des émissions de télévision qui témoignent du retour d’une histoire refoulée

Deux soirées sur France 2 et sur Arte qui renvoient à l’histoire de la colonisation

publié le 5 octobre 2020

Comme un symptôme du retour dans l’espace public en ce XXIème siècle de la mémoire de la colonisation, plusieurs films qui y renvoient sont diffusés à la télévision en ce mois d’octobre 2020. Sur France 2, le mardi 6 octobre, les deux films de David Korn-Brzoza et Pascal Blanchard, « Décolonisations : du sang et des larmes », et sur Arte le 7 octobre le film de Nathalie Masduraud et Valérie Urrea, « Pornotropic - Marguerite Duras et l’illusion coloniale ». Notre site reproduit ci-dessous leur présentation par les chaînes qui les diffusent. Comme il a présenté en janvier 2020, lors de sa diffusion par Arte, le documentaire « Décolonisations. Le bouleversement mondial », réalisé par Karim Miské et Marc Ball, accompagnés dans l’écriture par l’historien Pierre Singaravélou. Autant de documentaires qui donnent à réfléchir sur cette page de notre histoire.

Le mardi 6 octobre sur France 2 :
« Décolonisations : du sang et des larmes »

La présentation des films d’après le site de France 2 :

La décolonisation française est le plus long conflit que la France aura connu au XXe siècle. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et durant trois décennies, la République s’est acharnée à conserver ses colonies par tous les moyens. Une histoire qui a laissé des traces encore profondes aujourd’hui.

Réalisés à partir d’images d’archives en grande partie inédites et mises en couleur, ces deux films en résonance avec les débats les plus brûlants de notre société actuelle donnent la parole aux témoins, acteurs et victimes de cette page sombre de notre histoire ainsi qu’à leurs descendants. Trois générations qui des années après les faits sont les dépositaires d’une mémoire à vif et dont les récits constituent une histoire commune qui n’en finit pas de nous façonner et de faire débat.

Les deux volets de cette fresque historique seront suivis d’un débat.

Présentation :

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, après des années d’un ordre colonial immuable, la quarantaine de territoires et les quelques 110 millions d’hommes et de femmes placés sous la domination de la France se trouve soudain ébranlée.

Partout les peuples colonisés ont soif d’émancipation. Restant sourde au vent de l’histoire, la France va pourtant s’acharner à conserver ses colonies par tous les moyens. Un aveuglement qui a nourri des décennies de haine et de violences, alimentant un conflit d’un quart de siècle ponctué par une vague de répression inouïes. Cette page douloureuse de notre histoire a laissé une marque indélébile dans les cœurs et dans les âmes qui n’en finit pas de nous façonner. Au point qu’aujourd’hui encore, les blessures toujours vivaces, témoignent d’un passé qui ne passe pas.

Partie 1 : La fracture (1931-1954 )

Dès les années 30, alors que l’empire colonial français est à son apogée, les premières revendications d’indépendance se font entendre mais la France reste sourde à ces manifestations. La seconde guerre mondiale va rabattre les cartes et remettre en question un système de domination qui semblait jusque-là immuable. S’engage alors un cycle de répressions qui va durer un quart de siècle. Du Sénégal à l’Indochine et de Madagascar à l’Algérie en passant par le Maroc et la Côte d’Ivoire, la France va tenter coûte que coûte de conserver ses colonies. En vain.

Partie 2 : La rupture (1954-2017 )

Après huit années de conflits meurtriers, l’Empire colonial français craque de toute part. La défaite de Diên Biên Phu oblige la France à abandonner l’Indochine, puis ses comptoirs indiens. Pour tous les peuples colonisés, c’est une étincelle : la France, aussi puissante qu’elle soit, peut être vaincue. La Guerre d’Algérie éclate aussitôt. De l’Afrique aux Antilles en passant par l’océan Indien et la Polynésie, l’incendie se propage mais, à rebours du vent de l’histoire, la République répond par la force quand elle n’use pas de la ruse pour tenter de préserver ses possessions.

David Korn-Brzoza : auteur et réalisateur.
Réalisateur spécialisé en histoire, David Korn-Brzoza a écrit et réalisé plusieurs documentaires de référence sur l’espionnage, la Seconde Guerre mondiale et les affaires de la Ve République.

Pascal Blanchard : co-auteur et conseiller historique.
Historien, spécialiste du « fait colonial » et de l’histoire des immigrations, membre du laboratoire communication et politique du CNRS ; Pascal Blanchard est co-directeur du Groupe de recherche Achac. Il a dirigé de nombreuses études sur les notions de « mémoire coloniale » et « d’histoire coloniale », et participé à une cinquantaine d’ouvrages sur le sujet.

Conseil scientifique :
- Alain Ruscio : Indochine.
- Catherine Coquery-Vidrovitch : Afrique.
- Nicolas Bancel : Culture coloniale et propagand.
- Tramor Quemeneur : Guerre d’Algérie et Maghreb.
- Maël Lavenaire-Pineau : Antilles et Guyane.
- Pierre Fournié : Mandats du Levant.



Par ailleurs, réalisés à partir du documentaire, la plateforme Lumni met en ligne une série de six modules pédagogiques à destination du jeune public, par Simon Maisonobe :
- Episode 1 : La France en guerre
- Episode 2 : Le discours colonial
- Episode 3 : La répression coloniale
- Episode 4 : L’exception des Outre-mer
- Episode 5 : Algérie, la guerre sans nom
- Episode 6 : Mémoire et transmission
Ils s’adressent plus particulièrement aux élèves de 3ème et de Terminale avec les récits de témoins directs et de leurs descendants illustrés d’images d’archives.



Le mercredi 7 octobre sur Arte à 22:50 :
« Pornotropic - Marguerite Duras et l’illusion coloniale »

Réalisation : Nathalie Masduraud, Valérie Urrea (2019).



Durée 53 min. Disponible en ligne jusqu’au 14 janvier2021.


La présentation des films d’après le site de Arte :
Soixante-dix ans après la parution d’Un barrage contre le Pacifique, et alors que le passé colonial de la France suscite toujours des débats houleux, ce documentaire propose une relecture éclairante du chef-d’œuvre subversif de Marguerite Duras.

En 1950, le prix Goncourt échappe à Marguerite Duras, en lice avec Un barrage contre le Pacifique. Si l’écrivaine décèle dans ce revers la sanction de son engagement communiste, le propos même de ce grand roman, trop subversif et antipatriotique pour l’époque, a certainement suffi à refroidir le jury. Alors que la population française adhère encore massivement aux valeurs du colonialisme, ce récit inspiré de sa jeunesse miséreuse en Indochine, qui fit pour l’auteure office de « psychanalyse », résonne comme une charge violente contre un système prédateur, pornographe, raciste et brutal.

À travers la ruine de sa mère, flouée par l’administration coloniale, qui lui a vendu une concession incultivable, Marguerite Duras dépeint le quotidien dans « la perle de l’empire », à rebours des discours officiels vantant l’œuvre civilisatrice de la France. Si le livre, inévitablement, charrie les préjugés dans lesquels la romancière a baigné, présentant ainsi les « indigènes » comme une masse indistincte, il n’en montre pas moins l’envers de la carte postale, entre travailleurs réduits à l’esclavage et femmes sexuellement exploitées, « dans ce bordel colossal qu’était la colonie ».

Vampirisme

Soixante-dix ans après sa parution, ce documentaire propose une plongée saisissante dans l’œuvre de Marguerite Duras. Au fil de lectures d’extraits, d’interviews de la romancière, d’archives inédites de l’Indochine des années 1930 et d’éclairages de spécialistes (la politologue Françoise Vergès et l’anthropologue Ann-Laura Stoler en tête), le film décrypte les rouages du « grand vampirisme colonial » — en particulier, l’appropriation des corps indigènes —, explore les ambiguïtés de Duras face à cette histoire, et interroge les traces laissées par ce passé dans les imaginaires.