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Hommage

Brigitte Lainé
ou l’honneur des archivistes français

par Fabrice Riceputi

samedi 10 novembre 2018

Brigitte Lainé (1942-2018), conservateur en chef honoraire aux Archives de Paris, est morte le 2 novembre dernier. Les lecteurs du site LDH-Toulon, dont notre site est l’héritier, connaissent son nom, associé à celui de Philippe Grand, son collègue et ami — François Nadiras leur consacra de nombreux articles dans la rubrique "Maurice Papon et les deux archivistes". Nous tenons à lui rendre hommage en rappelant ce que fut l’affaire Grand-Lainé. On lira également la réaction de Sonia Combe à "l’oubli" dans certains commentaires sur sa carrière, du courage dont elle fit preuve en 1999 comme archiviste citoyenne et de la façon dont elle fut, avec Philippe Grand, sanctionnée et mise au ban de la profession par nombre de ses collègues français.

Brigitte Lainé, archiviste et citoyenne

par Fabrice Riceputi

Le présent texte reprend en partie de ce qui était développé dans le chapitre "Archives et raison d’Etat" du livre de Fabrice Riceputi, La bataille d’Einaudi. Comment la mémoire du 17 octobre 1961 revint à la République, Le Passager clandestin, 2015.

En 1999, Maurice Papon, condamné en 1997 pour son rôle dans la déportation des juifs de la Gironde, décide d’intenter un procès en diffamation à Jean-Luc Einaudi Ce dernier est coupable, à ses yeux, d’avoir écrit qu’un "massacre" avait été commis "sous ses ordres" de préfet de police, à Paris, le 17 octobre 1961. En l’état des preuves disponibles, Maurice Papon peut alors raisonnablement espérer gagner ce procès. Il s’appuie en particulier sur l’interdiction faite depuis des années à l’auteur de La Bataille de Paris (1991) d’accéder aux archives relatives à cette tragédie : celles de la préfecture de Paris, constamment verrouillées depuis par ses successeurs, et les archives judiciaires conservées aux Archives de Paris. C’est d’ailleurs une loi de rétention des archives, votée en 1979 alors que Papon lui-même était ministre du Budget, qui est invoquée pour interdire cet accès à l’historien non-universitaire.

C’est alors que Brigitte Lainé accepte d’apporter à ce procès un témoignage qui pèsera de façon décisive dans son issue : la relaxe d’Einaudi et la première reconnaissance par un représentant de l’Etat, le procureur, du droit à parler d’un "massacre" à propos de la répression du 17 octobre 1961.

Sa déposition au procès intenté par Papon à Einaudi

L’estocade est portée par cette femme qui n’a pas été témoin des évènements. Son témoignage, placé à la fin de l’audience par Einaudi et son avocat, Pierre Mairat, est d’une autre nature que les précédents. Il atteste ni plus ni moins de l’existence de preuves officielles d’un massacre. Brigitte Lainé est conservatrice en chef aux Archives de France, en fonction aux Archives de Paris. Elle y est notamment en charge, depuis des années, des archives judiciaires, dont elle est une spécialiste reconnue. Avec son collègue et ami Philippe Grand, qui témoigne dans le même sens par écrit, elle est la botte secrète d’Einaudi. Brigitte Lainé vient en effet tout simplement dire à la barre que les archives du parquet de Paris, celles-là mêmes dont on refuse obstinément l’accès à Einaudi, confirment dans toute la mesure du possible la thèse de ce dernier.

Elle a examiné les archives judiciaires de septembre à décembre 1961. En dépit, souligne-t-elle, de la « disparition » inexpliquée d’environ un tiers des dossiers du tribunal d’instance de Paris, ses calculs lui permettent d’affirmer, cotes à l’appui, que « 103 dossiers d’instruction concernant 130 personnes ont été ouverts et que 32 dossiers pour 44 décès ont été classés sans suite [durant cette période] ». Brigitte Lainé cite aussi un réquisitoire définitif du 30 octobre, relatif à la mort de 63 Nord-Africains, dont 26 n’ont pu être identifiés, ayant probablement été délestés préalablement de leurs papiers d’identité. Elle affirme :

Dès le mois de septembre, il y a une constante dans la mise en scène de la mort : une majorité de noyés, retrouvés dans la Seine ou les canaux parisiens, les mains liées ou avec des traces de strangulation ou de balles.  »

L’amnistie de 1962, rappelle-t-elle, mit un point final à toutes les instructions encore en cours. L’archiviste ne peut produire une estimation totale du bilan du massacre, les archives du parquet n’étant qu’une petite partie des sources. Mais Brigitte Lainé anéantit ainsi purement et simplement la version Papon. Les archives de l’État, contre toute attente, viennent de « parler ». Ce témoignage, estime Pierre Mairat, est particulièrement décisif. Son importance n’échappe pas à la partie adverse. Me Varaut, manifestement furieux, l’interpelle et se fait menaçant. Se levant brusquement, il demande à Brigitte Lainé si elle a « bien conscience de faire état de documents couverts par le secret ». Durant sa plaidoirie, il déclarera que cette déposition démontre que l’État français est « malade de ses fonctionnaire ». Perfide, il ajoute qu’il ne « souhaite pas », pour sa part, qu’elle soit « poursuivie », puisqu’elle encourrait alors « un an de prison » pour avoir « violé le secret professionnel ». L’avocat se lance dans une insinuation obscure sur le manque de professionnalisme de l’archiviste et déclenche des huées dans le public. Brigitte Lainé, lui rétorque calmement qu’on peut envoyer une estafette quérir les registres du parquet aux Archives de Paris.

Mais l’archiviste conforte Einaudi sur un autre point. En venant aux raisons qui les ont poussés, elle-même et Philippe Grand, à apporter ce témoignage devant la cour, elle explique que tous deux ont été scandalisés par le refus d’accès à ces archives systématiquement opposé à Einaudi, dont les demandes n’ont même pas reçu de réponse. Pour les deux archivistes, l’accusé est victime d’une discrimination manifeste qui le prive de moyens essentiels à sa défense. Ils s’étonnent que la circulaire Jospin de 1997, recommandant de ne pas bloquer la recherche et d’user d’une plus grande « souplesse » dans le traitement des demandes, soit restée lettre morte s’agissant d’Einaudi. D’autres chercheurs travaillant sur le même sujet ont pourtant obtenu des dérogations. Y aurait-il, demande le président, des « raisons politiques » à ce blocage ? Brigitte Lainé répond qu’elle a instruit durant quinze ans des demandes de dérogations et n’a jamais vu un tel « acharnement » (Récit extrait du chapitre "Archives et raison d’Etat" de La bataille d’Einaudi, p.107-109.).

Interrogée plus tard sur ses motivations, Brigitte Lainé expliquera :

En charge des séries des archives judiciaires aux Archives de Paris depuis vingt-cinq ans, nous avons effectivement accès aux documents dont Jean-Luc Einaudi a besoin pour assurer sa défense face à Maurice Papon, mais nous ne pouvons pas les lui communiquer puisqu’il n’a pas obtenu la dérogation nécessaire. La seule solution permettant de conjuguer le respect de la déontologie de notre profession et de notre conscience de citoyen, est donc d’accepter d’être cité comme témoins. »

Coupable d’avoir témoigné

La direction des Archives de Paris, mais aussi tous ceux qui, en France, refusent alors de voir révélé au grand jour un crime d’Etat commis sous de Gaulle et Debré, notamment le maire RPR de Paris Jean Tibéri, ne l’entendent pas de cette oreille.

Le 12 février 1999, au lendemain de son témoignage au procès intenté par Papon à Einaudi, la conservatrice en chef du patrimoine aux Archives de Paris, Brigitte Lainé, travaille dans une annexe située dans l’Essonne. Vers quatorze heures, elle reçoit un appel de son supérieur, François Gasnault, le directeur des Archives de Paris. Celui-ci, raconte-t-elle, est «  fou furieux  ». Il vient de découvrir dans Le Monde qu’elle a témoigné au procès de Jean-Luc Einaudi. Un article d’Acacio Pereira y rapporte en effet que la conservatrice en chef «  est venue expliquer, au prix d’une entorse à son devoir de réserve [sic], ce qu’elle connaît des archives judiciaires dont elle a la charge  ». Suffoquant de rage, le directeur lui annonce qu’il fait immédiatement un «  rapport sur son comportement  » et lui promet des poursuites «  disciplinaires  », voire «  pénales  ». Pour Brigitte Lainé comme pour son collègue Philippe Grand, dont on apprendra plus tard qu’il a témoigné par écrit, l’exercice du métier de conservateur en chef du patrimoine aux Archives de Paris est tout simplement terminé. Commence l’affaire Grand-Lainé. (La bataille d’Einaudi, p. 128)

S’en suivront en effet six années de "placard" pour Brigitte Lainé et Philippe Grand, littéralement interdits d’exercer leur profession par le directeur des Archives de Paris, appuyé par la Ville de Paris et sans que le gouvernement Jospin ne lève le petit doigt pour faire cesser les sanctions. En dépit d’une mobilisation importante, tout particulièrement d’archivistes étrangers. Quant aux collègues conservateurs de Lainé et Grand, ils s’illustrent par une pétition dans laquelle ils s’indignent de ce que la ministre de la Culture, Catherine Trautman, tarde tant à ... châtier comme ils le méritent les deux archivistes.

Nous soussignés, responsables de services d’archives, souhaitons manifester notre émotion et notre inquiétude devant le long silence gardé par le gouvernement sur la violation caractérisée des règles administratives et de la déontologie professionnelle des archivistes commises par deux conservateurs des Archives de Paris à l’occasion du procès en diffamation intenté par M. Papon contre M. Einaudi […]. En tenant, avec la plus grande fermeté, à faire abstraction du fond du débat sur les évènements de 1961 et des opinions que les protagonistes de cette affaire peuvent susciter, nous attendons du gouvernement qu’il fasse respecter la loi et qu’il rappelle solennellement les principes auxquels les archivistes sont tenus d’obéir. »

L’un de ces collègues écrit ceci : « Je préfère un criminel protégé par la loi à la dictature d’une soi-disant totale transparence, à la mise en examen généralisée des pouvoirs et des individus. Le secret est un impératif démocratique. »

Six ans de placard

Mais le ministère reste désespérément sourd aux appels à sévir. Il ne réunit pas de conseil de discipline et ne mute donc pas les deux conservateurs en chef. L’affaire Grand-Lainé paraît donc close. Elle ne fait en réalité que commencer. Les deux hérétiques n’échapperont pas à leur punition. Interne aux Archives de Paris et largement officieuse et dissimulée, elle sera assumée sans faiblesse par le directeur, avec le soutien manifeste d’une grande majorité d’archivistes et d’un solide réseau, tant à la mairie de Paris qu’au ministère de la Culture. En raison même de l’absence de décisions judiciaire ou disciplinaire et d’un accord tacite des pouvoirs politiques de tutelle, elle pourra se prolonger, dans une indifférence certaine, jusqu’au départ à la retraite pour Philippe Grand et jusqu’en 2005 au moins pour Brigitte Lainé.

François Gasnault compte bien briser les deux rebelles, avec ou sans l’aval de son ministère de tutelle, l’accord de la mairie de Paris lui étant acquis. Il n’a pas attendu les conclusions du procès, ni celle de l’enquête administrative, encore moins la décision du ministère, pour se mettre à la tâche. En utilisant au mieux les techniques classiques du harcèlement professionnel, il croit pouvoir parvenir à ses fins  : les obliger à quitter les Archives de Paris.

Le directeur organise immédiatement une mise en quarantaine drastique des deux hérétiques. Sur sa consigne impérative, les collègues conservateurs de Grand et Lainé ne leur adressent tout simplement plus la parole, à une exception près. Le faire vaut à certains un «  savon  » du directeur. Ils sont «  ignorés  », deviennent «  des ombres  ». Des rumeurs malveillantes sur leurs pratiques professionnelles indignes courent dans le service.

En avril et mai 1999, Gasnault va plus loin et fait s’abattre sur eux les foudres hiérarchiques  : deux simples «  notes de service  » les sus­pendent de toutes leurs attributions et délégations. Ironiquement, la seconde est datée du 5 mai, tout comme la circulaire Jospin qui recommande à ses ministres l’ouverture des archives. Alors qu’ils étaient en charge de l’ensemble des juridictions parisiennes, des archives pénitentiaires, de la protection judiciaire de la jeunesse et des archives fiscales et économiques, Philippe Grand et Brigitte Lainé interrompent brutalement leurs nombreux travaux. Ils sont exclus de l’encadrement, leurs équipes de travail sont dissoutes, ils ne sont plus invités aux réunions de service et sont exclus des permanences scientifiques. Tout contact avec le public leur est interdit.

Les brimades et humiliations, petites et grandes, s’accumulent. Le placard rétrécit et s’assombrit de jour en jour. Le délégué CGT évoque une «  ambiance délirante  ». Le fonds «  Dessins et modèles de fabrique  », que Brigitte Lainé sauva du pilon en 1990, lui est soustrait et, pour que le message soit bien clair, est transféré dans un dépôt insalubre, celui des pompes funèbres et des cimetières de la ville. Les communications téléphoniques et le courrier ne leur sont plus transmis. Les magasins d’archives leur sont fermés. Surtout, la consigne est donnée d’empêcher leur accès aux dossiers «  sensibles  ». Leurs bureaux sont dépouillés de tout équipement. Ils n’ont pas même droit à une adresse électronique professionnelle. Brigitte Lainé, du reste, n’a pas d’ordinateur. Gasnault fait aussi changer les serrures, comme le raconte Philippe Grand  :

Le bureau de permanence scientifique est desservi par deux accès, l’un interne, l’autre ouvert au public. Dès notre exclusion, François Gasnault fit démonter la serrure magnétique du premier, puis interdit au concierge de nous remettre la clef du deuxième accès ».

On leur demande d’aller, quatre fois par jour et à heure fixe, signer un registre de présence, ce qu’ils refusent de faire.

En 2002, après trois ans de ce traitement, ils sont destinataires de courriers de la directrice des Affaires culturelles de la ville de Paris et de celle des Archives de France qui les laissent sans voix. Ces deux hauts fonctionnaires leur envoient conjointement une sorte de parodie d’offre d’affectation. À Philippe Grand, elles proposent de s’occuper du «  mouvement alternatif  » parisien. C’est-à-dire d’inventorier des «  archives  » qui n’existent pas, mais aussi d’effectuer le travail habituellement dévolu aux Renseignement généraux. Eu égard à son intérêt manifeste pour l’histoire «  des réprouvés et des victimes de l’exclusion  », précisent-elles ironiquement, Grand pourrait notamment recenser les «  associations non-déclarées  »… De plus, à ce courrier à en-tête du ministère de la Culture est jointe une note anonyme et utilisant une typographie différente. Pétrie de mépris pour son destinataire, elle précise  :

[Il] serait opportun de sensibiliser, sous couvert d’enquête, les militants associatifs aux enjeux de mémoire et de nouer des contacts informels par l’entremise d’un agent aussi peu conformiste, dans sa mise comme dans ses propos, que celui auquel il est prévu de confier cette mission. »

Voilà, ajoute l’auteur anonyme, qui devrait plaire «  à Mme Sonia Combe, [qui] figure au rang des partisans les plus fervents de Mme Lainé et de M. Grand   ». Comble du raffinement, Philippe Grand reçoit ce courrier un… 17 octobre. Reçue à la même date, la prétendue proposition faite à Brigitte Lainé est tout aussi provocatrice et insultante. Après lui avoir retiré en 1999 la collection des dessins et modèles qu’elle avait sauvée de la disparition, on lui propose d’en reprendre le tri. Une note blanche, identique dans sa forme à celle reçue par Philippe Grand, précise en passant que ces fonds sont désormais largement envahis de «  moisissures, lesquelles ont provoqué des atteintes cutanées  » chez certains agents. S’il en était besoin, ces courriers écœurants doivent leur rappeler que leur directeur a des alliés solides aux Archives de France — leur directrice elle-même en est l’une des deux signataires —, mais aussi à la mairie de Paris, dirigée depuis 2001 par le socialiste Bertrand Delanoë. L’air des Archives de Paris est devenu franchement irrespirable. Philippe Grand écrit  :

Je ne sais à quelle mouvance émargent les gens qui cherchent à nous chasser des archives de Paris, Brigitte Lainé et moi, ni à quelle officine ils abreuvent leur sombre militance. Je ne veux pas le savoir. Il m’est arrivé d’avoir peur ».

(La bataille d’Einaudi, p. 146-149)


« Sortez de ce bureau, Madame Lainé n’a pas à vous recevoir… »

par Claude Pennetier, historien, CNRS, directeur du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et mouvement social (le Maitron).

Je tiens à dire aussi l’estime et l’admiration pour cette archiviste courageuse, efficace et modeste. Suite à la réaction civique qu’elle avait eu devant l’infamie du procès que faisait en 1999 Papon à un historien, Jean-Luc Einaudi, à propos de l’affaire du 17 octobre 1961, procès perdu par Papon, elle fut placardisée aux Archives de Paris. Je me souviens que de passage aux AD75 au début des années 2000 pour y chercher des sources nécessaires au Maitron, Brigitte Lainé m’a invité dans son bureau, mais au bout d’une demie heure une directrice, qui ne me connaissait pas, est venue me dire "Monsieur sortez de ce bureau, le public n’y est pas admis, Madame Lainé n’a pas à vous recevoir". Cela ressemblait à une mise en quarantaine. C’était humiliant pour le chercheur et encore plus pour l’archiviste. Elle ne supportait plus cette injustice. Son compagnon, remarquable directeur d’archives, a beaucoup souffert de cette situation.

20 ans plus tard

L’Ecole des chartes vient de publier sur son site l’avis de décès de son ancienne élève : il insiste sur les qualités professionnelles de la défunte, mais ne fait pas même une allusion au fait que cette dernière fut la victime d’une idéologie de rétention des archives au nom de la raison d’État. Cela aurait pourtant pu édifier ses élèves.

La direction des Archives de Paris, quant à elle, fait sur son site l’allusion suivante à l’affaire Lainé : "Son esprit d’indépendance et de liberté, sa conscience politique, l’amènent parfois à tenir des positions lourdes de conséquences, mais qu’elle assume entièrement. Quoiqu’il en soit, après heurs et malheurs, l’héritage qu’elle laisse aux Archives de Paris est colossal et mérite d’être rappelé et honoré." Vingt ans plus tard, c’est tout ce que peut dire à son propos l’institution qui se déshonora en la sanctionnant. Cette originale suivit sa "conscience politique", elle connut pour cette raison quelques "heurts et malheurs" et, "quoiqu’il en soit" (!), elle fut une excellente archiviste. Osons le dire, cet "hommage", témoignant surtout d’une absence de prise de conscience des responsabilités et des enjeux de l’affaire, a quelque chose d’écœurant et d’inquiétant.

Fabrice Riceputi

• On lira l’intégralité du chapitre "Archives et raison d’Etat" de La bataille d’Einaudi. Comment la mémoire du 17 octobre 1961 revint à la République, Le Passager clandestin, 2015.

• Voir également cet entretien avec Brigitte Lainé et Philippe Grand dans la revue Vacarme.

Billet publié le 7 novembre 2018 sur le site du Comité de vigilance sur les usages publics de l’histoire (CVUH)

Sonia Combe a été responsable du département des archives de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (université Paris-Nanterre), puis du Musée d’Histoire contemporaine à Paris. Elle est chercheuse à l’Institut des sciences sociales du politique (CNRS) et chercheuse associée au Centre Marc Bloch, à Berlin. Elle est l’auteure de Archives interdites. L’histoire confisquée (Poches/Essais, 2001).