les Roms dénoncent le fichage dont ils sont l’objet en Italie

publié le 17 septembre 2008

Le premier sommet européen consacré aux Roms, la plus grande minorité ethnique de l’Union européenne (ils seraient près de 10 millions), s’est réuni à Bruxelles le 16 septembre 2008. A cette occasion les Roms ont violemment dénoncé l’aval donné par l’UE au fichage des membres de leur communauté en Italie.

Le financier George Soros s’est déclaré « sérieusement préoccupé », craignant « que cela ne devienne une norme de facto dans l’Union européenne ». « Le fichage ethnique devrait être illégal et j’espère que la Cour européenne de Justice établira ce fait », a-t-il lancé, suivi par May Bittel, membre fondateur du forum des Roms et des gens du voyage au Conseil de l’Europe : « Si on avalise la manière de faire en Italie, c’est toute l’Europe qui va suivre. »

Contre le fichage ethnique des Roms en cours en Italie (Reuters).

Au sommet européen sur les Roms, M. Barrot condamne le fichage ethnique

par Anne Rodier, Le Monde du 18 septembre 2008

« Against ethnic profiling ». C’est derrière ce slogan dénonçant le fichage ethnique, que les Roms se sont levés, aux quatre coins de la salle, où se tenait, mardi 16 septembre à Bruxelles, le premier sommet sur les Roms organisé par la Commission européenne, pour préparer une « stratégie globale » d’intégration des Roms en Europe.

Le président de la Commission, José Manuel Barroso, qui devait ouvrir le sommet en proposant la « création d’une plate-forme pour l’intégration des Roms », a interrompu son discours pour répondre à tous les tee-shirts tendus devant lui : « La Commission rejette toute discrimination et toute stigmatisation des Roms dans l’Union européenne » a-t-il dit, croyant clore l’incident.

A la suite des opérations de prise d’empreintes digitales des adultes et des enfants menées dans les camps roms en Italie début juillet, la Commission avait exigé du gouvernement Berlusconi un rapport, sur la foi duquel le vice-président de la Commission et commissaire aux affaires intérieures, Jacques Barrot, avait jugé, début septembre, que les principes de non-discrimination n’avaient pas été violés.

Depuis, la colère grondait parmi les Roms, qui pour autant ne voulaient pas gâcher la fête que représentait ce premier sommet, où ils étaient invités non plus comme victimes, mais comme acteurs de l’élaboration d’une stratégie européenne d’intégration. « Cette salle réunit tout ce que les Roms comptent de chefs », s’est réjoui l’ancien eurodéputé espagnol Juan de Dios Ramirez Heredia. Sans se faire d’illusion sur leur espoir d’obtenir une directive-cadre pour l’intégration, ils étaient venus nombreux.

« Maudit par les gitans »

Et ils ont applaudi souvent : le milliardaire George Soros, qui a dénoncé « l’exclusion sociale pour des raisons ethniques au sein de l’UE » ; Nicolae Gheorghe, représentant des Roms auprès de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui a appelé l’Union européenne à combattre l’exploitation des enfants et les réseaux de trafiquants ; M. Heredia, qui a loué la culture gitane. Mais ils sont sortis quand l’Italienne Eugenia Maria Roccella, sous-secrétaire d’Etat à l’emploi, a justifié « l’importance fondamentale de collecte des données pour mener des mesures efficaces d’intégration ». « C’est une honte. Expulsata ! » De toute la salle, des Roms sont sortis, pour revenir siffler la représentante italienne jusqu’à ce qu’elle se taise.

En fin de journée, M. Barrot s’est expliqué sur ses récentes déclarations : « Nous avons fait savoir au gouvernement italien que les recensements ne peuvent pas se faire sur une base ethnique. Il s’est engagé à suivre nos recommandations. Il y a les textes et la réalité. Nous avons vu les textes, ils sont convenables. Des parlementaires iront sur place. Et je ne tolérerai aucune pratique incompatible avec le droit communautaire. J’en fais une affaire personnelle », a-t-il déclaré.

L’eurodéputé rom Viktoria Mohacsi, membre de la délégation parlementaire qui doit se rendre dans les camps roms d’Italie, jeudi 18 septembre, a voulu voir quelque espoir dans cette mise au point. M. Heredia s’est dit « convaincu », avant de menacer M. Barrot d’« être maudit par tous les gitans » s’il ne tenait pas ses engagements. Quant à M. Soros, il a souhaité que « la Cour de justice se saisisse de l’affaire des empreintes pour déclarer [le fichage] illégal ».

Anne Rodier



Bruxelles autorise Rome à recenser les Roms

par OleB, La libre Belgique du 5 septembre 2008

Les points litigieux des mesures italiennes ont été gommés, assure la Commission.

Fin de la polémique. Après examen du rapport des autorités italiennes, la Commission européenne a donné son blanc-seing aux mesures de recensement des nomades dans la Péninsule, mises en place par le gouvernement de droite de Silvio Berlusconi. Mesures qui, selon Rome, visent à lutter contre la criminalité et l’immigration clandestine, mais aussi de scolariser les enfants roms.

Ce processus de fichage de la population rom présente sur le territoire italien - via, notamment, la prise d’empreintes digitales ou les tests ADN dans le cadre du regroupement familial -, avait suscité un vif émoi dans les rangs des défenseurs des droits de l’homme. Et le Parlement européen s’était fendu d’une résolution condamnant le caractère discriminatoire d’une telle politique.

L’exécutif européen s’était saisi de la question, priant le gouvernement italien de lui fournir des détails, afin de voir si ces mesures ne contrevenaient pas à la législation européenne. Selon Michele Cercone, porte-parole du vice-président Jacques Barrot, en charge de la Justice et des Affaires intérieures, les points litigieux de la politique italienne ont été corrigés. « Les mesures n’autorisent pas la récolte des données relatives à l’origine ethnique ou à la religion des personnes recensées » , a indiqué M. Cercone à la presse. Et de préciser que « le recours aux empreintes digitales n’est pas systématique », et dans le cas des mineurs, uniquement prévu quand il n’existe aucun autre moyen d’identification.

Le ministre de l’Intérieur italien, Roberto Maroni, s’est réjoui du feu vert européen, qui « rend justice (à l’Italie) a près toutes les accusations et les insultes reçues ces derniers mois » .

« Les corrections apportées par l’Italie sont la preuve que l’Europe est utile, quand le débat (national) se tient dans un contexte de propagande gouvernementale » , estime pour sa part l’eurodéputée Monica Frassoni, coprésidente des Verts. L’Italienne regrette, cependant « le manque de transparence, parce que, n’ayant pas vu le rapport, nous ne savons pas sur quels critères se fonde la Commission ».

Ficher, trier, expulser

par Céleste, sur son blog

« Un pays sans Rroms est un pays sans liberté. »
[citation rom]

le 29 juin 2008



Dans la catégorie « les Droits de l’homme on s’assied dessus », Roberto Maroni, le ministre de l’Intérieur italien, vient de franchir une nouvelle étape. Il a en effet présenté devant le comité des affaires institutionnelles de la Chambre des Députés des dispositions concernant la communauté rom.
Il s’agit ni plus ni moins, et bien qu’il s’en défende, d’un véritable fichage ethnique puisque les empreintes digitales de tous les habitants des campements nomades italiens (environ 140 000 personnes) seront relevées.
Y compris celles des enfants.

La commission Européenne ne commente pas officiellement ce qui n’est pour l’instant que des déclarations politiques. Toutefois, répondant aux questions de quelques journalistes, Pietro Petrucci, porte parole du Commissaire Européen Jacques Barrot, a annoncé que, « suivant les règles de l’UE, le fichage n’est de toute façon pas possible et que cela ne s’est jusqu’alors jamais produit dans un pays membre ». (Il Manifesto)
De même, Thomas Hammarberg le commissaire aux droits humains du Conseil de l’Europe a déclaré « Je suis très préoccupé, ce sont des méthodes qui rappellent des mesures prises dans le passé et qui ont porté à la répression des Roms ».
Terry Davis, le secrétaire du Conseil de l’Europe a déploré que « cette proposition prête à des analogies historiques qui sont tellement évidentes qu’il est inutile de les citer ». Puis il a ajouté : « Je pense que la démocratie et les institutions de l’Italie sont suffisamment mûres pour empêcher de telles idées de devenir des lois mais je suis néanmoins inquiet de ce qu’un haut responsable du gouvernement de l’un des Etats membres du Conseil de l’Europe ait apparemment avancé une telle proposition ».

Belles réactions, certes, mais de principe, car sur le terrain le fichage des Roms a déjà commencé, comme à Naples, depuis une semaine, où il semblerait que les enfants de moins de 14 ans aient été épargnés.
A Milan le préfet Gian Valerio Lombardi ne cache pas son enthousiasme « Rien de neuf, sur les empreintes, les normes déjà en vigueur autorisent la photosignalisation pour qui ne parvient pas à prouver sa propre identité et même pour les mineurs ».
Là-dessus le préfet cite la loi de référence, numéro 633 du 22 avril 1941, promulguée par les fascistes et qui fut utilisée pour ficher les indésirables du régime : les Roms (comme par hasard), les Juifs et les opposants politiques.

Prenant la parole devant la Commission des Affaires constitutionnelles de la Chambre des députés, Maroni, pas démonté pour un sou par les critiques venues de l’Europe, a affirmé « Il ne s’agira pas d’un fichage ethnique mais d’une garantie supplémentaire pour la protection de leurs droits ». Avant d’extirper de ses manches un alibi humanitaire :
« Nous prendrons aussi les empreintes des mineurs pour éviter des phénomènes comme la mendicité. La garde des enfants sera retirée aux parents qui les envoient mendier plutôt qu’étudier à l’école ».
« Ce sera un véritable recensement pour pouvoir garantir à ceux qui ont le droit de rester dans le pays, de pouvoir vivre dans des conditions décentes. Et de renvoyer chez eux ceux qui n’ont pas le droit de rester en Italie ».

Côté italien Rosy Bindi (PD) s’est offusquée de la mesure « Le gouvernement veut remettre en cause les fondements de la solidarité, en prenant leurs empreintes digitales aux enfants comme s’ils étaient des criminels. »

Le président d’Unicef-Italie, Vincenzo Spadafora a exprimé « la stupéfaction et la grave préoccupation » de son organisation à la suite de l’initiative du ministre Maroni.
« On a envie de lui proposer, pour respecter le droit à l’égalité de tous les enfants, de ficher de la même manière tous les enfants italiens. Les enfants roms ne sont pas différents des autres enfants, mais surtout les enfants ne peuvent pas et ne doivent pas être traités comme des adultes », a ajouté Vincenzo Spadafora.

Si l’on note avec soulagement les quelques réactions politiques suscitées par cette nouvelle ignominie on ne peut par contre qu’être frappé par le mutisme de la société civile. Il faut dire que des sondages indiquent que près de 80% des italiens seraient favorables à ces mesures.

80 %... un chiffre qui laisse un sale goût.



Important  : une pétition en ligne pour soutenir les droits des Rroms