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commémoration des massacres de 1962 à Oran : hommage aux victimes ou réhabilitation de l’OAS ?

mardi 11 juillet 2006

La préfecture de police de Paris a fait annuler in extremis la cérémonie prévue à l’occasion du ravivage de la Flamme sur la tombe du Soldat inconnu, sous l’Arc de Triomphe, le 5 juillet 2006. La participation annoncée à cette manifestation d’anciens de l’OAS et de leurs apologistes avait soulevé l’indignation.

Une gerbe sur la tombe d’un assassin

Stèles, plaques, indemnisations d’anciens criminels, le mouvement de réhabilitation de l’OAS se poursuit. Après Théoule-sur-Mer le 13 mai dernier, après Perpignan le 7 juin, les hommages publics aux terroristes de l’OAS condamnés à mort se multiplient. Samedi 1er juillet 2006, au cimetière des Gonards de Versailles, c’est la sépulture de Roger Degueldre qui était honorée publiquement [1].

Deux organisations sont à l’initiative de cet hommage : l’ADIMAD présidée par Jean-François Collin ancien membre de l’OAS [2], et le Cercle national des combattants de Roger Holeindre [3]

En réponse au MRAP, qui avait demandé l’interdiction de « cette manifestation publique totalement contraire aux valeurs de la République française », le préfet des Yvelines s’était dit dans l’impossibilité d’interdire une « manifestation [qui] revêt un caractère confidentiel et privé ».

La gerbe déposée sur la tombe de Degueldre portait l’inscription suivante :

Remarquez le sigle obtenu en ne gardant que les premières lettres de chaque ligne.

En juillet 2005 déjà, l’OAS était présente

Pendant plusieurs années, des nostalgiques de l’Algérie coloniale se sont retrouvés le 5 juillet, au pied de la statue du Maréchal Lyautey (place Denys Cochin - derrière les Invalides), à l’appel de Jean-Pierre Rondeau, président de l’association ALLO, de Jean-François Collin, président de l’ADIMAD, et de Gérard Garcia de l’Association des Amis d’Algérianie [4].

La date du 5 juillet avait été choisie en référence à l’Algérie : le 5 juillet 1830 c’est la prise d’Alger par les Français, et le 5 juillet 1962 c’est l’indépendance de l’Algérie.

Mais le 5 juillet 1962, c’est aussi le drame d’Oran : des centaines d’Européens sont arrêtés, regroupés, parfois très gravement maltraités ; un certain nombre disparaissent dans des circonstances que leurs proches n’ont jamais pu élucider.

Le 5 juillet 2005, au pied de la statue de Lyautey.

L’appel de Jean-Pierre Rondeau en 2005 [5] est reproduit sur le site de Jean-Gilles Malliarakis, chroniqueur de Radio-courtoisie dont l’ouverture à l’extrême droite est bien connue [6].

Jean-Pierre Rondeau.

Mais qui est Jean-Pierre Rondeau ? En consultant sa biographie, on constate que sa réflexion est profondément marquée par le “ parallèle ” qu’il établit entre “ la révolte des Vendéens contre le pouvoir central et la résistance des Pieds-Noirs contre la trahison de Paris ”.

Des nostalgiques de l’OAS sur la tombe du Soldat inconnu ?

En juin 2006, Jean-Pierre Rondeau, en sa qualité de président de l’ALLO « Association des anciens du Lycée Lamoricière d’Oran », obtient du Comité de la Flamme de pouvoir déposer une gerbe et de raviver la Flamme, le 5 juillet 2006, “ en souvenir des victimes à Oran [7].

Il en informe “ les associations de Français d’Algérie comme les associations patriotiques ” : “ avec nos amis Gérard Garcia , Jean-François Collin et Georges Clément, nous vous invitons à venir vous recueillir le mercredi 5 juillet 2006 à 18 h 30 au Monument au Soldat inconnu. ” Ajoutant : “ Les discours ne sont pas autorisés sur place. Mais qu’importe ! Ce geste est bien plus important que tous les discours. Et nous sommes désormais autorisés à le répéter chaque année. Nous veillerons l’année prochaine à honorer la Mémoire de nos compatriotes disparus en entourant cette cérémonie par d’autres manifestations ”.

Le site Internet de l’ADIMAD et plusieurs sites « nostalgériques » relaient les messages de Jean-Pierre Rondeau : “ Nous avons [...] besoin de votre présence. Il se peut que nous soyons interdits au dernier moment.

Protestations contre les ex-OAS

Si l’hommage aux victimes innocentes est légitime, la participation d’anciens de l’OAS à une cérémonie de ravivage de la Flamme sur la tombe du Soldat inconnu provoque une série de réactions indignées.

Ainsi, l’Association pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO), constate, dans une lettre au général Combette, président du Comité de la Flamme, que « une fois de plus, l’association Adimad-OAS avance masquée ». L’Association des amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, créée en souvenir des six inspecteurs assassinés collectivement par l’OAS le 15 mars 1962, écrit elle aussi au président du Comité de la Flamme pour protester contre la présence d’anciens de l’OAS et lui préciser que, faute d’interdiction, « des représentants des familles des victimes [...] seront à l’Arc de Triomphe et s’opposeront, comme à Marignane le 6 juillet 2005 et à Perpignan le 7 juin 2006, aux agissements d’anciens félons de l’OAS dont la présence déshonore un lieu aussi symbolique. »

Le MRAP s’adresse à Hamlaoui Mekachera. La LDH écrit au général Combette pour demander l’interdiction de la manifestation :

Le 3 juillet 2006,

Je me permets d’attirer votre attention sur une manifestation prévue le 5 juillet sous l’Arc de Triomphe, à Paris, à l’occasion d’un ravivage de la Flamme, dont tout indique que ses initiateurs cherchent à en faire une occasion de présenter leur vision partisane de l’histoire au sujet de la mémoire des victimes civiles françaises mortes ou disparues à Oran le 5 juillet 1962.

En effet, si l’association en charge du ravivage est une association des anciens du lycée Lamoricière [...], nous craignons fort qu’elle ait été mise en avant par d’autres associations qui font l’apologie de l’OAS, telle l’Adimad, qui appellent elles aussi à cette cérémonie. Cette situation nous apparaît d’autant plus intolérable que l’OAS a été, dans cette période, à l’origine d’assassinats de soldats et gendarmes français, ainsi que de fonctionnaires de police et de civils, et que son but était d’assassiner le chef de l’Etat, le général de Gaulle et de renverser la République.

Nous sommes indignés de ce que, sur les sites internet de ces associations, cette cérémonie du 5 juillet à l’Arc de Triomphe est rapprochée d’autres manifestations (comme à Marignane le 6 juillet 2005 et à Perpignan le 7 juin 2006) à la mémoire des quatre exécutés de l’OAS pour divers assassinats ou tentatives d’assassinats, dont des tentatives d’attentats contre le chef de l’État. Situation d’autant plus scandaleuse que ce sont, en réalité, certaines des victimes de ces assassins, militaires ou civils obéissant aux autorités de la République, qui ont été reconnues comme “ Morts pour la France ”.

Jean-Pierre Dubois, président de la LDH

S’associant à ces protestations, la sénatrice communiste Nicole Borvo s’est adressée à la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, et au ministre délégué aux Anciens combattants, Hamlaoui Mékachéra, pour attirer leur attention sur « l’incompréhension et l’indignation d’organisations d’anciens combattants ou de défense des droits de l’homme ». « Ce serait un affront [...] aux valeurs que notre République se doit de défendre », conclut la sénatrice.

Dans l’entourage du ministre délégué aux Anciens combattants, Hamlaoui Mekachéra, l’affaire suscite l’embarras. « Le ministre [...] a toujours condamné l’ADIMAD et tout ce qui pouvait y ressembler », se défend l’une de ses collaboratrices. « Mais, poursuit-elle, c’est au Comité de la Flamme, qu’appartient la décision d’autoriser ou non une association à raviver la Flamme ».
Du côté du Comité de la Flamme, on assure n’avoir aucun motif valable pour empêcher la tenue de cette cérémonie,

Interdiction de la manifestation

Finalement la manifestation est interdite par la préfecture de police de Paris comme « susceptible de créer des troubles à l’ordre public » [8].

D’après des témoins, on a pu voir d’anciens militaires, coiffés du béret de parachutistes et portant des drapeaux, tenter de se rendre à l’Arc de Triomphe. Deux d’entre eux étaient présents le samedi 1er juillet au cimetière des Gonards de Versailles pour l’hommage à l’ex-lieutenant putschiste Degueldre.

Il n’y avait donc pas que d’anciens élèves qui voulaient rendre hommage aux victimes civiles du 5 juillet 1962.

Le 5 juillet 2006, ailleurs en France

- A Perpignan, le sénateur-maire Jean-Paul Alduy, toujours sensible aux « réalités électorales » avait tenu à assister à une courte cérémonie, organisée au cimetière du Haut-Vernet. Il devait déclarer : « les médias ont tendance à vouloir masquer, trahir et déformer la présence française en Algérie. Il faut regarder l’histoire dans toutes ses dimensions, de manière calme, sereine et objective ». Il a confirmé qu’un « mur des disparus » serait érigé l’an prochain à la même date dans la cour derrière le cloître des Clarisses. « Il s’agira de mettre en place un centre de la mémoire de la présence française en Algérie, un espace de travail et de recherche » [9].

On notera cependant qu’un collectif d’organisations vient d’exprimer son refus des projets de la mairie de Perpignan. Dans une déclaration commune le collectif demande la création d’un musée-centre de ressources sur l’histoire croisée de la France et de l’Algérie.

- A Toulon, différentes personnes se sont retrouvées à partir de 18 heures, au monument « aux martyrs de l’Algérie française ». Une demi-douzaine de gerbes y ont été déposées dont l’une émanant de « La ville de Toulon » aurait été mieux à sa place au monument aux morts de la ville plutôt que devant une stèle d’hommage à Roger Degueldre.

- La municipalité de Louvroil (département du Nord), lieu de naissance de Roger Degueldre, avait agi avec clairvoyance en interdisant de façon préventive tout dépôt de gerbes au monument aux morts, afin d’éviter un hommage déguisé au chef des commandos Delta.

- A Marseille, une marche silencieuse a été organisée par trois filles de disparus et sept associations de Rapatriés d’Algérie. Selon ses organisateurs, elle aurait rassemblé près de 800 personnes.

Dans le défilé de Marseille.

[1Roger Degueldre est le créateur des sinistres commandos Delta de l’OAS qui assassinèrent des centaines de civils algériens et français, dont, le 15 mars 1962 à El Biar, Max Marchand, Mouloud Feraoun, et leurs quatre collègues, tous inspecteurs des centres sociaux éducatifs. Condamné à mort par la cour militaire de justice, Roger Degueldre a été fusillé le 6 juillet 1962.

[2L’ADIMAD : « Amicale pour la Défense des Intérêts Moraux et matériels des anciens Détenus politiques et exilés de l’Algérie française » est l’amicale des anciens membres de l’OAS. Pour en savoir plus sur Jean-François Collin, consultez notre page intitulée l’OAS au coeur de la République.

[3Roger Holeindre, né en 1929, est un militant historique de l’extrême droite.
Membre actif de l’OAS (chef du réseau "Bonaparte"), il bénéficia d’une des nombreuses amnisties qui suivirent la guerre d’Algérie.
Il est l’un des fondateurs du Front national en 1972. Aujourd’hui il est membre du Bureau exéutif du FN, avec le titre de premier vice-président du FN.
De 1972 à 1986, il est responsable du service d’ordre du FN : on peut consulter le Rapport de la Commission d’enquête parlementaire sur le
DPS
ainsi que la contre-enquête du Canard enchaîné.
Parmi ses différentes fonctions, citons la présidence du "Cercle national des combattants", association satellite du Front national regroupant d’anciens combattants favorables au Front national.

(Note ajoutée le 12 juillet 2006)

[4Voir par exemple l’appel de 2003.

[6Jean-Gilles Malliarakis, né en 1944, est un ancien membre du mouvement Occident. Il a notamment dirigé de 1985 à 1991 l’organisation Troisième Voie.

[7Ces informations et les suivantes ont pour origine la page
http://www.algerie-francaise.org/cg...
du forum du site Internet www.algerie-francaise.org telle qu’elle se présentait le matin du 9 juillet.

[8L’interdiction était annoncée en milieu d’après-midi sur le site du député Lionnel Luca.

[9L’indépendant - Le midi libre.