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la réaction de RESF aux propos de N. Sarkozy

jeudi 17 août 2006

RESF dénonce le « traitement différencié », au vu de la circulaire Sarkozy, des dossiers de clandestins dont les enfants sont scolarisés.

Expulsion ( Napo - Le Monde du 17 août 2006)

« Familles piégées, critères arbitraires »

Par Laeïla ADJOVI, Libération, 17 août 2006

A quinze jours de la rentrée, le Réseau éducation sans frontières (RESF), collectif d’associations mobilisées pour les sans-papiers dont les enfants sont scolarisés, a vivement critiqué hier le traitement des demandes de régularisations. Elle déplore notamment les variations constatées « en fonction des préfectures et même suivant le guichet au sein d’une même sous-préfecture ». Certaines familles remplissant les critères de régularisation définis par la circulaire du 13 juin ont été déboutées. Richard Moyon, le porte-parole du collectif, cite le cas d’une famille égyptienne de la région parisienne : le père est arrivé en 1991, la mère en 1997, et leurs enfants, nés en France, sont scolarisés. « Ils parlent un bon français mais ont gardé un accent. Je suis intimement persuadé que cet élément a joué en leur défaveur auprès des vacataires employés par la préfecture. » Selon Brigitte Wieser, autre porte-parole du Réseau , « toutes les familles qui se sont présentées à la préfecture de Paris au mois de juillet ont été convoquées et souvent acceptées, alors que, depuis le 7 août, les refus n’arrêtent pas de tomber ». Seule explication, selon elle : « Pour ne pas dépasser le chiffre de 6 000, il faut fermer les robinets. » Les membres du réseau se sont interrogés sur un éventuel recours juridique devant ce « traitement différencié ».

Si Nicolas Sarkozy s’en tient à son objectif, réaffirmé le 15 août lors de son intervention télévisée, de limiter à 6 000 le nombre de régularisations, RESF estime qu’entre 50 000 et 100 000 expulsions seront nécessaires [1]. Chaque dossier refusé concerne en effet toute une famille. Hier, le Parti socialiste a mis en doute la capacité matérielle de la France d’expulser tant de personnes. Pour Gaëtan Gorce, secrétaire national du PS, « c’est un mensonge éhonté. Le gouvernement n’a pu procéder l’an dernier qu’à 20 000 reconduites à la frontière ».

Au-delà de la circulaire, RESF a aussi réitéré son engagement auprès des jeunes majeurs scolarisés sans papiers, qui ne sont pas touchés par cette mesure. Richard Moyon a répondu aux accusations de « démagogie » formulées par Sarkozy. Ce dernier avait regretté, mardi, que certaines associations comparent les mesures d’éloignement du territoire à une « déportation » [2]. « Nous n’avons jamais parlé de déportation, a lancé Richard Moyon, mais de rafles. Et nous maintenons. Car ce sont bien de rafles dont il s’agit. » Les militants associatifs ont rappelé que, « s’il faut cacher des enfants, nous prendrons ce risque. [...] A la rentrée des classes, les mobilisations se poursuivront autour de chaque chaise vide ».


[1"Si on ne quitte pas la France, si dans un contrôle par des gendarmes ou par des policiers on est arrêté, on sera raccompagné chez soi, c’est la règle", selon N. Sarkozy.

[2Note LDH-Toulon : "Un certain nombre d’associations font assaut de démagogie et d’irresponsabilité", a accusé Nicolas Sarkozy, reprenant les mots du médiateur national Arno Klarsfeld.