels de Pôle Emploi de devenir des supplétifs de la police et d’exécuter des ordres du ministère de l’intérieur ou de celui de l’immigration.

Déjà de nombreux collectifs de sites Pôle Emploi ont signé des pétitions appelant à refuser d’exécuter ces ordres et instructions.

REFI (Réseau Emploi Formation Insertion)


Une pétition à signer.


[1Reprise de cette page du REFI.

REFI : le Réseau Emploi Formation Insertion regroupe des salariés de Pole Emploi (ex ANPE, Assedic) , DDTEFP, ou encore d’associations, d’organismes de formation qui refusent de collaborer à la chasse à l’étranger qui s’est instaurée dans ce pays. Le REFI se veut un outil de communication destiné à résister collectivement contre toutes tentatives de pression visant à nous détourner de nos missions de service public au profit du contrôle des étrangers considérés, à priori, comme suspects.

Contact : reseau.emploi_insertion@yahoo.fr