Histoire de France et rejets identitaires

publié le 29 mars 2017
Communautarisme et cloisonnement des mémoires

Antisémitisme contre islamophobie, mémoire juive contre souffrance coloniale, Shoah contre traite des Noirs... Jamais la société française n’aura autant été agitée par le souvenir de souffrances collectives. Jamais, sans doute, ces drames du passé n’auront à ce point été utilisés à l’appui d’affirmations identitaires et d’une compétition victimaire lourde de violence sociale.

 
“la Marseillaise” obligatoire à l’école

L’apprentissage de l’hymne national français [1]
et de son histoire deviennent obligatoires en cette rentrée 2005, comme le prévoyait la loi Fillon. L’accueil des instituteurs est mitigé.

Nous proposons que les élèves soient également amenés à commenter la phrase suivante attribuée à Stefan Zweig : « Quand les drapeaux sont déployés, toute l’intelligence est dans la trompette. »

 
la fête nationale

C’est la Fête de la Fédération - le 14 juillet 1790 - qui est commémorée en France depuis plus d’un siècle, et non la prise de la Bastille - le 14 juillet 1789.

 
Nicolas Sarkozy donne un bon point à la France en histoire

Si l’on en croit le candidat UMP, la France n’a pas à rougir de son passé car elle n’a pas inventé la solution finale ni construit de chambre à gaz et qu’« il n’y a pas eu beaucoup de puissances coloniales dans le
monde qui aient tant oeuvré pour la civilisation et le développement et si peu
pour l’exploitation. »

 
la dernière lettre de Guy Môquet et celle de Michel (Missak) Manouchian

Le 22 octobre, à la demande de Nicolas Sarkozy, on lira dans tous les lycées de France la lettre poignante que Guy Môquet adressait à sa famille avant d’être fusillé par les nazis. « Il ne s’agit pas de faire quelque chose de sottement cocardier et patriotique...  », a expliqué le ministre de l’éducation nationale.

Dès le 22 mai, nous avions regretté, avec Jean-Paul Houssay, que Nicolas Sarkozy n’ait pas associé la mémoire de Michel (Missak) Manouchian à celle de Guy Môquet. Tous deux étaient militants communistes ; tous deux ont été exécutés par les nazis ; la lettre de Manouchian se prêtait davantage à l’illustration des propos de Nicolas Sarkozy, sauf que... évidemment, il n’était pas français. On peut également déplorer, avec Pierre Schill et Jean-Pierre Azéma, l’instrumentalisation politique de l’histoire à laquelle s’est livré le président de la République [2].

[Première mise en ligne le 22 mai 07, mise à jour le 3 oct. 07]
 
la solidarité des “grands commis de l’Etat”

Deux anciens premiers ministres, Raymond Barre et Pierre Messmer, sont décédés à quelque jours d’intervalles, le 25 et le 29 août 2007.

Les déclarations antisémites de Raymond Barre [3] n’ont pas été oubliées, mais il faut également rappeler que les deux anciens premiers ministres avaient été témoins de moralité de Maurice Papon, en octobre 1997, au procès de ce dernier à Bordeaux.

Les textes ci-dessous sont repris du site Mémorial 98, les deux dessins de Riss étant reproduits de son Procès Papon [4].

 
Henri Guaino fustige les professeurs qui refusent d’obéir

De nombreux enseignants refusent de participer à ce qui devait être un moment de rassemblement républicain, la lecture le 22 octobre de la lettre de Guy Môquet, ce jeune communiste de 17 ans fusillé en 1941 par les Allemands. Les textes adoptés par les enseignants du lycée Carnot (Paris) expliquent les raisons de leur prise de position.

Henri Guaino, conseiller spécial du président n’admet pas ce refus. Hier matin, au micro de RTL, il a fustigé ces professeurs « dont la nation a payé des études, dont la nation paie le salaire », et qui refusent de lire à leurs élèves la lettre de Guy Môquet, comme le prévoit l’instruction officielle du 30 août dernier. Il expose son incompréhension dans un entretien publié par Libération.

[Mise en ligne le 19 oct. 07, mise à jour le 21 oct. 07]
 
commémoration de 1918 : une nouvelle instrumentalisation de l’histoire ?

Entre les deux écoles des historiens de la « Grande guerre », celle qui considère que les « poilus » ont « consenti au sacrifice » et celle qui insiste sur le fait qu’ils ont été « fortement contraints », le pouvoir politique semble avoir fait son choix, puisqu’il a demandé à l’un des tenants de la première thèse, Jean-Jacques Becker, un rapport sur la commémoration de la fin de la guerre de 14-18.

Or ce rapport, dont nous rappelons ci-dessous les circonstances de la commande, qui met l’accent sur le libre consentement des poilus au « devoir national », apparaît bien comme un hommage nostalgique à « l’Union sacrée ». Les thèses opposées sont développées sur le site internet CRID 14-18. Un autre site publie une critique du rapport Becker intitulée Commémorations de 1918 : une marche arrière mémorielle que nous reprenons ici. Elle pose la question de savoir si, après la commémoration — manquée — de Guy Môquet, nous allons assister à une nouvelle tentative d’utilisation de l’histoire par Nicolas Sarkozy.

 
confusionnisme émotionnel autour des victimes de la Shoah

Convié au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), mercredi 13 février, Nicolas Sarkozy a profité de la tribune qui lui était offerte pour annoncer qu’il avait demandé au gouvernement « de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah », expliquant que « rien n’est plus émouvant pour un enfant que l’histoire d’un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui. »

L’historien Henry Rousso, contestant ce « marketing mémoriel », le philosophe Régis Debray, rappelant que « l’émotionnel est un obstacle à la connaissance », et Simone Veil, scandalisée, condamnent tous cette « fausse bonne idée ».

 
le vieux monsieur aurait-il aimé voir ça ?

La mort du dernier “poilu” en France s’accompagne de la mise en place d’un dispositif politico-religieux associant la défense de la patrie à une identité française catholique.
Une nouvelle contribution au grand récit national revisité par le Président de la République : honneur aux “poilus” qui répondirent à « l’appel de la Patrie envahie » [5].

Lundi 17 mars à 11 heures, Nicolas Sarkozy et François Fillon assisteront en l’église Saint-Louis des Invalides à la messe de funérailles de Lazare Ponticelli, le dernier “poilu” français de la Première guerre mondiale mort mercredi dernier à l’âge de 110 ans. Les honneurs militaires seront rendus à l’issue de la cérémonie.

Le Premier ministre demande « un moment de recueillement » permettant aux agents des services publics de s’associer à cet hommage national. Drapeaux en berne sur tous les bâtiments et les édifices publics durant la journée du 17 mars, rassemblement, à 11h00, devant le monument aux morts de chaque commune. Les maires feront sonner le glas dans les églises. [6]

 
« comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France »

Un livre de Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt, Sophie Wahnich (sous la direction de), qui vient de paraître aux Editions Agone (15 euros).

 
l’hommage de Hubert Falco à Monseigneur Saliège

Le 19 juillet 2009, à l’occasion de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv, Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants et maire de Toulon, a rendu hommage aux Justes de France, ainsi qu’au cardinal Saliège.

Hubert Falco a cité un extrait de la lettre pastorale que Monseigneur Saliège, alors archevêque de Toulouse, fit lire en août 1942 dans toutes les paroisses de son diocèse – ce même extrait que les Toulonnais qui participent aux cercles de silence reprennent depuis un an – voyez par exemple notre tract de juin 2009.

Cette lettre pastorale est disponible dans son intégralité sur ce site, accompagnée de divers compléments.

 
un maire censure une ancienne déportée

Par souci de ne pas stigmatiser « une catégorie professionnelle qui, dans ces temps troubles, avait obéi aux ordres de l’autorité légitime », le maire de Parthenay (Deux-Sèvres) censure le témoignage d’une ancienne déportée.

Il y a quelques mois, on apprenait que le portrait de Pétain figurait toujours parmi les portraits officiels dans la salle des mariages de la mairie de Gonneville-sur-Mer (Calvados). Affirmant que, n’étant pas historien, il n’avait pas à « prendre parti », le maire refusait de le décrocher et déclarait qu’il ne le retirerait que si la justice le lui demandait [7].

Il a fallu 41 ans pour démasquer le képi français du gardien du camp de détention de Pithiviers
 [8]. Mais l’agitation qui se manifeste aujourd’hui à propos de la prochaine sortie du film Hors la loi montre que les tentatives de réécriture de l’Histoire ne sont pas terminées.

[Mise en ligne le 29 avril 2010, mise à jour le 30]


 
la croisade des partisans d’un apprentissage passéiste de l’Histoire de France

Les nouveaux programmes d’histoire au collège sont mis en cause par un collectif intitulé « Notre histoire forge notre avenir ». A lire leur pétition, Napoléon, Clovis et Louis XIV seraient réduits à la portion congrue au profit de l’étude d’empires africains comme Songhaï ou Monomotapa, de l’empire chinois des Han ou de l’Inde des Gupta. En réalité, selon le ministère de l’Éducation nationale, Louis XIV et Napoléon figurent toujours dans les programmes, et l’histoire des civilisations africaines ou indiennes ne concerne quant à elle que 10% du programme.

Trois historiens, membres du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire – Cvuh – regrettent la complaisance dont bénéficient auprès des médias ceux qu’ils qualifient de « partisans réactionnaires d’un apprentissage passéiste de l’Histoire de France ».

 
pour la LDH, ce n’est pas le rôle de la justice d’écrire l’histoire

A la suite de la condamnation du Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane par la cour d’appel de Limoges pour avoir injustement associé le constructeur Louis Renault aux crimes perpétrés par les nazis, la Ligue des droits de l’Homme rappelle dans un communiqué que la justice n’a pas à imposer des choix aux responsables d’une exposition historique.

Nous reprenons ci-dessous l’article publié sur ce sujet le 15 janvier 2011 dans Le Populaire. Le site Mediapart comporte une importante étude d’Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris VII-Denis Diderot, consacrée à « Louis Renault et “la fabrication de chars pour la Wehrmacht” » [9].

 
discours de Jacques Chirac lors de la commémoration de la Rafle du Vel’d’Hiv’

Le discours de Jacques Chirac, le 16 juillet 1995, pour le 53ème anniversaire de la rafle du Vel’d’Hiv (16-17 juillet 1942) marque le début de sa présidence.

Pour la première fois, la responsabilité de l’Etat Français, mais également celle des Français, dans cet évènement tragique et dans la Shoah, seront reconnus. C’est une rupture avec ses prédécesseurs et l’un des thèmes importants de ses années de pouvoir, au même titre que la condamnation de l’esclavage.

 
le discours de François Hollande pour le 70e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv

En déclarant le dimanche 22 juillet 2012, à l’occasion du 70e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv que celle-ci avait été « un crime commis en France par la France », le président de la République, François Hollande, s’est clairement situé dans la droite ligne de Jacques Chirac auquel il a rendu hommage.

Alors qu’il venait d’être élu à l’Elysée, ce dernier avait en effet été le premier chef d’État français à reconnaître la responsabilité des autorités françaises : « La France, avait-il déclaré en juillet 1995, la France, patrie des Lumières et des droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable ».

 
vague brune sur l’histoire de France

Comme chaque année à pareille époque, une bruyante campagne est lancée contre l’enseignement de l’histoire, avec le support du Figaro. Le Figaro Magazine du 24 août 2012 publie en effet, sous le titre racoleur Qui veut casser l’histoire de France ?, un article de Jean Sevillia qui mêle des préoccupations idéologiques fortes à une méconnaissance du sujet – un de ses griefs étant la prétendue disparition de la chronologie de la nation au profit de l’histoire du monde.

Nous reprenons ci-dessous la réponse du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) à cette diatribe [10]. Sur le même sujet, vous pourrez également prendre connaissance de la réaction de Bernard Girard – Sortir de l’histoire de France, publiée sur le site Journal d’école – pour qui il est essentiel de contribuer à faire des élèves des « citoyens du monde ».

 
d’une petite rafle en Provence, par Nelcya Delanoë

Professeur émérite d’histoire et civilisation américaine résidant une partie de l’année à Villeneuve-lès-Avignon, Nelcya Delanoë découvre un jour, par hasard, un poème d’Aragon composé à la fin de l’été 1942. Intitulé Le médecin de Villeneuve, ce poème évoque la rafle des Juifs de cette commune, organisée par Vichy au cours de la nuit du 25 au 26 août 1942. C’est le point de départ d’une enquête qui permettra à l’historienne de mettre à jour le sort des Juifs de cette petite ville au cours des années noires.

 
Valls nous appelle à repartir comme en 14

Le 12 septembre 1914, les troupes françaises mettaient un terme à l’offensive foudroyante de l’armée allemande en remportant la bataille de la Marne. A l’occasion du centenaire de cet épisode important de la Grande guerre, le Premier ministre a célébré les vertus du rassemblement.

Dans un discours prononcé devant le monument de Mondement le 12 septembre 2014, Manuel Valls a rappelé le geste épique “du miracle de la Marne”. Il a évoqué les soldats « sabre au clair », comme s’ils étaient enthousiastes, sans rappeler ce qui est pourtant écrit sur le monument lui-même, la citation de Joffre disant qu’il leur était interdit de reculer, qu’ils devaient se faire “tuer sur place”, avec menace implicite des conseils de guerre spéciaux, ou pire, des exécutions sommaires (“aucune défaillance ne saurait être tolérée”, a-t-il dit et ont-il gravé…). Une manière tragique et dérisoire d’occulter une partie de l’histoire de la Grande guerre au profit d’un « roman national » pour les besoins de sa politique d’aujourd’hui.

 
« qu’un sang impur ... »

Notre hymne national, La Marseillaise, semble bien accepté par l’ensemble de la communauté française. Aucun parti ne se l’est approprié et on a pu voir et entendre les parlementaires, unanimes, l’entonner lors du congrès réuni à Versailles.

Il existe deux interprétations de la fin du refrain — “qu’un sang impur abreuve nos sillons”. L’explication qui paraît aujourd’hui encore la plus répandue considère que le sang impur désigne celui de nos ennemis. Cependant, compte tenu du sens attaché au 18e siècle au mot sang, il semble que ce soit là un contre-sens et que l’expression sang impur désignait alors tous ceux qui n’étaient pas de noble extraction. Mais comment les élèves de première année à l’école primaire d’aujourd’hui peuvent-ils comprendre cette analyse lors de l’étude de notre hymne national qui est obligatoire depuis 2005 ?

Quelle que soit la signification attribuée à cet extrait, il reste que son énoncé provoque un malaise chez certains et un redoublement des claquements de pieds d’autres participants. Ce slogan guerrier ne semble pas à sa place dans un texte qui mériterait sans doute un « lifting ».

[Mis en ligne le 21 novembre 2015, mis à jour le 23]


 
Jean-Marie Guillon : « Nation et nationalisme, un regard d’historien »

Le Collège méditerranéen des libertés (CML) a accueilli, jeudi 3 décembre 2015 à 18h30 à la faculté de Droit (amphi 300) de Toulon, l’historien Jean-Marie Guillon, pour une conférence sur la thématique « Nation, nationalisme. Regard d’historien ». Pour l’historien, l’après 13 novembre a suscité un mouvement d’unité nationale 
qui s’inscrit dans la tradition française.

Jean-Marie Guillon est professeur émérite à l’Université d’Aix-Marseille. Ses principaux champs de recherche concernent la France des années 40, la Provence des XIX et XXèmes siècles, la construction de la mémoire ... collective au XXe siècle.

 
nos ancêtres les gaulois

Après la Révolution, il a fallu créer un « mythe national » dans lequel le peuple français puiserait ses racines. Et, pour ce faire, tordre ou distordre certaines vérités historiques.

L’historienne Suzanne Citron s’est longuement penchée sur la fabrication du roman national. Elle revient aujourd’hui sur ce thème, dans un article publié dans Témoignage chrétien du 2 février 2016, article repris avec son aimable autorisation.

 
encore une louche de sang impur, les enfants...

Lors des débats, le 29 juin 2016, concernant le projet de loi Egalité et citoyenneté certains députés se sont laissé aller à des déclarations d’une autre époque.

Nous vous proposons les commentaires de Bernard Girard : une bonne mise en condition en vue des prochaines cérémonies du 14 juillet.

 
nos ancêtres les Gaulois, selon Nicolas Sarkozy

« Nos ancêtres étaient les Gaulois », mais aussi « les tirailleurs musulmans morts à Monte Cassino », a dit Nicolas Sarkozy, samedi 24 septembre, lors d’un meeting à Perpignan, où il a rendu hommage aux harkis, des « Français musulmans morts pour notre drapeau ».

Il tentait ainsi de rattraper la déclaration qu’il avait faite quelques jours auparavant à Franconville : « Nous ne nous contenterons plus d’une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l’assimilation. Dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois. »

Bernard Girard montre ci-dessous que Nicolas Sarkozy n’est pas le seul.
Lecture complémentaire conseillée : nos ancêtres les Gaulois, par Suzanne Citron.

 
François Fillon et l’histoire de France

Les éditions de l’Atelier viennent de rééditer Le Mythe national de Suzanne Citron, dont la première édition date de janvier 1987 ; le livre comporte une nouvelle préface et une postface (368 p, format poche, 15 €).

L’historienne Suzanne Citron [11] revient sur le thème de la soi-disant « identité nationale ». Sur quelle vision de l’histoire doit-elle reposer ? Celle d’une France gauloise continuée par les rois, accomplie définitivement avec la République ? Ou celle d’une France métissée, faite de diversités culturelles et ethniques, ouverte sur l’avenir ? Pour repenser l’histoire de France, il faut d’abord décortiquer à travers les anciens manuels scolaires le schéma du « roman national » de la Troisième République. Ce récit linéaire et continu d’une France pré-incarnée dans la Gaule légitime, en occultant victimes et vaincus, les pouvoirs et les conquêtes qui ont non seulement créé la France mais encore la « plus grande France », c’est-à-dire un empire colonial. Les recherches portant sur l’histoire de Vichy, la colonisation et l’immigration de la guerre d’Algérie, tout comme les débats autour des lois mémorielles, ont provoqué d’incontestables avancées. Mais ont-ils vraiment révisé le mythe hérité de l’avant-dernier siècle ou n’en ont-ils égratigné que quelques pans ?