l’hommage de Hubert Falco à Monseigneur Saliège

publié le 19 juillet 2009 (modifié le 27 juillet 2009)

Le 19 juillet 2009, à l’occasion de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv, Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants et maire de Toulon, a rendu hommage aux Justes de France, ainsi qu’au cardinal Saliège.

Hubert Falco a cité un extrait de la lettre pastorale que Monseigneur Saliège, alors archevêque de Toulouse, fit lire en août 1942 dans toutes les paroisses de son diocèse – ce même extrait que les Toulonnais qui participent aux cercles de silence reprennent depuis un an – voyez par exemple notre tract de juin 2009.

Cette lettre pastorale est disponible dans son intégralité sur ce site, accompagnée de divers compléments.

Rafle du Vel d’Hiv : Hubert Falco rend hommage aux Justes de France

[ AFP ]


Le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, Hubert Falco, a rendu hommage dimanche aux Justes de France « qui se dressèrent face à la barbarie nazie », lors de la commémoration à Paris de la rafle du Vel d’Hiv du 16 juillet 1942.

« C’est la voix de tous ceux qui, par conviction ou par simple réflexe d’humanité, sauvèrent des Juifs et contrecarrèrent les projets criminels des nazis et de leurs complices français », a déclaré M. Falco près de la station de métro Bir Hakeim (Paris XVème), où s’élevait l’ancien vélodrome d’hiver.

Le secrétaire d’Etat s’exprimait notamment en présence de l’ancienne ministre Simone Veil, du maire de Paris Bertrand Delanoë, du président du Sénat Gérard Larcher, d’une rescapée, Sarah Montand, et du président du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), Richard Prasquier.

« Nous exprimons notre reconnaissance à tous ces Justes de France qui se dressèrent face à la barbarie nazie, face au drame bouleversant de la rafle du Vel d’Hiv », a déclaré M. Falco.

« Face à cet événement qui marque à jamais la conscience de chacun d’entre nous, l’action des Justes de France nous réconcilie avec nous-mêmes », a-t-il dit.

« A tous les Justes, à leurs familles, je veux dire que jamais la France n’oubliera leur geste, n’oubliera leur sursaut d’humanité ».

M. Falco a également évoqué « la voix lumineuse de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, qui sut s’élever au dessus de la misère de son temps en rédigeant une lettre pastorale qu’il fit lire dans toutes les paroisses de son diocèse ».

Cette lettre disait : « Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes, tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille, ils font partie du genre humain, ils sont nos frères comme tant d’autres ».

« Cette voix, c’est celle des femmes et des hommes qui restent fidèles aux traditions de la vraie France, de la France éternelle, de la France digne, généreuse et fraternelle », a dit Hubert Falco.


Discours d’Hubert FALCO, secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants
Cérémonie nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français et d’hommage aux « Justes de France »
 [1]

Dimanche 19 juillet 2009



Monsieur le Préfet de Police,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Maire de Paris,
Monsieur le représentant du Président du Conseil Régional d’Ile-de-France,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le Président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France,
Monsieur le représentant du Consistoire de Paris,
Monsieur le Président de la Fondation pour la mémoire de la Shoah,

Chère Simone Veil,

Mesdames et Messieurs,

Il y a aujourd’hui soixante-sept ans, le 16 juillet 1942, débutait à Paris la tragédie de la rafle du Vel d’Hiv, qui devait conduire à la mort 13 152 Juifs de France, parmi lesquels plus de 4 000 enfants.
Mesdames et Messieurs, aujourd’hui encore, ce drame est devant nous, dans toute son horreur, comme une ombre qui pèse à jamais sur la conscience de notre pays, comme une faute impardonnable.
De nombreux témoins ont rapporté ces heures tragiques, où des policiers investirent les immeubles, avant le lever du jour, pour venir y chercher des familles innocentes, des hommes et des femmes qui n’avaient commis d’autre crime que celui d’être nés juifs.
Ces témoins ont décrit les scènes d’horreurs, où l’on vit des hommes et des femmes brutalement emmenés par des policiers français, poussés sans ménagement dans des cars, pour être acheminés vers des lieux de regroupement.
Ils ont rapporté les scènes déchirantes de mères de famille, surprises chez elles au petit matin, sommées de rassembler leurs affaires, et suppliant les gendarmes de bien vouloir épargner leurs enfants.
Certaines, de façon prémonitoire, anticipèrent le pire, en se jetant dans le vide avec leurs enfants.
De nombreux témoins ont décrit, hélas, aussi, les insoutenables conditions d’accueil des familles au vélodrome d’hiver : sans eau, sans nourriture, sans soins, parquées comme des bêtes dans cette antichambre de la déportation, des femmes tentaient de s’ouvrir les veines tandis que d’autres, prises de désespoir ou de folie, essayaient de se jeter dans le vide, du haut des balustrades.

Pour les Juifs de France, la rafle du Vel d’Hiv ne fut pourtant que la première étape d’un long calvaire, qui devait les acheminer vers la Solution finale.
Mais ces tragiques journées de juillet eurent aussi leur lot de miracles, de hasards et de chance : des familles, prévenues à temps, purent s’enfuir ou se cacher.
La rumeur, insistante, avait circulé. Des tracts anonymes avaient pénétré dans les foyers, annonçant le danger imminent. Des fonctionnaires avaient parlé.
Au soir de ces terribles journées, les nazis étaient mécontents. Beaucoup de leurs victimes avaient échappé au piège.
Ce jour-là, il y eut aussi de nombreux enfants qui échappèrent à la rafle.
Beaucoup d’entre eux ont témoigné.
Beaucoup ont raconté le désarroi qui s’abattit sur eux.
Beaucoup ont raconté l’apprentissage brutal de l’âge adulte et de la survie, l’entame de leur longue solitude qui, pour certains d’entre eux, dure toujours.
Privés des leurs, sans ressources, sans domicile, ils devaient se cacher et tenter de fuir, vers la zone libre.

Mesdames et Messieurs, ce n’est pas sans émotion que nous nous remémorons aujourd’hui leur sort tragique.
Chaque année, ces survivants nous accompagnent à l’occasion des cérémonies du souvenir.
Chaque année, ils viennent avec leurs mots, avec leur émotion et leurs bouleversants témoignages.
Aujourd’hui, en ce jour de souvenir, c’est sous leur regard que nous parcourons ensemble, au fond des yeux, ces dramatiques événements de l’été 1942.
Aujourd’hui, nous pensons au destin de tous les enfants restés seuls, livrés à eux-mêmes et à l’apprentissage de la survie, alors que leurs parents étaient acheminés vers la solution finale.
Et c’est à leurs côtés que nous pensons aujourd’hui à toutes les familles qui pensaient trouver refuge en France, dans la Patrie des droits de l’Homme, et qui connurent l’enfer des camps d’internement, le calvaire de la déportation et l’extermination.

Mesdames et Messieurs, en ce jour de souvenir, nous exprimons notre chagrin et notre indignation, car face au regard des survivants, nous sommes inconsolables.
Alors, encore une fois, nous nous interrogeons :
Comment des policiers français ont-ils accepté d’être les complices d’un tel crime ?
Comment un régime servile, né de la défaite, a-t-il pu s’abîmer ainsi vers l’irréparable et prêter main forte aux projets les plus fous des nazis ?
Comment le gouvernement de Vichy, son administration, ses fonctionnaires, ont-ils pu se laisser entraîner vers ces pentes criminelles et participer à la déportation des Juifs de France ?
Cette question demeure, comme une tache sur notre conscience, comme une responsabilité que nous devons porter, de génération en génération, sans jamais rien oublier, sans jamais renoncer à l’indignation que ces événements suscitent en nous.
Aujourd’hui, nous pensons aussi à ces policiers qui remplirent leur tâche, rongés de honte, soulevés d’indignation par une voix intérieure qui leur dictait, ce matin-là, d’emprunter un autre chemin.
Nous pensons à ces Parisiens qui assistèrent, révoltés, à ces rafles inhumaines et dont le sentiment de révolte ébranla les dignitaires de Vichy.
Nous pensons aux réactions d’humanité de toute la population de France, confrontée à cette accélération brutale des persécutions antisémites dans tout le pays.

Aujourd’hui, nous écoutons la voix lumineuse de Monseigneur Saliège, archevêque de Toulouse, qui sut s’élever au-dessus de la misère de son temps en rédigeant une lettre pastorale, qu’il fit lire dans toutes les paroisses de son diocèse.
Voici ce qu’il écrit :
« Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. ».
Cette voix qui sut s’élever au-dessus du malheur, c’est celle de tous les « Justes parmi les Nations », c’est la voix des 2 693 « Justes de France » à qui nous rendons également hommage aujourd’hui.
Cette voix, c’est celle des femmes et des hommes qui restèrent fidèles aux traditions de la vraie France, de la France éternelle, de la France digne, généreuse et fraternelle.
C’est la voix de tous ceux qui par conviction, ou par simple réflexe d’humanité, sauvèrent des vies juives et contrecarrèrent les projets criminels des nazis et de leurs complices français

Aujourd’hui, nous exprimons ainsi notre reconnaissance à tous ces « Justes de France » qui se dressèrent face à la barbarie nazie.
Face au drame bouleversant de la rafle du Vel d’Hiv, face à cet événement qui marque à jamais la conscience de chacun d’entre nous, l’action des « Justes de France » nous réconcilie avec nous-mêmes.
A tous les Justes, à leurs familles, je veux dire que jamais la France n’oubliera leur geste, je veux dire que jamais la France n’oubliera leur sursaut d’humanité.
Je vous remercie.

  •  (format pdf - 35.2 ko - 19/07/2009)

[1Source : http://www.defense.gouv.fr/sedac/pr.... Seul le prononcé fait foi.