une œuvre qu’on redécouvre à l’heure du hirak

Anna Gréki, militante de l’indépendance algérienne et poète

publié le 14 mars 2020 (modifié le 17 mars 2020)

L’Algérienne Colette Grégoire, née à Batna le 14 mars 1931, passa son enfance dans un village des Aurès, obtint le bac à 16 ans, puis suivit des études de lettres à la Sorbonne. Amoureuse du brillant étudiant algérien originaire de Tlemcen, Ahmed Inal, elle rentra avec lui en Algérie pour combattre pour l’indépendance — il mourra à 25 ans, en octobre 1956, officier de l’ALN dans la Wilaya 5. Arrêtée en mars 1957, Colette fut torturée par les militaires français. C’est en détention que cette jeune femme, belle et passionnée, commença à écrire. Ci-dessous l’article d’Hervé Sanson dans Mediapart sur l’anthologie de poèmes et d’articles signés d’Anna Gréki publiée en 2019 par les éditions Terrasses. Ainsi que des extraits du livre d’Abderrahmane Djelfaoui, Anna Gréki. Les mots d’amour, les mots de guerre, paru en 2016 aux éditions Casbah.

Anna Gréki, un rêve têtu

par Hervé Sanson, publié par Mediapart le 21 février 2020. Source

Anna Gréki, Juste au-dessus du silence, choix de textes, poèmes traduits en arabe, et présentés par Lamis Saïdi, éditions Terrasses, 2019, 201 p., 11 €.

Anna Gréki : les amoureux de la littérature algérienne connaissent ce patronyme — pseudonyme de Colette Grégoire — depuis longtemps réservé aux seuls initiés, tant ses œuvres sont devenues au fil du temps introuvables. Il faut donc saluer en premier lieu une initiative qui fait à nouveau entendre la voix d’une poétesse singulière, prématurément disparue au début de l’année 1966, mais dont le souffle, la force des images et la forge d’une syntaxe à nulle autre pareille résonnent dans ces pages :

Arrogant tel un très jeune homme
Il ressemble à la liberté
Il ressemble tellement à la liberté
Ce ciel tendre plus qu’un oiseau ce ciel adulte
Que j’en ai la gorge serrée – ciel de vingt ans
Qui veut aller nu triomphant comme une insulte
La gorge serrée à n’en plus pouvoir parler
- corps défendu corps parfumé ciel sans pitié -
La gorge nouée sans pouvoir dire à quel point
Je suis triste à cause de la couleur du ciel
« À cause de la couleur du ciel », dédié à Ahmed Inal.


Cette heureuse initiative est le fruit d’une toute nouvelle maison d’édition, Terrasses, dont le nom se veut un hommage transparent, revendiqué, à un autre grand poète algérien d’origine européenne, Jean Sénac, et à la revue qu’il anima et qui ne connut qu’un numéro, peu avant le déclenchement de la guerre de libération nationale. Les éditons Terrasses entendent remettre à disposition un patrimoine issu des luttes tiers-mondistes dans le sillon des combats de décolonisation, patrimoine qui a été généralement occulté par la suite dans les pays concernés. C’est à ce titre que la démarche de cet éditeur se veut tout autant éthique qu’esthétique : ainsi, outre une vingtaine de poèmes choisis (et traduits en arabe en vis-à-vis) par Lamis Saïdi, jeune poétesse algérienne contemporaine, dans les deux recueils de Gréki, Algérie, capitale Alger, et Temps forts, un certain nombre d’articles culturels et politiques figurent dans cette anthologie.

Il faut d’abord évoquer cette mise au point salutaire qu’a été « Théories, prétextes et réalités », écrit courant 1965, et publié posthume dans la revue Présence africaine au deuxième trimestre 1966. Elle y interroge « trois ans après l’indépendance de l’Algérie » le statut des écrivains algériens de langue française, alors que certaines options culturelles du nouveau régime se font jour et tendent à vouloir s’imposer comme dogme unique et légitime. Elle y rappelle fort à propos la fonction — fondamentalement libre et non asservie à un contexte immédiat — de la littérature, ainsi que la possibilité pour la langue française, si elle est acquise et maîtrisée par le jeune écrivain algérien, d’ouvrir à d’autres horizons, ainsi que la possibilité pour celui-ci d’habiter la langue héritée de la colonisation autrement. Ce texte trouve son complément dans la protestation collective à propos du code de la nationalité durant les débats qui agitèrent alors l’Assemblée nationale constituante début 1963. Aux côtés d’Anna Gréki, d’autres Algériens d’origine européenne ou juifs, la signèrent, tels Lucien Hanoun ou André Bekkouche. Il s’agissait alors de s’inscrire en faux contre une des clauses du projet de loi : la nécessité d’attester de deux parents en ligne paternelle nés en Algérie et ayant joui du statut musulman. Cette confusion entre la nationalité d’un point de vue juridique et l’appartenance religieuse fut alors dénoncée en termes non équivoques par les signataires. Le facteur discriminant d’une telle clause fut souligné ainsi que la mise en place, ce faisant, de deux catégories d’Algériens : ceux de plein droit, et les naturalisés, citoyens de seconde zone. L’Abbé Bérenguer protesta lors des débats en des termes significatifs : « Je suis Algérien. Toujours je me suis considéré comme tel. Je veux bien ratifier cela par une inscription. Je veux bien me constater Algérien, me reconnaître Algérien, me dire Algérien. Mais je refuse que l’on m’accorde la nationalité algérienne. » Position partagée par de nombreux militants anticolonialistes en Algérie, s’appuyant sur les promesses figurant dans la plate-forme de la Soummam, s’étant engagés concrètement dans le combat pour l’indépendance, dont Jean Sénac qui ne fit que très tardivement les démarches de naturalisation, et dont la mort ne lui permit jamais de l’obtenir. Gréki rejoint par cette position la formule de Sénac dans son essai Le Soleil sous les armes, publié en 1957 : « Est écrivain algérien tout écrivain ayant opté pour la nation algérienne. » Par ailleurs, Ébauche du père, son roman autobiographique comporte cette profession de foi : « Je suis né algérien. Il m’a fallu tourner en tous sens dans les siècles pour redevenir algérien et ne plus avoir de comptes à rendre à ceux qui me parlent d’autres cieux. »

Une poète algérienne « de graphie française » dans un pays multilingue

Lamis Saïdi a eu l’excellente idée d’inclure dans le volume le contenu de la plaquette parue à la mort de la poétesse communiste, résultat d’un hommage rendu par l’Union des écrivains algériens à la salle des Actes de l’université d’Alger : ainsi, les textes de Jamel Eddine Bencheikh, Jean Sénac, Mohamed Khadda, Mouloud Mammeri, Claudine Lacascade reprennent vie en ces pages, rendant un salut fraternel à l’amie, la compagne de lutte. Deux autres textes, fort intéressants, complètent la sélection : une réécriture du Neveu de Rameau de Diderot permet à Gréki de réaffirmer ses droits d’écrivain algérien, apte à rendre compte d’un aspect de la réalité de la nation, et témoigne de la capacité de l’écrivaine à puiser aux diverses sources d’une culture qu’elle souhaite universelle, et non monolithique ; l’hommage à Frantz Fanon paru quinze jours après sa mort, dans Jeune Afrique, est l’occasion de proclamer l’actualité d’une œuvre prodigue en enseignements pour l’avenir.

La postface de Lamis Saïdi souligne, selon nous, plusieurs aspects essentiels permettant d’expliciter sa démarche — et ce faisant, de la légitimer : la nécessité tout d’abord dans un pays multilingue dans ses expressions artistiques (arabe, berbère, français) de faire circuler les œuvres d’une langue à l’autre, ce qu’Anna Gréki appelait de ses vœux dès 1965. La volonté de la poétesse algérienne arabophone de faire passer la syntaxe souple et la fluidité d’écriture de Gréki dans un arabe moderne, ouvert aux innovations linguistiques, est ainsi à saluer ; en outre, Saïdi affirme sa volonté de rétablir des filiations dans un paysage littéraire et culturel qui en a cruellement manqué, car procédant essentiellement par ruptures. Redonner à Anna Gréki sa place inaugurale dans la poésie algérienne de « graphie française » (l’expression est due à Sénac) n’est que justice et la traduction par Saïdi d’une vingtaine de poèmes de la poétesse prématurément disparue constitue à ce titre un premier jalon pour l’avènement d’une société plurielle, forte de ses diverses composantes, seule garantie de la consolidation d’une société authentiquement démocratique. Nous ne pouvons donc que nous réjouir que le second volume à paraître en 2020 aux éditions Terrasses soit Le Soleil sous les armes de Sénac, cet authentique manifeste d’une poésie de résistance algérienne, épuisé depuis des décennies.

Il fut un rêve de fraternité, le rêve d’une société plurielle, ethniquement et culturellement diverse, et dont tous les membres auraient été des Algériens à part entière. Anna Gréki est l’un des noms de ce rêve. Le Hirak est, entre autres, un moment de rappel de ce rêve, lequel ne peut se dissocier de l’idéal démocratique.

On ne pourra désormais l’ignorer : la première grande poétesse de la littérature algérienne se nomme Anna Gréki.


Extraits du livre de Abderrahmane Djelfaoui,
Anna Gréki. Les mots d’amour, les mots de guerre, éditions Casbah, 2016.

Colette Grégoire est née en 1931 à Batna, de parents instituteurs qui enseignaient à plus de soixante-dix kilomètres de là, au dessus de l’oasis de Biskra, dans le petit village de Menaâ. Ils avaient choisi à l’Ecole normale de la Bouzaréah d’Alger la spécialisation qui conduisait à enseigner dans les « communes mixtes » où vivaient des ruraux algériens et qui comprenait des bases de la langue arabe. Enfant, Colette avait comme compagnes et compagnons de jeux les élèves Chaouias de l’école du village où elle habitait avec ses parents. Lycéenne à Bône (Annaba), bachelière à 16 ans, passionnée de poésie et de littérature, elle est allée à Paris suivre des études de lettres modernes à la Sorbonne. C’est là qu’elle a fait la connaissance de l’étudiant algérien en histoire et en philosophie, militant du parti communiste algérien (PCA), Ahmed Inal, et, après le 1er novembre 1954, ils ont choisi, en 1955, de revenir en Algérie pour participer pleinement, dans le cadre de l’orientation prise par le PCA, à la guerre d’indépendance déclenchée par le FLN.

Colette est aller retrouver ses parents, qui avaient été mutés à Bône, puis s’est inscrite à Alger à l’école d’institutrices de la rue Zaacha, à l’angle du boulevard Bru (actuel boulevard des Martyrs), où elle a été une militante active. Avec sa camarade Claudine Lacascade qui partageait son engagement, elles logeaient dans des chambres de la villa Mireille, dans le haut de Belcourt, qui servait aussi de lieu de refuge pour les militants clandestins : au printemps 1956, Colette a hébergé plusieurs nuits dans sa chambre Raymonde Peschard avant qu’elle ne rejoigne, à 29 ans, un maquis de l’ALN de la wilaya 3 où elle a été assassinée délibérément d’une balle dans la tête par les militaires français qui ont intercepté son groupe de combattants. Claudine, une Lilloise, depuis six mois en Algérie, fille d’un résistant français fusillé en 1944, se souvient : « Il arrivait à Colette de siffloter ou chantonner à voix basse les premières mesures d’un chant nationaliste algérien — en l’occurrence Min djibalina —… On était reçues avec sympathie dans les magasins du quartier. Ce sifflotement me rappelait à moi d’autres signes de sympathie, ailleurs, en France, durant l’occupation nazie quand on esquissait des croix de Lorraine sur la buée des vitres d’un train ou d’un magasin… ». En janvier 1957, Colette a tenté de mettre en grève l’école d’institutrices au moment de la « grève des huit jours » destinée à soutenir à l’ONU la revendication de l’indépendance algérienne, sans parvenir à convaincre la majorité des étudiantes d’origine européenne.

Pendant la « bataille d’Alger », les parachutistes ont perquisitionné la villa Mireille, Colette a été arrêtée le 22 mars 1957 puis conduite, comme Claudine le lendemain, au lieu de torture qu’était la Villa Sésini. Après une semaine de supplice, Colette a été transférée à la prison de Barberousse (Serkadji), puis au « camp de triage » de Beni Messous, avant d’être expulsée d’Algérie au début de 1959, après avoir été condamnée le 5 novembre 1958 à un an de prison avec sursis. Elle a rejoint le GPRA à Tunis et est retournée vivre en Algérie après l’indépendance, profondément engagée dans les débats sur l’avenir de son pays. Elle est morte brusquement à Alger en janvier 1966 à l’âge de 35 ans.

Les souvenirs de Claudine Lacascade,
Nassima Heblal et Jeanine Belkhodja


Claudine Lacascade (étudiante de l’école d’institutrices de la rue Zaacha à Alger, originaire de Lille, qui a partagé en 1956 et 1957 les goûts, les convictions et le sort de Colette) :

« Massu a réorienté les fonctions de la villa Sésini : pièces, couloirs, garages, cours, jardins, caves et toutes dépendances de cet ancien consulat d’Allemagne ne désemplissent plus de suppliciés, — leurs hurlements, leurs explosions de folie… Un travail méthodique de saccage humain que personne ne peut voir de l’extérieur… Supplice de l’eau — au bord du bassin aux poissons rouges — avant de passer à l’électricité branchée aux oreilles, aux seins, aux appareils génitaux… 
Arrêt cigarette, qu’on écrase où on veut…
Puis rebelotte, comme ils disent entre eux, pour de très longues séances de pendaisons à l’échelle à en perdre tout sens des articulations suivies de tentatives de strangulations ; de furieuses pressions sur les orbites oculaires et autres goulots de bouteilles à faire péter de terreur n’importe quel mulet… »



Nassima Heblal (jeune algéroise née en 1928 devenue secrétaire d’Abane Ramdane et du CCE du FLN lors du congrès de la Soumam en août 1956, arrêtée en février 1957, elle a été détenue elle aussi à la villa Sésini) :

« Ma cellule s’est soudain éclairée quand on y a jeté Colette toute mouillée car elle venait de subir les supplices de la baignoire… Une toison d’or enveloppant son frêle corps jusqu’à la taille… et l’immensité de son regard ! Secouée par une tempête de colère comme elle seule savait en déclencher et proférant des injures à l’encontre des ennemis de la cause : “ Ah, les salauds, ils m’ont eue, les salauds…" La tempête passée, c’est avec une grande tendresse et une folle passion qu’elle me parla d’un amour intense qui brûlait dans son cœur. Mais, je devais découvrir après quelques heures d’échanges que dans ses yeux de paradis s’abritait une âme forte, une personnalité exceptionnelle, un caractère de roc… »



Jeanine Belkhodja (l’une des premières étudiantes algériennes à entamer en Algérie des études de médecine dès la fin des années 1940) :

« Après un passage à la villa Sésini où Anna Gréki a été durement torturée, nous nous sommes retrouvées en prison à Serkadji-Barberousse. Nous étions dans le même dortoir où il y avait une dizaine de militantes arrêtées. Nous avons vite sympathisé. Anna était une très belle femme, avec de longs cheveux blonds. Elle était pleine de vie, elle gardait un excellent moral. Elle avait été très ébranlée par les tortures qu’elle avait subies à la villa Sésini, mais elle avait vite repris le dessus. Elle était toujours très gaie, mais elle parlait très peu de son activité politique. En fait, elle était pudique sur ce qui lui tenait profondément à cœur ».


Ahmed Inal

Après avoir obtenu une licence d’histoire à la Sorbonne, Sid Ahmed Inal a été nommé professeur en 1955 dans le plus grand établissement scolaire de Tlemcen, le collège de Slane, puis est entré dans la clandestinité en avril 1956 et a rejoint les maquis de la wilaya 5 où il est devenu secrétaire du commandant du secteur de Sebdou. Il a été tué par l’armée française le 20 octobre 1956.
On peut lire dans L’Echo d’Oran du 22 octobre 1956 : « Le professeur (rebelle) Inal abattu à Slissen. […] Des éléments de tirailleurs ainsi que des blindés nomadisés de la 13e DI ont, le 20 octobre, dans la plaine de Tadjemout à 30 km au S.-O. du village surpris dans une ferme abandonnée un groupe de rebelles armés et en uniformes. […] Parmi les rebelles tués au cours de l’action, on a reconnu le dénommé Inal Ahmed Ould Mohamed, né le 24 juillet 1931, ancien professeur au collège de Slane, qui avait rejoint la rébellion en avril 1956. »

Anna Gréki, Marcel Proust et la passion de la littérature

C’est encore Claudine Lacascade qui a raconté un épisode de leur incarcération à Serkadji :

« Colette avait même fait le tour de force d’un exposé sur Proust ! Proust et les clochers de Martinville [1]… Plus lettrée que moi (elle avait fait des études supérieures de lettres à Paris qu’elle n’avait fait qu’interrompre), c’est par elle que j’ai découvert Proust… Elle n’était pas tout à fait femme, elle était jeune fille et ses études étaient un passé tout à fait récent… Nous autres pensions confusément que Proust était un écrivain rasoir. Elle m’a dit : « Tu as tort ! Proust c’est autre chose qu’une littérature oisive » ; Elle nous a vraiment fait découvrir et aimer cet auteur.

Ainsi, sur l’insistance de Colette, j’ai fini par acheter Proust. Ça faisait partie de son ascendant sur moi, sur nous. J’avais fait commander en prison A la recherche du temps perdu dans la Pléïade et je l’avais avec moi en cellule ! Proust ne gênait pas l’administration carcérale ! La condition était qu’à notre sortie on devait laisser ces livres à la bibliothèque de la prison, mais comme Proust ne semblait intéresser personne, je les ai pris avec moi.

Colette était vraiment flamboyante ! Et ses poèmes écrits en prison sont sortis d’un jet comme s’ils avaient été maturés pendant des années… Elle était très sensible à la prosodie. Un jour, je l’ai entendue en prison dire que les vers de sept pieds lui convenaient bien. Elle avait eu cette phrase… »


Le témoignage de Mohammed Harbi

« J’ai surtout connu Colette Grégoire comme militante à partir de fin 1953 et de 1954. Je connaissais bien mieux Sid Ahmed Inal. […] Mais le premier souvenir qui me revient de Colette Grégoire, c’était une discussion « serrée » sur la question de la formation de la nation… Son langage et son vocabulaire n’étaient évidemment pas théorique. C’était une militante de choc, elle était au PCA, et elle était très directe dans ses propos ; passionnée dans la discussion. Elle ne discutait pas calmement. Toujours la passion l’animait. Mais elle était franche et loyale même si on poussait loin la discussion, aux extrêmes… C’était une femme agréable à voir. Très vive. Quand elle ne parlait pas, ses yeux parlaient…

Je crois en fait que ce n’était pas le communisme, au sens où on l’entend, qui l’inspirait, mais l’idée impérieuse d’égalité et un fond de rationalisme senti…

Elle avait d’ailleurs des discussions difficiles avec ses parents. Elle les aimait beaucoup. Eux également. Mais elle discutait avec son père en militante. Elle était communiste. Sans concession. Lui, un homme de progrès, était socialiste SFIO, assimilationniste évolutionniste. […]

Ce que je sais, c’est que dès le début de l’insurrection, dès fin 1954, son idée était de rentrer en Algérie ! Je ne sais pas si elle avait un projet d’engagement précis, ou l’attendait, mais elle était de ces militantes communistes qui voulaient monter au feu dès le déclenchement de la Révolution et cela avant même la création des CDL par le PCA [2] Elle n’était pas du tout de celles ou ceux qui hésitent ou pouvaient tourner le dos à leur passé d’Algériens… »

La plainte de Colette Grégoire/Anna Gréki pour torture à la villa Sésini a été publiée par le site 1000autres.org. En voici le lien.

[1Un passage de Du côté de chez Swan.

[2Sur la création des Combattants de la Libération (CDL) par le parti communiste algérien (PCA) au printemps 1955 et son engagement dans la guerre menée par le FLN-ALN en 1956, une orientation avec laquelle le PCF était en désaccord et qu’il considérait comme aventuriste, voir « 1955-1957 : la participation du parti communiste algérien
à la lutte armée d’indépendance et le rôle de Maurice Audin, par Sadek Hadjerès »
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