communiqué de la LDH

Raphaël Confiant, nouveau cas de « lepénisation » victimaire

publié le 9 décembre 2006 (modifié le 22 juin 2007)

Il y a des Noirs racistes, comme des Blancs ou des Juifs racistes. Etre descendant d’esclaves, de colonisés, de déportés, ne dispense personne de sa propre responsabilité.

A la suite du communiqué de la LDH, vous pourrez lire le texte de Jacky Dahomay, «  L’innommable Raphaël Confiant ? », dont Le Monde a publié des extraits dans son édition datée du samedi 2 décembre, puis un compte rendu des déclarations de Raphaël Confiant.

[Première publication le 7 déc. 06, mise à jour le 9 déc. 06]

Communiqué de la LDH


Après Dieudonné, Raphaël Confiant : un nouveau cas de « lepénisation » victimaire

L’« humoriste » Dieudonné, après avoir longtemps proclamé lutter contre l’extrême droite, en est venu à considérer les juifs comme « une secte, une escroquerie » et à les prétendre responsables de la traite négrière. Qu’il s’affiche à la fête du Front national ne peut dès lors plus guère surprendre. Mais qu’un écrivain qui compte dans la culture martiniquaise apporte sa caution à cette pitoyable dérive ne peut qu’attrister.

La tristesse fait place à la nausée lorsqu’on voit Raphaël Confiant, d’un même mouvement, dénier à tout « Euro-Américain » (sic) une quelconque légitimité à défendre la démocratie et les droits de l’Homme… puis utiliser pour désigner les juifs le vocable d’« Innommables ».

L’ethnicisation du politique s’accompagne ici non seulement d’une nouvelle version du « choc des civilisations », dans laquelle « l’Occident » remplace « l’Orient » comme figure essentialisée de la barbarie, mais surtout du recours à un vocabulaire que « Gringoire » ou « Je suis partout » n’auraient pas désavoué et qui ne peut que susciter le dégoût.

L’enfermement communautaire conduit ainsi Raphaël Confiant, après quelques autres, à entrer sur la scène de la compétition victimaire en abandonnant toute rigueur intellectuelle et morale. Un jour c’est « l’Islam » que l’on diabolise en bloc, un autre ce sont « les Juifs » qui deviennent « innommables » : la peste raciste et antisémite contamine même des esprits que l’on aurait cru moins faibles.

La LDH appelle à refuser l’engrenage de la bêtise haineuse qui, provocation après provocation, menace le vivre ensemble et, au bout du compte, la dignité et les droits de chacun d’entre nous.

Paris, le 4 décembre 2006

L’innommable Raphaël Confiant ? par Jacky Dahomay


L’écrivain martiniquais Raphaël Confiant est-il un théoricien de la « créolité », un critique comme Edouard Glissant des théories simplistes de l’identité « racine », ou, au contraire, un néo-nationaliste antillais concevant l’identité de façon substantialiste avec tout ce que cela implique d’exclusion et de haine de l’autre ? Serait-il le prêtre d’une nouvelle judéophobie noire ? On ne peut le dire, mais il est difficile de nommer son texte La Faute (pardonnable) de Dieudonné, qu’il fait circuler sur Internet et qui suscite un émoi certain aux Antilles.

Réagissant à une critique faite à Dieudonné (notamment concernant sa présence à la fête du Front national) par un de ses anciens amis, professeur métropolitain blanc, installé en Martinique depuis de nombreuses années et membre par ailleurs de la Ligue des droits de l’homme, Raphaël Confiant écrit ceci : « Quand un Euro-Américain me fait une leçon de démocratie, de tolérance et de droits de l’homme, j’ai deux réactions : d’abord, je suis admiratif devant un culot aussi monstre. Après avoir génocidé les Amérindiens, esclavagisé les Nègres, chambre-à-gazé les Innommables, gégènisé les Algériens, napalmisé les Vietnamiens et j’en passe, voici que ça se pose en modèle de vertu ! Chapeau les mecs. Par contre, quand un Innommable, après tout ce qu’il a subi de l’Occident, vient me tenir le même discours et se pose à moi en civilisé et en Occidental, là je n’ai plus qu’une seule réaction. Comme Dieudonné, je me fâche tout net. »

Si on comprend bien, tout Blanc ou tout Euro-Aaméricain qui défend l’idée des droits de l’homme est, pour Raphaël Confiant, éminemment suspect. Il porterait comme dans ses gènes les fautes commises par ses aïeux. L’Europe et l’Occident étant réduits au mal, leur histoire ne comporte nulle grandeur, nulle générosité. Schoelcher, Marx, Lénine, les anti-esclavagistes européens, les anticolonialistes français, Jean Moulin et les résistants, la littérature et la philosophie européennes, tous suspects car participant du même mal posé par Confiant comme substantiel à on ne sait quelle essence même de l’« Occident ». Chapeau, Confiant, pour une telle somme d’inepties !

Mais le plus obscur donc qu’on a du mal à nommer chez cet écrivain martiniquais, c’est la colère qu’il exprime contre les Innommables, colère qui le porte à justifier le rapprochement de Dieudonné avec le Front national et sans doute – on a du mal à le comprendre – sa volonté de pardonner à l’humoriste certains de ses propos jugés antisémites. Mais qui sont ces Innommables ? Les Juifs, bien sûr. Mais pourquoi l’écrivain ne les nomme-t-il pas ? C’est là que tout devient subtil. Confiant, professeur de lettres, universitaire, écrivain, sait bien que « Innommable », pour le Petit Larousse par exemple, est : « Trop vil, trop dégoûtant pour être nommé, injustifiable ». S’il traitait les Juifs de cette façon, il n’aurait rien à envier aux nazis, pour qui les Juifs étaient de la « vermine ». L’écrivain antillais ne veut point tomber sous le coup de la loi et il précise donc qu’il parle d’individus « dont la loi interdit de nommer et la nationalité et la religion ». Et il ajoute : « dans ce papier, je les désignerais donc sous le nom d’Innommables ». Le problème de Confiant est celui de savoir comment obéir à la loi juridique tout en désobéissant à la loi morale qui dicte le devoir comme exigence d’humanité. Cette exigence étant au fondement même des droits de l’homme, on ne voit pas pourquoi on la respecterait si les droits de l’homme ne sont que les droits de l’homme blanc occidental.

Les nazis, eux aussi, détestaient l’idée des droits de l’homme. Pour eux, il n’y avait que les droits de la culture (et encore de la culture allemande), du Volkgeist, de l’esprit d’un peuple. Voilà pourquoi ils réduisaient la politique, comme Carl Schmitt, à la distinction amis-ennemis. Le nationalisme allemand, parce que nationaliste – donc contenant potentiellement une dialectique de l’extermination, comme tout nationalisme, fût-il antillais –, s’est accompli dans l’extrême haine de l’autre que fut le nazisme, contredisant ainsi ce que l’Occident avait tenté de penser comme l’Humanisme, quelles que soient les faiblesses d’ailleurs de cet humanisme. Comme l’a fait remarquer Hannah Arendt, avant d’envoyer les Juifs à la mort, il fallait d’abord les soustraire de l’humanité et, en leur enlevant la citoyenneté, on les rendait ainsi tuables parce que pour les nazis, l’identité politique (la citoyenneté) se réduisait à l’identité culturelle. Les idéologues nationalistes antillais ont du mal aussi à penser la distinction identité politique/identité culturelle. On pourrait se demander si, aujourd’hui, traiter les Juifs d’Innommables ce n’est pas une façon d’affirmer qu’ils sont donc hors du langage, de la signification et du sens, donc de la culture tout court. Une autre façon plus subtile de leur dénier leur appartenance à l’humanité. Nous ne disons pas que c’est là la volonté de Confiant car la loi nous interdit de nommer nazis ou pronazis les propos tenus par l’écrivain. Affirmons tout simplement que le comportement de Raphaël Confiant, écrivain responsable de ses actes et de ses écrits, est absolument innommable, c’est-à-dire injustifiable. Nous ne disons pas que sa personne est innommable car ce serait vouloir le rayer de l’humanité. C’est seulement son comportement qui nous donne le haut-le-cœur.

Mais on ne peut en rester à cette indignation spontanée. Il faut comprendre. Comment expliquer qu’un intellectuel, dans les Antilles d’aujourd’hui, puisse en arriver là ? On peut critiquer les dérives de certains intellectuels juifs comme Finkielkraut. Nous l’avons fait. On peut condamner tout ce qui, dans l’histoire dudit Occident, relève de la mise en esclavage, d’exterminations de toutes sortes. On peut même suspecter un certain républicanisme français, celui de Jules Ferry par exemple, ou un démocrate comme Tocqueville, pour leur nationalisme, leur volonté impérialiste, voire leur racisme. Cela aussi, nous l’avons fait. On peut aussi dénoncer ce qui aux Antilles-Guyane reste de pratiques colonialistes. C’est vrai. On peut surtout essayer de penser pour les DOM un autre avenir plus conforme à leur histoire. C’est notre souci. Mais d’avoir subi le colonialisme et le racisme ne nous donne absolument aucun droit d’être racistes. Ce que disait Fanon : « Je n’ai pas le droit, moi, homme de couleur, de souhaiter la cristallisation chez le Blanc d’une culpabilité envers le passé de ma race. Je n’ai ni le droit ni le devoir d’exiger réparations pour mes ancêtres domestiqués (…). Je ne suis pas esclave de l’esclavage qui déshumanisa mes pères. »

La faute impardonnable de Raphaël Confiant est de vouloir réduire tout être humain à une identité par lui substantialisée, ce que Sartre nommait la « chosification » de l’autre lorsqu’il pensait à la question juive. Il ne comprend pas que l’histoire du peuple juif est partie intégrante de l’Occident tout comme une bonne partie de l’histoire des Antilles, d’ailleurs. En ce sens, Confiant n’est pas moins « occidental » que Finkielkraut, ne serait-ce que pour ses théories de la nation, très « allemandes », élaborées en Occident. Il a du mal à comprendre qu’il n’y a pas un être-juif, immuable et éternel, ni non plus un « être-martiniquais ». Qu’il y a des Juifs critiques de la politique d’Israël, des Juifs ayant combattu contre le colonialisme et le racisme tout comme des Français blancs aussi. Si tous les Blancs sont suspects, on comprend la douleur d’exister pour des mulâtres comme Dieudonné et Confiant. Ce dernier l’avoue lui-même : « Je crois déceler une double souffrance chez l’humoriste [il s’agit de Dieudonné, précisons]  : l’une est liée à sa personne, à son être métis (père africain, mère blanche) ; l’autre, liée à ces gens qu’il est interdit de nommer (il a été partenaire de scène de l’un d’eux pendant une quinzaine d’années) (…) bien que de mère blanche, gauloise, camembert, tout ce qu’on voudra, Dieudonné sait que les gens comme lui demeureront à jamais dans la société raciste hexagonale un nègre et rien qu’un nègre. »

Il y aurait donc chez Dieudonné une souffrance ontologique, liée à son être même. Son malheur est d’être métis. Notons que le père est qualifié d’africain et non de noir et que la mère n’est pas nommée française (car Confiant est de nationalité française et bien payé par l’Etat français) mais blanche (référence à la race), gauloise (référence à une ethnie supposée être originaire), camembert (référence à une chose ayant partie liée avec la fermentation) et « tout ce que l’on voudra » précise Confiant, encourageant (involontairement peut-être ?) notre imagination à vagabonder vers des choses plus glauques, de la fermentation à la putréfaction ! On ne sait pas si Dieudonné appréciera que l’on parle de sa mère en ces termes mais si un membre du Front national traitait son père d’« Ibo, cirage et tout ce que l’on voudra », on crierait à juste titre au racisme. Dans cet innommable écrit, l’écrivain martiniquais pose la mère de Dieudonné comme portant en elle, parce que blanche, la faute de ses ancêtres car le mal est pensé ici comme héréditaire. Chose qui avait été déjà tentée d’être pensée par Malebranche dans De la recherche de la vérité. Comment comprendre que nous soyons encore responsable du péché d’Adam ? Pour le philosophe cartésien, c’est la mère qui retransmet la faute originelle à l’enfant et cela, grâce à l’imagination, depuis la nuit des temps. La deuxième faute de Dieudonné est d’avoir fréquenté trop longtemps un Innommable, c’est-à-dire un Juif. Car il est évident pour Raphaël Confiant que cette catégorie d’humains ne peut être fréquentable.

Au total, ces propos sont graves, très graves. A l’heure où des groupes de Noirs ou d’Antillais sont tentés en France de faire la chasse aux Juifs dans le même temps où un gendarme d’origine martiniquaise se fait presque lyncher avec un jeune Juif, alors que nombre de Français noirs ou métis se posent la question de leur intégration à la République française et que des gens en France, au Haut Conseil à l’intégration ou ailleurs, s’évertuent à trouver des solutions à ce douloureux problème, pour Raphaël Confiant, il n’y a pas de solution car jamais un Noir ni un métis ne pourront être intégrés dans une France hexagonale raciste, ontologiquement raciste. Que reste-t-il alors ? La violence, le désespoir, la haine de l’autre ? Ou tout simplement la solution de l’extrême droite : chassez-les, pourchassez-les, foutez-les dehors ! Les dérives d’un Dieudonné, cela commençait déjà à bien faire. Mais qu’il obtienne le soutien idéologique d’un écrivain antillais quelque peu célèbre, la chose est absolument condamnable !

Car, quoi qu’en dise Raphaël Confiant, le mal est bien radical, car inscrit dans la liberté même de l’homme. C’est la bête qui nous habite, universellement. Il y a des Noirs racistes, comme des Blancs ou des Juifs racistes. D’être descendants d’esclaves ne nous dispense pas de notre responsabilité. L’extermination de l’autre n’est pas le propre de l’Occident même si celui-ci, grâce à la domination technique, lui a donné l’ampleur que l’on sait. Tout homme, comme tout peuple et toute culture, porte en lui la tentation de l’extermination. Le Rwanda, ce n’est pas que la faute aux Blancs, cessons de nous raconter des histoires. Arrêtons de mettre nos faiblesses et nos impasses historiques sur le seul compte du colonialisme français. Ressaisissons-nous nous-mêmes ! En tout cas, la lutte est désormais ouverte aux Antilles entre, d’une part, ceux qui veulent faire évoluer nos sociétés dans des problématiques identitaires fermées, haineuses et obscurantistes et ceux qui, d’autre part, comme nous, pensent sincèrement que la question de l’identité ne pourra jamais se poser positivement en dehors du respect des droits fondamentaux de la personne humaine. Car, comme disait le célèbre Martiniquais Frantz Fanon, qui ne manquait pas d’humanisme, il s’agit de « lâcher l’homme », tous les hommes y compris, généreusement, Raphaël Confiant.

Jacky Dahomay
Professeur de philosophie au lycée de Baimbridge (Guadeloupe)
et membre du Haut Conseil à l’intégration.

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Raphaël Confiant et les « Innommables »

par Patrice Louis, Le Monde daté du 2 décembre 2006

L’écrivain martiniquais Raphaël Confiant a décidé d’apporter son appui à l’humoriste Dieudonné. Il ne s’agit pas d’une simple déclaration, mais d’un texte qui circule sur Internet. Et la polémique grandit très vite aux Antilles. S’agit-il d’un soutien mûrement réfléchi ? D’un dérapage du romancier à succès ?

L’objet de la querelle est simple : Raphaël Confiant, 55 ans, universitaire et romancier publié notamment chez Gallimard, donne à sa manière quitus intellectuel à l’humoriste après son récent passage au rassemblement du Front national, le 11 novembre. Dieudonné s’était attardé entre les stands de la fête du FN, mettant en avant un point commun entre lui et Jean-Marie Le Pen : « Tous deux nous avons connu une diabolisation extrême. »

Raphaël Confiant s’estime en droit de justifier l’apparition à la fête Bleu-blanc-rouge de celui chez qui il croit déceler une double souffrance : « L’une liée à sa personne, à son être métis (père africain, mère blanche) ; l’autre liée à ces gens qu’il est interdit de nommer (il a été partenaire de scène de l’un d’eux pendant une dizaine d’années (Elie Semoun)) et que dans ce papier je désignerai donc sous le vocable d’Innommables. »

Une fois ce mot lâché, plus rien n’arrête le romancier. Mais c’est bien sûr ce qualificatif d’« innommable » qui fait bondir d’indignation ses pairs et anciens amis. Pierre Pinalie, métropolitain vivant de longue date en Martinique, militant du créole aux côtés de Confiant, est l’un d’eux. C’est en réponse à l’un de ses textes que l’écrivain a réagi, le traitant au passage systématiquement de « petit Blanc ». Alors que Raphaël Confiant se refuse à utiliser le mot « juif », Pierre Pinalie rétorque : « Aucune loi n’interdit de prononcer ou d’écrire le mot »juif« et il est assez abject d’employer l’adjectif »innommables« pour désigner les membres de cette communauté ! En effet, si le premier sens du mot convient pour ce qui ne peut pas être nommé, l’usage habituel correspond à ce qui est trop bas ou trop vil pour être prononcé. Il faut donc être vraiment bas et honteusement vil pour jouer sur les mots en utilisant »innommables« à propos des juifs. »

De son côté, Pascal Vaillant, linguiste à l’université des Antilles et de la Guyane, ancien membre du Gerec, le Groupe d’étude et de recherche en espace créolophone, codirigé par M. Confiant, termine ainsi sa réplique à son ancien compagnon : « Lorsque Raphaël Confiant répond à un discours argumenté, il y répond en essayant de traîner le débat dans la fange, car c’est le seul endroit où il se sent bien. Et c’est naturellement le seul endroit, pour un homme honnête, où le débat ne peut plus avoir lieu. Il est donc clos d’avance. » [1]

Raphaël Confiant n’avait pas soutenu Dieudonné en mars 2005. A l’époque, l’humoriste s’était fait agresser sur un parking, à Fort-de-France, par quatre hommes de confession juive qui voulaient le punir pour ses déclarations du genre : « Les juifs, c’est une secte, une escroquerie, c’est une des plus graves parce que c’est la première.  »

Dieudonné n’avait pas été blessé mais l’émotion avait été forte et le grand poète Aimé Césaire l’avait reçu. Le vieux sage lui avait rappelé son souhait « que nos spécificités alimentent l’Universel, et non le particularisme ou le communautarisme », mais c’est l’image des deux hommes dans les bras l’un de l’autre qui était restée. Beaucoup d’autres personnalités antillaises étaient venues réconforter et soutenir l’humoriste.

La radicalisation de Raphaël Confiant ne s’inscrit pas dans ce contexte. Cela fait un certain temps qu’il intervient sur Internet, lance ses attaques auprès de ses amis tout en désirant limiter le débat à la sphère « martinico-martiniquaise  », selon son expression. Sa plus récente victime a été, à l’occasion la Coupe du monde de football et déjà dans un courriel, le journaliste et essayiste Serge Bilé, né en Côte d’Ivoire, en poste à Télé-Martinique. Ce dernier avait écrit dans Le Nouvel Observateur à propos de la fierté des Antillais chantant Allez les bleus. Confiant, né dans le nord atlantique de l’île, n’avait pas apprécié. Il avait répliqué avec violence : « Tout étranger qui se mue en agent de la francisation et du colonialisme français, c’est-à-dire en destructeur de notre langue et de notre culture martiniquaises, en clair de notre identité, ne devra pas s’étonner d’être traité en adversaire par ceux qui se battent pour que la Martinique devienne enfin libre, cela en accord avec les règlements du Comité de décolonisation de l’ONU. Si vous voulez jouer au Nègre à Blanc, au Nègre français ou au Français noir, c’est votre problème, mais allez le faire en Afrique ! Ici, nous sommes des Martiniquais, des Antillais, des Caribéens, des Créoles et rien d’autre !  »

Une réplique restée pour l’instant sans réplique. Serge Bilé s’interdit encore tout commentaire, sauf à rappeler qu’il avait parlé de « guerre des cons » à laquelle il n’entendait naturellement pas participer. Autre exemple du combat de l’écrivain martiniquais : au lendemain des attentats du 11-Septembre aux Etats-Unis, dans une tribune de l’hebdomadaire Antilla, il avait pris ses distances avec les critiques contre le leader du réseau Al-Qaida, Oussama Ben Laden, traité de « salaud, d’assassin, sans aucun sens des droits de l’homme » - pour ajouter aussitôt : « Christophe Colomb, par contre, était un vrai humaniste. »

Raphaël Confiant a publié, en 1993, un pamphlet contre Aimé Césaire, Une traversée paradoxale du siècle, dont il dénonçait l’échec, évoquant sa propre « passion déçue ». Il était alors le fils rebelle de celui qu’on surnomme le « nègre fondamental ». Son nom était inséparable de celui de l’écrivain Patrick Chamoiseau, auteur de Texaco, roman couronné par le prix Goncourt en 1992.

Et depuis ? Chamoiseau laisse dire ceux qui évoquent une rupture entre lui et son ancien camarade. Et Confiant ? Il traite avec mépris ses détracteurs, « épiphénomènes » qu’il oppose à tous ceux qui lui envoient des courriels approbateurs, lui disant qu’il a raison.

Interpellé cette semaine par un internaute, il conclut sa réponse par cette démonstration : « S’agissant du racisme européen, pourquoi faut-il 100 % de »sang blanc« pour être blanc alors qu’il suffit d’1 % de »sang noir« pour être noir ? Qui a instauré cette arithmétique surréalisto-raciste ? Pourquoi aucun intellectuel euro-américain ne la dénonce et pourquoi tous continuent à appeler »Noir« toute personne qui a du »sang noir« ? Les mères de Yannick Noah, de Harlem Désir, de Dieudonné et de milliers d’autres sont blanches pourtant ! Bref, il y aurait tant à dire. Ce monde est désespérant.  »

Désespérant, Confiant ? Il se trouvera bien un jour quelqu’un pour qualifier ses écrits d’« innommables ». En attendant, les élites et les élus martiniquais observent un silence total, comme si la violence de la polémique n’était pas arrivée jusqu’à eux.

Patrice Louis

[1La réaction de Pascal Vaillant.

Sur le même site, vous trouverez un dossier consacré à ce débat, avec notamment un texte réaction de Raphaël Confiant.