Histoire coloniale et postcoloniale

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La "soumission" d’Abd el-Kader dans la presse française de l’époque

décembre 2002, par la rédaction

Voici ce que l’on pouvait lire dans l’édition du 8 janvier 1848 de l’Illustration :

Les rapports du gouverneur général et surtout ceux du général de Lamoricière auquel revient tout l’honneur de la soumission d’Abd-el-Kader ont appris à la France entière le dénoûment dramatique de la première phase de la guerre d’Afrique. Ces faits sont si connus maintenant de tous nos lecteurs, qu’il serait inutile même de les résumer ; qu’il nous suffise de rappeler que, le 24 [décembre 1847], dans l’après-midi, Abd-el-Kader fut reçu au marabout de Sidi-Brahim par le colonel de Moutauban, que rejoignirent bientôt les généraux de Lamoricière et Cavaignac. Une heure après, amené à Nemours (Djemaa-Ghazaouet), il était présenté au gouverneur général S. A. R. le duc d’Aumale, qui y était arrivé le matin même, et auquel il remettait un cheval de soumission. Le prince gouverneur ratifia la parole donnée par le général de Lamoricière, qu’Abd-el-Kader serait conduit à Alexandrie ou à Saint-Jean-d’Acre, avec le ferme espoir que le gouvernement du roi lui donnera sa sanction. Le 24, Abd-el-Kader s’embarquait pour Oran, et d’Oran, l’Asmodée l’a amené à Toulon, où il est, comme on le sait, arrivé le 29 avec sa famille et sa suite. [...]

Au moment où nous écrivons, Abd-el-Kader est encore au lazaret de Toulon, où il attend que le gouvernement français ait prononcé sur son sort. Quel sera l’avenir de cet homme dont le passé a été si glorieux et dont la condition présente est si misérable ? Nul ne peut le prévoir ; mais nous désirons vivement que le ferme espoir de S. A. R., le duc d’Aumale soit complètement trompé, et nous espérons, quant à nous, que le gouvernement du roi n’accordera pas sa sanction à la parole imprudente donnée par le général de Lamoricière. Envoyer Abd-el-Kader en Syrie ou en Egypte, ce serait lui rendre, aux yeux des Arabes, tout le prestige qu’il vient de perdre ; ce serait entraver et arrêter tous les progrès de la colonisation naissante par la menace perpétuelle d’une nouvelle prise d’armes ; ce serait mettre une arme terrible aux mains de notre plus redoutable ennemie, l’ Angleterre ; ce serait, en un mot, se rendre coupable d’un acte de haute trahison envers la France ...[...]

Que la paix et la tranquillité règnent pendant quelques années seulement en Algérie, et la colonisation, si longtemps incertaine, n’hésitera plus à se développer. Non seulement la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie enverront en Afrique un plus grand nombre d’hommes et des capitaux plus considérables, mais les Arabes eux-mêmes ne tarderont pas à prendre part au mouvement général, à se métamorphoser, à se civiliser, à se confondre, dans de certaines limites, avec la population européenne [...].


Le Toulonnais - "journal du Var et de l’Afrique" avait annoncé dès le 30 décembre 1847 :

PRISE D’ABD-EL-KADER - son arrivée en rade de Toulon

La frégate à vapeur l’Asmodée, commandée par M. le capitaine de vaisseau Gatier, apporte la nouvelle d’un événement qui va mettre la France entière en émoi. Cette frégate arrive d’Oran d’où elle est partie le 25 du courant, et apporte en France, sur ordre du duc d’Aumale, l’ex-Emir Abd-el-Kader. [...]

La une du Toulonnais du 30 décembre 1847