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Deux Etats complices de 54 ans de dissimulations

"Face au silence"
Ben Barka : disparition,
raison d’Etats,
le mur du silence à briser

Une initiative de l’Institut Mehdi Ben Barka Mémoire vivante

jeudi 10 janvier 2019

Le 29 Octobre 1965, Mehdi Ben Barka a été attiré dans un piège à Paris alors qu’il y était venu pour préparer un film sur la conférence tricontinentale de La Havane et qu’il devait y rencontrer le général de Gaulle, président de la République. Un complot préparé au sommet de l’Etat marocain, avec de hautes complicités au ministère de l’Intérieur français et à la préfecture de police de Paris, a conduit à son enlèvement par des policiers français, puis à son assassinat. Les raisons d’Etats continueront-elles encore longtemps à entraver l’action de la justice ?

L’Institut Mehdi Ben Barka Mémoire vivante et La Colonie

INVITENT À UNE RENCONTRE-DÉBAT :

« Face au silence » Ben Barka : disparition, raison d’Etats,
le mur du silence à briser

Projection de la vidéo de Mounir Fatmi « Face au silence »

Lundi 14 janvier 2019
De 18h30 à 20h
À La Colonie
128, rue La Fayette - 75010 Paris

Après une projection de la vidéo de Mounir Fatmi « Face au silence », débat à travers la fiction cinématographique autour de la disparition de Mehdi Ben Barka, et la recherche de la vérité face à la raison d’Etats.

Fracassée le 11 novembre 2017 à Gennevilliers, la plaque au nom de Mehdi Ben Barka impose l’image violente d’une profanation aggravée. Autour de la profanation de la plaque de Mehdi Ben Barka, un silence d’Etats s’est établi. Depuis un demi-siècle, l’herbe repousse sur une terre où nul corps n’est enseveli. Ce scandale lie les États français et marocain.

Le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka se rendait à la brasserie Lipp, à Paris, boulevard Saint-Germain, pour parler d’un projet de film, quand des policiers l’ont embarqué en voiture. Depuis, ses proches portent en eux la béance de sa disparition. Des cinéastes et acteurs ont donné corps à la figure mythique de ce combattant de la liberté. Tandis que la plainte pour diffamation, déposée en janvier 2018 contre son fils Bachir et l’avocat de la famille, semble avoir brisé le marbre de la Justice.

Programme :

◼︎ Projection de la vidéo de Mounir Fatmi « Face au silence » (12’)

◼︎ Débat autour des thèmes :

  • La fiction cinématographique autour de la disparition de Mehdi Ben Barka
  • La recherche de la vérité et la raison d’Etats

Modération : Mustapha Majdi

Avec :

◼︎ Bachir Ben Barka (Institut Mehdi Ben Barka Mémoire vivante)

◼︎ Maurice Buttin (avocat de la famille Ben Barka)

◼︎ Gilles Manceron (historien, membre du Comité pour la vérité dans l’enlèvement et la disparition de Mehdi Ben Barka)


« Face au silence », de Mounir Fatmi

« Face au silence » est une installation multimédias qui associe photographie, vidéo, sculpture et écriture poétique. Une photographie d’archive montre l’intérieur d’une voiture conduite par le roi Hassan II, à l’arrière de laquelle se trouve également Mehdi Ben Barka, principal opposant au régime marocain, enlevé à Paris en 1965, et dont le corps n’a jamais été retrouvé. Contraint à quitter le Maroc en 1963, Mehdi Ben Barka fait route à travers l’Egypte, l’Algérie, l’Italie, la Suisse ou La Havane, exil au cours duquel il croise Che Guevara, Amilcar Cabral et Malcolm X, tout en échappant à plusieurs tentatives d’assassinat. Son enlèvement a été l’objet d’enquêtes et de procès qui n’ont jamais permis de résoudre complètement l’affaire, mais qui ont cependant clairement démontré l’implication des pouvoirs politiques marocains et français. Une vidéo performance est projetée sur les murs. Elle fait apparaître l’artiste se tenant immobile, devant l’objectif de la caméra, à côté de la brasserie Lipp du 6e arrondissement de Paris, lieu précis de l’enlèvement de Ben Barka. La sculpture se compose d’une figurine de petite taille placée au centre d’un piédestal circulaire blanc au large diamètre. La statuette est revêtue d’une tenue de matador, épée dans une main et muleta rouge dans l’autre, marquée par le symbole étoilé du drapeau marocain. L’inscription enfin est tirée du manifeste de Mounir Fatmi : « Au fond de la bouche, la langue n’est qu’un muscle. Le silence aussi. »

L’installation s’interroge : que faire face à la censure et au silence imposé par les autorités politiques ? Que faire également face à l’absence de l’opposant au régime disparu et réduit au silence ? Elle traite à la fois la question de la censure exercée par les pouvoirs politiques et celle de l’héritage intellectuel laissé par les mouvements de libération démocratiques ou les grandes figures historiques de la résistance et de la révolution. Les transformations sociales sont un thème fréquemment abordé par les œuvres de Mounir Fatmi, qui se retrouve notamment dans les projets artistiques autour du parti des Black Panthers, ou encore des Printemps Arabes. Les œuvres qui naissent de ces projets s’appuient sur les témoignages directs des protagonistes ainsi que sur des documents d’archives. Elles interrogent le devenir des idéologies révolutionnaires et observent leurs effets sur les organisations sociales.

Contre les interdictions de s’exprimer, l’absence ou la disparition, l’installation multiplie les voix et les points de vue. Témoignage, elle montre et nomme clairement et simplement les faits, les protagonistes et les lieux, réalité que les pouvoirs politiques ne sauraient escamoter. Devoir de mémoire, elle lutte contre l’oubli en relayant l’information à partir de documents d’archives, et évoque le souvenir du disparu avec une insistance qui confine au défi lancé aux pouvoirs. La vidéo met en scène Mounir Fatmi face à l’objectif de la caméra. En réponse au silence et à la censure, celui-ci prend le parti de faire face. L’œuvre exprime une double identification par solidarité et affirmation de son désir propre : à la figure de l’opposant politique d’une part, engagé dans une lutte de terrain, aux prises avec le réel, à la figure du matador ensuite : engagé dans un combat symbolique et artistique, humain et poétique.

L’installation a été inscrite en 2014 au programme de l’exposition « Cent ans de création au Maroc », exposition inaugurale du Musée d’art contemporain Mohammed VI à Rabat. Elle ne fut finalement visible dans sa totalité que quinze jours plus tard, après les protestations nombreuses de l’artiste et du public, et se vit complétée de la présence d’un agent de sécurité chargé d’empêcher les photographies de l’œuvre. Les artistes marocains rappellent pour leur part que la censure exercée par le pouvoir est toujours d’actualité dans le pays : « Pour un créateur qui vit au Maroc, il y a toute une liste de sujets impossibles à aborder, en premier lieu l’histoire du Maroc et la politique actuelle. Le régime est changeant, insaisissable. Chaque fois qu’il y a un pas en avant, il y a aussi deux pas en arrière. » (Mounir Fatmi, Le Monde, 2015)

Studio Fatmi, février 2018. Source


Aperçu de « Face au silence », de Mounir Fatmi.


Mounir Fatmi

Mounir Fatmi est né à Tanger au Maroc, en 1970. À l’âge de quatre ans, sa famille déménage à Casablanca. A dix-sept ans il part à Rome où il s’inscrit à l’école libre de nu et de gravure à l’académie des beaux-arts, puis à l’école des beaux arts de Casablanca et finalement à la Rijksakademie à Amsterdam.

Il passe son enfance dans le marché aux puces du quartier Casabarata, un des quartiers le plus pauvres de la ville de Tanger où sa mère vendait des vêtements pour enfants. Un environnement qui multiplie jusqu’à l’excès les déchets et les objets de consommation en fin de vie. L’artiste voit par la suite cette enfance comme sa première éducation artistique et compare ce marché aux puces à un musée en ruine. Cette vision a également valeur de métaphore et exprime les aspects essentiels de son travail. Influencé par l’idée de médias morts et l’effondrement de la civilisation industrielle et consumériste, il développe une réflexion sur le statut de l’œuvre d’art entre Archive et Archéologie.

Il utilise des matériaux obsolètes tels que les câbles d’antenne, les anciennes machines à écrire, ou les cassettes VHS, et travaille sur la notion d’une archéologie expérimentale en examinant le rôle de l’artiste au sein d’une société en crise. Il joue des codes et préceptes de cette dernière sous le prisme de la trinité Langage, Architecture et Machine. Il interroge ainsi les limites de la mémoire, du langage et de la communication, tout en réfléchissant sur les matériaux en cours d’obsolescence et à leurs avenirs incertains. La recherche artistique de Mounir Fatmi, constitue une pensée sur l’histoire des technologies et leurs influences dans la culture populaire. Il faut voir ainsi dans ses œuvres, de futures archives de médias en construction. Bien qu’ils marquent des moments clés de notre histoire contemporaine, ces matériaux techniques remettent également en question le transfert de connaissances, le pouvoir suggestif des images et critiquent les mécanismes illusoires qui nous lient à la technologie et aux idéologies.

Depuis 2003, les installations de Mounir Fatmi ont été sélectionnées dans plusieurs biennales, la 52e et la 57e Biennale de Venise, la 8e Biennale de Sharjah, la 5e et la 7e Biennale de Dakar, la 2e Biennale de Séville, la 5e Biennale de Gwangju, la 10e Biennale de Lyon, la 5e Triennale d’Auckland, la 10e et 11e Biennale de Bamako, la 7e Biennale d’architecture, Shenzhen, à la Triennale de Setouchi et la triennale Echigo –Tsumari, au Japon. Son travail a été présenté au sein de nombreuses expositions personnelles, au Migros Museum für Gegenwarskunst, Zürich. Mamco, Genève. Musée Picasso, la guerre et la paix, Vallauris. Fondation AK Bank, d’Istanbul. Museum Kunst Palast, Düsseldorf et au Goteborg Konsthall. Il a participé à plusieurs expositions collectives au Centre Georges Pompidou, Paris. Brooklyn Museum, New York. Palais de Tokyo, Paris. MAXXI, Rome. Mori Art Museum, Tokyo. MMOMA, Moscou. Mathaf, Doha. Hayward Gallery et Victoria & Albert Museum, Londres. Van Abbemuseum, Eindhoven et au Nasher Museum of Art, Durham.

Il a reçu plusieurs prix dont le Uriöt prize, Amsterdam, le Grand Prix Léopold Sédar Senghor de la 7e Biennale de Dakar en 2006 ainsi que le prix de la Biennale du Caire, en 2010.

Source


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par Gilles Manceron.