Nicolas Sarkozy et l’histoire coloniale

publié le 15 avril 2009
Nicolas Sarkozy et la réhabilitation du colonialisme

La volonté de réhabilitation du colonialisme manifestée par Nicolas Sarkozy dans ses discours s’inscrit dans le droit fil de la loi du 23 février 2005 — et de la tentative avortée pour imposer l’enseignement du rôle “positif” de la colonisation.

Le recours à quelques artifices (la disqualification de tout regard critique sur la colonisation au nom du refus de la “repentance”, l’accumulation de bons sentiments pour noyer la réflexion, etc. ) ne peut masquer un fait : la vision qu’a Nicolas Sarkozy de l’Afrique et de “l’Africain” reste structurée par les poncifs de l’époque coloniale.

 
Gaston Kelman et Benjamin Stora se penchent sur le cas Sarkozy

L’écrivain Gaston Kelman, originaire du Cameroun, veut, depuis son premier ouvrage Je suis noir mais je n’aime pas le manioc (Max Milo 2004), « rompre avec l’avilissante rente de la repentance que les aînés ne cessent de réclamer au Blanc ». Benjamin Stora est professeur d’histoire contemporaine à l’INALCO (langues orientales, Paris) ; son dernier ouvrage, écrit avec Emile Temime, est Immigrances, Histoire de l’immigration en France au XXe siècle (Hachette 2007). Ils analysent pour Marianne-en-ligne le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Dakar le 26 juillet, dans le cadre de sa première tournée africaine [1].

 
“la mémoire partisane du président”, par C. Coquery-Vidrovitch, G. Manceron et B. Stora

Le refus de la repentance a pour objectif d’entraver le travail des historiens et de réunifier la droite.

Ce texte des historiens Catherine Coquery-Vidrovitch, Gilles Manceron et Benjamin Stora, a été publié dans Libération le 13 août 2007. A sa suite vous trouverez une réaction de l’historien Gilbert Meynier.

[Mis en ligne le 13 août, complété le 21 août 2007]
 
Amadou Mactar Mbow : Sarkozy ignore les réalités profondes de l’histoire de l’Afrique

« On oublie que la traite des Noirs a contribué très largement dans l’accumulation primitive du capital ». Joint hier à Vichy [2], l’historien sénégalais, ancien directeur général de l’Unesco, est sorti de sa réserve pour répondre à Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa. Une manière pour lui de célébrer ce 23 août « Journée internationale de commémoration de la lutte contre l’esclavage et de son abolition ». Amadou Mactar Mbow avait réussi sous l’égide de l’Unesco à rassembler d’éminents scientifiques africains dont Joseph Ki-Zerbo, Cheikh Anta Diop, pour écrire l’Histoire générale de l’Afrique. Premier ministre de l’Education et de la Culture du Sénégal, il affirme que « Sarkozy ignore les réalités profondes de l’histoire de l’Afrique. » [3]

 
impressions de Paris, par Achille Mbembe

Né au Cameroun, Achille Mbembe a publié De la postcolonie, aux éditions Karthala en 2000. L’historien, qui enseigne actuellement à l’Université Witwatersrand de Johannesburg (République sud-africaine)
a très vivement réagi au discours de Nicolas Sarkozy à Dakar qu’il qualifie d’ « Épitre aux Africains ». [4]

A la suite d’un bref séjour à Paris, fin août-début septembre 2007, il nous a adressé ses impressions. [5]

 
la vision raciale de l’hyper-président

Le journaliste canadien qualifie de condescendant et de raciste le discours que Nicolas Sarkozy a prononcé à Dakar.

Lilian Thuram l’avait déjà remarqué : « Sarkozy a une vision raciale des gens ».

 
l’Afrique au kärcher par Anne-Cécile Robert

Stupeur et indignation ont accueilli le discours prononcé à Dakar par le président Nicolas Sarkozy, venu présenter sa vision des rapports franco-africains, le 26 juillet dernier. Abasourdis, presse et intellectuels du continent noir reprochent au chef de l’Etat des propos d’un « autre âge ». Certains, cherchant peut-être le second degré, se demandent même s’il pense vraiment ce qu’il dit [6].

Un article d’Anne-Cécile Robert
publié dans Le Monde diplomatique de septembre 2007
 
Nicolas Sarkozy accusé à l’ONU de légitimer intellectuellement le racisme

Au moment où il savourait son triomphe à Washington, le président français était étrillé, aux Nations Unies, pour son discours de Dakar. Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme et de discrimination raciale, s’est inquiété, devant une commission de l’Assemblée générale, d’une tendance récente à la « légitimation intellectuelle du racisme […] sous couvert de la défense de l’identité et de la sécurité nationale ». En juin dernier, il avait déjà insisté sur les discriminations envers les jeunes d’origine immigrée et la banalisation du racisme en France.

[Première mise en ligne le 9 nov. 07, mise à jour le 17 nov. 07]
 
Nicolas Sarkozy et l’Afrique : où est la rupture ?

Après le discours de Dakar, la dernière loi sur l’immigration et l’intention affichée par Nicolas Sarkozy d’aller « chercher tous ceux qui restent [au Tchad], quoi qu’ils aient fait » [7], commencent à ternir sérieusement l’image, déjà peu reluisante, de la France sur le continent africain. De nombreux pays d’Afrique noire évoquent désormais ouvertement un « néo-colonialisme » français depuis l’arrivée à l’Elysée de Nicolas Sarkozy [8].

 
du côté des rapatriés : amertume, consternation et protestations, après les déclarations de Sarkozy

Les déclarations de Nicolas Sarkozy, lors de sa visite d’Etat en Algérie, du 3 au 5 décembre 2007, sur le caractère « injuste » de la colonisation, sont souvent fraîchement accueillies par certains anciens rapatriés, comme en témoignent ci-dessous :
- l’article du journaliste Claude Belmont, publié dans Le Figaro du 4 décembre, qui rapporte notamment les réactions de Mme Suzy Simon-Nicaise, initiatrice du Mur des disparus de Perpignan,
- le communiqué commun de plusieurs fédérations de rapatriés, publié après la réception à l’Elysée de représentants de rapatriés et de harkis, le 5 décembre,
- ainsi que les protestations du député UMP Jean-Pierre Grand.

[Première mise en ligne le 7 déc. 07, mise à jour le 8 déc. 07]
 
“Nicolas Sarkozy et l’Afrique”, par Catherine Coquery-Vidrovitch

Alors que Nicolas Sarkozy effectuait une visite d’Etat en Algérie du 3 au 5 décembre 2007, Catherine Coquery-Vidrovitch, professeur émérite d’Histoire de l’Afrique à l’Université Diderot Paris-7, était l’invitée du quotidien L’Humanité. Nous avons retenu trois des cinq chroniques qu’elle a publiées entre le 3 et le 7 décembre [9].

 
Sarkozy, mythologie coloniale et anciens de l’OAS, par Olivier Le Cour Grandmaison

Les manipulations historiques, un des fils rouge du sarkozysme.

Cet article a été publié comme tribune libre dans L’Humanité du 6 avril 2009. Olivier Le Cour Grandmaison est enseignant en sciences politiques à l’université d’Évry-Val-d’Essonne. Son dernier ouvrage paru : la République impériale : politique et racisme d’État, Éditions Fayard, 2009.