Histoire coloniale et postcoloniale

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l’OAS au coeur de la République

jeudi 2 février 2006

Quelques événements récents témoignent de la considération croissante accordée par nos gouvernants à certains des plus violents anciens terroristes de l’OAS.

Jusqu’où ?
Jusqu’à quand ?

D’Athanase Georgopoulos ...

Poursuivant l’oeuvre largement engagée par son prédécesseur, le Premier ministre a fait discrètement publier, dans l’édition du 30 décembre 2005 du Journal officiel, un arrêté portant désignation des membres de la commission de l’indemnité forfaitaire - commission prévue à l’article 4 du décret n° 2005-540 du 26 mai 2005 pris pour l’application de l’article 13 de la loi n° 2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés. Parmi les représentants des rapatriés dans cette instance présidée par un conseiller d’État figure l’un des anciens responsables de l’OAS en Algérie, Athanase Georgopoulos [1].

... à Jean-François Collin

Déjà, le 25 novembre dernier, suivant les informations publiées sur le site Internet de l’ADIMAD [2], les services du Premier ministre (Mission interministérielle aux rapatriés) avaient posté un courrier à l’intention de Jean-François Collin, président de cette association déclarée de nostalgiques de l’OAS, pour l’inviter à participer à la cérémonie prévue le 5 décembre 2005, quai Branly à Paris, en hommage aux Morts pour la France pendant la Guerre d’Algérie [3].

Jean-François Collin, cité à comparaître [4]prochainement devant le TGI d’Aix-en-Provence à l’initiative de l’un des fils d’une victime de l’OAS, suite à l’érection à Marignane, en juillet dernier, d’une stèle en hommage aux "fusillés de l’OAS" [5], était ainsi prié d’honorer de sa présence une cérémonie de la mémoire.

Mais de quelle mémoire s’agit-il là ?

Il nous faut rappeler ici que le passé peu glorieux de Jean-François Collin [6] est indissociable du souvenir d’un authentique gaulliste, en la personne d’Yves Le Tac, héros de la France libre et de la Résistance.


Yves Le Tac, un résistant de la première heure

Avec son frère Joël, compagnon de la Libération, Yves Le Tac s’est très vite rallié au général de Gaulle. Il organise la mission Overcloud qui a consisté, outre le fait d’établir des contacts entre Londres et des groupes de résistants, parmi lesquels des cheminots en Bretagne, à mettre en place un dispositif assurant une liaison sûre entre la France et l’Angleterre.

A la suite d’une trahison, les deux frères Le Tac sont arrêtés en février 1942, à Paris, par des agents de l’Abwehr (le service de renseignement de l’armée allemande) et déportés au camp du Struthof, dans le Bas-Rhin. Yves Le Tac va y contracter le typhus. Transféré au camp de concentration de Dachau et mal soigné, il rechute. Il ne sera libéré qu’à la fin de la guerre.

En 1956, Yves Le Tac débarque en Algérie, où il préside l’association pour le soutien au général de Gaulle. En 1961, après le putsch raté des généraux hostiles à la politique du chef de l’Etat, il est condamné à mort par l’Organisation armée secrète (OAS) qui lutte pour l’Algérie française.

L’OAS s’acharnera contre lui. Après avoir été la cible de plusieurs tentatives d’attentats à Alger, il est grièvement blessé par balles en octobre 1961. Evacué à Paris, il est hospitalisé au Val-de-Grâce. Pierre Sergent envoie alors à Paris un commando de l’OAS avec mission de l’achever sur son lit d’hôpital.

Voici ce que Georges Fleury écrit dans son Histoire secrète de l’OAS
 [7]

La présence d’Yves Le Tac au Val-de-Grâce a été découverte un peu par hasard par Jean-François Collin, un tout jeune sous-lieutenant du groupement des commandos parachutistes qui a participé [...] à la prise du Palais d’Eté au soir du 22 avril 1961. Ce farouche défenseur de l’Algérie française [...] a eu le biceps droit complètement arraché par une décharge de fusil de chasse tirée à bout portant par un rebelle au terme de l’assaut lancé dans l’Ouarsenis. Après un séjour à l’hôpital Maillot, il a été évacué sur le Val-de-Grâce [...].

Venant une fois par semaine en consultation à l’hôpital du boulevard de Port-Royal, Collin n’a pas attendu d’être tout à fait remis pour prendre du service dans l’OAS. [...]

[Grâce à un subterfuge, Jean-François Collin apprend que Yves Le Tac se trouve, sous forte protection, dans une chambre du Val de Grâce.]
Fort de ces renseignements, suivant les ordres de Sergent, le lieutenant Godot a organisé une première tentative d’élimination. Mais il y avait ce jour-là tellement de gendarmes dans la place qu’[il a décidé] de remettre l’affaire.

Aujourd’hui [18 février 1962], alors qu’il est un peu plus de 15 heures, Jean-François Collin attend, pas très loin du Val-de-Grâce, le retour du commando que le lieutenant Godot a lancé une nouvelle fois contre Yves Le Tac en se basant sur ses plans et ses observations.

Outre Godot et son adjoint, l’adjudant-chef Marc Robin, le groupe d’hommes qui a cette fois mis à profit le relâchement dominical pour s’introduire dans l’hôpital est composé de [quatre hommes. Ils parviennent à pénétrer dans la chambre d’Yves Le Tac].
Le vacarme alerte d’autres gendarmes. Une brève fusillade éclate. [...]
Des renforts accourent. Le lieutenant Godot [...] ordonne le repli.

Yves Le Tac a, une nouvelle fois, miraculeusement échappé à la mort. [8]

Comme on le voit, sous l’influence du négationnisme colonial ambiant, les criminels de l’OAS et leurs représentants ont désormais droit de cité dans les ministères et les cérémonies officielles les plus éminentes.

Jusqu’à quand ?


[2Une présentation de l’Association amicale pour la Défense des Intérêts Moraux et matériels des Anciens Détenus politiques de l’Algérie française.

[3Notons au passage qu’à notre connaissance les enfants de victimes de l’OAS morts pour la France n’ont pas bénéficié de cette sollicitude des services officiels.

[6Jean-François Collin est un ancien conseiller municipal FN de la ville de Hyères.

[7Georges Fleury, Histoire secrète de l’O.A.S. Grasset, 1042 p. Première édition octobre 2002, nouveau tirage janvier 2003. Septième partie : Le temps des barbouzes ; chapitre 60, Salan et de Gaulle : la guerre à outrance ! pp. 566-567.

[8Durant les années 70, Yves Le Tac va militer parmi les gaullistes de gauche, aux côtés de Maurice Clavel et de Solange Troisier. Il a également été président de l’association Ligue pour la dignité de l’enfant.
Il devait décéder le 6 juillet 1998, à l’âge de 90 ans.