Diffusées du 17 au 21 août 2020 et accessibles en ligne depuis

Cinq émissions de France culture consacrées à Frantz Fanon,
par Anaïs Kien

publié le 26 août 2020

Emblème de la lutte anticoloniale à travers son engagement dans la guerre d’Algérie aux côtés du FLN, Frantz Fanon a marqué de son empreinte les luttes qui ont causé la fin des empires coloniaux. Né aux Antilles françaises dans l’entre-deux guerres, il a éclairé ces luttes par ses livres Peau noire, masques blancs et Les Damnés de la terre et par son travail psychiatrique sur l’aliénation coloniale. Mort en 1961, à 36 ans, quelques mois avant l’indépendance algérienne, sa pensée a inspiré de nombreux combats, des Black Panthers aux Palestiniens, en passant par les militants anti-apartheid d’Afrique du Sud. Les cinq émissions, par Anaïs Kien, que France culture lui a consacré du 17 au 21 août 2020, qui restent depuis accessibles en ligne, restituent les étapes de son parcours.

Actualité de Frantz Fanon

Présentation de la série d’émissions par France culture

Source

1. Frantz Fanon : la violence en héritage ?



Comment Fanon est-il devenu le défenseur de la violence politique ? Peu avant sa mort, il rencontre Sartre et passe trois jours à Rome sans presque dormir, qui aboutissent à la préface par le philosophe des Damnés de la terre. Livre référence pour tous les peuples en quête d’émancipation.

Né en 1925 à Fort-de-France et enterré en 1961 en Algérie, Frantz Fanon pourrait faire partie d’un temps révolu, le temps des colonies. On aimerait pouvoir remiser soigneusement sa pensée sur l’étagère des témoignages d’une histoire passée comme une relique, comme la trace ténue d’une histoire lointaine, cicatrisée. Ses écrits, de Peau noire et Masques blancs aux Damnés de la terre font pourtant toujours écho de manière incendiaire aux relations raciales du XXIe siècle.

Le problème avec Frantz Fanon ce sont les multiples mythes qui surgissent à son évocation : le psychanalyste, qu’il n’était pas, l’élève d’Aimé Césaire, pas plus, le virulent défenseur d’une violence politique vengeresse, pas tout à fait.

Aujourd’hui, le nom de Frantz Fanon résonne à l’échelle planétaire, une référence incontournable lorsqu’on évoque la condition noire et la violence coloniale qui explose après la Deuxième Guerre mondiale. Dans l’embrasement des années 1960 et 1970, Fanon est là, dans les têtes. Inspirateur de nombreux combats, des Black Panthers aux Palestiniens en passant par les militants anti-apartheid d’Afrique du Sud, il reste un des penseurs révolutionnaires qui a marqué de son empreinte la fin des empires coloniaux et l’analyse des relations interraciales.

Comment est-il devenu le défenseur de la violence politique ? A la veille de sa mort, Fanon rencontre un des auteurs qui l’ont accompagné dans la construction de sa pensée : Jean-Paul Sartre. Trois jours à Rome sans presque dormir, sous l’œil méfiant de Simone de Beauvoir, qui aboutissent à la préface des Damnés de la terre, le dernier livre de Fanon devenu dès sa publication une référence pour tous les peuples en voie de libération.

Trois jours à Rome et peut-être aussi l’histoire d’un malentendu.

Avec : Frédéric Ciriez, Alice Cherki, Aurélia Michel, James Toner, Victor Permal, Achille Mmembe, Michel Giraud, Mireille Fanon-Mendès-France, Sarah Fila Bakabadio, Pap N’Diaye, Elaine Mokhtefi, François Gèze, Jean Khalfa, Magali Bessone et Romuald Fonkoua.


2. Frantz Fanon et les Antilles,
la matrice d’un regard sur les sociétés coloniales



Frantz Fanon a fait de son pays natal, la Martinique, son premier champ d’exploration de l’aliénation des peuples colonisés et des colonisateurs. S’il est oublié après son départ, les premiers mouvements nationalistes convoquent ses écrits pour penser la place des Antilles françaises.

Le problème avec Frantz Fanon ce sont les multiples mythes qui surgissent à son évocation : le psychanalyste, qu’il n’était pas, l’élève d’Aimé Césaire, pas plus, le virulent défenseur d’une violence politique vengeresse, pas tout à fait. Alors commençons par le début : Fanon est français, originaire de la Martinique avant de se revendiquer algérien. Sur cette île des vieilles colonies françaises, il engouffre des bibliothèques, écrase ses adversaires du dimanche sur les terrains de foot avec ses frères, quand il ne trépigne pas d’impatience dans les classes du lycée Schoelcher.

La Martinique, un territoire devenu lointain mais resté si proche dans son analyse du monde colonial. C’est là, son premier terrain d’observation pour comprendre les ressorts psychologiques de la domination coloniale et pour parvenir à la renverser. Frantz Fanon a fait du pays de son enfance, son premier champ d’exploration de l’aliénation des sociétés coloniales. S’il est oublié après son départ, les premiers mouvements nationalistes le convoquent pour mettre en question la place des Antilles, toujours françaises, dans leurs relations avec la métropole, et ce, jusqu’à nos jours.

Avec : Gilbert Pago, France Lyne Fanon, André Lucrèce, Elisabeth Landy, Camille Maudueche, Myriam Cottias, Alex Ferdinand, Victor Permal, Daniel Boukman, Mireille Fanon Mendès-France, Victor Permal.


3. Frantz Fanon, l’expérience vécue du racisme colonial
sur le front de la Deuxième Guerre mondiale



Frantz Fanon s’engage bien avant l’âge requis pour défendre la France Libre face au nazisme. Blessé et décoré, il en revient choqué et transformé après avoir fait l’expérience du racisme colonial. Une rupture matricielle qui l’amène à s’attaquer à la déconstruction de la fabrique du colonialisme.

De nos jours, le nom de Frantz Fanon résonne à l’échelle planétaire, une référence incontournable lorsqu’on évoque la condition noire et la violence décoloniale qui explose après la Deuxième Guerre mondiale. C’est justement au cours de cette guerre qu’il prend conscience de la violence coloniale et des discriminations raciales qui régissent l’ordre impérial.

Frantz Fanon s’engage contre le nazisme à 17 ans. Il pensait alors défendre les valeurs républicaines qui avaient porté l’abolition de l’esclavage. Blessé et décoré, il en revient pourtant profondément transformé après avoir subi l’expérience du racisme colonial au sein de l’armée de libération et sur le sol européen.

Une rupture matricielle qui l’amène à s’attaquer à la déconstruction de la fabrique du colonialisme.

Avec : Gilbert Pago, Sylvie Meslien, Pap N’Diaye, Daniel Maximin, France-Lyne Fanon, Myriam Cottias, Magali Bessone, Michel Giraud, Aurélie Michel, Victor Permal, Achille Mmembe.


4. La psychiatrie, une arme de combat pour dépasser la race.
Frantz Fanon de Lyon à Blida en passant par Saint Alban



Si Fanon est considéré comme un penseur politique de la domination coloniale, il est avant tout psychiatre. C’est avec ses yeux de soignant qu’il aborde la situation des relations interraciales aussi bien aux Antilles, en France qu’en Algérie pendant sa guerre de libération.

Ce jour-là dans la cour de la Sorbonne, Frantz Fanon a 31 ans, ancien combattant martiniquais de la Deuxième Guerre mondiale il est devenu médecin. C’est en uniforme, sous le drapeau des armées alliées contre le nazisme qu’il a découvert les ravages du racisme colonial.

Après son retour du front, Frantz Fanon, blessé et décoré, n’a que 20 ans. Parti en 1943 pour sauver l’idéal républicain français, il en est revenu transformé par l’expérience du racisme colonial en métropole. En 1946, son bac en poche il regagne pourtant cette métropole si blessante, jadis adulée, pour y commencer des études de médecine. Après un bref passage à Paris où il est logé comme d’autres dans un ancien bordel de la rue Blondel affecté au logement des étudiants d’Outre-mer, il s’installe à Lyon.

Il ne sera finalement pas dentiste mais psychiatre. Soigner les esprits meurtris, c’est l’arme qu’il a choisie pour s’attaquer à la notion même de race au cœur du dispositif colonial.

Avec : Aurélia Michel, Magalie Bessone, Achille Mmembe, Jean Khalfa, Sarah Fila Bakabadio, Raphaël Gallien, Romuald Fonkoua, Alice Cherki, Daniel Maximin.


5. Frantz Fanon au combat, un psychiatre dans la guerre d’Algérie



En 1956, Fanon s’engage dans sa deuxième guerre. Cette fois-ci ce n’est plus pour défendre les valeurs républicaines françaises face au nazisme mais contre l’ordre colonial de l’empire français, sur le territoire où s’écrit la forme la plus violente de la domination européenne et de sa contestation : l’Algérie.

Le psychiatre devient moudjahid et Frantz Fanon devient Omar. De Tunis à Accra, en passant par le désert malien, les dernières années de sa vie sont une traversée du monde colonial en révolution. Dans les rangs du FLN, il œuvre désormais directement pour la révolution algérienne en tant que théoricien et toujours en tant que psychiatre.

Fanon louvoie entre sa liberté de pensée et les contraintes d’appareil politique : lui qui n’a jamais été encarté, fait désormais partie du gouvernement politique de la guerre de libération algérienne.

Avec : Alice Cherki, Jean Khalfa, Sylvie Thénault, François Gèze, Romuald Fonkoua, Daniel Maximin, Frédéric Ciriez, Pap N’Diaye, Achille Mmembe, Magali Bessone et Nacera Guénif.

Gaël Faye
Lauréat du prix du roman des étudiants France culture-Télérama 2016, il lit dans cette série d’émissions les textes de Frantz Fanon.

Anaïs Kien
Après des recherches universitaires sur l’histoire de la liberté d’expression et l’invention des médias libres, Anaïs Kien intègre l’équipe de l’émission d’Emmanuel Laurentin, La Fabrique de l’histoire, en 2005, où elle signe plus d’une centaine de documentaires et co-anime les débats. A la rentrée 2019, elle accompagne la création de la nouvelle émission quotidienne d’histoire de France culture Le Cours de l’Histoire où elle propose chaque jour une chronique, « Le Journal de l’Histoire ». A l’été 2020, elle conçoit la Grande traversée consacrée à Frantz Fanon.

Dernière minute

L’exposition
« Peaux noires, masques blancs »,
de l’artiste Roméo Mivekannin​​

à la Galerie Eric Dupont à Paris, est prolongée jusqu’au 31 août 2020

Voir cette page.

Tél : 01 44 54 04 14
http://www.eric-dupont.com


A lire aussi à propos de Frantz Fanon sur notre site


Le regard colonial de l’École psychiatrique d’Alger
publié le 24 février 2005.

• Frantz Fanon psychiatre, d’après le livre de Patrick Clervoy et Maurice Corcos
publié le 5 mars 2005.

• Les souvenirs de la rencontre d’un libraire lyonnais avec Frantz Fanon
publié le 29 avril 2018.