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communiqué de la LDH

ces immigrés qu’on exploite

jeudi 5 juillet 2007

Pour protester contre des conditions de travail déplorables, soutenus par la CGT, des sans-papiers, salariés de Buffalo Grill, occupaient le parking du restaurant de Viry-Châtillon (91) depuis le 8 juin 2007. Avant cette date, ils avaient occupé l’intérieur du restaurant quotidiennement pendant dix jours. Ils ont été expulsés du parking le 3 juillet au petit matin.

Le 5 juillet, on annonçait la régularisation et de nouveaux contrats de travail pour vingt sans-papiers sur les cinquante-et-un concernés [1].

Photo AFP

Des travailleurs sans-papiers luttent pour leurs droits

Communiqué de la LDH, 4 juillet 2007

Sous-payés, surexploités, les « soutiers » sans-papiers de la chaîne des restaurants Buffalo Grill ont décidé de se battre pour obtenir les droits qui leur sont aujourd’hui déniés.

Cette action a commencé au Buffalo-Grill de Viry-Châtillon (91) le 29 mai avec une vingtaine de sans-papiers. Travaillant pour 1000 euros par mois, cumulant deux ou trois postes en un, effectuant un grand nombre d’heures supplémentaires non payées, ils ont décidé d’arrêter le travail pour demander des négociations sur leurs conditions de travail et leur droit au séjour, fortement soutenus par le syndicat CGT.

Aujourd’hui, les 57 sans-papiers qui occupaient le parking du Buffalo Grill ont été expulsés par la police.

Ils viennent de 25 restaurants de cette chaîne, répartis sur plusieurs départements, le 91, Paris, 93, 94, 78, mais aussi de province tels le Loiret, Bordeaux et la Bretagne. Beaucoup ont été licenciés ou « démissionnés », 17 d’entre-eux sont des grévistes de l’établissement de Viry-Châtillon.

Depuis 3 semaines le restaurant de Viry-Châtillon est fermé, obligeant sa direction et le préfet du 91 à engager des négociations ce mercredi 3 juillet.

C’est aussi le combat pour la régularisation de leur séjour que mènent depuis le 21 avril de nombreux sans-papiers de l’Essonne qui occupent l’église Saint-Paul à Massy. Ils viennent de déposer 506 dossiers actualisés à la préfecture pour lesquels ils demandent une régularisation immédiate.

La Ligue des droits de l’Homme, qui agit pour la défense et l’égalité des droits pour tous ceux qui vivent et travaillent ici :

  • dénonce les entreprises qui bafouent le droit du travail pour toujours mieux exploiter les travailleurs pauvres en les maintenant dans la précarité ;
  • salue et apporte le soutien de ses militants à la lutte courageuse des sans-papiers des « Buffalo Grill » comme de Massy, qui ont eu le courage de dire « ça suffit » ;
  • demande que les négociations en cours aboutissent à la régularisation du séjour de ces personnes, seul moyen de les faire accéder aux droits dans le respect de leur dignité.

« C’est l’employeur qui est dans l’illégalité, l’employé est la victime »

L’Humanité, 28 juin 2007

Violaine Carrère est chargée d’études au Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI).

  • Comment peut-on quantifier le travail illégal en France ?

Violaine Carrère. On ne possède pas d’informations chiffrées fiables à 100 %. Les statistiques établies par Claude-Valentin Marie [2] soulignent que pour dix heures de travail illégal en France, 5 sont le fait de Français, 5 d’étrangers, dont 2,5 de travailleurs sans papiers. Ce travail peut prendre des formes différentes, de l’atelier de confection clandestine aux cuisines d’un restaurateur peu scrupuleux, en passant par le bâtiment. Ce n’est pas un hasard si je cite ces trois secteurs : ce sont les plus gourmands en main-d’oeuvre illégale.

  • Ces travailleurs peuvent-ils être régularisés ?

Violaine Carrère. Cela dépend de leur titre de séjour, car certains n’autorisent pas leur porteur à avoir une activité rémunérée. Il faut s’entendre sur le vocabulaire employé : au Gisti, on préfère « travailleur illégal » à « travailleur sans papiers ». Sans papiers veut dire sans titre de séjour, or certains travailleurs illégaux ont des papiers, mais pas le droit de travailler. D’autres, réellement sans papiers, travaillent sans avoir le droit d’être en France…

  • Qui profite de la précarité de leur situation administrative ?

Violaine Carrère. Il y a deux catégories de travailleurs illégaux. Ceux qui travaillent toute l’année pour des salaires dérisoires. Les témoignages recueillis dans les différents collectifs que nous fréquentons montrent des parcours similaires. Demandeurs ou non de papiers, avec un statut de réfugiés ou pas, les propositions des employeurs faites à cette main-d’oeuvre sont les mêmes : « Tu travailles de 18 heures à 3 heures, pour 40 euros. » Cette situation vaut surtout pour la sous-traitance dans le bâtiment, sur les petits chantiers. Preuve de l’efficacité des lobbies du BTP ? Souvent, les députés prennent la parole à l’Assemblée nationale pour porter la parole des petits patrons, qui se plaignent sans arrêt de manquer de main-d’oeuvre… La deuxième catégorie, ce sont les « ponctuels ». On en voit qui guettent sur les parkings des grandes surfaces de bricolage, en banlieue parisienne. De temps en temps, quelques-uns montent dans une fourgonnette en route pour un chantier… Les gens viennent faire leur marché, et pas seulement les professionnels ! De plus en plus de particuliers trouvent ça très commode d’employer quelqu’un qui va trimer pour pas cher et sans se plaindre.

  • Pourtant, la signature d’un contrat de travail ouvre des droits à n’importe quel salarié…

Violaine Carrère. Le Code du travail permet en effet de protéger le travailleur, illégal ou pas. C’est l’employeur qui est dans l’illégalité. Il est sensé connaître la situation de son employé. Celui-ci est une victime. Ses droits sont équivalents à ceux de tout autre employé. On peut réagir, mais pour les faire valoir, il faut trouver des témoins. Très souvent, ils ont peur des représailles. Et puis imaginez un travailleur, sans papiers, reconduit à la frontière, mais qui a le droit de saisir les prud’hommes pour salaire impayé : dans les faits, croyez-vous que ce sera facile pour lui de le faire depuis l’étranger ?

Entretien réalisé par Grégory Marin

« On ne peut pas travailler la peur au ventre »

Entretien avec Demba Sidibé, gréviste, salarié de Buffalo Grill à Montgeron (Essonne).

Libération, 8 juin 2007

« Comment j’ai été embauché ? Tout s’est fait par le bouche-à-oreille. Une connaissance partait et m’a dit que son responsable cherchait de la main-d’oeuvre. Je me suis présenté, et le jour même on m’a proposé de commencer à travailler. C’est seulement au bout de trois jours qu’on m’a demandé la photocopie de mon titre de séjour et un CV.

« Ils savaient avant de nous embaucher que nos papiers n’étaient pas en règle. Dès qu’on parlait des heures supplémentaires, on s’entendait dire : "Tu sais, on connaît ta situation." Les responsables tenaient des propos très loin d’être corrects en profitant de la situation, genre "Sarkozy va passer, vous allez tous partir", ou le manager demandait à certains salariés s’ils avaient déjà préparé leur valise.
« Quand les contrôles de la gendarmerie ont commencé, certains d’entre nous ont démissionné. On ne peut pas aller travailler la peur au ventre. Les autres ont subi des pressions par la direction afin qu’ils prennent la porte.
« On veut mener une vie normale comme tout le monde, c’est-à-dire vivre comme de vrais citoyens. On n’a pas envie de continuer à s’inquiéter, que ce soit au travail, chez nous ou en ville. Trop c’est trop. Tant qu’on n’aura pas la garantie d’être tous régularisés, nous resterons ici. Chaque jour depuis le 29 mai, nous arrivons un petit peu avant que le restaurant n’ouvre, vers 9 heures. On reste sur le parking jusqu’à la fermeture à 23 heures. Par contre, on ne bloque pas l’accès aux clients. »

Hakim DJEROUDI, Saran KOLY

[1Source AFP

[2Sociologue, directeur du Groupe d’études et de lutte contre les discriminations et auteur d’études sur l’emploi et le travail illégal.