conférence de presse du 17 juin 2005

publié le 18 juin 2005 (modifié le 8 février 2021)

Vendredi 17 juin 2005, diverses associations - dont la LDH, le MRAP, la FSU, le Collectif des historiens contre la loi du 23 février 2005 ... - ont mis en garde contre une réhabilitation insidieuse de l’OAS et plus globalement du colonialisme français en Algérie.

La prochaine inauguration d’une stèle à la mémoire d’anciens membres de l’OAS et la loi du 23 février 2005 témoignent de cette entreprise.

Voir ci-dessous des articles publiés à cette occasion :
AFP, le Monde, Nouvel Observateur, L’Humanité, Libération.

Mise en garde d’associations contre une réhabilitation insidieuse de l’OAS

PARIS - AFP - Vendredi 17 Juin 2005 - Plusieurs associations, dont la Ligue des Droits de l’Homme, le MRAP et la FSU, ont mis en garde vendredi contre une réhabilitation insidieuse de l’OAS et plus globalement du colonialisme français en Algérie.

La prochaine inauguration d’une stèle à la mémoire d’anciens membres de l’Organisation armée secrète (OAS) et une récente loi concernant les Français rapatriés d’Algérie témoignent de cette entreprise de réhabilitation, ont affirmé des responsables de ces associations au cours d’une conférence de presse.

Une stèle doit être dévoilée le 6 juillet à Marignane (Bouches-du-Rhône) sur une parcelle du nouveau cimetière de la ville attribuée par la mairie à l’association ADIMAD (de défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française).

Par ailleurs, une loi, datée du 23 février, précise que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ».

« Il s’agit d’honorer des crimes fascistes au nom de la République française », a déclaré le président de la LDH, Jean-Pierre Dubois. « Que cherchent les pouvoirs publics avec cette loi, avec ce laisser-faire » à Marignane, a-t-il ajouté. Il a précisé que la LDH étudiait la possibilité de poursuites judiciaires et demandait, comme le MRAP, l’annulation de la cérémonie.

Mouloud Aounit (MRAP) a dénoncé « une entreprise inquiétante de réhabilitation du colonialisme » qui « relève d’une provocation ».

Jean-François Gavoury, fils du commissaire central d’Alger Roger Gavoury assassiné par l’OAS en 1961, a dénoncé l’érection de monuments à la « gloire »
d’anciens « terroristes de l’OAS », y voyant « une faute lourde de la part des maires qui en acceptent l’édification sur leur territoire ». [1]

Jean-Philippe Ould Aoudia, fils d’un inspecteur de centres sociaux-éducatifs assassiné par l’OAS en 1962, a déploré que des élus « autorisent l’édification de monuments en l’honneur d’individus condamnés à mort et exécutés ».

Selon la LDH, à Marignane l’ADIMAD a l’intention de rendre hommage à « des activistes qui ont tous été jugés et condamnés en leur temps par la justice française ».

De leur côté, la Ligue de l’Enseignement et les syndicats FSU, SGEN-CFDT et UNSA ont dénoncé une tentative d’imposer « une histoire officielle », une « vision partielle et partiale » de l’histoire.

Polémique sur l’inauguration d’une stèle à la mémoire de l’OAS à Marignane

par Laetitia Van Eeckhout, Le Monde daté du 18 juin 2005.

Le 6 juillet doit être inaugurée, à Marignane (Bouches-du-Rhône), une stèle à la mémoire des « Combattants morts pour que vive l’Algérie française » . La date a été choisie en hommage à Roger Degueldre, fondateur des commandos Delta de l’Organisation de l’armée secrète (OAS), à Alger, au début des années 1960 ; ceux-ci assassinèrent plusieurs centaines de personnes favorables à l’indépendance de l’Algérie. Condamné à mort par la cour militaire de justice, Roger Degueldre fut fusillé le 6 juillet 1962.

Des organisations, parmi lesquelles la Ligue des droits de l’homme (LDH) et le Collectif des historiens contre la loi du 23 février 2005, se mobilisent contre cette « forme déguisée de réhabilitation du colonialisme, voire une sorte de repentance subrepticement imposée à la nation » .

Le monument de Marignane n’est pas le premier du genre. Depuis plusieurs années, dans des communes du littoral méditerranéen, se développent des initiatives consistant à élever des stèles à la gloire des « Martyrs de l’Algérie française » . Le mouvement est parti de Toulon, où ce type de monument fut inauguré le 14 juin 1980. Le 4 mars 2001, la municipalité Front national baptisait un carrefour portant le nom du général Raoul Salan, l’un des officiers qui prit part à la tentative de putsch de 1961. Une initiative que le sénateur (UMP) Hubert Falco n’a pas remise en question depuis qu’il a été élu maire de Toulon, fin mars 2001. D’au- tres communes ont suivi l’exemple toulonnais : Théoule-sur-Mer le 1er novembre 2002, Perpignan le 5 juillet 2003 et Béziers le 6 décembre 2003.

« RÉHABILITATION »

Pour l’historien Claude Liauzu, « ces commémorations s’inscrivent dans un mouvement évident de réhabilitation du colonialisme encouragé par la loi du 23 février » , qui prévoit que « les programmes scolaires reconnaissent (...) le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » . « Dans tous ces endroits, on s’aperçoit qu’il s’agit de villes du Sud où un fort noyau de rapatriés s’est installé » , ajoute-t-il.

Ces lieux de mémoire à la gloire de l’OAS ont été érigés à l’initiative d’associations de pieds-noirs, le Cercle algérianiste et, surtout, l’Association amicale pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française (Adimad). « Ces initiatives ont des liens avec une extrême droite idéologique défendant la supériorité de la »civilisation blanche« sur »les races inférieures« , telles Jeune Nation et Europe Action » , relève Claude Liauzu qui s’étonne que « des personnes se réclamant du gaullisme gardent le silence face à des mouvements qui ont tenté d’assassiner de Gaulle et qui le poursuivent d’une haine post mortem » .

Si elle ne dément pas avoir attribué à l’Adimad une parcelle vierge au sein du nouveau cimetière municipal, la mairie de Marignane se montre peu loquace sur cette affaire. Elu maire en 1995 sous l’étiquette Front national, avant de rallier le Mouvement national républicain de Bruno Mégret, Daniel Simonpieri, qui a intégré, le 31 mars, le groupe UMP au conseil général des Bouches-du-Rhône, ne souhaite pas faire trop de publicité autour de l’événement. « La demande de l’Adimad a paru suffisamment légitime ailleurs pour que Marignane y accède » , justifie son service de communication.

Une réhabilitation insidieuse
de l’OAS et du colonialisme ?

sur le site du Nouvel Observateur.

Plusieurs associations ont dénoncé vendredi une provocation intolérable : l’inauguration d’une stèle en l’honneur de l’OAS dans les Bouches-du-Rhône.

Une affiche de l’OAS.

Vendredi 17 juin, diverses associations, dont la Ligue des Droits de l’Homme, le MRAP et la FSU, ont mis en garde contre une réhabilitation insidieuse de l’OAS et plus globalement du colonialisme français en Algérie.
La prochaine inauguration d’une stèle à la mémoire d’anciens membres de l’Organisation armée secrète (OAS) et une récente loi concernant les Français rapatriés d’Algérie témoignent de cette entreprise de réhabilitation, ont affirmé des responsables de ces associations au cours d’une conférence de presse.

Mesures inacceptables

Une stèle doit en effet être dévoilée le 6 juillet à Marignane, dans les Bouches-du-Rhône, sur une parcelle du nouveau cimetière de la ville attribuée par la mairie à l’association ADIMAD (de défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française).

Par ailleurs, une loi, datée du 23 février, précise que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ».

Sonnette d’alarme

« Il s’agit d’honorer des crimes fascistes au nom de la République française », a déclaré le président de la LDH, Jean-Pierre Dubois. « Que cherchent les pouvoirs publics avec cette loi, avec ce laisser-faire » à Marignane, a-t-il ajouté.

Au nom du MRAP, Mouloud Aounit a dénoncé « une entreprise inquiétante de réhabilitation du colonialisme » qui « relève d’une provocation ».

Une stèle à la gloire de l’OAS

par Émilie Rive, L’Humanité du 17 juin 2005

Polémique autour de l’inauguration, le 6 juillet prochain à Marignane, d’un monument à la mémoire des « fusillés de l’OAS ». Il en existe déjà deux, l’un à Toulon, l’autre à Perpignan.

C’est une réaction de colère et de rappel à l’histoire qui anime l’Association des amis de Max Marchand, de Moulod Ferraoun et leurs compagnons, la Ligue des droits de l’homme, le MRAP, l’Institut Charles-André-Julien, le collectif des historiens contre la loi du 23 février 2005, les syndicats SGEN-CFDT, UNSA-Éducation, FSU... Ils ont décidé de se rassembler, le 6 juillet prochain, afin de dénoncer l’inauguration, à Marignane (Bouches-du-Rhône), d’un monument à la gloire des « fusillés de l’OAS ».

Pourquoi le 6 juillet ? Ce fut le jour, en 1962, où fut exécuté, parce que condamné à mort, Robert Degueldre, chef des commandos Delta de l’OAS à Alger, auteurs de milliers de meurtres. Parmi les victimes, Roger Gavoury, commissaire central d’Alger, trois enseignants algériens et trois enseignants français, dirigeants des centres sociaux éducatifs, dont Mouloud Ferraoun et Max Marchand, ou, en une semaine, 250 Algériens, dont des ouvriers du port et des femmes de ménage. La liste des victimes recouvrirait un mur autrement plus noir et imposant que celui des « fusillés » meurtriers, qui rendra hommage à Bastien-Thiry, auteur de la tentative d’assassinat de De Gaulle, au Petit-Clamart, en août 1962.

« Ce n’est pas le premier monument dans cet esprit, explique Gilles Manceron, historien, vice-président de la LDH. Il y en a un à Toulon depuis 1981, un à Perpignan depuis 2003. Il y a aussi des plaques, des carrefours. Tout cela est le résultat du lobbying d’associations de nostalgiques d’extrême droite, encouragés par le maintien du matelas électoral du FN, et qui reçoivent une oreille favorable de certains membres de l’UMP, à la lisière, tel le maire de Marignane. Ce sont des nostalgiques d’un combat colonial jusqu’au-boutiste, liés aussi à une certaine vision de l’oeuvre positive de la France dans les colonies. »

En fait, ce sont les mêmes qui ont été principalement auditionnés par les parlementaires chargés de rédiger le rapport qui a conduit à la loi du 23 février 2005. Ils ont pesé en faveur des articles 4 et 13, dont le premier institue un enseignement du « rôle positif » de la présence française en outre-mer et le second prévoit le paiement, par l’État, d’une indemnité aux membres de l’OAS condamnés, emprisonnés, assignés à résidence ou s’étant exilés.

« Ce lobby est relativement marginal, précise Gilles Manceron, mais il peut influencer des élus locaux, des parlementaires, parce que, depuis la fin de l’époque coloniale, ni l’éducation nationale, ni les institutions n’ont formulé d’explications claires. Cela s’explique par l’amnistie, par une volonté de tourner la page. Mais on n’a pas qualifié les choses et, dans cette espèce de flou, ces représentations d’hier ressurgissent chez des gens d’une certaine génération qui n’ont pas bougé dans leur tête. La société française est à la croisée des chemins. Il y a eu une réémergence de ce qui s’est passé le 17 octobre 1961 à Paris ou le 8 mai 1945 à Sétif. Il y a une génération qui veut savoir la vérité. »

Les nostalgiques de l’Algérie française brouillent la mémoire

par Catherine Coroller, Libération du 18 juin 2005

Tollé contre la tentative de réhabilitation d’un ancien de l’OAS.


« On envisage une fois de plus d’assassiner la mémoire de nos pères en honorant celle de leurs bourreaux. » C’est Jean-Philippe Ould Aoudia qui parle. Le 25 janvier 1961, son père, inspecteur de l’Education nationale, a été assassiné par l’OAS (Organisation de l’armée secrète) à Alger. Jugé, puis fusillé en 1962, Roger Degueldre, le chef du commando Delta responsable du meurtre, fait aujourd’hui l’objet d’une tentative de réhabilitation. Le 6 juillet, une stèle à sa mémoire doit être inaugurée à Marignane (Bouches-du-Rhône) par l’Association amicale pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française (Adimad) sur une parcelle du nouveau cimetière de la commune. Vendredi, Jean-Philippe Ould Aoudia est venu protester contre cette tentative « de transformer des assassins en héros et martyrs », aux côtés de Jean-François Gavoury, fils du commissaire central d’Alger assassiné le 31 mai 1961 par l’OAS, et de responsables associatifs, syndicaux, et d’un collectif d’historiens. Pour tous, l’initiative marignanaise est le fruit du « lobbying de nostalgiques de l’Algérie française ». En février déjà, le Parlement avait adopté une loi dont l’article 4 recommande aux manuels scolaires de reconnaître « le rôle positif de la présence française en Afrique du Nord ». Vendredi, les opposants à cette réhabilitation ont demandé au préfet l’interdiction de la cérémonie. Dans le cas contraire, la Ligue des droits de l’homme et le Mrap appelleront à un rassemblement le 6 juillet à Marignane.

[1Jean-François Gavoury devait notamment évoquer le souvenir du préfet Claude Erignac : « Je souhaite à sa famille de ne jamais voir édifié, en Corse ou ailleurs, quelque cénotaphe à la gloire de ceux qui ont participé au lâche assassinat de ce haut fonctionnaire. » (Note de la LDH)