L’arbitraire de l’armée : les fusillés de 14-18

publié le 9 février 2015
les « crimes des conseils de guerre » de la Grande guerre

Pendant la guerre de 14-18, il y eut environ 600 fusillés en France, à la suite de condamnations prononcées pour refus d’obéissance, mutilations volontaires, désertion, ou mutinerie (en 1917) ; il y eut également des « fusillés pour l’exemple ».
Pendant la guerre, la LDH a lutté contre les erreurs judiciaires et contre ces exécutions ; après la guerre elle lutta pour obtenir la réhabilitation des condamnés.

Quatre-vingt dix ans plus tard, ils ne sont toujours pas « pardonnés » !

[Première mise en ligne le 3 novembre 2006, mise à jour le 30 juin 2007]
 
« justice pour les victimes des tribunaux militaires de la guerre de 14 » par Gilles Manceron

Durant la guerre de 14/18, la LDH a lutté contre les erreurs judiciaires et contre les exécutions ; depuis cette guerre elle se bat pour obtenir la réhabilitation des condamnés (voyez cette page)

Voici l’intervention de Gilles Manceron au nom de la Ligue des droits de l’Homme, lors du rassemblement organisé à Craonne, le 17 mai 2008, par la Libre Pensée, l’ARAC, la LDH et l’Union pacifiste de France, sur le thème de la réhabilitation des “ fusillés pour l’exemple ”.

 
pour la réhabilitation des “fusillés pour l’exemple”

Plutôt que de célébrer le quatre-vingt dixième anniversaire de l’armistice sur le mode des obsèques du dernier “poilu”, ne serait-il pas temps de réhabiliter les “fusillés pour l’exemple” de la guerre de 14-18 ? [1]

Voici le communiqué publié dans ce sens le 7 novembre 2008 par la Ligue des droits de l’Homme. La question a été relancée, après le vote d’une loi anglaise en 2006, par les démarches de plusieurs associations, en mai 2008, auprès des pouvoirs publics et des déclarations du secrétaire d’Etat aux anciens combattants Jean-Marie Bockel
 [2].

[Article mis en ligne le 29 juin 2008, mis à jour le 8 novembre 2008.]
 
la chasse aux mutilations volontaires en 1914

« L’acte de mutilation volontaire charrie toute une série de représentations... Du côté du commandement, on traque la blessure suspecte de celui qui préfère s’auto-mutiler plutôt que de s’exposer aux risques du combat... Les médecins, érigés en experts de la « vraie blessure », établissent des diagnostics parfois douteux et lourds de conséquences... Plusieurs décisions de médecins militaires furent remises en cause pendant et après la guerre. »

Nicolas Offenstadt [3]
 
les dossiers des victimes des tribunaux militaires doivent être rouverts

Le département du Doubs, après celui de l’Aisne, demande l’inscription des noms des “fusillés pour l’exemple” durant la Première Guerre mondiale sur les frontons des monuments aux morts des communes. Les élus du conseil général ont voté à l’unanimité une motion visant à appliquer cette mesure dès le 11 novembre 2008.

Aujourd’hui la ville de Reims a honoré la mémoire de deux officiers, les sous-lieutenants Henri Herduin et Pierre Millant, exécutés sans jugement sur ordre du commandement, le 11 juin 1916, et réhabilités en 1926, grâce notamment à l’action de la LDH. Pour que ce travail puisse se poursuivre, la LDH avait exigé le 7 novembre 2008 dans un communiqué que les dossiers des victimes des tribunaux militaires soient rouverts.

A cet égard, le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Douaumont le 11 novembre 2008, à l’occasion du 90e anniversaire de l’armistice de 1918, est décevant.

 
hommage à Pierre Millant et Henri Herduin, fusillés en 1916

Mercredi 4 novembre 2009, une stèle a été inaugurée à Fleury-devant-Douaumont (Meuse) en hommage aux deux sous-lieutenants fusillés sans jugement pour « abandon de poste » en 1916, durant la bataille de Verdun. Pierre Millant et Henri Herduin avaient été réhabilités dès 1926 grâce notamment à l’action de la LDH. « Leur dossier est béton. Ce ne sont ni des mutins, ni des déserteurs. Ils n’auraient jamais dû être fusillés », explique Serge Barcellini, contrôleur général des Armées et directeur de la mission histoire au conseil général de la Meuse.

Le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, Hubert Falco, n’a pas participé à cette inauguration en raison, semble-t-il, d’une polémique soulevée par le maire (divers droite) de Verdun, Arsène Lux. D’après le Républicain lorrain [4], le maire de Verdun, inquiet de l’impact que la cérémonie prévue « risque d’avoir sur le moral de nos forces armées, notamment pour celles qui sont engagées […] sur les champs d’intervention extérieurs comme l’Afghanistan », avait exprimé dans une lettre ouverte adressée à Hubert Falco sa crainte d’assister au réveil de « pacifismes irresponsables et antimilitarismes primaires » [5].

On ne peut manquer de rapprocher cette réaction du maire de Verdun de l’approbation des exécutions sommaires par la hiérarchie militaire de l’époque – Joffre, Pétain, Nivelle – que Gilles Manceron rappelait dans un article paru il y a un an.

 
poursuivre la réhabilitation des fusillés pour l’exemple de 14-18

Un peu partout en France des associations appellent à des rassemblements mercredi 11 novembre, pour demander la réhabilitation des « fusillés pour l’exemple » de la guerre de 1914-1918, dont certains ont été exécutés sans jugement, parfois dans la seule intention de maintenir les troupes en parfait état d’obéissance.

La Ligue des droits de l’Homme demande que soit mise en place une commission rassemblant des historiens, des juristes, des représentants d’associations et du Service historique de la Défense, afin de poursuivre la réhabilitation des victimes des tribunaux militaires de 14-18.

 
Comment réhabiliter les fusillés pour l’exemple de 14-18 ?

Dans la perspective du centenaire de la Première Guerre mondiale, le général Bach, entouré de l’historien Claude Pennetier, et de Jean-Pierre Dubois, Gilles Manceron et Michel Tubiana, respectivement président, vice-président et président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme, prennent position dans Mediapart pour une réhabilitation individuelle de chacun des soldats concernés.

 
les exécutions sommaires de volontaires étrangers de l’armée française

Une vraie réhabilitation des victimes des tribunaux militaires de la Grande Guerre doit s’accompagner d’une reconnaissance des exécutions extrajudiciaires, dont les victimes furent probablement plus nombreuses que les condamnés à mort fusillés. Notamment chez les étrangers engagés volontaires.

Une enquête sur les « disparus » de Chelers, le 22 juin 1915, par Gilles Manceron, co-délégué du groupe de travail Histoire, mémoire, archives de la LDH [6].

Un problème qui est revenu à l’actualité en Corse grâce à l’implication de la section locale de la LDH.

[Mis en ligne le 29 octobre 2011, mis à jour le 30]


 
les fusillés pour l’exemple de 14-18 : la LDH pour une vraie réhabilitation

Depuis le discours de Lionel Jospin à Craonne en 1998, la question d’une réhabilitation des fusillés de la Grande Guerre est revenue dans l’actualité.

A l’approche du centenaire du début de cette guerre, la Ligue des droits de l’Homme rappelle que cette question a constitué son second grand combat historique après celui pour la réhabilitation de Dreyfus. Elle continue à demander la réhabilitation véritable des nombreuses victimes des conseils de guerre et autres fusillés pour l’exemple du fait de l’arbitraire militaire durant cette guerre.

Une journée d’étude a été organisée par l’Association Soissonnais 14-18 [7] au château de Vic-sur-Aisne, le 3 novembre 2012, afin de faire un état des lieux, avec la participation notamment du général André Bach, de Dominique Guirimand, conseillère à la cour de Cassation, des historiens Gilles Manceron et Nicolas Offenstadt...

Comme chaque année, la Libre Pensée du Var organise un rassemblement le 11 novembre prochain, devant le monument aux morts pacifiste de Mazaugues.

[Mis en ligne le 27 septembre 2012, mis à jour le 6 novembre]


 
Jean-Julien Chapelant, fusillé pour l’exemple en 1914, réhabilité en 2012

En octobre 1914, dans la confusion des combats près de Roye (Somme), le sous-lieutenant Jean-Julien-Marie Chapelant du 98e régiment d’infanterie est grièvement blessé à la jambe. Le commandement, convaincu qu’il avait capitulé devant l’ennemi, le fera condamner à mort pour « capitulation en rase campagne ». Il sera fusillé pour l’exemple, attaché sur un brancard.

Saisie par le père de cet officier, la Ligue des droits de l’Homme, après une enquête approfondie, a conclu qu’il était innocent. Mais il n’a été réhabilité que récemment : le 9 novembre 2012, le ministre des Anciens combattants, Kader Arif, a annoncé sa décision de lui attribuer la mention “Mort pour la France”.

Durant le seul mois d’octobre 1914, plusieurs dizaines de soldats ont été victimes d’exécutions sommaires ou fusillés après condamnation par des conseils de guerre pour accusations de mutilation volontaire, refus d’obéissance, abandon de poste, etc. Le travail de
réhabilitation a commencé pendant la guerre et s’est poursuivi depuis lors. La réhabilitation en 1926 des sous-lieutenants Herduin et Millant a d’ailleurs permis d’établir que certaines pièces de leurs dossiers avaient disparu. Concernant Chapelant, nous reprenons ci-dessous le texte de Henri Guernut, publié en 1924 dans une brochure de la LDH, dont il fut secrétaire général de 1912 à 1932.

La LDH continue à se battre pour une vraie réhabilitation : elle demande que la lumière soit faite sur le plus grand nombre possible de ces faits.

 
la mémoire des fusillés de 14-18

Le conseil scientifique de la Mission du Centenaire a rendu public le 1er octobre 2013 son rapport sur les Fusillés de la Première Guerre mondiale, que l’on peut télécharger. [8]

La Ligue des droits de l’Homme espère que le centenaire du début de cette Grande Guerre sera l’occasion d’avancer pour un problème qui reste douloureux.

 
le centenaire de 14-18 et la réhabilitation des fusillés pour l’exemple

La Ligue des droits de l’Homme continue à porter la demande de réhabilitation des victimes de décisions injustes des conseils de guerre, des exécutions sommaires et autres sanctions arbitraires.

Comme chaque année, elle était présente à Mazaugues (Var).

 
Marius Marcel réhabilité après avoir été fusillé pour l’exemple

Au cours de la guerre de 14-18, plus de 2 500 condamnations à mort ont été prononcées en France par des tribunaux militaires, dont environ 650 ont été suivies d’exécution – sans compter les exécutions sommaires. Parmi la quarantaine d’entre eux qui ont été réhabilités par la suite, deux étaient originaires du département du Var : Auguste Odde – voir cette page – et Marius Marcel.

Condamné à mort pour « abandon de poste en présence de l’ennemi » le 28 mai 1915, Marius Marcel a été fusillé dès le lendemain. Il faudra attendre le 1er juillet 1927 pour qu’il soit réhabilité par la Cour de cassation. Il a fait l’objet d’un travail de recherche de la part de Maurice Mistre qui expose ci-dessous l’état des connaissances le concernant.

 
Auguste Odde, mort par la France

Un livre récemment publié, 14-18, les fusillés, de Frédéric Mathieu (éditions Séribot, 2013), dénombre trois Varois condamnés à mort et fusillés pour “abandon de poste en présence de l’ennemi” [9] :

  • Marius Gaytté, de Callian, blessé par balle à la main gauche, a été accusé de mutilation volontaire par le médecin-major Tauvet ; condamné à mort par un conseil de guerre le 6 juillet 1915, il est exécuté le même jour ;
  • Marius Marcel, de Carcès, dont Maurice Mistre expose par ailleurs la condamnation et la réhabilitation ;
  • et Auguste Odde, de Six-Fours, autre fusillé/réhabilité que Maurice Mistre présente ci-dessous.

Dans le cas de Odde, comme pour Gaytté et pour d’autres condamnés pour mutilation volontaire, on notera que les médecins militaires disposaient de formulaires polycopiés comportant une description type des blessures soi-disant constatées, qu’ils n’avaient plus qu’à compléter avec le nom du coupable... [10]

 
les fusillés de 14-18 : une souffrance toujours vive

La Ligue des droits de l’Homme poursuit son combat, commencé pendant la guerre, contre les injustices commises par des tribunaux militaires, et sa lutte pour la réhabilitation de leurs victimes, en liaison avec les familles et les associations d’Anciens combattants. C’est ainsi que, le 12 avril dernier, des représentants de différentes sections LDH de la région PACA se sont retrouvés à Saint-Maximin, autour de Marie-Thérèse Testud pour évoquer le cas de son grand-père, Pierre Mestre.

Âgé de 32 ans, Pierre Mestre, maréchal-ferrant de Haute-Loire, est mobilisé début août 1914. En février 1915, dans les Vosges, soupçonné d’être déserteur après s’être mis à l’abri lors d’un tir des Allemands, il est traîné en cour martiale et fusillé sans autre forme de procès.
Sa petite-fille entend aujourd’hui livrer une dernière bataille, celle de la réhabilitation de cet aïeul dont elle estime qu’il a été injustement sacrifié.

[Mis en ligne le 15 avril 2014, mis à jour le 18]


 
les soldats fusillés de 14-18 : la position de la LDH

Le centenaire de la Première Guerre mondiale a donné lieu à plusieurs émissions de France Télévisions. Le problème des soldats fusillés a été évoqué, notamment lors du débat diffusé le 1er avril 2014 à la suite de la série Apocalypse, la première guerre mondiale. Malheureusement la position de la Ligue des droits de l’Homme sur ce problème douloureux n’a pas été présentée de façon exacte. Cela a amené le président de la LDH à adresser au président-directeur général de France Télévisions un courrier que vous trouverez ci-dessous.

Vous pourrez commencer par prendre connaissance d’un entretien vidéo (10m 55s) réalisé par la Mission du Centenaire où l’historien Gilles Manceron, co-responsable du groupe de travail « Mémoire, histoire, archives » de la LDH, présente la position de la LDH sur ce problème des fusillés.

[Mis en ligne le 17 avril 2014]


 
Marius Gaytté serait mort par accident ... quel accident ?

Marius Gaytté, varois natif de Callian, a été condamné le 6 juillet 1915 et immédiatement fusillé pour « abandon de poste en présence de l’ennemi », après une parodie de justice. On en trouve confirmation sur le site MemorialGen.

Le même site nous apprend qu’il est mort par accident, ce que confirme la fiche reproduite en fin de cet article. Et en cherchant un peu plus on découvre qu’il est « Mort pour la France ».

Pour tenter de faire la lumière sur cet événement, nous nous sommes adressé à un historien local, Maurice Mistre, qui a rassemblé de nombreuses informations [11]. Nous laisserons le lecteur conclure sur l’“accident”.

 
Marseille, 6 novembre 2014 : fusillés pour l’exemple et réfractaires

La section de Marseille-centre de la Ligue des droits de l’Homme [12], organise le prochain « Jeudi des Droits de l’Homme », jeudi 6 novembre 2014 à partir de 18 h, à la Maison de la Région (61 La Canebière), sur le thème :

Fusillés pour l’exemple et Réfractaires

Mardi 11 novembre à 14h30 : rendez-vous devant le monument aux morts pacifiste de Mazaugues (Var).

 
l’histoire du soldat Gayté

L’histoire du soldat Marius Paul Gaytté, né le 20 juin 1883 à Callian (Var) a déjà été narrée sur ce site par Maurice Mistre : condamné à mort le 6 juillet 1915 par un conseil de guerre spécial à Cuperly (Marne), il a été exécuté le même jour. A l’unanimité de ses 4 membres, le conseil l’avait reconnu coupable de s’être «  mutilé volontairement et, par voie de conséquence, d’avoir abandonné son poste en présence de l’ennemi. »

Nous reprenons ci-dessous l’essentiel du dossier de sa condamnation et de son exécution, tel qu’il figure sur le site officiel Mémoire des hommes.