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Brice le bienheureux a fait adopter un Pacte de l’Europe forteresse

lundi 14 juillet 2008

Au Conseil européen de Cannes, Brice Hortefeux a réussi à obtenir un « large accord » sur l’immigration, l’une des priorités de la présidence française de l’Union européenne. Après six mois de tractations laborieuses, il est parvenu, le 7 juillet 2008, à faire accepter un « Pacte pour l’immigration » basé sur le concept d’immigration choisie.

Le texte veut établir des règles communes en matière d’asile, privilégier l’immigration de travail, réguler l’immigration familiale et lutter contre l’immigration clandestine, via le renforcement des contrôles aux frontières et le renvoi de ceux qui parviennent à les franchir. Les opposants, telle l’AEDH dont nous reprenons le communiqué, y voient la mise en place d’une « forteresse » à l’échelle européenne dans une logique de repli identitaire.

Monsieur Brice Hortefeux est un ministre heureux.

Il est heureux, Brice Hortefeux, parce qu’il a soumis à ses collègues européens, réunis à Cannes, ville de festivals célèbre pour son « bunker », son Pacte de l’Europe forteresse, un « pacte cohérent et juste », a-t-il précisé à celles et ceux qui en doutaient.

Il est heureux parce que vingt trois personnes ont été arrêtées par la police cannoise. Elles avaient eu l’idée saugrenue de manifester contre l’Europe voulue par Brice Hortefeux.

Oui, bien sûr, il y a ces Espagnols, — pas étonnant le chef du gouvernement est socialiste, Franco lui aurait mieux compris — qui ont refusé de faire signer un contrat d’intégration. Ils vont jusqu’à proposer le vote des étrangers non européens aux élections municipales. C’est bien une idée de socialistes. Oui, il y a la chancelière allemande qui n’a pas voulu d’une agence de l’immigration. Brice Hortefeux ne s’arrête pas à ces détails puisque Berlusconi, lui, il est d’accord !

Il est heureux Brice Hortefeux, parce qu’il a pu s’adresser aux parlementaires européens et leur rappeler que « l’immigration est l’une des priorités de la présidence française » de l’Europe. Hortefeux, sous ses allures de « ravi de la crèche » sait qu’une invasion est à nos portes. D’où viendra-t-elle ? D’Afrique peut-être. D’Asie, pourquoi pas ? En tous cas, il vaut mieux renvoyer tout le monde. C’est pourquoi il veut renforcer Frontex, cette sympathique agence européenne chargée de la surveillance des frontières.

En vérité, il est heureux depuis longtemps, Brice Hortefeux, depuis ce jour où il a pu mettre ses idées généreuses en pratique grâce à Nicolas Sarkozy

Il est heureux pas seulement parce qu’il est ministre mais surtout parce qu’il a en charge le développement solidaire. Il n’en a pas l’air comme ça, Brice Hortefeux, mais c’est un champion de la solidarité.

Quant à l’identité nationale, dont Brice Hortefeux s’occupe aussi, qui sait ce qu’il en est, me suis-je aussitôt demandé ! Qui suis-je ? N’ai-je pas parfois le profil d’un autre ? Ne dit-on pas que chacun a un sosie ? Pour moi, l’identité quand elle devient nationale, je m’interroge. Lorsqu’on prononce ce mot « national », j’ai toujours l’impression qu’il est le contraire de « nation » et de « démocratie ». Je sais ; j’ai mauvais esprit !
Revenons au bonheur qui habite Brice Hortefeux. Comment ne pas être fier lorsque l’on réussit le record de renvoyer plus de 25 000 colis sans adresse, — non pardon, je m’égare ! — 25 000 hommes, femmes, enfants sans papiers ? Et il fera encore mieux l’année prochaine, a-t-il dit !N’oubliez pas ! Brice Hortefeux est ministre de la solidarité. Oh bien sûr, il y a quelques « dommages collatéraux », des suicides, des familles dispersées, des enfants devenus subitement orphelins. Qu’importe lorsque l’on sert une grande cause !

C’est dans cet esprit de solidarité dont il a la charge que Brice Hortefeux veut bien accueillir les meilleurs des étrangers, des informaticiens, des médecins, que sais-je encore,et chasser les autres. Il faut être« cohérent et juste ». Alors, il y en a qui disent que Brice Hortefeux est l’exécuteur des basses œuvres de Nicolas Sarkozy, qu’il n’est que la face cachée du président. Il y en a même qui vont jusqu’à affirmer que Brice Hortefeux est l’incarnation d’un néocolonialisme tel qu’il a été défini par un certain Henri Guaino et lu par le président lors d’un passage à Dakar. Il y en a d’autres qui vont jusqu’à supposer que Brice Hortefeux ne fait pas plus de cas des sans papiers qu’autrefois les esclavagistes en faisaient des Africains. Mais il le sait bien, Brice Hortefeux, tout ça ce sont des mensonges diffusés par de mauvaises langues qui envient son bonheur. Parce que vraiment il est heureux Brice Hortefeux puisqu’il a sa conscience pour lui et qu’est-ce que ça peut faire qu’aujourd’hui les artistes africains ne viennent plus en France ni, demain, en Europe.Une autre artiste, la femme du président elle-même, a dit de lui que c’était un homme tout à fait sympathique.

Alors depuis, Brice Hortefeux est aux anges.

Je ne sais pas pourquoi, il me revient tout à coup en mémoire quelques mots d’un poète algérien :

« On ne nous fera plus prendre des vessies peintes
de bleu de blanc et de rouge
pour les lanternes de la liberté »

et c’est signé Jean Amrouche.

Jacques Vigoureux

Communiqué de l’AEDH

Le « Pacte européen sur l’immigration et l’asile » confirme l’orientation politique sécuritaire de l’Union européenne en matière d’immigration et d’asile

Bruxelles, le 9 juillet 2008

Confirmant l’orientation politique sécuritaire de l’Union européenne en matière d’immigration et d’asile le Conseil des ministres, en réunion informelle, a approuvé, le 7 juillet 2008, une version amendée du « Pacte européen sur l’immigration et l’asile », proposé par la présidence française.

L’AEDH accueille positivement le fait que plusieurs Etats membres se soient opposés à un certain nombre de propositions contenues dans la première version du Pacte, en particulier concernant le contrat d’intégration. Mais sur le fond, le principe même du Pacte reste inacceptable en ce qu’il adopte une vision purement utilitariste des migrations, fait de la répression le mode privilégié de régulation de l’immigration et qu’il est porteur de régressions importantes au regard des conventions internationales, des droits des migrants et des demandeurs d’asile.

L’AEDH dénonce particulièrement :

  • une politique d’« immigration choisie », d’abord discriminatoire et dont les objectifs sont mal fondés ;
  • la référence à des moyens modernes de reconnaissance, en particulier biométriques, pour contrôler les entrées et sorties de l’Union européenne avec la mise en place d’interopérabilité des données recueillies ;
  • le refus sans condition des régularisations collectives, au mépris des droits des travailleurs migrants qui pourtant contribuent pour la plupart depuis plusieurs années par leur travail à la prospérité économique de l’Union ;
  • l’organisation de « vols conjoints » de retour pour l’éloignement des étrangers indésirables ;
  • le peu d’avancées concernant le droit d’asile, le maintien du système Dublin II dont les conséquences dramatiques se mesurent pourtant quotidiennement, les difficultés accrues pour les demandeurs d’asile d’atteindre les frontières des pays de l’Union pour y demander protection ;
  • la logique utilitariste du donnant-donnant : la délivrance d’une aide au développement, par ailleurs peu convaincante, en l’échange des migrants les plus qualifiés et le renforcement des contraintes pesant sur les pays d’émigration.

La légitimité de l’Union européenne à vouloir contrôler ses frontières ne peut se faire de façon sécuritaire, répressive et discriminatoire. Aussi, l’AEDH appelle-t-elle tous les citoyen(ne)s, résident(e)s et élu(e)s de l’Union européenne à la vigilance pour que ce pacte n’aboutisse pas. L’Europe a besoin d’une autre politique d’immigration et d’asile, exemplaire vis-à-vis du reste du Monde, respectueuse des droits, fondée sur l’accueil, la non discrimination et l’égalité des droits.

Association Européenne pour la défense des Droits de l’Homme  [1]

[1AEDH, Association Européenne pour la défense des Droits de l’Homme
33, rue de la Caserne. B-1000 Bruxelles
Tél : +32(0)25112100 Fax : +32(0)25113200 Email : aedh@aedh.eu

L’Association Européenne pour la Défense des Droits de l’Homme (AEDH) regroupe des ligues et associations de défense des droits de l’Homme des pays de l’Union Européenne.

Elle est membre associé de la Fédération internationale pour la défense des droits de l’Homme (FIDH).
Pour en savoir plus, consultez le site http://www.aedh.eu.