Bouteflika : l’Algérie a été injuste avec les familles des harkis

publié le 10 septembre 2005 (modifié le 27 juillet 2019)

Après avoir déclaré à Chlef, le 2 septembre dernier, que les "les enfants des harkis ne sont pas responsables des actes de leurs parents", le président Bouteflika est revenu sur le problème des harkis jeudi 8 septembre à Oran.

ALGER [AP - jeudi 8 septembre 2005] - Alger tend la main aux harkis. Au cours d’un meeting jeudi, à Oran, dans le cadre de « la Charte sur la paix et la réconciliation nationale » soumise à référendum le 29 septembre prochain, le président algérien Abdelaziz Bouteflika a affirmé que parmi les erreurs commises dans le passé figurait le traitement du dossier des familles de harkis.

Il s’agit d’Algériens engagés par l’armée française comme supplétifs durant la guerre d’Algérie et qui sont devenus français après l’indépendance. Avec leurs descendants, ils forment une communauté de 400 000 personnes, vivant en majorité dans le Sud de la France.

« Nous avons commis des erreurs à l’encontre des familles et des proches des harkis et n’avons pas fait preuve de sagesse. Nous avons suscité en eux un sentiment de haine et de rancoeur, portant ainsi un préjudice au pays », a reconnu le président Bouteflika. Il a ajouté qu’« une grande partie de la crise qu’avait connue le pays était due à cette très grave erreur ; et aujourd’hui nous faisons face à une problématique similaire ».

Cette déclaration constitue un adoucissement considérable du langage des autorités algériennes puisque lors d’une visite en France, le président Bouteflika avait qualifié les harkis de « collabos ». On estime que plusieurs milliers de ceux qui n’ont pu franchir la Méditerranée en 1962 et ont été abandonnés à leur sort par la France après l’indépendance ont été massacrés.

Concernant le projet de Charte sur la réconciliation nationale, le chef de l’Etat a affirmé qu’il proposait aux Algériens « d’être tolérants » et « de pardonner » aux égarés ayant subi l’influence de ceux qui ont falsifié la religion.

Dans cet esprit et rappelant encore une fois qu’il ne proposait pas une amnistie générale, le président Bouteflika a appelé les Algériens réfugiés à l’étranger à revenir.

« S’ils veulent rentrer au pays, je serai le plus heureux des hommes », a affirmé M. Bouteflika en précisant que son appel s’adressait à ceux qui sont « à l’étranger, condamnés par contumace, qui n’ont pas commis d’actes de violences, n’ont pas participé à des actes de violence » mais que « des idées politiques ont conduit en Europe et en Amérique ».

Le président algérien a annoncé, à la mi-août, le référendum sur « un projet de Charte pour la paix et la réconciliation nationale », destiné à « faire cesser l’effusion du sang » en Algérie, qui a vécu, durant les années 90, une décennie de violence qui a fait plus de 150 000 morts, selon une estimation officielle. AP

Le président Bouteflika, jeudi 8 septembre 2005, à Oran
nous n’étions pas justes avec les familles des harkis

Par Chih Arab [Liberté, 10 septembre 2005]

Pour Abdelaziz Bouteflika qui parle d’erreur commise a leur encontre, les familles des harkis n’étaient pas responsables des crimes que ces derniers ont perpétrés pendant la révolution.

Décidé à tenir un langage inhabituel et à peine a-t-il exprimé une pensée à la mémoire de Ahmed Zabana, le premier guillotiné de la Révolution algérienne, que le président de la République Abdelaziz Bouteflika prendra de court son auditoire en faisant un aveu déconcertant : au lendemain de l’indépendance l’Algérie a été injuste avec les familles des harkis. « Par le passé nous avons commis des erreurs graves. Au lendemain de l’indépendance, on ne s’est pas comporté avec justesse, ni finesse politique avec les enfants et les familles de harkis », a-t-il reconnu, jeudi à Oran, lors d’un meeting animé au stade Ahmed-Zabana. Et d’ajouter : « Une grande partie de la crise actuelle trouve son origine dans cette grave faute que nous avons commise. » L’évocation de cet épisode noir de notre histoire contemporaine faite, Abdelaziz Bouteflika bifurquera sur la destruction de l’identité nationale en en rendant responsable la France coloniale. « Si le colonialisme n’a pas exterminé le peuple algérien, il a, en revanche, anéanti son identité, sa langue, sa religion, sa culture et son histoire. Aujourd’hui, on n’est ni des Berbères, ni des Arabes, ni des musulmans, ni des chrétiens », s’est-il écrié. [...]

Si Bouteflika a ouvert la page des harkis et de leurs familles, c’est parce qu’il a vu une certaine similitude entre cet épisode et la situation d’aujourd’hui.
À ses yeux, il n’y a pas lieu de commettre la même erreur en faisant payer aux familles des terroristes les crimes d’un des leurs. « Je suis venu ici pour vous demander de pardonner à ceux qui se sont égarés du droit chemin. » [...]

> L’article de Liberté : http://www.liberte-algerie.com/edit....



M. Bouteflika, le 2 septembre, au stade Boumezrag de Chlef :

« Les enfants des harkis ont les mêmes droits que le reste des Algériens, à condition qu’ils défendent ce paisible pays. »

« Les enfants des harkis ne sont pas responsables des actes de leurs parents. »

> L’article de Hadj Bouziane dans « La nouvelle République » du 3 septembre 2005 : http://www.lanouvellerepublique.com...

En ces jours-là on ne dira plus :
les pères ont mangé des raisins verts,
et les dents des fils sont agacées.

Jérémie 31:29