Histoire coloniale et postcoloniale

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au catalogue des engagements non tenus : la promesse faite aux harkis

dimanche 27 décembre 2009, par la rédaction

Le 31 mars 2007, Nicolas Sarkozy reçoit une délégation d’une centaine de harkis à son centre de campagne. Il leur déclare :

Depuis lors, Nicolas Sarkozy, toujours empressé de répéter qu’il tenait ses engagements de campagne, n’a pas trouvé le temps de respecter cette promesse.

[Page publiée le 27 décembre 2009]


Mise à jour – La lettre ouverte de Jean-Pierre Dubois adressée à Nicolas Sarkozy le 6 avril 2010 a été ajoutée le 9 avril 2010.

« Ce que souhaitent les anciens harkis et leurs familles, c’est que la France reconnaisse que son engagement à les protéger à la fin de la guerre n’a pas été tenu. Qu’elle reconnaisse que ceux qui sont venus en France ont été soumis à une procédure humiliante de “réintégration dans la nationalité française” alors que la Ve République leur avait garanti qu’ils étaient citoyens français et qu’“il n’y avait plus désormais en Algérie qu’une seule catégorie de citoyens”. »

Fatima Besnaci-Lancou et Gilles Manceron [1] ]


Ce que demandent les anciens harkis et leurs descendants, c’est que Nicolas Sarkozy respecte la promesse faite à la centaine de leurs représentants qu’il avait reçus à son siège de campagne le 31 mars 2007. Voici un enregistrement vidéo de l’allocution qu’il a prononcée à cette occasion [2] :


La promesse de Nicolas Sarkozy (6m 15s après le début de l’enregistrement) :

« Si je suis élu président de la République, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de harkis. »

Les harkis n’ont pas oublié

L’association Harkis et droits de l’Homme a rappelée cette promesse à Nicolas Sarkozy, mais il semble l’avoir oubliée [3].

L’extrême droite tente d’instrumentaliser les harkis

Alors que Jean-Marie Le Pen est venu jeudi 24 décembre 2009 apporter son soutien à des enfants de harkis qui campent devant l’Assemblée nationale, l’association Harkis et droits de l’Homme précise : « les harkis méritent mieux que le soutien de [...] l’homme du “détail”, l’homme du “Durafour-crématoire”, l’homme qui copine avec les anciens membres de l’OAS »
 [4].

Nicolas Sarkozy et la réhabilitation de la politique : chiche !

Extraits du discours prononcé par Nicolas Sarkozy
à Artemare (Ain), le 10 septembre 2009 [5]


« Toute ma vie, j’ai voulu réhabiliter la politique. Et réhabiliter la politique, c’est croire
qu’il n’y a jamais de fatalité. C’est croire qu’il n’y a pas de problème, si grand soit-il, qu’une nation comme la nôtre ne puisse affronter résolument si elle le décide. Je n’ai pas été élu pour vous proposer de subir. Alors qu’il s’agisse de la moralisation du capitalisme mondial ou du changement climatique. Réhabiliter la politique, c’est croire que la parole des responsables politiques doit garder un sens. Et il n’y a aucune fatalité à ce que le temps qui passe, les
difficultés du moment où la démagogie ambiante viennent à bout des plus belles idées, des engagements les plus indispensables et des combats les plus nobles. »

« Avant les élections on dit tout et après, on fait le contraire de tout. Moi je veux faire après les élections ce que j’avais dit que je ferai avant. Cela, ce n’est pas une question de gauche ou de droite, d’opposition ou de majorité, c’est une question de respect, de respect de la signature et respect de la parole donnée. »


Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy au sujet des harkis

Monsieur le Président de la République,

Comme la Ligue des droits de l’Homme a déjà eu l’occasion de vous l’écrire, la France s’honorerait si elle reconnaissait qu’elle a eu, durant la guerre d’Algérie et au lendemain de l’indépendance de ce pays, un comportement envers les harkis indigne d’un pays attaché aux droits de l’Homme et aux principes de sa devise républicaine. En effet, elle se grandirait en reconnaissant :
- sa responsabilité dans les promesses qu’elle a faites, pendant la guerre, que l’Algérie resterait française quoiqu’il arrive, et ses efforts pour enrôler des supplétifs, qui ont conduit certains Algériens indécis et voulant faire vivre et protéger leur famille à devenir harkis ;
- son refus de protéger, en 1962, ceux d’entre eux qui étaient menacés et d’autoriser leur rapatriement ;
- et la discrimination dont ont été victimes ceux qui ont pu néanmoins gagner la France avec leur famille et qui ont été parqués dans des camps, dans des conditions déplorables.

Le 31 mars 2007, pendant votre campagne pour l’élection présidentielle, vous avez déclaré : « Si je suis élu président de la République, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de harkis et d’autres milliers de musulmans français, et je le veux afin que l’oubli ne les assassine pas une nouvelle fois ». La Ligue des droits de l’Homme, constatant que ces paroles que vous avez prononcées il y a trois ans n’ont pas été suivies d’effets et persuadée que la France doit regarder en face toutes les pages de son passé, y compris les moins glorieuses, s’adresse de nouveau à vous pour que notre pays opère au plus vite cette nécessaire reconnaissance. Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma haute considération.

Paris, le 6 avril 2010.

Jean-Pierre Dubois
président de la LDH