Sarkozy gaffe à Dakar

publié le 7 août 2007 (modifié le 29 août 2019)

Voici le texte de El Hadj Hamidou Diallo, publié le 28 juillet dans le quotidien sénégalais Wal Fadjri, en réponse au discours que Nicolas Sarkozy avait prononcé l’avant-veille à l’Université de Dakar.

Il est suivi du commentaire publié dans Courrier international.

Nico la gaffe, Sarko l’immigré

par Pr. El Hadj Hamidou Diallo, Wal Fadjri (Dakar), le 28 juillet 2007




Pendant près de trois siècles, tes ancêtres ont exporté vers les Amériques 250 millions de mes ancêtres, entassés dans des voiliers négriers comme de la marchandise, pour être vendus dans des marchés comme bêtes de somme.

Contre de la pacotille, notre or, diamant, bois et autres richesses ont été pillés à leur profit exclusif. Des routes ont été construites pour acheminer plus rapidement nos richesses vers ports et aéroports également construits pas pour développer, mais pour accélérer l’exportation. Des hôpitaux ont été créés pour maintenir la main-d’oeuvre en bonne santé pour ne pas qu’il y ait arrêt de la production. Des écoles construites pour avoir des commis et des traducteurs au service du colon. Rien n’a été obtenu par l’Afrique qui ne soit d’une haute lutte. Rien n’a été offert à l’Afrique.

Nico la gaffe, magistral dans une assemblée polie, a parlé et n’a convaincu personne. La teranga et le massla sénégalais sont passés par là et Nico la gaffe n’a rien compris. Devant un parterre d’hommes 10 000 fois plus valeureux que lui, en commençant par son pair, l’homme qui ne boit pas que de l’eau seulement, s’est transformé en professeur. Peut-être en Afrique seulement devant des nègres incultes, Nico la gaffe, pour la première fois de sa vie, a pu dispenser un cours magistral sur l’homo africain new-look.

Merci Nico la gaffe, désormais, nous savons qui nous sommes et nous transmettrons la leçon aux autres nègres du coin et à ceux de la brousse. Nous te promettons de ne plus chercher à nous rendre en France, nous te promettons de ne plus parler de l’accumulation primitive, de la colonisation, de la néo-colonisation, de l’impérialisme, du nouvel ordre économique mondial, de l’organisation mondiale du commerce, de la surveillance de nos côtes, du rapatriement de nos enfants, de ceux qui meurent en mer, de ceux qui sont bastonnés, violés et emprisonnés par tes flics. Nous te promettons de ne plus parler des fonds des peuples africains que tu planques. Nous serons adeptes dociles de l’Eurafrique, cette balance inclinée, vous en haut, nous en bas.

Nous te promettons de construire de nombreux hôtels pour que tes pédophiles s’y prélassent. Nous te promettons de laisser intacts notre environnement, notre faune et notre flore à la merci de tes déprédateurs.

Nico la gaffe, tu es le président de la France, du Sénégal et de l’Afrique. Fais ce que tu veux en France et en Afrique. Humilie en pensant dire la vérité. Tu es un roi. Garde les “Rama” et renvoie les “Fatou” et les “Modou”. Que d’autres que toi viennent nous piller ne te concerne plus, car tu es rassasié et tu laisses la place aux autres.

Accumule des gaffes pour ta France en déclin. Tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour la présence d’étrangers en France. Vois les statistiques, la France n’est plus une destination. Ni pour les études, ni pour les emplois.

C’est là une donne inexorablement en chute. La France, dans moins de 10 ans, n’intéressera même pas les Français. Tous les Sénégalais de France iront visiter d’autres cieux ou reviendront chez nous. Les Sénégalais du Sénégal qui, aujourd’hui, parlent plus anglais, espagnol, italien ou portugais que français, ne survoleront même pas votre pays.

Nico la gaffe, je te confie quelque chose : quand, pendant les vacances, tu dis que tu viens de la France, on sait d’office que tu as besoin d’aide. Quand tu viens des Etats-Unis, de l’Italie ou de l’Espagne, on sait que tu peux aider ta famille, ton village, le Sénégal. Alors, Sarko l’immigré, pourquoi vas-tu si vite ? Nous préférons nous rendre en Hongrie plutôt qu’en France.

Vois-tu Nico la gaffe, moi je t’aime autant que tu m’aimes. De ton cours magistral, j’ai retenu que des amis doivent toujours se dire la vérité et c’est pourquoi je suis sincère avec toi et que je te dis la vérité mais, sans aucune intention d’offense. Et si tu penses que j’ai été offensant, s’il te plaît, ne te fâche pas en m’envoyant un charter d’

Porte-toi bien et transmets mes salutations aux Français de France. Ceux d’ici, je gère, qu’ils soient français français blancs, français français noirs, français sénégalais blancs, français sénégalais noirs, français libanais libanais, français libanais sénégalais, français africains, français asiatiques Il y a près d’un milliard de français au plus bas mot de corps, de coeur et d’esprit et la France ne le sait pas. C’est le plus grand malheur de la France.

Pr. El Hadj Hamidou Diallo


Sarko la gaffe

Courrier international - le 30 juillet 2007

La visite d’Etat de Nicolas Sarkozy au Sénégal, le 26 juillet, n’a pas laissé les Sénégalais indifférents. La leçon inaugurale de l’hôte de l’Elysée à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar en a choqué plus d’un. Estimant que Nicolas Sarkozy « fait la leçon aux Africains » en les tenant pour responsables de leurs malheurs, le quotidien Wal Fadjri n’y va pas de main morte pour répondre à celui qu’il a baptisé “Nico la gaffe”.

Pour Wal Fadjri, Nico la gaffe, magistral devant une assemblée respectueuse, a parlé et n’a convaincu personne avec son discours. Le quotidien ne se gêne pas de le tourner en dérision : « Merci Nico la gaffe, désormais nous savons qui nous sommes et nous transmettrons la leçon aux autres “nègres” du coin et à ceux de la brousse. Nous te promettons de ne plus chercher à nous rendre en France, nous te promettons de ne plus parler de la colonisation, de la néocolonisation, de l’impérialisme, du nouvel ordre économique mondial, de l’Organisation mondiale du commerce, de la surveillance de nos côtes, du rapatriement de nos enfants, de ceux qui meurent en mer, de ceux qui sont bastonnés, violés et emprisonnés par tes flics. Nous te promettons de ne plus parler de l’argent des peuples africains que tu planques. Nous serons adeptes dociles de l’Eurafrique, cette balance déséquilibrée, vous en haut, nous en bas. »

A l’endroit de celui qui met en avant le concept d’immigration choisie, le quotidien sénégalais constate qu’il « garde les “rama” [les cerveaux] et renvoie les “fatou” et les “modou” [les Africains de base]. Et encore, la France n’est plus si intéressante que ça, note Wal Fadjri : « Tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour la présence d’étrangers en France. Vois les statistiques, la France n’est plus une destination pour l’Afrique. Ni pour les études, ni pour les emplois. La France, dans moins de dix ans, n’intéressera même pas les Français. Tous les Sénégalais de France iront visiter d’autres cieux ou reviendront chez nous. Les Sénégalais du Sénégal qui, aujourd’hui, parlent plus anglais, espagnol, italien ou portugais que français, ne survoleront même pas votre pays. »

Le quotidien sénégalais termine son réquisitoire sur une leçon. « Nico la gaffe, je vais te confier quelque chose : quand, pendant les vacances, un Sénégalais dit qu’il vient de France, on sait d’office qu’il a besoin d’aide. S’il vient des Etats-Unis, d’Italie ou d’Espagne, on sait qu’il peut aider sa famille, son village, le Sénégal. Alors, Sarko l’immigré, pourquoi vas-tu si vite ? Nous préférons nous rendre en Hongrie plutôt qu’en France. »