contre l’antisémitisme : solidarité avec Benjamin Stora

publié le 3 octobre 2008 (modifié le 9 septembre 2009)

A propos du livre Les Trois exils juifs d’Algérie de l’historien Benjamin Stora, l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol a publié, en juin 2008, une page aux connotations manifestement antisémites.

Cet hebdomadaire étant coutumier des provocations de ce genre – il avait publié, en janvier 2005, les propos de Jean-Marie Le Pen disant que « l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine » pendant la seconde guerre mondiale, qui ont provoqué sa condamnation… –, on pouvait se demander si le mieux ne consistait pas à ignorer purement et simplement cette publication dont, en l’occurrence, les termes et les allusions sont formulés de telle façon qu’elle ne semble pas devoir tomber sous le coup de la loi.

Mais le fait que cet article rappelle les pires allusions obsessionnelles de la presse antisémite des années 1930 et du début des années 1940 nous amène à réagir. En effet, les caricatures accompagnant l’article cultivent ouvertement les stéréotypes que cette presse appliquait aux Juifs. Et, comme elle le faisait aussi, l’article s’en prend aux changements de patronymes opérés par tel ou tel personnage public juif, parlant notamment de Enrico Macias « alias Ghrenassia », de « son collègue Patrick Benguigui alias Bruel », du « journaliste Jean Bensaïd-Daniel » ou du « comédien Roger Lévy-Hanin ». Comment ne pas songer au thème familier de la presse antisémite d’hier, selon lequel « le Juif » chercherait à « se cacher parmi les Français », et selon lequel il s’agirait de « leur apprendre à le reconnaître » ?

Dans ces conditions, le CVUH se doit d’attirer publiquement l’attention sur le caractère nauséabond de ces propos. Ceux-ci montrent que, contrairement aux analyses de certains auteurs pour qui l’antisémitisme aujourd’hui se réduirait à une « nouvelle judéophobie » issue de l’islamisme et de « l’extrême gauche pro-palestinienne », en réalité le « vieil » antisémitisme nationaliste et conservateur est loin d’avoir disparu.

Nous tenons à exprimer à notre collègue Benjamin Stora, professeur d’histoire contemporaine à L’Institut des langues et civilisations orientales (Inalco), auteur de nombreux ouvrages, notamment sur l’histoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ainsi que de l’immigration algérienne en France, notre entière solidarité, et plus généralement notre vigilance face à cette recrudescence.

Gilles Manceron

mis en ligne sur le site du CVUH le 14 septembre 2008


Communiqué - mai 2006



Les membres du comité scientifique et du comité d’organisation du colloque d’histoire franco-algérienne de Lyon (École normale supérieure, 20, 21, 22 juin 2006, site web :
http://ens-web3.ens-lsh.fr/colloque...), informés des attaques dont sont l’objet de divers côtés plusieurs historiens de l’Algérie devant participer au colloque, tiennent à exprimer leur consternation et leur condamnation de telles attaques.

Il n’est, en particulier, pas admissible qu’un historien comme Benjamin Stora, qui œuvre sans relâche depuis plus de deux décennies pour une meilleure connaissance de l’histoire de l’Algérie contemporaine, soit, ici, traité ignominieusement de différent noms, ou encore, là, de compagnon de route du FLN, voire, ailleurs encore, être la cible de méprisables attaques antisémites.

C’est pour avoir refusé de se plier au manichéisme que des historiens comme Benjamin Stora sont cloués au pilori.

Tous les historiens visés, Benjamin Stora notamment, peuvent être assurés de notre total soutien.





Signataires [1]

  • Frédéric ABECASSIS, Maître de conférence, École Normale Supérieure LSH Lyon
  • Linda AMIRI, Doctorante en Histoire, IEP de Paris
  • Nicolas BANCEL, Professeur, Université de Strasbourg II-Marc Bloch,
    directeur du laboratoire EASS
  • Gilles BOYER, Enseignant, IUFM Lyon
  • Omar CARLIER, Professeur, université Paris VII
  • Luc DEWEHELS, Directeur du département d’arabe à l’INALCO.
  • Bruno ETIENNE, membre de l’Institut universitaire de France, directeur de l’Observatoire du religieux à l’IEP d’Aix-en-Provence
  • Benoît FALAIZE, Chargé d’Études, Institut National de la Recherche Pédagogique
  • Olivier FARON, Directeur École Normale Supérieure LSH Lyon
  • Marc FERRO, Directeur d’études à l’EHESS, co-directeur des Annales
  • Jacques FRÉMEAUX, Professeur, Sorbonne-université Paris IV
  • Fatima Zohra GUECHI, Professeur, Université de Constantine (Algérie)
  • Mohammed HARBI, Professeur émérite université Paris VIII
  • Ugo IANNUCCI, ancien Bâtonnier, Président Chaire lyonnaise des Droits de l’Homme
  • Jean-Charles JAUFFRET, Professeur Institut d’Études politiques Aix en Provence et Université Montpellier III
  • Olivier LE COUR GRANDMAISON, Université d’Evry-Val-d’Essonne
  • Claude LIAUZU, Professeur émérite université Paris VII
  • Liêm-Khê LUGUERN, Doctorante à l’EHESS
  • Gilles MANCERON, Historien, Vice-Président de la Ligue des droits de l’Homme
  • Gilbert MEYNIER, Professeur émérite université Nancy II
  • Radia MOUSLI, Cadre, membre de CARA (Cercle des Algériens en Rhône-Alpes)
  • André NOUSCHI, Professeur émérite université de Nice
  • Zohra PERRET MADANI, Psychanalyste, présidente de France-Algérie Rhône-Alpes
  • Nadine PICAUDOU, Professeur d’Histoire à l’INALCO.
  • Annie REY-GOLDZEIGUER, Professeur émérite université de Reims
  • Daniel RIVET, Paris 1 et IISMM-EHESS
  • Fouad SOUFI, Archiviste, Archives nationales d’Algérie
  • Véronique STACCHETTI, Professeur de lycée/Institut Nal de la Recherche Pédagogique
  • Mohamed TAYEBI, Cadre, président de CARA (Cercle des Algériens en Rhône-Alpes)
  • Pierre VIDAL-NAQUET, Directeur de recherche émérite, École des Hautes Études en Sciences Sociales
  • Michel WILSON , Conseiller technique au Cabinet du Président, région Rhône-Alpes
  • Afifa ZENATI, Ingénieur d’Études, École Normale Supérieure LSH Lyon





Soutien à Mohammed Harbi et Benjamin Stora


Nous exprimons notre indignation devant les campagnes de presse ad nominem et/ou antisémites, visant notamment nos collègues Benjamin Stora - ce dernier mis dans la charrette des “Juifs” -, de l’autre Mohammed Harbi, bassement attaqué pour la vraie raison qu’il est un historien indépendant et honnête et qu’il n’a jamais craint de s’attaquer aux injonctions officielles du pouvoir d’Etat algérien en matière d’histoire, et nous sommes solidaires de tous ceux qui ont protesté contre ces attaques.

Le 18 juin 2005

Pour le Collectif des historiens contre la loi du 23 février 2005

Claude LIAUZU
Gérard NOIRIEL
Gilbert MEYNIER

[1La liste a été arrêtée au 23 mai 2006.