un livre dirigé avec Magalie Besse et publié par l’Institut francophone pour la Justice et la Démocratie

Un ouvrage collectif important et un article de Sylvie Thénault sur l’affaire Audin et les autres disparus

publié le 8 décembre 2019 (modifié le 1er juin 2020)

Deux publications importantes sur l’affaire Audin et les autres disparus de la guerre d’Algérie sont intervenues en novembre et décembre 2019. D’une part, le livre collectif « Réparer l’injustice : l’Affaire Maurice Audin », dirigé par Sylvie Thénault et Magalie Besse, publié, dans le cadre de son programme de recherche « Justice transitionnelle et histoire », par l’Institut francophone pour la Justice et la Démocratie (IFJD). D’autre part, un long article de Sylvie Thénault, qui fait l’ouverture et est annoncé en couverture de la revue « l’Histoire » de décembre 2019 (n°466), sur « Les disparus de la guerre d’Algérie ». Nous présentons ce livre et reprenons des extraits de cet article.

Dans El Watan du 26 novembre 2019

Réparer l’injustice : L’affaire Maurice Audin

Magalie Besse et Sylvie Thénault viennent de coordonner l’ouvrage Réparer l’injustice : l’Affaire Maurice Audin publié aux éditions LGDJ, en novembre 2019.

Jeune mathématicien, militant communiste, Maurice Audin a été arrêté le 11 juin 1957 à Alger par des hommes de la 10e division parachutiste de l’armée française. La législation des pouvoirs spéciaux avait en effet permis la délégation des pouvoirs de police à l’armée.

Comment la justice transitionnelle peut-elle y contribuer, y compris en régime démocratique ? Sylvie Thénault est directrice de recherche en histoire au CNRS, spécialiste du droit et de la répression coloniale en Algérie. Docteure en droit, Magalie Besse est directrice de l’Institut francophone pour la justice et la démocratie IFJD et spécialiste des processus de transitions démocratiques et de Justice transitionnelle.


Présentation de l’éditeur

Jeune mathématicien, militant communiste, Maurice Audin a été arrêté le 11 juin 1957 à Alger par des hommes de la 10e division parachutiste de l’armée française. La législation des pouvoirs spéciaux avait en effet permis la délégation des pouvoirs de police à l’armée. Celle-ci pouvait alors, en toute légalité, arrêter, détenir et interroger tout individu. Comme des milliers d’autres, soumis à la torture, Maurice Audin est décédé dans des circonstances qui restent inconnues et son corps n’a jamais été retrouvé.

Sa femme, Josette, s’est immédiatement engagée pour rechercher la vérité et dénoncer la disparition de son mari, l’armée prétendant qu’il s’était évadé. Son combat incessant a abouti à une déclaration du Président Emmanuel Macron, le 13 septembre 2018, reconnaissant la responsabilité de l’État français dans la disparition de Maurice Audin.

Si l’IFDJ avait initié cet ouvrage dans le cadre de sa série consacrée aux relations entre Justice transitionnelle et histoire, avant cette déclaration, e recours à cet instrument, typique des processus de Justice transitionnelle et marquant une rupture fondamentale dans les politiques publiques de traitement du passé en France concernant la guerre d’indépendance algérienne, en a renouvelé l’intérêt. Au prisme de l’Affaire Maurice Audin, ce livre collectif poursuit l’ambition de nourrir la réflexion autour de deux questions : est-il possible de réparer l’injustice ? Comment la justice transitionnelle peut-elle y contribuer, y compris en régime démocratique ?

Après une première partie faisant le constat d’une impossible vérité, l’ouvrage revient sur les engagements qui ont fait de la disparition de Maurice Audin une Affaire française comparée à l’Affaire Dreyfus. Il aalyse ensuite les mécanismes de la raison d’Etat qui ont entravé la recherche de la vérité, d’une part, et reconnaissance politique, d’autre part. La mémoire autout de l’Affaire, y compris en Algérie, et la portée de la déclaration présidentielle, sont enfin abordées.

Sylvie Thénault est directrice de recherche en histoire au CNRS, Centre d’histoire sociale du XXe siècle, Université Paris 1. Elle est spécialiste du droit et de la répression coloniale en Algérie.
Docteure en droit, Magalie Besse est directrice de l’IFJD et spécialiste des processus de transitions démocratiques et de Justice transitionnelle.

Sommaire

• PREMIERE PARTIE / L’IMPOSSIBLE VERITE

AUDIN Michèle Maurice Audin et son arrestation — dans une lettre à sa mère
……………………………………………………………………………………………p. 19

FUNES Nathalie Un portrait de Josette Audin
……………………………………………………………………………………………p. 27

THENAULT Sylvie La recherche de la vérité. Des décennies d’enquête empêchée
……………………………………………………………………………………………p. 39

LE FOLL-LUCIANI Pierre-Jean La répression des communistes en Algérie (1954-1957)
……………………………………………………………………………………………p. 55


• DEUXIEME PARTIE : LES ENGAGEMENTS, DU COMITE A L’ASSOCIATION

AUDIN Michèle Lettre de Laurent Schwartz envoyée à Josette Audin de Bombay
……………………………………………………………………………………………p. 73

JULLIARD François-René Un collectif mène l’enquête contre la torture : le Comité Maurice Audin
……………………………………………………………………………………………p. 77

HUBERT Nicolas 1958, la publication de La Question et de L’Affaire Audin. Une goutte d’encre dans la mer : un paysage éditorial dominé par les thèses « Algérie française »
……………………………………………………………………………………………p. 91

BROUE Michel Le Comité des mathématiciens : 1974 et après
……………………………………………………………………………………………p. 107

MANSAT Pierre Une brève histoire de l’Association Maurice Audin
……………………………………………………………………………………………p. 117


• TROISIEME PARTIE : LA RAISON D’ETAT

VIDAL-NAQUET Pierre Extrait de La Raison d’Etat
……………………………………………………………………………………………p. 125

HOCQUET Claire Historique des procédures dans l’Affaire Audin
……………………………………………………………………………………………p. 127

FOUCHARD Isabelle Crimes contre l’humanité commis par l’armée française pendant la guerre d’indépendance algérienne : l’impunité organisée ?
……………………………………………………………………………………………p. 153

Déclaration de Monsieur le Président de la République Emmanuel Macron du 13 septembre 2018
……………………………………………………………………………………………p. 175

THENAULT Sylvie La reconnaissance de la responsabilité de l’Etat. Essai d’histoire immédiate
……………………………………………………………………………………………p. 179


• QUATRIEME PARTIE : MEMOIRE(S)

DEMERLIAC François L’Affaire Audin, une longue histoire
……………………………………………………………………………………………p. 197

RAHAL Malika Les échos de l’Affaire Audin en Algérie
……………………………………………………………………………………………p. 209

THENAULT Sylvie L’accès aux archives
……………………………………………………………………………………………p. 227


• AUDIN Michèle Conclusion. La reconnaissance de 2018 et après
……………………………………………………………………………………………p. 233


• ANNEXES

L’amnistie
……………………………………………………………………………………………p. 237

Les grandes dates de l’Affaire Audin
……………………………………………………………………………………………p. 239

Résumés des articles
……………………………………………………………………………………………p. 241

Les Auteurs
……………………………………………………………………………………………p. 245

Table des matières
……………………………………………………………………………………………p. 247


Les disparus de la guerre d’Algérie

Extraits de l’article de Sylvie Thénault paru dans la revue L’Histoire de décembre 2019 (n°466), pages 13 à 19.


1956, le système « arrestation-détention » : le cadre légal


Selon le décret n° 56-274 du 16 mars 1956, « les autorités civiles peuvent déléguer aux autorités militaires leurs pouvoirs de police ainsi que les pouvoirs qui leur auront été délégués en vertu du présent décret » (art. 10). D’où une série d’arrêtés mettant progressivement en œuvre cette délégation, sur l’ensemble du territoire algérien, en 1957.

Ainsi, dans une circulaire du 11 avril 1957, Robert Lacoste, ministre résidant en Algérie, délègue aux préfets Igame (en charge du maintien de l’ordre) et aux préfets d’Algérie son pouvoir d’assignation à résidence dans les centres d’internement avec possibilité de subdélégation aux autorités militaires. Dans ce cas, « les personnes assignées à résidence sont gardées à vue dans des camps de triage, organisés et contrôlés par l’autorité militaire ». C’est l’origine des Centres de triage et de transit (CTT).

S. T.


2 510 rationnaires manquants


Officiellement, en novembre 1959, il y avait 113 Centres de triage et de transit (CTT) dans toute l’Algérie. Or, selon un rapport du 2 avril 1960, d’un inspecteur adjoint des finances sur la gestion des CTT (conservé au Service historique de la défense sous la cote 1 H 1100/2), il existait une différence « entre le nombre de rationnaires nourris au titre des CTT et les effectifs déclarés par la voie du commandement militaire » : de janvier à août 1959, la moyenne mensuelle des rationnaires était de 19 950 personnes alors que la moyenne mensuelle des « suspects déclarés le 25 de chaque mois » était de 17 440. L’écart mensuel moyen était donc de 2 510.

S. T.