Histoire coloniale et postcoloniale

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dirigé par Pierre Daum et Ysé Tran

Un livre sur les travailleurs indochinois en Lorraine (1939-2019)

samedi 2 novembre 2019

Riche d’une centaine d’images inédites, ce livre présente de nouveaux aspects de cette page longtemps enfouie du passé colonial de la France. Sur la migration forcée oubliée de Vietnamiens en 1939, le livre juxtapose études et témoignages. Il met en lumière cette « exportation en métropole de la situation coloniale », comment ces hommes, sans salaire, sans reconnaissance, ont contribué à la prospérité d’entreprises françaises. Mais des photos issues d’albums de famille montrent aussi la manière dont certains d’entre eux en Lorraine ont fini par prendre place dans la société française.


L’Empire, l’usine et l’amour

les travailleurs indochinois en France et en Lorraine (1939-2019)


Pierre Daum et Ysé Tran
Créaphis, octobre 2019.


L’ouvrage conçu par le journaliste Pierre Daum et la cinéaste Ysé Tran, avec les contributions de l’historien Gilles Manceron et de l’ethnologue Dominique Rolland, repose sur une enquête menée depuis plusieurs années sur l’histoire encore trop mal connue de ces « travailleurs indochinois » enrôlés de force par l’État colonial français. Trois aspects sont rappelés dans le titre : empire colonial, monde de l’usine et découverte de l’amour avec une femme française.

L’histoire de l’immigration en France reste un sujet d’étude relativement récent. En Lorraine, les recherches menées sur le monde ouvrier ont montré l’importance des Italiens, des Polonais, des Espagnols, des Portugais et des Maghrébins dans l’histoire économique, sociale et culturelle de ce territoire. L’immigration « indochinoise », elle, est restée inconnue. C’est cette lacune que cet ouvrage vient combler. L’histoire de ces « travailleurs indochinois » commence en 1939 avec l’arrivée à Marseille de 20 000 d’entre eux, leur placement dans des camps à travers la France, et leur travail forcé dans des entreprises relevant d’abord de la Défense nationale, puis dans divers secteurs de l’économie : agriculture, forestage, routes, assèchement de marais, industrie chimique, etc. À la Libération, plus d’un millier d’entre eux fut envoyé en Lorraine (sidérurgie, bâtiment, textile). Dans le même temps, une guerre de libération du joug colonial était menée en Indochine à laquelle ces hommes prirent part en métropole – organisations de manifestations, meetings, distribution de tracts, accueil de Ho Chi Minh à l’été 1946. De 1948 à 1953, la plupart sont rapatriés au Vietnam mais quelque 3 000 décident de rester en France, dont une partie en Lorraine, et fondent un foyer.

Ce livre suit le destin de ces familles jusqu’à nos jours à travers témoignages et archives, publiques et privées. Une riche iconographie de photos et documents, pour la plupart inédite, permet enfin de voir cette page d’histoire coloniale longtemps occultée.


Les auteurs :

Pierre Daum
Pierre Daum, journaliste, effectue des grands reportages pour Le Monde diplomatique. Son premier livre, Immigrés de force (Actes Sud, 2009), porte sur l’histoire des « travailleurs indochinois » de la seconde guerre mondiale. Il a aussi publié : Ni valise ni cercueil, les Pieds-Noirs restés en Algérie après l’indépendance, Actes Sud, 2012 et Le Dernier tabou, les « harkis » restés
en Algérie après l’indépendance
, Actes Sud, 2015. Parallèlement à ses enquêtes journalistiques, Pierre Daum poursuit des recherches sur le passé colonial de la France, publiées aux éditions Actes Sud, dans la collection “Archives du colonialisme”.

Ysé Tran
Ysé Tran est cinéaste. Son premier documentaire sur l’implantation des Indochinois en Lorraine, Une histoire oubliée, a été diffusé en janvier 2017 sur France 3. Elle est l’auteure d’une exposition, « Albums de familles lorrains », au Frac Lorraine en 2017-2018 et co-éditrice avec Raymond Bellour des Œuvres complètes d’Henri Michaux (Pléiade). Elle participe à diverses installations d’artistes. La dernière est une performance imaginée par Tania Mouraud, sur un manuscrit trouvé à Auschwitz Birkenau au Théâtre d’Auxerre en 2011, au Mac Val en 2014, à l’Unesco et au Centre Pompidou Metz en 2015.


Interview de Ysé Tran à propos de son documentaire
Une histoire oubliée


SOMMAIRE

• Pierre Daum et Ysé Tran
Avant-propos

• Gilles Manceron
Les « travailleurs indochinois » en France de 1939 à 1952
Un cas unique d’exportation en métropole de la situation coloniale

• Photographies
« Travailleurs indochinois », camps et travaux, 1939-1950

• Pierre Daum
Aperçu de la situation économique et migratoire en Lorraine dans l’immédiat
après-guerre, au moment de l’arrivée des « travailleurs indochinois »

• Pierre Daum
La vie de Phan Dinh Xa et de ses amis Tran Van Kiem et Vu Van Suong

• Veuves de « travailleurs indochinois » (récits de femmes lorraines)
Catherine Mai Nhu
Marie-Louise Nguyen
Lina Vu Van

• Photographies
Familles lorraines

• Dominique Rolland
Amours « mixtes » franco-vietnamiennes en situation coloniale

• Ysé Tran
Intimes étrangers
« Travailleurs indochinois » cités (mini biographies établies par Ysé Tran)

• Chronologie
• Incitations documentaires


Récits de femmes lorraines

Marie-Louise Nguyen

Marie Louise a épousé l’un de ces Vietnamiens, elle évoque sa vie entre deux cultures, le racisme ordinaire des voisins et des parents, les difficultés de la vie quotidienne.

(extraits)

Quand ils sont arrivés, tout le monde avait peur d’eux, ils disaient que c’était des coupeurs de têtes. […] Je m’entendais vraiment bien avec eux. J’étais la seule qui les appelait en vietnamien [leurs prénoms]. Quand c’était des fêtes comme le nouvel an vietnamien, le commandant me préparait une gamelle avec du manger, du riz. Et moi je ne suis pas fanatique de riz. Nous on était des Lorrains, c’était la pomme de terre. Ils étaient 80. Il y avait le Chanh, le Thuy, le père Tam, le mongol, le gros Nhân, Phan Nhân, y’en avait tellement, j’ai oublié. Ils ont été obligés de repartir. Je m’avais attachée à eux. J’ai dit : « Vous allez pas partir hein, et nous laisser ici ? » C’est quand même dommage, ils ont toujours été gentils avec nous. Et quand c’était la fête du Têt, tout le monde venait, tout le monde est curieux pour le manger. […] Quand on les a fait partir d’ici, on leur a dit qu’ils repartaient tous chez eux à la maison. On les a emmenés avec des camions comme les Allemands ont fait. […] Ma fille est née en 1950 pour qu’il reste ici. « Si tu le maries, t’auras un bébé. Tu le sauves. » Il y en a plusieurs qui ont fait ça. J’avais pas tout à fait dix-huit ans. Il s’est fait naturaliser français et il est resté vietnamien, il a gardé les deux nationalités. J’ai dit : « T’es catholique ? » Il a dit oui. Alors là j’ai jeté un cri : « Il est catholique, monsieur le curé ! » […] Je me suis mariée avec le père Tam. Comme j’étais pauvre, on s’est mariés à 7 heures du matin à l’église. Le curé, c’était comme ça, fallait payer, hein. Moi j’avais pas de sous, lui il avait pas beaucoup de paie, parce que ça faisait pas longtemps qu’il travaillait à l’usine alors on n’avait pas d’argent. Alors il fallait se marier à 7 heures du matin, comme ça on paie pas. À huit heures c’est autre chose. On avait tous les deux un costume bleu marine. On a fait faire par un tailleur. On a seulement voulu avoir quelque chose de bien. Alors on a mis chacun pour un costume. On a été habiter à la cantine dans une mansarde. Avec une pièce, pas d’eau. Pas de chauffage, rien. Y’avait pas de WC, y’avait rien.

Une famille en Lorraine dans les années 1950.

Présentations annoncées :

Mardi 12 novembre : METZ
Mercredi 13 novembre : ÉPINAL
Samedi 16 novembre : CERGY-PONTOISE
Samedi 30 novembre : LONGWY
Mardi 3 décembre : NEUFCHEF
Mardi 14 janvier : MARSEILLE
Mardi 21 janvier : MONTPELLIER
Jeudi 23 janvier : MARTIGUES

Voir l’agenda de ces rencontres