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communiqué de la LDH

le ministre de l’Intérieur tolérera-t-il les propos “discriminants” de Brice Hortefeux ?

samedi 12 septembre 2009

La chaîne Public Sénat a enregistré une vidéo le 5 septembre au campus des jeunes UMP de Seignosse. On y entend l’ancien ministre de l’Immigration, Brice Hortefeux, affirmer tranquillement à propos d’un jeune beur : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. »

Il y a moins d’un mois, le même Brice Hortefeux, mais en qualité de ministre de l’Intérieur, avait fermement déclaré au sujet du préfet Girot de Langlade : « Je ne tolérerai jamais que des propos racistes ou discriminants soient tenus dans notre pays, d’autant plus par un représentant de l’État, quel qu’il soit. »

[Première mise en ligne le 11 septembre, mise jour le 12]


Communiqué LDH</u

Paris, le 11 septembre 2009

L’identité nationale vue par Brice Hortefeux :
« C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. »

Samedi 5 septembre, à l’Université d’été de l’UMP, un jeune Maghrébin prénommé Amin se fait prendre en photo avec le ministre de l’Intérieur, ex-ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale. Une militante UMP précise, sans doute pour rassurer le ministre : « lui, il mange du cochon et il boit de la bière. » Monsieur Hortefeux répond : « Il ne correspond pas du tout au prototype »… et ajoute tranquillement : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ».

Selon le cabinet de Brice Hortefeux, ces propos ne visaient que… les Auvergnats. Il est vrai qu’en janvier dernier, lorsque le même ministre avait fait remarquer aux journalistes qu’il n’était « pas évident » que Fadela Amara soit sa « compatriote », il avait déjà soutenu qu’il ne parlait que de leurs attaches auvergnates. Le préfet Girod de Langlade, sanctionné il y a quelques jours à la demande de monsieur Hortefeux pour avoir trouvé qu’à Roissy on ne voyait que des Noirs, aurait dû prétendre qu’il ne visait que des Bretons ou des Alsaciens… d’autant plus que lui ne risquait pas d’être démenti par une caméra indiscrète.

On sait que depuis deux ans la « rupture » avec la tradition républicaine passe souvent par une parole publique « décomplexée ». Mais mesure-t-on les effets de ces dérapages répétés sur l’image du politique et sur le vivre ensemble ? On peut déjà être pénalement sanctionné dans ce pays pour avoir cité une injure proférée en public par le président de la République. Que répondrons-nous à ceux qui construisent leur fonds de commerce électoral en répétant qu’il y a trop d’Arabes en France, que l’Islam n’est pas compatible avec la République et que tous les SDF devraient accepter de manger de la « soupe au cochon » ? Qu’ils n’ont rien compris à ce qu’en pense le ministre de l’Intérieur ?

La LDH s’inquiète des conséquences de ce triste dérapage pour les victimes présentes et à venir du racisme… anti-auvergnat.

La vidéo

La chaîne d’information Public Sénat a confirmé vendredi 11 septembre l’origine de la vidéo de Brice Hortefeux à l’université d’été de l’UMP. Il s’agit bien d’images filmées par une de leurs équipes que la direction n’a ensuite pas jugé utile de diffuser "en raison notamment des conditions dans lesquelles [la séquence] a été enregistrée et de l’absence de journaux d’information sur nos antennes dimanche", ont expliqué les patrons de Public Sénat et LCP-AN, Gilles Leclerc et Gérard Leclerc.

Commentaires

M. le ministre, votre démission est attendue [1]

On aurait envie d’écrire « Casse-toi, pauvre con ! », en réponse aux propos du ministre de l’intérieur Brice Hortefeux tenus lors des Universités d’été de l’UMP à Seignosse (Landes). Mais puisque la vulgaire banalité raciste s’est installée au sommet de l’Etat, il faut aller au-delà de la « beauferie » ordinaire pour bien comprendre la portée de cette sinistre conversation. Et donc dire pourquoi ce propos n’est pas un dérapage mais un résumé saisissant d’une culture et d’un projet politique. [...]

Valeurs [2]

Bien sûr, ce n’était qu’une scène bon enfant comme il s’en produit toujours en marge des grands rassemblements politiques.

On peut réprouver cette époque où la moindre parole malheureuse devient dévastatrice une fois mise en ligne. Mais la réalité n’en demeure pas moins celle-ci, choquante sinon condamnable : sans ambiguïté, Brice Hortefeux, à propos de ce jeune beur, a bien dit ce qu’il a dit : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. »

Plaisanterie, pensée profonde ? Lui seul le sait. L’important est ailleurs. Brice Hortefeux a oublié qu’un ministre doit représenter à chaque instant les valeurs de la République. Et mesurer dans chaque mot ce qu’il peut contenir d’irrespect, de violence et d’humiliation.

« Pour la diversité, j’ai déjà donné...  » [3]

Samedi après-midi, à Seignosse, Brice Hortefeux passe près d’un stand des jeunes UMP pour la diversité. L’un des participants lui lance :
« Monsieur Hortefeux, une petite photo pour la diversité ? »

Réponse de l’intéressé trainant les pieds :
« D’accord, d’accord, mais vite alors. Parce que la diversité, j’ai déjà donné il y a quelques années. »


[1François Bonnet, Mediapart, le 10 septembre 2009.

[2Extrait de l’éditorial d’Eric Fottorino, directeur du Monde, le 11 septembre 2009.

[3Référence : Rue89.