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Nicolas Sarkozy indésirable au Mali

mercredi 17 mai 2006

De nombreux Maliens considèrent le projet de loi sur l’immigration comme " une atteinte aux droits de l’homme [qui] encourage le racisme et la discrimination ".

Assemblée Nationale du Mali
Collectif des Députés de la Région de Kayes (CODEKA)

Communiqué de presse

Nous membres du collectif des Députés élus dans la Région de Kayes (CODEKA), avons appris avec consternation la venue prochaine
de Monsieur Nicolas Sarkozy, Ministre Français de l’Intérieur,
dans notre pays à partir du 17 mai 2006 :

  • Considérant que cette période est mal choisie par Monsieur
    Sarkozy, moment où son fameux projet de loi ANTI-IMMIGRATION est en discussion à l’Assemblée Nationale Française,
  • Considérant que ce projet de loi ne contribue pas au rapprochement
    des Peuples Malien et Français,
  • Considérant que Monsieur Sarkozy est lui-même fils d’immigré en France,
  • Considérant le rôle joué par les émigrés de toutes nationalités, singulièrement les Maliens, dans la vie sociale et économique de la France d’hier à aujourd’hui,
  • Considérant l’apport des migrants maliens de France, notamment
    ceux de la Région de Kayes, dans l’économie malienne et pour leurs familles d’origine,
  • Considérant que l’immigration a été indéniablement reconnue
    comme facteur intégrateur des peuples,
  • Rappelant le rôle important et incontestable joué par les Peuples
    africains dans les guerres de Libération de la patrie française,
  • Considérant que pour ces guerres les peuples africains aussi n’ont pas choisi la déportation mais l’ont au contraire subie.

Nous nous sentons indignes par cette visite et pensons très
sincèrement que la venue de Monsieur Nicolas Sarkozy en ce moment dans notre pays relève purement et simplement de la pure provocation à l’endroit du peuple malien.

Par conséquent, représentant et défendant les intérêts du
Mali, singulièrement ceux des populations de la région de Kayes,
invitons Monsieur Sarkozy à respecter sa propre logique et à considérer son voyage sur le Mali, en ce moment indésirable.

Demandons au Gouvernement de notre Pays de surseoir à la visite de
travail de Monsieur Nicolas Sarkozy en cette période délicate.

Les Députés membres du CODEKA sont solidaires des Maliens de France
dont la situation sera encore précarisée par ce projet de
loi ANTI-IMMIGRATION de Nicolas SARKOZY, contraire non seulement aux
conventions internationales sur l’immigration signées par
la France mais aussi à la dimension de l’amitié et de l’estime
mutuels qui existent entre les Peuples Français et Maliens.

Appelons tous les collègues parlementaires de la France, pays ami du
Mali, à s’opposer à la mise en place d’une politique d’immigration
sélective dans leur Pays.

Nous demandons aux Parlementaires Maliens et à tout malien esprit de
paix et de justice sociale de se mobiliser afin que Monsieur Nicolas Sarkozy annule son voyage du 17 mai 2006 sur le Mali, comme ce
fut le cas en janvier 2006 en Martinique, suite à une
sensibilisation de ce peuple par des dirigeants Martiniquais comme « 
tonton » Aimé Césaire.

Vive l’Egalité des Peuples, Vive la Justice Sociale, Vive la France,
Vive le Mali.

Bamako, le 11 mai 2006

Pour le CODEKA - Le Président Dr Abdoul BA

Visite de Nicolas Sarkozy au Mali [1]


Les députés de Kayes, Jubilé 2000 et l’Association des expulsés maliens de France organisent une grande marche cet après-midi

Le Collectif des députés de Kayes - 21 élus -, l’Association des Maliens expulsés de France et Jubilé 2000 ont décidé, après une large concertation, d’organiser une très grande marche cet après-midi pour protester contre la venue de Sarkozy à Bamako. Auparavant, ils avaient animé une conférence de presse dans la salle Awa Kéïta de l’Hémicycle pour dire, d’une seule voix, que Nicolas Sarkozy "est indésirable au Mali".

Après la publication de sa déclaration relative à la visite de Sarkozy au Mali (voir L’Indépendant N°1468 du lundi 15 mai 2006) le collectif des députés de la région de Kayes a organisé, dans l’après-midi du même lundi, une conférence de presse dans la salle Awa Kéïta de l’Assemblée nationale. En présence des 21 élus de cette région, du deuxième vice-président de l’Assemblée nationale, Assarid Ag Imbarcawane, des représentants de Jubilé 2000 et de l’association des expulsés Maliens de France.

Le président du collectif des députés de Kayes, le Dr Abdoul Bâh, principal conférencier a laissé entendre que le gouvernement malien a fauté en donnant son accord pour la visite de Sarkozy dans notre pays. "Nous n’accepterons pas qu’après avoir élaboré un projet de loi anti-immigration, Nicolas Sarkozy foule le territoire malien pour se moquer de nous en faisant de notre pays un champ d’expérimentation. C’est pourquoi, nous demandons au gouvernement l’annulation pure et simple de la visite du ministre de l’intérieur français. Nous avons écouté, avant de rentrer dans cette salle le N°2 du ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération internationale, le ministre étant en déplacement, nous lui avons dit que nous ne cautionnons pas l’arrivée de Sarkozy dans les circonstances actuelles".

L’honorable Dr Bâh a soutenu que tous les députés maliens, de quelque bord qu’ils se trouvent, soutiennent cette cause et participeront aux actions qu’ils vont entreprendre. "La politique de Nicolas Sarkozy est révolu, elle est d’un autre temps. Le peuple malien se mobilisera contre elle" ; a renchérit l’unique député du PARENA, Kaourou Doucouré.

L’association des Maliens expulsés de France a, pour sa part, lancé un appel pour une "large coalition et mobilisation contre l’arrivée de Nicolas Sarkozy au Mali". Elle estime que le projet de loi Sarkozy « précarise et criminalise l’immigration du sud, rend clandestines des personnes séjournant régulièrement sur le sol français, rend impossible toute vie familiale normale ». En clair, pour l’association des expulsés maliens de France, ce projet de loi est une "atteinte aux droits des travailleurs, aux droits de l’homme et encourage le racisme et la discrimination".

Dans sa déclaration, on peut lire :nous regrettons que celui que le peuple martiniquais et Aimé Césaire ont refusé de recevoir dans un premier temps, soit accueilli en grande pompe par nos autorités. Cette visite est pour nous une seconde gifle au Mali et son peuple après celle administrée sur le sol français. Cela est hautement inacceptable. C’est pour tout cela que la visite de Nicolas Sarkozy nous est insupportable. Nous la vivons comme une véritable provocation à notre égard mais nous la ressentons aussi comme le résultat d’une compromission de notre gouvernement incapable de résister à cette nouvelle offensive anti-immigrés et anti-maliens".

Aussi, exige t-elle des Etats français et malien l’arrêt immédiat des expulsions, le retour sans condition des expulsés et leur insertion conformément au statu quo ante et la réparation des dommages subis, la régularisation de tous les « sans papiers », l’abandon de la loi sur l’immigration choisie. Enfin, l’Association des Maliens expulsés de France appelle les forces vives de la nation à se mobiliser contre la présence de Sarkozy sur le sol malien les 17 et 18 mai 2006.

Cette autre association, dénommée Jubilé 2000, abonde dans la même direction que les expulsés de France. C’est pourquoi, ces deux associations, en concertation avec les députés de la région de Kayes, ont décidé d’organiser cet après-midi une marche gigantesque pour dire non à l’arrivée de Sarkozy à Bamako. A suivre.

Chahana TAKIOU

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Visite de Nicolas Sarkozy au Mali : La Honte

Le Mali aussi se doit de choisir ses amis : on aime les Maliens ou on ne vient pas dans leur pays". Le Mali ne peut pas dérouler le tapis rouge à un homme pour qui les Africains (les Noirs et les Maghrébins) sont un problème pour la France. Celui qui affirmait il y a seulement une dizaine de jours : "La France, on l’aime ou on la quitte", que vient-il faire dans notre pays au lendemain de l’adoption de son projet de loi sur l’immigration ? Rien de plus qu’un coup médiatique dans sa course à l’élection présidentielle.

L’examen, cette semaine, par l’Assemblée nationale française, de la nouvelle loi sur l’immigration, le discours démagogique de Sarko à la quête des électeurs du FN, la crise des banlieues et son corollaire de surenchères politiques doivent donner à réfléchir.

Certains hommes politiques brandissent et font leur marché sur la xénophobie, la peur de l’autre en l’érigeant en bouc émissaire de leur incapacité à trouver des solutions aux problèmes économiques et de mal-vivre de leurs concitoyens. Je suis sidéré que les médias maliens ne posent pas les vraies questions sur les relations France-Afrique et le traitement réservé à nos compatriotes par Nicolas Sarkozy.

Encore une fois, on sera la risée du monde. M. Sarkozy se déplacera avec des dizaines de journalistes pour venir tenir un discours démagogique dans notre pays. De quoi veut-il venir parler au Mali ? Il n’est ni ministre de la Coopération, ni ministre des Affaires étrangères.

Les chaînes de télévisions françaises feront leurs choux gras sur l’immigration et son corollaire de misère au Mali. Vu de là-bas, les Maliens sont prêts à mourir pour venir en Europe. Ayant vécu parmi les milliers de Maliens et d’Africains en France, je peux vous assurer de leur indignation actuellement.

Pourquoi accueillir Sarkozy au lendemain du vote de sa nouvelle loi sur l’immigration jetable et le conforter dans sa position alors même que le débat se poursuit en France ? Nos responsables politiques ne sont-ils que des marionnettes ?

Aimé Césaire avait pourtant donné un bon exemple en refusant d’accueillir M. Sarkozy au lendemain des émeutes des banlieues. Quand est-ce nous, Africains, pourrions-nous être fiers et respectés sur le comportement de nos responsables politiques ?

Alassane BAH

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La mobilisation contre la loi Sarkozy

La mobilisation contre la loi Sarkozy sur l’immigration et l’intégration a connu samedi dernier une brusque accélération. La manifestation parisienne a rassemblé 35 000 personnes selon les organisateurs (11 000 selon la police), deux fois plus que celle du 29 avril. Tandis qu’un groupe a investi la tour Eiffel pour y distribuer des tracts, à Marseille et Toulouse, deux manifestations ont aussi eu lieu. Dans le cortège parisien, des gens d’origine africaine, maghrébine, asiatique, et aussi c’est la nouveauté, beaucoup d’origine française. Dont bon nombre manifestaient pour la première fois contre ce texte.

Dans la foule, le Malien Sara Camara, agent d’entretien à la Conciergerie de Paris (Libération du 4 mai), toujours flanqué de ses deux collègues. Egalement présents, Jaleel et sa femme. Tous deux sont Ivoiriens, lui est arrivé en France en 1994, elle en 1998, et sont parents d’un enfant né ici.

En 2004, Jaleel a tenté de se faire régulariser comme le permettait la loi pour les clandestins ayant passé dix ans en France, mais la préfecture a rejeté son dossier. Les associations affirment que l’administration applique par anticipation une mesure de la loi Sarkozy qui supprime cette régularisation pour les clandestins ayant vécu 10 ans en France.

Fronde : Devant la fronde des responsables religieux catholiques, protestants et orthodoxes, ainsi que des mouvements chrétiens sonnant la charge contre un texte qualifié de "machine à fabriquer des sans-papiers", Nicolas Sarkozy avait promis des amendements.

Il a ainsi fait supprimer la disposition prévoyant qu’en cas de rupture du contrat de travail, l’étranger verrait sa carte de séjour retirée. Mais les associations qui luttent aux côtés des sans-papiers restent mobilisées.

Elles n’excluent pas un durcissement du texte de la part des députés ultra. Au coeur de leurs inquiétudes, le sort des étrangers malades. Une version antérieure du projet de loi abrogeait la disposition prévoyant la délivrance d’un titre de séjour à l’étranger "dont l’état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité", la réservant à ceux "dont l’absence mettrait en jeu le pronostic vital".

Les associations ont protesté, le ministère de la Santé s’est ému. L’Intérieur a reculé. Mais certains députés n’ont pas renoncé : Jérôme Rivière (UMP, Alpes-Maritimes) avait déposé un amendement "[subordonnant] l’octroi d’une carte de séjour à un étranger malade à l’existence d’un danger vital et immédiat". Retoqué par la commission de lois, il pourrait revenir pendant le débat.

Circulaire : Beaucoup de Français défilent par solidarité. Cédric est venu de Nantes avec des sans-papiers. Depuis qu’en février, Nicolas Sarkozy a publié une circulaire sur les "conditions de l’interpellation d’un étranger en situation irrégulière", lui et ses camarades accompagnent systématiquement les clandestins dans leurs démarches administratives.

Certains rendez-vous à la préfecture n’auraient d’autre objet que de faire sortir les sans-papiers du bois pour les arrêter. Comme tous les militants du Réseau Education sans frontières, Cédric et ses camarades anticipent également les expulsions qui risquent d’avoir lieu à la fin de l’année scolaire.

Une circulaire du ministère de l’Intérieur d’octobre 2005 avait interdit l’expulsion d’élèves en cours d’année. Ce sursis prendra fin le 30 juin. "On organise la prise en charge, on cherche des planques mais également des lieux publics car on se dit que la meilleure façon de protéger ces enfants pourrait être de les "cacher" au grand jour", explique Cédric.

Alassane BAH