après avoir joué un rôle important à Paris d’octobre 2016 à mars 2020 pour donner à voir et à réfléchir sur le fait colonial et sa réparation

𝐋̶𝐚̶ ̶𝐂̶𝐨̶𝐥̶𝐨̶𝐧̶𝐢̶𝐞̶,
fondée par l’artiste Kader Attia,
renait sous une forme nomade

publié le 3 avril 2021 (modifié le 4 avril 2021)

𝐋̶𝐚̶ ̶𝐂̶𝐨̶𝐥̶𝐨̶𝐧̶𝐢̶𝐞̶ a été pendant trois ans et demi un lieu exceptionnel à Paris, 128 rue Lafayette, dans le 10e arrondissement. Inauguré le 17 octobre 2016 par l’artiste Kader Attia, qui invitait à venir y « partager le couscous de sa mère », après sa conférence avec le peintre et sculpteur italien Michelangelo Pistoletto, ce lieu a été le cadre d’un nombre impressionnant de rencontres sur le passé colonial et l’idée de réparation. Des universités françaises et étrangères y ont tenu des séminaires, des cinéastes y ont présenté leurs films, des auteurs ont participé à des débats autour de leurs livres. L’Association Histoire coloniale et postcoloniale qui publie ce site internet y a souvent été accueillie pour des rencontres. Obligée de fermer en mars 2020 en raison de la crise sanitaire, 𝐋̶𝐚̶ ̶𝐂̶𝐨̶𝐥̶𝐨̶𝐧̶𝐢̶𝐞̶ a lancé une souscription pour reprendre ailleurs ses activités. Et elle annonce une programmation nomade du 17 avril au 3 juin 2021 (et jusqu’au 1er août 2021 à Utrecht).

L’ouverture en octobre 2016

L’artiste Kader Attia, Prix Marcel Duchamp,
ouvre à Paris 𝐋̶𝐚̶ ̶𝐂̶𝐨̶𝐥̶𝐨̶𝐧̶𝐢̶𝐞̶, un nouveau bar et lieu de débat

par Roxana Azimi, publié dans Le Monde le 18 octobre 2016. Source

Créé en 2000 à l’initiative de l’Association pour la diffusion internationale de l’art français (Adiaf), le prix Marcel Duchamp 2016 a été remis mardi 18 octobre à l’artiste franco-algérien Kader Attia, né en 1970. Dans un contexte où prospèrent les discours inquiets autour de l’identité française, la nouvelle édition de ce prix avait nommé trois autres créateurs aux origines multiples : Barthélémy Toguo, né au Cameroun, l’Allemande Ulla von Brandenburg ou Yto Barrada, qui se partage entre le Maroc, la France et les Etats-Unis. Tous les quatre sont exposés jusqu’au 30 janvier 2017 au Centre Pompidou.

« Ce parti pris souligne la notion de France, terre d’accueil, mais aussi le goût d’universalisme qui est le fondement de la culture française, confie le collectionneur Gilles Fuchs, fondateur de l’Adiaf. Il est vrai que dans le contexte actuel, cette attitude qui a toujours été la nôtre prend une résonance particulière, mais on ne peut qu’être heureux que la France continue à attirer – et à accueillir – tant d’artistes du monde entier qui nous enrichissent profondément. » Cette cuvée donne aussi une prime au politique – mieux, à une certaine éthique – quand l’art actuel tend parfois à se vitrifier dans des formes décoratives ou absconses.

Un thème, la réparation

Toute discussion avec Kader Attia glisse vite vers l’anthropologie et l’ethnologie, la psychanalyse, la philosophie et l’architecture. Traquant les refoulés de l’Histoire, l’artiste a cristallisé depuis quinze ans ses recherches autour d’un thème, la réparation. Réparation à prendre au sens propre, avec les « gueules cassées » de la première guerre mondiale et les sculptures africaines suturées ou agrafées, mais aussi au sens figuré de dédommagement. Peut-on panser une blessure mémorielle ou physique ? Une prothèse pallie-t-elle la perte et l’incomplétude ? Doit-on vivre avec le souvenir d’un membre fantôme, ou accepter son irrévocable disparition ?

Ces questions, cet artiste érudit entend aussi les explorer dans 𝐋̶𝐚̶ ̶𝐂̶𝐨̶𝐥̶𝐨̶𝐧̶𝐢̶𝐞̶, un lieu qu’il ouvrira le 21 octobre dans le 10e arrondissement de Paris. A la fois bar, centre de débat et d’exposition, cet espace porté par le bénévolat de cinq amis veut dépasser les remugles de la colonisation. « J’aimerais que la société française s’accepte comme elle est, qu’elle mesure l’importance des cultures qui ont forgé son économie, mais aussi sa psyché depuis deux siècles. La Colonie, ce n’est pas un projet vindicatif, mais la volonté de jeter des ponts, précise l’artiste. On veut en finir avec les clichés et caricatures, les images en noir et blanc des non-alignés ou de la bataille d’Alger, inventer un discours nouveau, voir ce qu’on peut reconstruire à partir de l’héritage de la décolonisation. »

Et d’ajouter : « Il ne s’agit pas juste de tirer un trait sur la colonisation, mais aussi souligner la nécessité d’une autocritique de la part des anciens colonisés. Les jeunes ont un discours idéalisant autour de la révolution. Les vieux militants de la décolonisation, eux, disent : “Arrêtez ces discours ! L’indépendance, vous l’avez eue ; construisez un monde nouveau, retroussez vos manches”. »

L’idée d’un lieu parisien de pensée germait depuis cinq ans dans l’esprit de Kader Attia. Les attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre 2015 en ont accéléré l’urgence. « J’adore Paris comme un dingue, mais c’est une ville d’extrêmes, où l’on voit devant le même Abribus la touriste japonaise avec son sac griffé et un SDF, poursuit l’artiste. D’énormes crevasses se sont créées, et il est urgent de les remplir par du débat, de la pensée, du contenu. Il faut se mettre au travail parce qu’autrement l’horizon c’est le fascisme, l’islamisme, la pensée manichéenne. »

Dans cette maison située à un jet de pierre de la gare du Nord, les visiteurs pourront siroter un café ou une bière au bar, mais aussi écouter une à deux fois par mois activistes et créateurs, penseurs de renom ou de l’ombre, débattre de grands sujets de société pour « comprendre le monde dans lequel on baigne et d’où l’on vient ». Un dernier niveau sera ouvert en 2017 pour des expositions, elles aussi militantes.



Le bar où débattre (ou juste boire un coup) monté par l’artiste Kader Attia

par Zazie Tavitian, publié par Time Out le 1er décembre 2016. Source

Pour qui ? Ceux pour qui la colonisation française ne visait pas à « partager sa culture ». (Ou aussi à eux s’ils sont d’accord pour en débattre !)

Le plat culte ? Un couscous gratuit s’il y en a ce jour-là, sinon un verre de rouge.

A quelques minutes de la gare du Nord : une grande devanture vitrée, des lumières rouges et ce nom « la colonie » qui s’inscrit sur les vitres, barré : 𝐋̶𝐚̶ ̶𝐂̶𝐨̶𝐥̶𝐨̶𝐧̶𝐢̶𝐞̶. Si l’on ne connaît pas l’histoire du lieu : c’est un bar, un grand et beau bar, avec ses murs vert menthe à l’eau, son toit verrière, ses quelques plantes, ses canapés, ses tables blanches simples et sa véranda chauffée pour fumer des clopes.

Le soir, on y boit du vin comme un côtes du rhône AOC, de la bière ou des cocktails en grignotant une planche. Mais ces journaux qui traînent un peu partout, cette bibliothèque garnie, ces personnes qui semblent animées par des grandes discussions, le nom aussi évidemment indiquent que nous sommes dans un bar pas tout à fait comme les autres…

C’est Kader Attia, artiste contemporain d’origine algérienne, qui travaille depuis des années sur le thème de la réparation qui a créé cet espace. Un espace où débattre et où sont organisées des journées de conférences avec des politologues, des artistes, des universitaires et qui devrait aussi bientôt accueillir des expositions. Le lieu a ouvert le 17 octobre en hommage au 17 octobre 1961, jour noir de la manifestation des Algériens réprimés mortellement par la police. Un « projet qui ne se veut pas vindicatif mais qui a la volonté de jeter des ponts » (Le Monde du 18.10.2016). Un beau projet intelligent et nécessaire.







𝐋̶𝐚̶ ̶𝐂̶𝐨̶𝐥̶𝐨̶𝐧̶𝐢̶𝐞̶ a toujours été un espace indépendant non subventionné. Elle a malheureusement dû a dû quitter le 128 rue La Fayette.

Aidez-la à retrouver un lieu pour continuer les débats, les expositions, les projections de films et sorties de livres.

Soutenez sa réouverture en faisant un don à l’une de ces plateformes pour aider à l’ouverture d’un nouvel espace à Paris ou en banlieue.

http://www.leetchi.com/fr/c/rb23X8Dr
https://www.paypal.com/biz/fund?id=...

Fragments de réparation / La Colonie nomade est accueilli par
La Dynamo de Banlieues Bleues,
9, rue Gabrielle Josserand, 93500 Pantin.


C’est un programme d’études collectif de trois mois conceptualisé et animé par la théoricienne politique, féministe et militante décoloniale Françoise Vergès.

Le projet Fragments of Repair (17 avril - 1er août 2021) et comprenant l’exposition Fragments de réparation/Kader Attia, se tenant à BAK et Fragments of Repair/Gatherings (une série de conférences, conversations et forums menée par BAK sur bakonline.org). Le projet est produit par BAK, basis voor actuele kunst à Utrecht avec l’artiste Kader Attia et La Colonie, Paris.

Le projet fonctionne autour d’un groupe de travail qui proposera au fur et à mesure des semaines un regard sur ses recherches sous la forme d’une plateforme en ligne de recherche archivistique, L’Oasis, donnant à voir l’état des réflexions menées dans les ateliers. L’Oasis sera mise en ligne lors du lancement de La Colonie nomade. Les ateliers de La Colonie nomade in situ sont en raison des contraintes sanitaires fermés au public même si nous espérons des jours meilleurs !

Le lancement du projet global Fragments of repair, le 17 avril prochain, fait l’objet d’un colloque public en ligne en compagnie de Kader Attia, de la directrice générale et artistique de BAK Mária Hlavajová, de l’historien de l’art Sven Lütticken, de la curatrice de BAK Wietske Maas, de la philosophe Catherine Malabou, du philosophe et théoricien Achille Mbembe et de la théoricienne politique, féministe et militante décoloniale Françoise Vergès.

Le colloque aura lieu de 13h à 18h sur zoom

Pour s’inscrire : Via Eventbrite

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