communiqué de la LDH

antisémitisme d’Etat à Téhéran

publié le 13 décembre 2006 (modifié le 15 décembre 2006)
[Première publication, le 12 déc 06,
mise à jour, le 13 déc 06]

COMMUNIQUÉ LDH

Paris, le 12 décembre 2006

Antisémitisme d’État à Téhéran

Le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad vient d’organiser à Téhéran une conférence pour remettre en cause la réalité de la Shoah. Cette conférence ne pouvait que rassembler des négationnistes tel que Robert Faurisson condamné à maintes reprises par la justice française pour négation de crimes contre l’humanité.

En construisant ainsi un antisémitisme d’État, les dirigeants iraniens ne servent en rien les causes qu’ils prétendent défendre (notamment la cause palestinienne) ; ils ne servent pas davantage les intérêts du peuple iranien dont l’histoire témoigne du respect de la diversité des cultures.

Bien au contraire, le régime iranien ajoute ainsi la provocation antisémite à une longue liste de violations des droits fondamentaux.

La LDH réitère l’expression du dégoût qu’inspire cette initiative et sa condamnation de l’oppression qui frappe aujourd’hui les citoyens iraniens.


Pour Mahmoud Ahmadinejad, Israël, « comme l’URSS, va bientôt disparaître »

par Henri Tincq, Le Monde du 14 déc. 2006

Jusqu’à son terme, la conférence négationniste sur la Shoah, organisée par le régime iranien, aura donné dans la provocation. Mardi 12 novembre, à Téhéran, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad s’est lui-même rendu devant les 300 participants et intervenants - dont la plupart ont mis en cause le fait historique de la Shoah - et a une nouvelle fois annoncé la disparition de l’Etat d’Israël.

Pour le président iranien, qui avait déjà déclaré lors de sa prise de fonctions, en août 2005, qu’Israël constituait une « tumeur » au Proche-Orient et devait être « rayé de la carte », les jours du « régime sioniste » sont comptés.

« Lorsque j’avais dit que ce régime disparaîtrait, j’avais exprimé ce que les peuples avaient dans leur coeur. Les réseaux du régime sioniste m’ont alors beaucoup attaqué. Mais tout comme l’URSS a disparu, le régime sioniste va bientôt disparaître », a déclaré M. Ahmadinejad sous les applaudissements. L’existence d’Israël, a-t-il insisté, est de moins en moins assurée, et sa disparition est « ce que Dieu a promis et ce que toutes les nations veulent ».

La « conférence » de Téhéran sur la Shoah a largement donné la parole à des révisionnistes occidentaux célèbres, comme le Français Robert Faurisson et l’Australien Frederick Toeben, qui nient le génocide des juifs pendant la seconde guerre mondiale. La seconde journée de ce colloque a traité de thèmes ainsi définis : « Défi à l’histoire officielle de l’Holocauste », ou encore « L’Holocauste, talon d’Achille d’un cheval de Troie juif ».

A sa diatribe contre Israël, le président Ahmadinejad a ajouté : « L’Iran est votre pays et le pays de tous les libres-penseurs. Aujourd’hui, l’Holocauste est devenu une idole pour les grandes puissances. Peu importe que l’Holocauste se soit produit ou pas, peu importe si son ampleur est grande ou limitée, il s’agit d’un prétexte pour créer une base pour agresser et menacer les pays de la région. »

Le président iranien a aussi exprimé le souhait de créer une « commission de la vérité, formée par des chercheurs internationaux pour faire des recherches sur l’Holocauste », sans que cette commission soit soumise aux pressions « des grandes puissances ».

Ces interventions de Mahmoud Ahmadinejad ont soulevé une nouvelle tempête de réactions indignées dans le monde. En visite à Berlin, le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, et la chancelière allemande Angela Merkel ont rejeté « avec la plus grande fermeté » cette initiative révisionniste iranienne. « L’Allemagne n’acceptera jamais cela », a martelé Angela Merkel. Cette conférence a montré le « caractère inacceptable » du gouvernement iranien et le « danger » qu’il représente pour l’Occident, a ajouté Ehoud Olmert.

Le premier ministre britannique, Tony Blair, qui doit se rendre prochainement au Proche-Orient, s’en est aussi pris à l’Iran, qu’il a accusé de « menace stratégique majeure » pour la région. Il s’est dit « incroyablement choqué » par la conférence sur la Shoah, qualifiée de « symbole de sectarisme et de haine envers les gens d’une autre religion ».

A Washington, le porte-parole du département d’Etat, Sean McCormack, a déclaré que le comportement du président iranien était « méprisable » et a qualifié ses propos de « totalement révoltants », avant d’ajouter : « A notre époque et dans une région qui tente de tourner la page sur son passé, ce genre de déclaration est absolument sidérant. »

L’Union européenne (UE) a également fait part, mardi, de sa « profonde inquiétude » et condamné « toute tentative de nier ou de remettre en question la Shoah ». La présidence finlandaise de l’UE s’est déclaré « choquée par les efforts continus du gouvernement iranien pour remettre en question ou banaliser les faits historiques indéniables de l’Holocauste et de ses horreurs ».

Pour le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, les déclarations du président iranien ne manqueront pas d’avoir des conséquences dans les discussions en cours au Conseil de sécurité de l’ONU sur un projet de résolution sanctionnant l’Iran pour son programme nucléaire.

Ehoud Olmert a poursuivi, mercredi 13 décembre à Rome, sa tournée européenne. Il devait rencontrer le président du Conseil, Romano Prodi, et le pape Benoît XVI.

A cette occasion, le Vatican a aussi rappelé sa position sur la Shoah : « L’Eglise aborde l’expérience vécue par le peuple juif durant la seconde guerre mondiale avec un grand respect et une grande compassion », déclare un communiqué, qui ajoute : « Le souvenir de ces faits terribles doit rester un avertissement pour les consciences, afin d’éliminer les conflits, de respecter les droits légitimes de tous les peuples et d’exhorter à la paix, dans la vérité et dans la justice. »

Henri Tincq

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Téhéran réunit une conférence sur la « réalité » de la Shoah

par Henri Tincq, Le Monde du 10 déc. 2006

On en parle dans les organisations juives comme d’une « véritable ignominie ». Une conférence internationale - dont l’objectif semble être de contester la réalité de la Shoah - devrait attirer, lundi 11 et mardi 12 décembre à Téhéran, soixante-sept « historiens et chercheurs » de trente pays, dont les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, l’Autriche.

Jamais une manifestation à forte tonalité négationniste de cette ampleur n’avait eu lieu dans un pays musulman. A l’initative de deux organisations néonazies (américaine et suisse), une conférence de même nature avait failli se tenir en 2001 à Beyrouth, mais avait été annulée après un appel d’intellectuels de quatorze pays arabes (dont les Palestiniens Edward Saïd, décédé depuis, et Elias Sanbar).

A de multiples reprises depuis son élection en juin 2005, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a contesté la réalité de la Shoah. Dès octobre 2005, affirmant qu’Israël devait être « rayé de la carte », il avait qualifié de « mythe » le génocide des juifs. Exprimant des « doutes » sur le nombre de juifs tués dans les camps, il fait de la Shoah un « prétexte » au développement du sionisme, à l’« oppression » des Palestiniens, à l’accroissement de « l’influence des juifs dans l’économie, les médias, les centres de pouvoir ».

Rendus publics par l’Institut pour les études politiques de Téhéran - officine organisatrice proche du ministère des affaires étrangères -, les thèmes de la conférence affichent un caractère négationniste : « Antisémitisme européen et émergence du sionisme » ; « Nazisme et sionisme : coopération ou hostilité » ; « Points de vue révisionnistes » ; « Chambres à gaz : négation ou confirmation », etc. Des débats sont prévus sur l’antisémitisme en Europe, comparé au sort, jugé plus clément, des juifs en pays musulman, et sur les lois qui « restreignent la liberté d’expression de ceux qui nient l’Holocauste ».

« Si la conférence devait conclure que l’Holocauste a vraiment existé, alors l’Iran l’accepterait », a déclaré, mardi 5 décembre, Manuchehr Mohammadi, vice-ministre des affaires étrangères. Mais la question resterait entière : « Pourquoi la nation palestinienne et les pays du Proche-Orient devraient-ils en payer le prix ? » Il ajoutait : « S’il est vrai que six millions de juifs ont été tués, faut-il interdire d’autres recherches et emprisonner ceux qui doutent ? »

L’ALLEMAGNE « CHOQUÉE »

Aucune liste d’intervenants n’avait été communiquée à deux jours de l’ouverture. Les sites négationnistes sont également discrets, comme s’ils craignaient que les participants ne soient inquiétés dans des pays comme la France, la Belgique, l’Allemagne ou l’Autriche, qui disposent d’un arsenal répressif contre le négationnisme. Mais le chiffre fourni de trente pays participants confirme la coopération croissante entre chercheurs « indépendants » de pays européens, des Etats-Unis, du Proche-Orient, ainsi que le fait observer le site américain de l’Institute for historical review (IHR), qui avait publié, dans les années 1970, deux ouvrages d’Arthur Butz (La Supercherie du vingtième siècle) et de Richard Harwood (Est-ce qu’il y a bien eu six millions de morts ?). L’IHR avait été promotrice de la conférence révisionniste de Beyrouth en 2001.

Début 2006, déjà, l’Iran avait riposté aux caricatures de Mahomet publiées par la presse danoise par un concours de caricatures sur la Shoah. Quelque 1 193 dessins avaient été envoyés de 62 pays. Neuf millions de personnes ont visité l’exposition qui a suivi à Téhéran. C’est devant le « succès » de cette manifestation que la conférence sur la Shoah avait été relancée.

Le Congrès juif mondial s’inquiète de la faiblesse des réactions. Toutefois, après Kofi Annan, qui a désavoué l’initiative iranienne, le ministère allemand des affaires étrangères a déclaré, vendredi 8 décembre, que les affirmations mettant en doute la réalité de la Shoah sont « choquantes » et « inacceptables ».

Henri Tincq