Ils furent déportés dans des îles et des prisons françaises

Les résistants algériens du XIXe siècle internés en France où leurs tombes sont oubliées

publié le 1er novembre 2020 (modifié le 17 février 2021)

La récente restitution à l’Algérie par la France de restes mortuaires d’Algériens ayant combattu l’armée française au XIXe siècle et conservés depuis lors au Musée de l’Homme à Paris, a rappelé que la conquête de cette colonie fut d’une très grande violence. On sait moins que de nombreux Algériens furent, lors de la guerre de conquête puis de répression des multiples révoltes, internés en France. L’historienne Sylvie Thénault, dans un article issu de son livre Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale. Camps, internements, assignations à résidence (2012), a étudié les modalités de ces internements d’Algériens déportés pendant plus d’un demi-siècle dans des îles et des forteresses en Méditerranée. Dans l’île Sainte-Marguerite notamment, au large de Cannes, des tombes en gardent la trace.

Mise au point

Nous avions publié le 19 septembre 2020 un article intitulé « Un cimetière de chouhadas oubliés sur l’ile Sainte-Marguerite en France » par Khidr Ali, qui avait été publié auparavant par le site Algérie 1.com, le 29 août 2016, le 18 août 2019, puis le 20 août 2020. L’historienne Sylvie Thénault nous a signalé que cet article reproduisait sans le dire des passages entiers de son propre article « Une circulation transméditerranéenne forcée : l’internement d’Algériens en France au XIXe siècle », mis en ligne sur le site Criminocorpus le 6 février 2015 et issu de son livre Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale. Camps, internements, assignations à résidence (Odile Jacob, 2012). Nous avons donc retiré l’article en question, tout en nous excusant auprès de Sylvie Thénault, et le remplaçons par de larges extraits de l’article de cette historienne. En ne reprenant ensuite que les éléments complémentaires concernant les tombes de déportés algériens à l’ile Sainte-Marguerite publiés par Khidr Ali sur le site Algérie 1.com « dans l’attente que les autorités algériennes consentent à s’occuper de ce pan de notre histoire ».

Sylvie Thénault, « Une circulation transméditerranéenne forcée : l’internement d’Algériens en France au XIXe siècle »

Source


« Seront traités comme prisonniers de guerre et transférés dans un des châteaux ou forteresses de l’intérieur pour y être détenus, les arabes appartenant aux tribus insoumises de l’Algérie qui seraient saisis en état d’hostilité contre la France. »
(1841)

Cet arrêté du Maréchal Soult, ministre de la Guerre, en 1841 [1], allait fonder l’internement d’Algériens sur le sol français, jusqu’au début du XXe siècle. « Châteaux ou forteresses de l’intérieur » désignait en effet des lieux situés à « l’intérieur » du pays, au sens de l’espace métropolitain. Dans cet esprit, le Maréchal Soult utilisa aussi le vocable « interner » pour désigner la mesure préconisée. Formé sur la racine latine inter, « interner » avait alors une signification neutre : « faire entrer dans l’intérieur [2] ». Le Second Empire allait donner au terme une signification nettement plus politique et le doter d’une dimension contraignante. Entre autres mesures de rétorsion à l’égard de ses opposants, Napoléon III usa en effet de l’« internement » au sens d’une assignation à résidence forcée [3]. L’Empereur n’innovait pas : l’assignation à résidence – ainsi que l’enfermement arbitraire – d’opposants politiques fut largement pratiquée par les régimes français du XIXe siècle, bien avant le Second Empire. Napoléon III usa cependant de façon spectaculaire de cette forme de répression, au point de faire évoluer la signification du mot « interner ». Le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, publié dans les années 1860-1870, le définit ainsi : « envoyer dans une résidence, avec défense d’en sortir [4] ». Ainsi l’internement allait-il devenir une catégorie-phare de la répression politique et du traitement des « indésirables » en France, jusqu’à devenir synonyme, au XXe siècle, d’enfermement dans un camp6.

L’internement d’Algériens en France accompagna la longue période nécessaire à la soumission de leur pays à la tutelle coloniale française. Après la guerre de conquête, qui prit fin en 1847 avec la reddition d’Abd el-Kader, les insurrections se relayèrent jusqu’au début des années 1880. C’est dans ce contexte que des « prisonniers de guerre », comme disait le ministre en 1841, puis des insurgés et des « malfaiteurs » algériens furent internés en nombre sur le sol français. [...]

Carte postale de Cannes, Île Sainte-Marguerite (premier fort).

Îles et forts en Méditerranée : continuité des espaces de relégation militaro-politique

L’arrêté de 1841 relatif à l’internement en France avait affecté la forteresse de l’île Sainte-Marguerite, l’une des îles de l’archipel de Lérins, au large de Cannes, à la détention des Algériens. Alors que le nombre d’internés n’aurait pas atteint la centaine de 1841 à 1843, il augmenta brusquement en 1843, après la fameuse prise de la smala d’Abd el-Kader [5]. Plus de 300 hommes, femmes et enfants arrivèrent dans l’île [6]. Le nombre de détenus se chiffra alors en centaines : de 300 à plus de 500. Les archives n’en donnent cependant pas une évaluation fiable. Les rapports d’inspection contemporains concluaient tous à la gabegie de la tenue des registres.

Ces rapports soulignèrent de multiples problèmes consécutifs à l’augmentation du nombre d’internés après 1843 : surpopulation des locaux, insuffisance de l’équipement personnel des prisonniers, cherté de la nourriture importée du continent, inadaptation des denrées au régime alimentaire des Algériens. Outre qu’ils ne consommaient pas de pain, les prisonniers réclamaient de la semoule à la place du riz – ce qu’ils finirent par obtenir. Les enfants payaient au transfert et à la captivité le plus lourd tribut : un rapport notait que six d’entre eux étaient morts en moins de six semaines. La vie s’organisait néanmoins, dans la durée. Des mariages et des naissances étaient célébrées, des décès déplorés et les morts enterrés sur l’île même ; un marabout assurait le fonctionnement d’une école. D’après Xavier Yacono, les conditions de détention s’améliorèrent au fur et à mesure des inspections. Le desserrement de la pression démographique, consécutif aux libérations, s’y ajoutait [7]. Plaida notamment en leur faveur Ismaÿl Urbain, saint simonien arabisant et converti à l’islam, futur inspirateur de la politique du « royaume arabe » de Napoléon III, qui inspecta Sainte-Marguerite en 1846-1847, lorsqu’il était en poste au ministère de la Guerre [8].

Le maréchal Soult n’avait cependant pas désigné Sainte-Marguerite comme lieu exclusif de la détention des « prisonniers arabes ». La surpopulation de l’île consécutive au flux de 1843 entraîna l’appropriation de divers forts méditerranéens : le fort Brescou, au large du cap d’Agde, puis, en 1844-1845, les forts Saint-Pierre et Saint-Louis à Cette – orthographe de Sète à l’époque. À Toulon, où débarquaient les prisonniers d’Algérie, le fort Lamalgue, lieu de transit, tendait à devenir permanent. Chacun de ces forts avait une capacité d’une centaine de places, de 83 à Saint-Pierre jusqu’à 180 à Lamalgue. En 1847, tous étaient saturés. Les fonctionnaires du ministère de la Guerre pensèrent alors à l’île de Ré puis à l’île d’Aix, prévoyant la réfection de bâtiments sur place. Rien ne prouve la réalisation de tels projets [9].

Si elle s’inscrit dans un cadre méditerranéen, la géographie de l’internement reste confuse et difficile à préciser. Les places du Midi réquisitionnées pendant la guerre de conquête restèrent en effet en usage après la reddition d’Abd el-Kader en 1847, mais de façon fluctuante. Elles étaient parfois vidées de leurs « prisonniers arabes » puis réutilisées au gré des besoins. Il faut dire que la conjoncture algérienne n’était pas la seule à requérir l’usage de lieux que leur situation portuaire, leur insularité ou leur architecture sécurisée vouaient à l’accueil transitoire et à l’isolement de prisonniers en tous genres. Le contexte français jouait aussi. Le fort Brescou, ancienne Bastille méditerranéenne, servit ainsi à la détention d’opposants au coup d’État du 2 décembre 1851 [10]. Quant à l’île Sainte Marguerite, qui avait servi pour les détenus par lettre de cachet sous l’Ancien Régime, elle fut vidée une première fois en 1859 puis une autre en 1872. En 1859, elle servit à la détention de centaines d’Autrichiens faits prisonniers par l’Empereur à la bataille de Montebello [11]. En 1872, les Algériens cédèrent la place au maréchal Bazaine, dont la condamnation à mort pour ses responsabilités dans la défaite face aux Prussiens avait été commuée [12]. De nouveau utilisée pour les prisonniers d’Algérie, l’île ne fut abandonnée qu’en 1884 [13].

Les envois, par ailleurs, débordèrent ponctuellement des lieux prévus. En 1857, par exemple, un homme, « auteur de troubles et de désordres », fut envoyé pour trois ans à l’île de Ré [14]. En 1872, de même, celle de Porquerolles figurait dans la liste des destinations à donner, en sus de celles habituelles, à plus d’un millier d’« otages » de la province de Constantine, pris dans la répression de l’insurrection déclenchée par el-Mokrani [15]. L’appropriation du château d’If fut aussi mise à l’étude [16]. C’est dans ce contexte que des Algériens arrivèrent en Corse. En mars 1859, lors de la première désaffection de Sainte Marguerite, trente-sept hommes repérés comme « dangereux pour l’ordre public » furent en effet transférés à la caserne Saint-François d’Ajaccio [17]. Puis, en 1864, alors que l’insurrection des Ouled Sidi Cheikh venait de débuter, la citadelle de Corte s’y ajouta [18]. Elle compta jusqu’à 320 internés, avant d’être abandonné en 1868 [19] ; la caserne d’Ajaccio avait de même cessé d’être utilisée. Puis l’insurrection d’el-Mokrani en 1871 entraîna le réemploi momentané de la citadelle de Corte, ainsi que l’usage de la citadelle de Calvi. En 1883, enfin, le « dépôt des internés arabes » de Calvi déménagea de la citadelle au fort Toretta. Ce fort devint le dépôt exclusif des internés d’Algérie l’année suivante, en 1884, au moment où Sainte Marguerite fut définitivement abandonnée. Les effectifs diminuèrent fortement avec la fin des insurrections. Alors que 500 hommes environ étaient présents au fort Toretta fin 1871, ils n’y furent jamais plus de 70 à 80 à la fois par la suite [20]. [...]

Si l’insurgé, homme adulte, éventuellement issu d’une grande famille ou doté d’une ascendance lui valant dévotion, dessine un profil juste de l’interné en Corse, il n’est pas exclusif. L’envoi de « malfaiteurs » continuait. Jouaient toujours l’impuissance à formuler un critère pertinent désignant les hommes à transférer, ainsi que la nécessité de sécuriser le territoire soumis en préalable à la présence physique de colons venus d’Europe. Dans une veine appelée à persévérer, en outre, les réactions des Algériens à la colonisation empruntaient aux formes du droit commun. C’est ainsi que vingt-huit hommes des Bractas, dans le cercle militaire de Batna, furent internés à Corte en 1864. Leur internement faisait suite à onze meurtres commis en quatre ans dans la région. Ils avaient visé des Européens, dont certains travaillaient à l’exploitation de la forêt du massif du Belezma, où une scierie avait été implantée. Pour le gouvernement général, alerté par le chef de bureau arabe, ces meurtres venaient alimenter « une longue série de vols, d’incendies, d’attaques à main armée [21] ». Or, les Français refusaient d’y voir les agissements d’une simple « bande de malfaiteurs », car les meurtres et autres méfaits étaient dénués de tout profit matériel. À leurs yeux, ces hommes rejoignaient les insurgés par la portée de leurs actes. Les Bractas, ainsi, auraient auguré « une guerre sainte d’une nouvelle nature, guerre plus terrible pour nous qu’une insurrection ouverte [22] ». La frontière entre droit commun et politique s’avérait particulièrement poreuse.

Des hommes soupçonnés d’être les auteurs de vols et/ou de meurtres impunis en justice furent donc envoyés en Corse où ils côtoyèrent les insurgés. À Paris, la cohabitation était jugée inopportune. Il faut dire que le régime d’internement en Corse était particulièrement libéral : au contraire de Sainte Marguerite, les internés y étaient en contact avec les populations locales.

Des populations en contact ?

L’existence de rapports sociaux entre internés algériens et métropolitains reste difficile à saisir dans les sources disponibles, qui sont constitués des archives de l’administration française. À Sainte Marguerite, de toute façon, on peut supposer que l’insularité elle-même faisait obstacle à l’existence de telles relations. Il faut en outre rappeler que le contexte local était alors marqué par la très forte croissance du tourisme dans cette région du sud de la France. Des années 1840 aux années 1880, la période d’internement des Algériens à Sainte-Marguerite correspond au développement de la « Riviera », lancée par l’aristocratie anglaise venue hiverner dans le Midi. C’est le moment de l’« invention de la Côte d’Azur » [23]. L’appellation, consacrant l’existence du phénomène, se répandit à la fin du XIXe siècle. La ville de Cannes fut concernée au premier chef. Dans ce contexte, deux traces attestent de la perception des internés comme une curiosité locale. Le photographe Jean Gilletta, d’abord, édita sous forme de cartes postales des clichés d’internés à Sainte Marguerite – il est aujourd’hui surtout connu pour avoir contribué à forger les représentations stéréotypées de la Côte d’Azur, par ses prises de vue [24]. En 1883, par ailleurs, alors que le dépôt de Calvi et l’île Sainte Marguerite étaient tous deux utilisés mais avec de très faibles effectifs, un conseiller municipal cannois demanda le rassemblement des internés algériens sur l’île. Il faisait valoir l’intérêt de ce « dépôt de rebelles, presque de sauvages, dans une île où ils vaquent en liberté » pour le commerce de la ville – il fallait bien, en effet, les approvisionner. Il estimait en outre que ce « dépôt » constituerait un « agrément de plus, parce que la présence de ces indigènes devient une attraction, un but de promenade, pour nos étrangers qui viennent chercher le soleil et la santé sous notre beau ciel [25] ». La lecture de sa lettre souleva la réprobation des autorités supérieures. À Alger, le gouverneur général opposa à la proposition du conseiller municipal des arguments d’ordre public rédhibitoires : « Il ne serait peut-être pas sans inconvénient d’installer des internés politiques indigènes, devant jouir d’une certaine liberté, à proximité d’un lieu de plaisance et d’une ville d’eau dans laquelle se coudoient des personnalités françaises et étrangères les plus diverses parmi lesquelles peuvent se trouver des reporters ou des publicistes qui, sur des racontars plus ou moins véridiques, faits par des indigènes frappés de peines extra-judiciaires seraient tentés d’ouvrir dans la presse ou ailleurs des campagnes arabophiles dangereuses pour l’exercice de l’autorité française en Algérie [26] ». De fait, Sainte Marguerite fut abandonnée en 1884 et seul le dépôt du fort Toretta, à Calvi, subsista.

Mohamed Belkheir

En dehors des archives publiques, un seul témoignage nous est parvenu : celui de Mohamed Belkheir. Âgé d’une soixantaine d’années au moment de son internement, en 1884, Mohamed Belkheir fut interné à Calvi pour son incitation et sa participation à la révolte dans ce Sud-Oranais que les Français peinaient à soumettre. Si la durée de son internement reste discutée, il est sûr qu’il en revint avant de mourir vers 1905. Ses poèmes, exaltant la résistance à la colonisation, auraient traversé la Méditerranée pendant son internement lui-même, peut-être par des hommes libérés qui les auraient propagés. Transmis oralement, ils furent retranscrits à partir des années 1950. Déclamés dans les rangs nationalistes après la Seconde Guerre mondiale, ils auraient accompagné les maquisards algériens de la guerre d’indépendance dans ce sud-ouest algérien où le souvenir de Mohamed Belkheir et de ses vers avait été entretenu [27].

« À Calvi exilé, avec Cheikh Ben Douina, nous voilà otages ! Quand agiras-Tu, Créateur, sauveur des naufragés entre deux océans ? J’étouffe et veux fuir du pays des roumi chez les musulmans [28] », écrivait-il. Meneur d’hommes et poète appelant les siens au djihad contre l’envahisseur chrétien héritier des roumi (Romains) de l’Antiquité, Mohamed Belkheir avait perçu sa traversée en deux temps, des côtes d’Algérie à celles du sud de la France puis de ces dernières vers la Corse, comme un exil entre deux « océans ». De l’homme lui-même, dont les anciens perpétuent le souvenir et qui figure au panthéon des grands poètes algériens, on sait peu de choses, faute de trace écrite, et les avis divergent sur bien des points. La transcription et la traduction mêmes de ses vers sont soumises à variation : « Je suis en exil à Calvi, banni de mon pays en compagnie de Cheikh Douina, comme gages. Dieu qui m’a créé, quand pourrai-je me préparer (à partir d’ici) ? Ô Toi qui délivres ceux qui sont dans une impasse, délivre-nous des deux mers. Je me sens oppressé et voudrais décamper d’une terre d’infidélité et me rendre en terre d’Islam », lit-on aussi pour son incantation calvaise [29].

Deux traits ressortent des écrits de cet expatrié du désert et fidèle de l’islam : l’environnement maritime, avec l’évocation des « deux océans » ou des « deux mers » ; l’expatriation hors du monde islamique, pour cet homme pieux qui célébrait Allah, le prophète et le saint Sidi Cheikh, éponyme de la tribu contrariant l’expansion française vers le sud-ouest. Le plus difficile était pour lui d’envisager la mort en Corse et une inhumation échappant aux rituels de son pays : « sans tolba », ces lettrés fins connaisseurs du Coran, chargés des récitations saintes lors des cérémonies ; sans « sourates, ni prières, ni chahada », c’est-à-dire sans la profession de foi musulmane [30]. Il redoutait aussi la transgression des interdits religieux, faisant de lui un « renégat ». L’envoi à Calvi touchait les Algériens comme tout éloignement des siens et du sol natal, mais aussi comme bannissement en terre chrétienne. L’imaginaire ancien du captif envoyé chez les chrétiens rejouait ici, explique Fanny Colonna [31].


Nulle trace, dans ce témoignage exceptionnel, de relations avec des Calvais. Le régime des internés de Calvi, pourtant, les rendait possibles. Mis au point dans la conjoncture de l’arrivée d’insurgés, ce régime se rapproche du régime qui avait commencé à être élaboré sous la monarchie de Juillet pour la détention des prisonniers politiques. On leur avait en particulier accordé le droit de communiquer entre eux. À Calvi, les internés étaient libres de sortir en journée. Ils pouvaient travailler alentour, voire tenir commerce et café. Ce régime libéral connut des variations liées à la personnalité du directeur, le capitaine Ferry, en poste à Calvi de 1874 à 1887. Alors qu’en 1880, le préfet de Corse lui-même estimait qu’il traitait les internés avec « beaucoup trop de sévérité » [32] – à cette date, le dépôt était installé dans la citadelle et les internés ne quittaient pas son enceinte – ce directeur finit par être réputé pour son défaut d’autorité et ses malversations [33].

Les internés ayant des biens les géraient à distance, argent et courrier circulant entre l’île et l’Algérie voisine hors de tout contrôle, grâce à des Calvais complices qui postaient leurs lettres. Il arrivait aussi que des soldats ouvrent la porte du fort Toretta le soir, après le départ du surveillant [34] – le dépôt des internés occupait trois grandes chambrées à l’intérieur du fort, ainsi que deux petites pièces, l’une pour l’infirmerie, la seconde pour le logement du surveillant qui, cependant, ne dormait pas sur place [35]. De telles complicités n’excluaient pas des réactions violentes, au point qu’en 1888, le directeur mentionnait que les plus âgés, redoutant l’hostilité du dehors, « se hâtent de faire leurs achats de bon matin et de rentrer au fort [36] ». Grâce à ces liens avec l’extérieur, le dépôt de Calvi finit par être connu et par faire scandale. Le 11 novembre 1900, un article du Matin dénonçait la situation des 22 « déportés » d’alors, victimes d’une décision « sans délai contradictoire, sans jugement ». Le journal en faisait porter la responsabilité aux « cheikhs » censés faire la pluie et le beau temps auprès des autorités françaises, moyennant rétribution des leurs. Parlant de « déportation », d’« exilés » sur un « roc d’accès difficile » battu par les flots, en un lieu « morne » et « aride », à la température « trop froide », l’article empruntait au vocabulaire et aux représentations de l’enfermement politique au XIXe siècle, dont l’emblématique histoire du comte de Monte Cristo [37]. À l’image du poète Mohamed Belkheir, ces hommes étaient décrits comme tenaillés par la crainte d’être enterrés là, « en dehors du cimetière communal, sans que rien indique le coin de terre où ils dorment le dernier sommeil ». Le lieu d’inhumation des 24 internés morts à Calvi, identifiables dans les registres d’état civil de la commune, reste toujours inconnu [38].

La découverte du dépôt en 1900 viendrait d’une information de source socialiste, La Lanterne relatant le 12 novembre que le « citoyen Guérard, secrétaire général du syndicat des chemins de fer » s’était rendu en Corse où il avait parlé avec les « 22 Arabes en question ». L’organe antisémite La libre Parole ainsi que L’Autorité, du conservateur anti-républicain Paul de Cassagnac, y trouvèrent aussi du grain à moudre. Ils défendaient un « honneur national » flétri par les « incidents coloniaux » qui bafouaient « les principes de justice et d’humanité » valant à la France « l’estime et l’admiration des peuples civilisés [39] ». Un consensus se dessinait pour demander que les coupables soient jugés et les innocents relâchés. Cette unanimité hérissait la presse d’Algérie. L’Indépendant de Constantine, le plus important journal du département, raillait la « distraction larmoyante » pour « âme tendre » et « cœur sensible » que constituait la cause des « martyrs » de Calvi, pour « un million de lecteurs métropolitains » ; en Algérie, la « déportation des indigènes » n’était « un mystère pour personne » [40].

Le Matin et La Lanterne interpellaient nommément le gouverneur général Jonnart, tout juste arrivé à Alger. Le fait est qu’il gracia alors 10 des 22 internés de Calvi et qu’un télégramme l’informa, de Paris, que ces mesures avaient été bien accueillies [41]. Il prit en outre la décision de fermer le dépôt, mettant ainsi fin à une pratique vieille de plus d’un demi-siècle. Sa décision n’est cependant pas consécutive à la polémique métropolitaine. En fait, au tournant des XIXe et XXe siècles, le régime de l’internement en Corse, hérité des premières pratiques d’internement d’Algériens en France, devenait caduque. Les internés avaient en effet changé de profil avec la fin des insurrections algériennes, au début des années 1880. Bandits et criminels étaient seuls internés désormais [42]. Or, le régime en vigueur « ne saurait sans péril pour la population du chef-lieu et des environs, être appliqué à de véritables brigands », estimait le sous-préfet de Calvi, au diapason de toutes les autorités concernées [43]. Dans ce contexte, les mesures d’internement à Calvi s’étaient raréfiées. La toute dernière fut prise en 1899, avant que, l’année suivante, la grâce décidée par le gouverneur Jonnart, ne laisse plus qu’une douzaine d’internés au dépôt. En 1903, le dépôt était vide. Les deux derniers internés qui restaient avaient été condamnés pour vol de moutons et ils étaient écroués à la prison de Bastia. Le dépôt de Calvi fut alors officiellement supprimé [44].

D’autres transferts d’Algériens ont eu lieu au XIXe siècle, en particulier vers les prisons. Celles de Nîmes, d’Aniane et de Montpellier recevaient ainsi, dans les années 1840, les condamnés d’Algérie à des peines supérieures à un an, en raison des insuffisances des structures pénitentiaires dans la nouvelle colonie en cours de conquête [45]. Le procès des insurgés de Marguerite, au tout début du XXe siècle, s’est également tenu dans la région, à Montpellier [46]. Ces flux contraints d’Algériens vers le sud de la France, pendant plus d’un demi-siècle, renvoient à une histoire plus large, dont Jocelyne Dakhlia a déploré l’absence et qu’elle appelle de ses voeux : celle de la présence « musulmane » en France [47]. Les traces laissées par ces internements d’Algériens en France au XIXe siècle sont ténues – ainsi il reste des tombes à Sainte Marguerite.

Sylvie Thénault
Directrice de recherche au CNRS (Centre d’histoire sociale du XXe siècle). Spécialiste du droit et de la répression coloniale en Algérie, Sylvie Thénault a d’abord travaillé sur la période de la guerre d’indépendance, avant d’élargir ses recherches à l’ensemble de la période coloniale (1830-1962).



Les tombes d’Algériens à Sainte-Marguerite


Sur l’île Sainte-Marguerite, entre 800 et 1 000 résistants algériens ont été déportés avec leurs familles de 1840 à 1884. Dans un cimetière sont enterrés des dizaines, voire des centaines de corps de ces prisonniers décédés au fil du temps. Les tombes sont reconnaissables encore aujourd’hui aux cercles de pierres qui les entourent.

Khidr Ali a repris à ce sujet des informations parues dans le quotidien Nice matin [48] et fait d’autres lectures et recherches. Il relève qu’une stèle au centre du cimetière porte l’inscription « A nos frères musulmans morts pour la France » et que, depuis 1965, chaque 1er novembre, la ville de Cannes, le Souvenir français et l’association « les Amis des îles », viennent, chacun, déposer une gerbe au pied de la stèle. Le président de l’association France-Sénégal de Cannes ayant entendu dire que ce cimetière abrite des tombes de tirailleurs sénégalais a écrit au ministère de la Défense et des anciens combattants, qui lui a répondu en mars 2011 qu’il n’y a pas de tirailleurs sénégalais dans ce cimetière : « Il ne s’agit pas d’un cimetière sénégalais, mais d’un cimetière musulman (sic). […] Ce cimetière n’abrite donc pas des militaires morts pour la France, seul critère qui fonde la compétence du ministère de la Défense et des anciens combattants ».

Comment expliquer cette stèle et, depuis 1965, ces dépôts de gerbes ? Il est possible que certaines de ces tombes soient celles de « tirailleurs sénégalais » morts à Cannes à la fin de la Première Guerre mondiale. Nous avons abordé dans notre site la question de la mortalité élevée de ceux-ci, entre 1917 et 1919, après leur transfert vers le sud de la France et leur utilisation comme cobayes pour tester des vaccins contre la pneumococcie et le tétanos. Une source d’archives que nous citons et qui a été publiée recense dans les seules localités de Fréjus, Menton, Nice, Marseille, Toulon et leurs environs, près de 450 décès de tirailleurs, nommément identifiés, dans ces années. Où sont leurs sépultures ? Cette stèle inexpliquée « A nos frères musulmans morts pour la France » inhumés à l’ile Sainte-Marguerite, qui fait l’objet d’un dépôt de gerbes depuis 1965, est peut-être à mettre en rapport également avec ces faits occultés.

Ci-dessous des extraits de la recherche de Khidr Ali publiée par le site Algérie 1.com, qui tire parti d’un article publié par le quotidien Nice matin [49] et comporte aussi une vidéo de la visite des lieux.

histoirecoloniale.net

[…] Selon Jacques Murisasco, président de l’Association de défense du patrimoine historique de l’île, beaucoup de ces prisonniers sont morts sur l’île, notamment les enfants car les conditions de vie étaient particulièrement difficiles : « Au début, ils étaient à l’intérieur du fort, à vingt par cellule. Ils ne sortaient pas et dormaient sur des paillasses. Il y avait beaucoup de maladies à cause de l’eau qui venait des gouttières et était stockée dans des citernes. » En 1842, alertées par un médecin, les autorités ont amélioré leur sort. « Un mur de 5,60 m de haut a été construit autour de la cour pour les laisser sortir. Et ils pouvaient prendre l’eau du puits » raconte encore Jacques Murisasco.

Autre curiosité, la stèle patriotique à la mémoire des soldats morts pour la France qui trône dans le cimetière musulman : « Il n’y a aucun soldat ayant combattu pour la France ici. Et pourtant, les anciens combattants viennent tous les ans déposer deux gerbes », ironise jacques Murisasco. […]

Mais qui sont en fait les musulmans enterrés au petit cimetière qui jouxte celui de Crimée se demande Nice matin qui a fait sa propre enquête [50] « Ce sont des prisonniers algériens que l’autorité coloniale a fait déporter entre 1840 et 1884, pour des motifs essentiellement politiques », affirme Michel Renard, historien, qui a consacré un ouvrage au site sous le titre Enquête ethnographique sur une nécropole musulmane oubliée. Pour Jacques Murisasco, « ce sont essentiellement des membres de la Smala d’Abd el-Kader ».

Reste un mystère : pourquoi la stèle érigée au centre du cimetière porte-t-elle l’inscription « A nos frères musulmans morts pour la France » ? « C’est une violence à la vérité historique, déplore Michel Renard, les musulmans enterrés ici sont morts par la France et non pour la France. » Et pourtant chaque 1er novembre, la ville de Cannes, le Souvenir français et l’association « les Amis des îles », viennent, chacun, déposer une gerbe au pied de la stèle. « Et ça dure depuis 1965 ! », souligne Jacques Murisasco.

Alors, qui a fait graver cette stèle et pourquoi, se demande Nice Matin [51]. En fait, et bizarrement, personne ne le sait. Ni le service des cimetières, ni les archives, ni plusieurs historiens consultés. Pas même le Souvenir français, ainsi que confirment son président le général Morel, son vice-président René Battistini et sa présidente honoraire, Geneviève de Bustos. Pourquoi déposer une gerbe sur un site qui n’abrite pas d’anciens combattants ? « Par habitude », évacue l’un. « J’ai essayé de dire que ce n’était pas logique, invoque un autre, mais certains n’en démordent pas ! »

« Simplement, peut-être, par méconnaissance », relative Michel Renard. « Quoi qu’il en soit, c’est un endroit émouvant, alors pourquoi ne pas imaginer faire de Sainte-Marguerite, un lieu de réconciliation ? » espère l’historien.


Visite commentée du cimetière de Sainte-Marguerite




[1Arrêté du 30 avril 1841, France, Aix-en-Provence, Archives nationales d’outre-mer (ANOM), F80 562.

[2Définition donnée par plusieurs dictionnaires, dont : Louis-Nicolas Bescherelle, Dictionnaire universel de la langue française, Paris, Garnier frères, 1856.

[3Sylvie Aprile, « “La prison agrandie”. La pratique de l’internement aux lendemains du coup d’État du 2 décembre 1851 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 1999, octobre-décembre, 46/4, p. 658-679.

[4Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, français, historique, géographique, mythologique, bibliographique, littéraire, artistique, scientifique, etc., Paris, Administration du grand dictionnaire universel, 1866-1877.

[5Voir les deux articles de Xavier Yacono à ce sujet : « Les premiers prisonniers de Sainte-Marguerite (1841-1843) », Revue d’histoire maghrébine (époque moderne et contemporaine), 1974, n°1, p. 39-61 ; « Les prisonniers de la smala d’Abd el-Kader », Revue de l’Occident musulman et la Méditerranée, 1973, 2e semestre, n°15-16, p. 415-434.

[6Xavier Yacono, « Les prisonniers de la smala... », art. cit.

[7Ibid.

[8Michel Levallois, Ismaÿl Urbain (1812-1884). Une autre conquête, Paris, Maisonneuve et Larose, 2001, p. 553-581.

[9Tous les documents relatifs à ces forts et aux projets du ministère en 1847 sont aux ANOM, F80 568, 569 et 570.

[10Lettre du ministre de la Guerre au ministre de l’Intérieur, 31 décembre 1851, ANOM, 10G 31.

[11D’après l’historique du fort royal de Sainte-Marguerite retracé par les services du ministère de la Défense sur son site.

[12Gaston Delayen, La 2e affaire du capitaine Doineau. L’île Sainte Marguerite. L’homme au masque de fer et l’évasion de Bazaine, Paris, Imprimerie Paul Dupont, 1925. Le capitaine Doineau, condamné pour ses brutalités comme chef de bureau arabe en Algérie, aida le maréchal Bazaine à s’évader.

[13Les documents relatifs à l’évolution de l’usage de Sainte Marguerite sont conservés aux ANOM en 10G 39.

[14État nominatif des « indigènes détenus par mesure politique », division de Constantine, sd, ANOM, 9H 111.

[15Lettre du gouverneur général au ministre de l’Intérieur et état nominatif d’ « otages », 30 janvier 1872, ANOM, F80 1726.

[16Notes de la section du Génie basée à Marseille, 14 mai et 16 juillet 1852, ANOM, 10G 39.

[17Rapport du 15 octobre 1858 et lettre de l’intendance militaire de la 17e division, sise à Bastia, au ministre de la Guerre, 16 mars 1859, ANOM, 10G 39.

[18Minute de lettre du ministre de la Guerre au gouverneur général, 24 octobre 1864, et rapport du général commandant la 17e division militaire (Bastia) au ministre de la Guerre, 12 novembre 1864, F 80 1819.

[19Le nombre de prisonniers en Corse se trouve dans divers rapports, notes et correspondances conservées aux ANOM en 10G 39 et F80 1819.

[20Selon Fanny Colonna, « Les détenus « arabes » de Calvi, 1871-1903 », in Ian Richard Netton (ed.), Golden Roads : Migrations, Pilgrimage and Travel in Medieval and Modern Islam, London, Curzon Press, 1993, p. 95-109. Texte repris dans Horizons maghrébins, 2006, n°54, p. 89-99. La description très complète à laquelle elle procède à partir des archives départementales corses, rejoint celle que donnent les archives du gouvernement général conservées aux ANOM, 10G 39 et 40. Voir aussi : Jean-Luc Tricou, « Les insurgés algériens internés à Calvi », Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, n° 672-673, 3-4° trimestre 1995, p. 65-74.

[21Lettre du gouverneur au ministre de la Guerre, 8 octobre 1864, ANOM, F80 1819. Ce carton contient tous les documents relatifs à cette affaire des Bractas.

[22Lettre du gouverneur, 8 octobre 1864, op. cit..

[23Marc Boyer, L’hiver dans le Midi. L’invention de la Côte d’Azur, Paris, L’Harmattan, 2010.

[24Voir notamment Jean-Paul Potron, « Jean Gilletta, photographe de la Riviera », Nice Matin, 2009.

[25Lettre d’Adolphe Vidal, conseiller municipal de Cannes, au député Léon Renault, 7 août 1883, ANOM, 10G 39.

[26Réponse du gouverneur général Tirman à cette lettre, ANOM, 10g 39.

[27Voir Mohamed Belkheir, Étendard interdit, Paris, Sindbad-Actes Sud, 2003 (1ère éd. 1976) ; Cheikh Si Hamza Boubakeur, Trois poètes algériens. Mohamed Balkhayr, Abdallah Ben Karriou, Mohammed Baytar, Paris, Maisonneuve et Larose, 1990, p. 174.

[28Mohamed Belkheir, Étendard interdit, op. cit., p. 94.

[29Cheikh Si Hamza Boubakeur, Trois poètes algériens, op. cit., p. 174.

[30Cité par Fanny Colonna, art. cit.. Le poème dont est tiré cet extrait figure dans Étendard interdit, op. cit.

[31Voir Moulay Belhamissi, Les captifs algériens et l’Europe chrétienne, 1518-1830, Alger, ENAL, 1988.

[32Lettre du préfet de Corse au ministre de l’Intérieur, 11 juin 1880, ANOM, 10G 40.

[33Tous les documents relatifs au personnel du dépôt de Calvi et en particulier le capitaine Ferry sont aux ANOM, en 10G 40.

[34Lettre du préfet de Corse au gouvernement général, le 18 octobre 1899. ANOM 10G 40.

[35Rapport du directeur, 3e trimestre 1888. ANOM, 10G 40.

[36Rapport du directeur pour le 3e trimestre 1888. ANOM, 10G 40.

[37Sur le Comte de Monte Cristo : Christophe Lastécouères, « L’“Île-prison” : insularité, enfermement et pouvoir dans Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas (1844) », Justice et détention politique, Criminocorpus, 2014.

[38Fanny Colonna, art. cit.

[39Paul de Cassagnac dans L’Autorité du 13 novembre 1900.

[40L’Indépendant de Constantine, 19 novembre 1900.

[41État nominatif des internés à Calvi et télégramme aux ANOM, 10G 39.

[42Fanny Colonna, art. cit.

[43Lettre du sous-préfet de Calvi au préfet de Corse, 10 avril 1899. ANOM, 10G 39.

[44Arrêté de fermeture du dépot date du 29 juin 1903. Cf. Robert Estoublon et Adolphe Lefébure, Code de l’Algérie annoté, Alger, Adolphe Jourdan supp. 1903, p. 217.

[45D’après une lettre du ministre de la Guerre au gouverneur général, 14 juillet 1847, ANOM, 10G 10.

[46Voir Christian Phéline, « Il y a une révolution ! ». Le soulèvement de Margueritte et sa répression, Toulouse, Privat, 2012.

[47Voir en particulier : Jocelyne Dakhlia « Musulmans de France, l’histoire sous le tapis », Multitudes 3/2006 (n°26), p. 155-163. Jocelyne Dakhlia le développe aussi longuement dans Islamicités, Paris, PUF, 2005.

[48Nice matin, 20 juin 2011 : « Sainte-Marguerite : mystère au cimetière musulman ». https://cannes.maville.com/actu/act...

[49Idem.

[50Idem.

[51Idem.