à l’heure des replis identitaires, Marseille est l’image vivante des incessantes mobilités humaines qui l’ont construite

au MUCEM
« Marseille-Méditerranée
l’exil en partage »,
une table ronde de l’Association Ancrages

publié le 17 novembre 2021 (modifié le 26 novembre 2021)

Dans le cadre de la Semaine culturelle méditerranéenne qui se déroule à Marseille du 22 au 30 novembre 2021, une table-ronde a lieu au Mucem le 25 novembre, organisée par l’association Ancrages, sur le thème : « Marseille-Méditerranée, l’exil en partage ». Il s’agit de mobiliser l’histoire des idées et des représentations pour éclairer les débats actuels en mettant en évidence l’ancienneté et la richesse des mobilités humaines ainsi que les conséquences tragiques produites aujourd’hui par les limitations des politiques d’accueil. Occasion de donner la parole à de jeunes historiennes, sociologues et écrivaines qui renouvellent à travers leurs livres et leurs travaux la vision des déplacements humains qui ont construit cette ville comme ils ont façonné ce pays.



« MARSEILLE-MEDITERRANÉE
L’EXIL EN PARTAGE »
Table-ronde organisée par Ancrages
jeudi 25 novembre 2021 à 19h
Auditorium du Mucem

Le bassin Méditerranéen est le berceau de récits exiliques multiples. Constitutifs du mythe d’un espace à la fois, frontière et passerelle, d’assignation et d’émancipation ou de déracinement et d’ancrage s’expriment dans une polyphonie narrative.

Comme pour les vagues migratoires précédentes, les processus de mise en récits et de patrimonialisation des migrations postcoloniales, s’inscrivent dans une temporalité longue. La table-ronde propose de créer un dialogue entre intervenants d’horizons différents (chercheurs, praticiens, militants, artistes…) pour réfléchir ensemble aux différentes stratégies narratives et ainsi contribuer à la mise en récit patrimoniale, sinon de manière consensuelle du moins partagée, des migrations en Méditerranée.

S’opposant au rythme des « marronniers » journalistiques ou des échéances électorales, hystérisant et instrumentalisant le sujet, comment le récit des grandes migrations du XXème participe-t-il à inscrire les mobilités humaines comme patrimoine universel et à articuler patrimoine et aspirations démocratiques ?

Entre celles et ceux qui ont réellement connu la migration et celles et ceux qui en héritent de leurs familles, c’est souvent à l’étape de la génération-tiers qu’émerge le récit. Probablement, à « bonne distance » pour que l’agentivité s’illustre par une abondance prolifique. Alors, seulement, la force du récit permet de s’extraire de l’invisibilité sociale et de la confiscation dans lequel il reste durablement piégé. Lorsque se raconter devient une nécessité, les inégalités face aux compétences narratives agissent de façon latente mais violente.

Apprendre à se dire, devient un enjeu essentiel des relations sociétaires aussi bien dans la sphère privée que publique et le récit, un instrument qui force la porte des consciences et des institutions…

Qu’elle soit Méditerranéenne, transnationale, locale, ou puisant ses références dans l’héritage migratoire et postcolonial, l’émergence d’une nouvelle génération d’acteurs, prenant leur part du récit, leur part du « Nous » s’illustre par une performativité polyphonique manifeste. Elle s’inscrit probablement dans le sillon des recherches historiques mais également dans celui des mouvements sociaux de l’immigration qui ont porté, en leur temps, leur attention sur les actions de « sauvegarde », de « collecte » ou de « conservation » avec la conviction qu’elles contribueraient à l’émergence de ces identités narratives.

L’enrichissement du récit national et local des migrations prend des formes multiples au croisement des formes artistiques, médiatiques, scientifiques mais aussi participatives et associatives. Elles illustrent l’énergie positive portée par la volonté de prendre part au récit et montrent combien les demandes de justice mémorielle s’appuient toujours sur des demandes sociales...

La table-ronde « Marseille-Méditerranée, l’exil en héritage », propose d’évoquer les formes multiples du récit migratoire dans ces différents registres, associant historien, praticien, auteur, artiste ou militant dont la mise en récit est indispensable à la formation, la conscience et la revendication d’une identité.

Lorsque les sujets ne peuvent s’inscrire dans un récit collectif –ce qui est le cas des migrants -, il leur revient de produire leurs propres narrations. Il s’agit également de mobiliser l’histoire des idées et des représentations pour mieux visibiliser les défis actuels de la migration et les limitations tragiques des politiques d’accueil.

La puissance de subjectivation des récits exiliques est apte à s’opposer aux tentatives de manipulations mémorielles d’un récit national figé et inhospitalier.

D’hier et d’aujourd’hui, les récits de migrations peuvent contribuer à le renouveler dans le sens d’une ouverture égalitaire et composer cette « communauté » méditerranéenne du XXIème siècle que de nombreux acteurs appellent de leur vœux.