Nicolas Sarkozy donne un bon point à la France en histoire

publié le 13 avril 2007

Si l’on en croit le candidat UMP, la France n’a pas à rougir de son passé car elle n’a pas inventé la solution finale ni construit de chambre à gaz et qu’« il n’y a pas eu beaucoup de puissances coloniales dans le
monde qui aient tant oeuvré pour la civilisation et le développement et si peu
pour l’exploitation. »

Image utilisée comme “bon point” – La légende : « Un enfant de sept ans, coupable d’avoir, par jeu, avec son fusil de bois, mis en joue des Prussiens, est impitoyablement tué par eux. »

Il y a eu d’abord le discours de Caen, le 9 mars 2007 :

« Au bout du compte nous avons tout lieu d’être fiers de notre pays, de son
histoire, de ce qu’il a incarné, de ce qu’il incarne encore aux yeux du monde.
Car la France n’a jamais cédé à la tentation totalitaire. Elle n’a jamais exterminé
un peuple. Elle n’a pas inventé la solution finale, elle n’a pas commis de crime
contre l’humanité, ni de génocide. Elle a commis des fautes qui doivent être
réparées, et je pense d’abord aux harkis et à tous ceux qui se sont battus pour la
France et vis-à-vis desquels la France a une dette d’honneur qu’elle n’a pas
réglée, je pense aux rapatriés qui n’ont eu le choix au moment de la
décolonisation qu’entre la valise et le cercueil, je pense aux victimes innocentes
de toutes les persécutions dont elle doit honorer la mémoire.

[...]

« La vérité c’est qu’il n’y a pas eu beaucoup de puissances coloniales dans le
monde qui aient tant oeuvré pour la civilisation et le développement et si peu
pour l’exploitation. On peut condamner le principe du système colonial et avoir
l’honnêteté de reconnaître cela. »

Puis le discours de Nice, le 30 mars dernier, en a remis une couche ...





La France n’a pas commis de génocide et n’a pas inventé la solution finale ...

par Daniel Schneidermann, Libération le 6 avril 2007

Ce sont deux simples phrases, passées inaperçues dans l’emballement de fin de campagne. Deux phrases prononcées la semaine dernière, à Nice, dans un meeting, par Nicolas Sarkozy. Poursuivant son long monologue sur l’immigration et l’identité nationale et développant, Côte d’Azur oblige, les sous-chapitres colonisation et repentance, le candidat a dit : « Je suis de ceux qui pensent que la France n’a pas à rougir de son histoire. Elle n’a pas commis de génocide. Elle n’a pas inventé la solution finale. Elle a inventé les droits de l’homme, et elle est le pays du monde qui s’est le plus battu pour la liberté. » On n’en a pas vu d’images à la télévision, on a seulement lu la citation sur quelques blogs, mais on imagine volontiers Sarkozy prononçant ces phrases. L’air dégagé, observant un silence entre génocide et solution finale pour prolonger son effet, le faire durer en bouche, solliciter l’approbation du public, habité, propulsé par le simple bon sens, ce rappel au simple bon sens, aux choses qu’on a tout de même le droit de dire, n’est-ce pas, parce que si on n’a plus le droit de rappeler des faits élémentaires, de simples faits, alors à quoi bon voter ? Ce n’est tout de même pas la France qui a inventé le génocide et la solution finale.

C’est-à-dire : tiens, l’Allemagne, tenez, les Allemands, tiens Angela Merkel, vous n’avez rien demandé, vous ne vous êtes mêlés de rien pendant cette campagne, mais attrapez-la dans les gencives, la solution finale !

Ces phrases ne sont pas seulement insultantes pour les Allemands d’aujourd’hui, et ceux d’hier, qui ont accompli un travail de mémoire tel qu’aucun autre peuple n’en a accompli. Elles sont surtout irresponsables. Sarkozy aspire à devenir Président. Et la parole du Président, c’est la parole de la France. La parole de la France à l’Allemagne, entre 2007 et 2012, consistera-t-elle à renvoyer le partenaire historique à Auschwitz ? Comment imaginer qu’un incendiaire ayant en tête ce genre de réminiscences puisse aller négocier avec la chancelière allemande, sans tabous ni arrière-pensées, avec la sérénité qui sied à deux partenaires quotidiens, par exemple sur la répartition des suppressions de postes à Airbus ?

Daniel Schneidermann

Deux pays face à leur passé colonial...

A gauche : couverture de cahier scolaire par G. Daschner, vers 1900. A droite : révolte en Côte d’Ivoire, début du XXe siècle (Harlingue/Roger Viollet).

En août 2004, l’Allemagne a présenté des excuses officielles pour le massacre par l’armée allemande de la tribu des Hereros en Namibie (Afrique australe), qui fit 65.000 morts de 1904 à 1907. « Nous, Allemands, acceptons notre responsabilité morale et historique » pour les crimes commis à l’époque par des Allemands, a déclaré la ministre allemande de l’Aide au développement, lors d’une cérémonie marquant le centième anniversaire du soulèvement des Hereros contre leurs colons allemands, en août 1904 [1].

Sans vouloir faire la moindre comparaison entre deux événements profondément différents — la colonisation du Sud-ouest africain et celle de l’Algérie — il n’est pas sans intérêt de rappeler que, au cours de l’année 2004, le gouvernement et le parlement français ont consacré beaucoup de leur énergie à mettre au point une loi fort contestable dont un article enjoignait aux enseignants de faire état du rôle positif de la colonisation française — article que le Président de la République a dû se résigner à supprimer par la suite. Nicolas Sarkozy était membre de ce gouvernement...

[1Voir, sur ce site Le massacre des Hereros (1904-1908).