brutalités policières à Alger contre des mères de “disparus”

publié le 13 août 2010 (modifié le 16 août 2010)

Plusieurs milliers de “disparus” ont été enlevés, pour la plupart entre 1992 et 1997, le plus souvent par des services de sécurité, mais certains par des groupes armés islamistes. Leur sort reste toujours inconnu – lire l’entretien avec Yassin Temlali publié en septembre 2007. A l’occasion d’un voyage de sensibilisation de la population française, une délégation de ces mères de disparus avait été reçue en mairie de Toulon, il y a quelques années.

Aujourd’hui, les autorités algériennes semblent décidées à en finir avec les rassemblements hebdomadaires qui se tiennent chaque mercredi depuis 12 ans, devant le siège de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH). Le 4 août d’abord, puis le 11, les forces de l’ordre été particulièrement violentes à Alger.

Les autorités voudraient « tourner la page », mais les familles des disparus demandent la vérité sur le sort de leurs proches qui ont disparu. Pour pouvoir tourner la page, il faudrait d’abord qu’elle ait été écrite !

Dans un communiqué publié à Alger le 11 août 2010, Fatima Yous, présidente de SOS Disparus, appelle à un nouveau rassemblement mercredi prochain 18 août devant la CNCPPDH.

[Mise en ligne le 13 août 2010, mise à jour le 16]


Communiqué de la Femed


ALGÉRIE : des mères de disparu(e)s rouées de coups par les forces de l’ordre

La Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées (FEMED) s’insurge contre la violente répression dont ont été victimes hier matin les mères de disparu(e)s, lors de leur tentative de rassemblement sur la place Addis Abeba d’Alger.

Selon les informations communiquées par ses deux associations membres, le Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie (CFDA) et Sos Disparu(e)s, un nombre important de policiers et de gendarmes s’était déployé très tôt hier matin autour du lieu de rassemblement habituel des mères de disparu(e)s, qui s’y donnent rendez-vous tous les mercredis depuis 12 ans ].

Vers 10h30, une quarantaine de personnes ont convergé par petits groupes vers la place Addis Abeba et ont pu investir le lieu du rassemblement, avant que les forces de l’ordre ne fondent sur elles.

Déferlement de violence. Les participants ont alors été sauvagement battus. Les mères, pour la plupart très âgées, ont été jetées à terre et rouées de coups avant d’être repoussées vers le bas de la CNCPPDH. Au milieu de cette répression brutale, deux proches de disparu(e)s ont été victimes d’un malaise et ont dû être évacuées en ambulance.

Conformément à ce qui avait été annoncé la veille dans un message anonyme, les agents ont en effet tenté de procéder à l’arrestation de Madame Nassera Dutour, porte-parole du CFDA, également mère de disparu. Ils en ont été empêchés par des familles qui ont fait bloc autour d’elle. Par ailleurs, un père de disparu âgé de 82 ans et un fils de disparu ont immédiatement été arrêtés et embarqués par la police dès leur arrivée sur le lieu du rassemblement ainsi que deux jeunes hommes, membres de la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme.

Ces mesures coercitives ont pour but de réduire ces mères au silence. Les autorités algériennes mettent tout en œuvre pour clore ce dossier des disparu(e)s, si encombrant pour elles, mais c’est sans compter sur la ténacité des familles qui continueront inlassablement leur lutte pour que soient reconnus leurs droits à la Vérité, à la justice et à la réparation.

La FEMED demande instamment aux autorités algériennes de cesser d’user de violence envers ces mères, déjà profondément meurtries par la disparition d’un être cher ; et de se conformer à leurs engagements internationaux en matière de respect des droits de l’homme.

A Paris, le 12 août 2010

Rachid El Manouzi
Secrétaire Général de la FEMED  [1]




P/la FEMED
Nassera Dutour Présidente 0033(0)1 43 44 87 82

] Tous les mercredis matin depuis le 2 août 1998, les mères de disparus en Algérie effectuent un sit-in pacifique devant la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH), pour exiger la Vérité sur le sort de leurs proches disparu(e)s. Le 4 août dernier, leur rassemblement hebdomadaire avait été interdit par des policiers et des gendarmes qui les avaient sévèrement réprimés.




Familles des disparus : Le Femed dénonce

par Hacen Ouali, El Watan, 8 août 2010


La Fédération euroméditerranéenne contre les disparitions forcées (Femed) a vivement condamné l’interdiction du rassemblement hebdomadaire des mères de personnes disparues.

Dans un communiqué rendu public hier, la Femed a déploré « la violence » exercée contre des familles des disparus qui s’apprêtaient à tenir leur sit-in hebdomadaire (chaque mercredi), comme c’est la cas depuis 12 ans, devant la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH), pour « exiger leur droit à la vérité, à la justice et à la réparation pleine et entière ». Durant près de deux heures, les mères ont tenté d’accéder à leur lieu de rassemblement « alors que les forces de l’ordre les repoussaient violemment vers le bas du Palais du peuple. Les agents n’ont pas hésité à les rouer de coups malgré l’âge avancé de la plupart d’entre elles », lit-on dans le communiqué signé par le secrétaire général de la Femed, Rachid El Manouzi.

Ce dernier estime que l’empêchement des familles des disparus de se rassembler « reflète la volonté ouvertement affichée par l’Etat algérien de vouloir clore définitivement le dossier des disparus, en réduisant au silence leurs familles et en multipliant les déclarations honteuses, insulte à leur interminable souffrance ». Une attitude qu’a dénoncée fermement la Femed, jugeant que cette répression, dont sont victimes les familles des disparus, a pour but « d’éradiquer l’action des mères de disparus en Algérie ». La Femed a rappelé à l’Algérie ses engagements en matière de respect des droits de l’homme contenus dans les conventions internationales. Elle a ainsi « exhorté les plus hautes autorités algériennes à respecter la liberté d’expression, de réunion pacifique et de manifestation publique des familles de disparus, conformément aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’homme, de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme et des instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme ratifiés par l’Algérie ».

Algérie-disparus : Amnesty International et d’autres ONG épinglent Alger

par Katherine Junger, www.droits-humains.org, 16 Août 2010


Les familles des disparus en Algérie continuent d’être confrontées au mutisme du gouvernement sur le sort des victimes des violences des années 90. Pourtant, les autorités ne se limitent pas à faire la sourde oreille à ces revendications. Elles font désormais tout pour empêcher ces familles du simple fait de manifester pacifiquement et de s’exprimer, provoquant la réaction indignée des ONG internationales.

Ainsi, Amnesty International, le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH) et l’Observatoire pour la Protection des Défenseurs des Droits de l’Homme (qui est un programme conjoint de la Fédération internationale des droits de l’homme - FIDH - et de l’Organisation Mondiale Contre la Torture - OMCT), ont vivement réagi à l’interdiction violente d’une manifestation pacifique qui devait être organisée le mercredi 11 août à Alger. Les forces de sécurité ont empêché plusieurs dizaines de proches de victimes de disparition forcée de tenir une manifestation pacifique. Aucun motif officiel n’a été fourni aux familles sur les raisons de cette interdiction, les responsables de la sécurité se limitant à indiquer qu’ils appliquaient des « ordres d’en haut ».

Ces organisations ont appelé Alger à permettre aux familles des victimes de disparition forcée de tenir des manifestations pacifiques, sans crainte de subir des représailles. Elles insistent aussi pour que les autorités algériennes répondent aux demandes légitimes de ces familles de connaître la vérité, d’obtenir justice ainsi qu’une réparation adéquate.

Les familles des victimes de disparitions forcées réclament depuis des années que les autorités algériennes révèlent le sort de leurs proches, qui ont disparu après avoir été enlevés par les forces de sécurité durant les violences sanglantes des années 1990. L’Algérie avait vécu, durant la décennie 90, une quasi-guerre civile, qui a fait des dizaines de milliers de morts.

Depuis 1998, ces familles organisent presque tous les mercredis, des manifestations pacifiques en face de l’organisme officiel des droits de l’Homme à Alger, la CNCPPDH, et son prédécesseur l’Observatoire national des Droits de l’Homme.

[1Fédération euroméditerranéenne contre les disparitions forcées (FEMED)
148 rue du Faubourg St-Denis, 75010, Paris, France
Tél. : 00 33 1 42 05 06 22
femed@disparitions-euromed.org
http://federation-euromed.blogspot.com/