sur des clichés réalisés en 1957 par un inconnu désireux de témoigner

Enquête sur deux photos de la torture en Algérie, par Fabrice Riceputi

publié le 8 juin 2020

Si la torture a été massivement pratiquée par l’armée française durant la Guerre d’indépendance algérienne, il n’existe que très peu d’images connues la représentant. A la suite du blog Textures du temps de l’historienne Malika Rahal, nous reproduisons ici deux d’entre-elles, accompagnées d’une enquête sur leur production et leur histoire menée par Fabrice Riceputi. Elles furent réalisées en 1957 par un inconnu, au prix de risques importants. Leur auteur voulait alors témoigner en métropole de l’existence de cette pratique que le gouvernement Guy Mollet niait. Mais elles ne purent être montrées que cinquante cinq ans plus tard, en 2012.

Enquête sur deux photos qui témoignent en 1957
de la torture par l’armée française en Algérie

par Fabrice Riceputi

Dans le silence des salles de lecture de centres d’archives, il arrive qu’une découverte fasse entendre une exclamation de surprise, voire un bref sanglot vite retenu, signalant l’émotion incontrôlée d’un lecteur chez qui, sans prévenir, le mort a saisi le vif.

Les deux photographies en noir et blanc reproduites ici ont été prises en Algérie en 1957. Elles sont de cette sorte d’archive dont l’effet de réel historique est si glaçant qu’elles poursuivent longtemps qui les a vues surgir d’un carton sans crier gare.

Photo A

Photo B

On peut lire aujourd’hui de très nombreuses descriptions de la torture perpétrée par l’armée française durant la Guerre d’indépendance algérienne. Mais on ne la voit que très rarement comme c’est le cas sur ces images. De plus, alors que les archives de l’État français relatives à cette pratique sont essentiellement des archives de la dissimulation et du mensonge, l’ existence dans des archives publiques de telles preuves directes par l’image de la torture est une d’une incongruité sidérante.

Ces photos sont donc des sources historiques précieuses et leur histoire, depuis leur production en 1957 jusqu’à nos jours, bien que passablement lacunaire et tortueuse, nous a paru mériter d’être retracée et questionnée.



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qui a dépassé en quelques mois plus de quatorze mille signatures