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condamnation pour harcèlement dans les cuisines de l’arsenal

mercredi 1er avril 2009

Une affaire de harcèlement moral et de discrimination raciale a été plaidée devant le tribunal correctionnel de Toulon, le 2 mars dernier. Les faits se sont déroulés en 2006-2007 dans un restaurant de l’arsenal. Des propos dégradants, humiliants, racistes, et un rapport d’inspection militaire qui avait conclu à l’absence d’éléments susceptibles de justifier une sanction...

Le tribunal a rendu sa décision le 30 mars : condamnation du chef de cuisine de l’arsenal à 8 mois de prison avec sursis.

[Première mise en ligne le 3 mars, mise à jour le 1er avril 2009]

Harcèlement : le chef de cuisine de l’arsenal condamné

Var Matin, le 31 mars 2009


Poursuivi pour harcèlement et injures raciales, le chef de cuisine de l’arsenal a été condamné, hier, devant le tribunal correctionnel de Toulon à huit mois de prison avec sursis et à 300 euros d’amende. Par ailleurs, une expertise est ordonnée afin d’établir le préjudice psychologique subi par l’une des trois victimes.

Pendant de longs mois, deux femmes et un homme, employés au sein du service de restauration, ont subi les foudres de leur supérieur hiérarchique. Vexations, injures, dénigrement : leur lieu de travail était devenu un enfer. La direction est alertée. Mais le rapport interne n’est pas favorable aux plaignants. Il faudra attendre une enquête des gendarmes maritimes pour que l’affaire donne enfin lieu à des poursuites et à un renvoi devant la justice.

Le prévenu persistait à nier

Le 2 mars dernier, les trois victimes ont ainsi expliqué leurs conditions de travail face à un prévenu qui a persisté à nier les faits reprochés.

Hier, le jugement a été rendu. Il reconnaît les préjudices subis par les trois employés de la cantine de l’arsenal. Un pas en avant, selon l’association Le Cap, spécialisée dans le soutien aux victimes de harcèlement. « Ce jugement reconnaît le préjudice psychologique. De quoi faire réfléchir certaines administrations sur leur façon de gérer les affaires de harcèlement au quotidien ».

L’association Le Cap

Cette fois encore, ce sont les militants de l’association Le Cap qui, en soutenant cet homme et ces deux femmes, leur auront permis d’obtenir réparation.

Regrettons à nouveau que cette association, qui apporte soutien, accompagnement social, administratif ou juridique aux victimes de discrimination ou de harcèlement sur leur lieu de travail, ne soit soutenue financièrement que par le Conseil régional et la Délégation aux droits des femmes. [1]

Association LE CAP - HARCELEMENT
14 rue Nicolas Peiresc – 83000 TOULON
Tél 04 94 64 43 32


Des « plaisanteries » d’un goût douteux

par Marielle Valmalette, La Marseillaise du 3 mars 2009


L’ancien chef de la cantine Castigneau accusé de « discrimination » et « harcèlement moral ».

Hier matin s’est tenu le procès de Richard A., ancien chef du service restauration de la cantine Castigneau de la Marine, accusé par trois anciens membres de son équipe de « discrimination raciale » pour l’une et « harcèlement moral » pour les deux autres. Depuis, le service a éclaté et les trois plaignants ne travaillent plus avec l’accusé.

Mais à l’époque des faits (2006- 2007), Richard A. était le supérieur hiérarchique de Sonia P. et de Marie-Louise N. Le troisième plaignant, Patrick. P., était cuisinier et a officié un temps au même grade que Richard A. avant que celui-ci ne soit promu, en 2007, chef du service restauration après une restructuration. Une distinction qui, aux dires de nombreux témoins, aurait fait « prendre la grosse tête » à cet ancien militaire.

« Autoritarisme »

C’est en tout cas à ce moment-là que les plaignants notent une « dégradation de l’ambiance » et découvrent en Richard A. un supérieur « tyrannique, odieux, imbu de lui-même et irrespectueux envers ses subordonnés ». Ils ne seront d’ailleurs pas les seuls à dresser ce portrait peu flatteur : sur les 15 personnels de l’équipe composant le service de restauration, 9 témoignent à charge en pointant du doigt « l’autoritarisme » de Richard A.. Plusieurs alimentent d’ailleurs la plainte pour « harcèlement moral » et attestent des propos discriminatoires tenus à l’encontre de Marie-Louise N.

Celle-ci, d’origine malgache, se voyait régulièrement confier des tâches ingrates et se serait fait traiter « à plusieurs reprises » de « négresse » et d’ « esclave ». « Une fois, j’avais une minerve autour du bras car je ne la portais que lorsque j’avais mal au cou. Il m’a dit qu’il ne manquait plus que le sigle SS, mais que si on était à cette époque, je ne ferais pas la fière. Une autre fois, après avoir terminé de manger, il m’a dit : "esclave débarrasse". Un autre jour ; il m’a balancé : "négresse, y a la friteuse à nettoyer". Il m’a dit : "ce n’est pas péjoratif en ce moment je lis un livre sur l’esclavage... tu ne ferais pas la belle si tu vivais à cette époque, car tu travaillerais avec des chaînes aux pieds" ».

Pour sa défense, Richard A. avance qu’il s’agissait de « plaisanteries ». « J’ai été marié à une Malgache, elle me rappelait ma femme », confie l’accusé... « Et sur les esclaves qui travaillaient enchaînés ? », demande la présidente. « C’était pour information », rétorque l’accusé (sic), décrit par quelques collègues comme un « féru d’histoire ».

« Cas social

Richard A. dit ne pas comprendre pourquoi on le traîne de vent un tribunal. « Mme N. était. la personne que j’estimais le plus...  », soutient-il. Pas plus qu’il ne comprend la plainte pour harcèlement déposée par Sonia P. Cette jeune femme blonde aux traits durs explique que son supérieur était « sans cesse sur [son] dos », jusqu’à la rendre malade. Un ulcère a en effet été diagnostiqué, qu’elle attribue aux pressions qu’elle aurait subies.

« Bizarrement », selon la présidente, alors qu’elle avait toujours été bien notée dans son travail, son comportement est qualifié de « nuisible pour la bonne marche du service » en 2007. Date à laquelle les rapports entre Sonia P. et Richard A.. se sont considérablement dégradés.

Là encore, plusieurs collègues témoignent de propos insultants tenus par l’accusé, traitant Soma P. en public « d’idiote » et de « cas social ». « J’ai peut-être eu des propos blessante mais je ne voulais pas la blesser. Je n’ai jamais dit que c’était un cas social... enfin j’ai pu le dire mais pas régulièrement, et, dans ma tête, ce n’était pas péjoratif. Vous savez, dans le milieu professionnel, n’est pas toujours très élevé », répond Richard A..

Bref, il défend la thèse de blagues échangées en cuisine, certes un peu lourdes, mais pas méchantes. Quant à Patrick P., qui le poursuit aussi pour « harcèlement moral », l’accusé évoque un possible mobile de « jalousie ».

Ce dernier aurait mal vécu que Richard A. soit nommé chef à la tête du service, alors qu’ils avaient le même grade et que Patrick avait un peu plus d’expérience. Lui explique au contraire que lorsque Richard A. a obtenu sa promotion, il était motivé pour travailler « en tandem ». « J’étais prêt à jouer le rôle d’adjoint », souligne-t-il.

Mais très vite, il se sent « brisé » et mis à l’écart par son nouveau chef. « On m’a fait comprendre que je n’étais rien », dit-il encore. Et de poursuivre : « A l’origine, je suis allé chez les gendarmes pour témoigner pour Melle P. et Mme N.. Mais j’ai craqué. Je me suis rendu compte que j’étais en dépression. Ce dont je rends M. A. responsable, c’est cette ambiance : la cuisine était devenue une dictature ».

La Défense a plaidé la relaxe mais le procureur a requis 12 à 18 mois de prison avec sursis. Le jugement a été mis en délibéré au 30 mars.

Marielle Valmalette

[1Voir http://www.ldh-toulon.net/spip.php?....

Et voici la réponse, datée du 17 février 2009, du Conseil général du Var à la demande de subvention de l’association :