La société française au temps des colonies

publié le 5 novembre 2020
« Combattre, punir, photographier »,
par Daniel Foliard

Bien avant la Grande Guerre, la photographie a représenté la colonie et la violence coloniale. Dans Combattre, punir, photographier. Empires coloniaux, 1890-1914, l’historien Daniel Foliard analyse brillamment le vaste corpus qui en témoigne, des albums privés des soldats coloniaux aux fonds des premières agences d’images. Il reproduit un certain nombre de ces images en nous invitant, comme l’indique l’éditeur, « à lire l’image-choc pour la désarmer plutôt que la subir. [...] Au-delà d’une histoire des photographies des corps brutalisés et des violences armées, cet ouvrage, loin d’une pornographie du désastre, est aussi une proposition. Comment présenter des photographies montrant les atrocités indicibles pour les penser et en faire l’histoire ? ». Nous publions ici la recension de cet ouvrage par Raphaël Gallien, celles d’André Loez et de Sylvain Venayre, ainsi que les liens vers deux podcasts d’entretiens avec l’auteur, sur le site de France culture et sur celui de Paroles d’histoire.

 
Un ouvrage d’Alain Ruscio et Marcel Dorigny
sur la caricature raciste à l’époque coloniale

L’historien Alain Ruscio a rassemblé dans un livre les images que l’Europe au sommet de son expansion impériale présentait des peuples colonisés. Si elles nous paraissent aujourd’hui dégradantes, les contemporains ne les percevaient pas comme telles. D’où la réflexion de Joëlle Stolz dans son blog de Mediapart, qui se félicite que, grâce à l’éducation, « les Français sont moins racistes qu’autrefois ». L’Occident, qui gouvernait le monde depuis quatre siècles, se voit défié par d’autres régions du globe, à commencer par la Chine, d’où une remise en cause des hiérarchies qui avaient été intériorisées et le fait que les images du livre d’Alain Ruscio nous paraissent incroyables. Mais les Français d’aujourd’hui ne sont pas débarrassés de ce racisme, ils ont encore un effort à faire pour s’en défaire.

 
Cinq émissions de France culture consacrées à Frantz Fanon,
par Anaïs Kien

Emblème de la lutte anticoloniale à travers son engagement dans la guerre d’Algérie aux côtés du FLN, Frantz Fanon a marqué de son empreinte les luttes qui ont causé la fin des empires coloniaux. Né aux Antilles françaises dans l’entre-deux guerres, il a éclairé ces luttes par ses livres Peau noire, masques blancs et Les Damnés de la terre et par son travail psychiatrique sur l’aliénation coloniale. Mort en 1961, à 36 ans, quelques mois avant l’indépendance algérienne, sa pensée a inspiré de nombreux combats, des Black Panthers aux Palestiniens, en passant par les militants anti-apartheid d’Afrique du Sud. Les cinq émissions, par Anaïs Kien, que France culture lui a consacré du 17 au 21 août 2020, qui restent depuis accessibles en ligne, restituent les étapes de son parcours.

 
Un livre sur les travailleurs indochinois en Lorraine (1939-2019)

Riche d’une centaine d’images inédites, ce livre présente de nouveaux aspects de cette page longtemps enfouie du passé colonial de la France. Sur la migration forcée oubliée de Vietnamiens en 1939, le livre juxtapose études et témoignages. Il met en lumière cette « exportation en métropole de la situation coloniale », comment ces hommes, sans salaire, sans reconnaissance, ont contribué à la prospérité d’entreprises françaises. Mais des photos issues d’albums de famille montrent aussi la manière dont certains d’entre eux en Lorraine ont fini par prendre place dans la société française.

 
« Algérie. La guerre des appelés », un documentaire conseillé par l’historien Tramor Quemeneur

Auteur d’une thèse importante sur les résistances à la guerre d’Algérie, Tramor Quemeneur est le conseiller historique du documentaire, « Algérie. La guerre des appelés », réalisé par Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman, diffusé le dimanche 3 novembre 2019, à 20 h 50, sur France 5. Tout au long des deux épisodes d’environ une heure, se révèle, à l’aide d’un nombre considérable de témoignages - entretiens oraux, lettres d’appelés, photos, petits films amateurs…-, le quotidien de jeunes gens de vingt ans confrontés, sans aucune préparation, dans une guerre coloniale dont ils ignoraient les causes profondes, à la peur, à l’ennui, aux exactions et à la torture.

 
Un livre d’Olivier Le Cour Grandmaison, “Ennemis mortels”. Représentations de l’islam et politiques musulmanes en France à l’époque coloniale

Dans un livre intitulé, “Ennemis mortels”. Représentations de l’islam et politiques musulmanes en France à l’époque coloniale (La Découverte, octobre 2019), l’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison souligne les origines historiques de l’islamophobie en France. Nous publions sa présentation par l’éditeur ainsi que le sommaire, et reproduisons son entretien intitulé « En France, « les origines de l’islamophobie sont coloniales » », paru dans « Mediapart » le 25 octobre 2019.

 
1928 en Tunisie, le voile islamique, les socialistes locaux et Habib Bourguiba

Le débat sur l’obligation ou non du port d’un voile par les femmes est ancien dans le monde musulman selon les interprétations du Coran et les règles sociales qui n’ont pas toujours été les mêmes selon les régimes et les espaces. Mais les colonisateurs se sont emparé de cette question en interrompant les évolutions et les débats en cours pour en faire un moyen d’imposer leurs propres normes culturelles dans les sociétés majoritairement musulmanes de leurs colonies du Maghreb. Les campagnes islamophobes de 2019 encouragées par le ministre de l’Education nationale sur la tenue des mères d’élèves accompagnant les sorties scolaires ont des racines qui remontent loin…

 
L’incroyable ignorance des colonies
de la part de l’opinion française,
par Alain Ruscio

Du temps des colonies, les Français n’en avaient qu’une connaissance confuse. Tel article de 1889 parlait du « minaret » surmontant la pagode bouddhiste d’Angkor, tel autre en 1931 plaçait la muraille de Chine au nord du Viet-nam et un autre en 1949 constatait que beaucoup de Français situaient l’ile de la Réunion dans les Antilles. L’univers colonial était l’objet de multiples confusions. Tous ces territoires étaient peuplés d’« Exotiques » que les Français mélangeaient abondamment. L’historien Alain Ruscio a relevé nombre de perles qui illustrent cette ignorance.

 
Les joueurs d’origine africaine dans le football français

Du côté de l’extrême droite raciste, des polémiques se déchainent contre la composition de l’équipe de France de football avant la finale de la Coupe du monde qui l’oppose le 15 juillet 2018 à la Croatie. Ce sont de violentes diatribes contre la présence de joueurs d’origine africaine. Qui conduisent certains à souhaiter la défaite de cette équipe et la victoire de l’équipe adverse jugée comme la seule « européenne ». Pour réagir à ces préjugés racistes, nous publions un texte qui souligne l’ancienneté de la présence de joueurs originaires d’Afrique dans l’histoire du football français.

 
L’aide discrète de Simone Veil aux résistants algériens

A l’occasion de l’entrée, le 1er juillet 2018, de Simone Veil au Panthéon, de nombreux articles rappellent son passé de déportée et son action en faveur des droits des femmes. Mais peu mentionnent la manière dont, secrétaire générale de l’administration pénitentiaire sous l’autorité du ministre de la Justice Edmond Michelet de 1959 à 1961, elle a sauvé la vie de nombreux condamnés algériens et œuvré à de meilleures conditions de détention et de vie pour les détenus du FLN et les membres des réseaux de soutien à celui-ci dans les prisons françaises.

 
les souvenirs de la rencontre d’un libraire lyonnais avec Frantz Fanon

Le grand militant anticolonialiste et penseur du fait colonial qu’a été Frantz Fanon (1925-1961), né en Martinique, a vécu plusieurs années à Lyon au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il y a notamment rencontré en 1948 le libraire lyonnais Raymond Péju. A l’occasion de son récent décès, le 19 avril 2018, à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche), à l’âge de 93 ans, nous publions le récit qu’il avait fait de sa rencontre et de ses conversations avec Fanon, tel qu’il a été reproduit dans l’ouvrage « Ecrits sur l’aliénation et la liberté. Œuvres II » de Frantz Fanon, publié en 2015 par les éditions La Découverte.

 
L’histoire de l’immigration algérienne au XXe siècle par Emmanuel Blanchard

L’historien et politiste Emmanuel Blanchard, auquel on doit notamment une importante étude sur « La Police parisienne et les Algériens, 1944-1962 » (Nouveau Monde, 2011) — qui replace la répression d’octobre 1961 dans une histoire plus longue —, publie une synthèse des plus nécessaires sur l’histoire de l’immigration algérienne en France au XXe siècle. Une immigration qui a commencé dans la période coloniale et s’est poursuivie au-delà. Outre la présentation de l’éditeur et la table des matières, on en lira ci-dessous l’introduction.

 
Guillaume Duval : l’aventure coloniale, une honte pour le pays, un handicap pour son économie

La constitution du second empire colonial français au XIXe siècle avait pu donner l’illusion que la France avait acquis un rayonnement mondial. Il n’en est rien, et les Français ont aujourd’hui le sentiment d’un déclin ininterrompu de leur pays, par rapport à un « âge d’or » fantasmé. Dans un livre intitulé La France ne sera plus jamais une grande puissance ? Tant mieux !, publié aux éditions La Découverte, Guillaume Duval, rédacteur en chef du mensuel Alternatives économiques, montre que ce déclin incontestable n’a pourtant rien de catastrophique : on peut vivre — et bien vivre — sans avoir besoin de s’imposer au reste du monde.

 
« L’école des colonies »,
de Didier Daeninckx

Dans son ouvrage, L’Ecole des colonies, Didier Daeninckx s’attaque au mythe des bienfaits de la colonisation en matière scolaire. Il répond aux questions : Qu’enseignait-on dans les écoles des colonies, en Algérie, en Afrique sub-saharienne, en Asie, aux Antilles, quand l’empire français s’étendait sur 11 millions de kilomètres carrés et comptait 48 millions d’habitants ? Quel était le pourcentage d’enfants indigènes scolarisés ? Que cherchait-on à former : des citoyens, une élite, de bons et loyaux serviteurs ? Les compte rendus de François Nadiras et de Séverine Kodjo-Grandvaux.

 
Jaurès et le colonialisme,
par Gilles Candar

Jaurès a été contemporain de la période d’essor de la colonisation. Il l’a d’abord approuvée en adhérant au discours de Jules Ferry, puis l’a critiquée, d’abord avec mesure, puis de plus en plus catégoriquement. L’évolution de Jaurès face au colonialisme, de l’approbation à la critique, a été considérable. Comme le montre Gilles Candar, président de la Société d’études jaurésiennes et auteur de nombreux ouvrages à son sujet [1], dans cet article de la revue Alternatives non-violentes.

 
Aimé Césaire :
“Discours sur le colonialisme” (1950)

Aimé Césaire, poète et homme politique, a été maire de Fort de France (1945-2001), et député de la Martinique (1945-1993) ; il a obtenu la départementalisation de la Martinique en 1946. Né en 1913 à la Martinique, il est mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France. En dehors de ses œuvres d’écrivain, dont Cahier d’un retour au pays natal (1939), La tragédie du roi Christophe (1963), il a écrit en 1950 son important Discours sur le colonialisme. Nous en publions ci-dessous le début, précédé d’une lecture publique par Antoine Vitez en 1989 à Avignon.

[Mise en ligne le 23 mars 2005 – Le document audio a été mis à jour le 22 février 2017]
 
Elikia M’Bokolo : « Le travail forcé, c’est de l’esclavage »

De la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale, le travail forcé a été général sur le continent africain. Tous les colonisateurs l’ont imposé. En Afrique, existait un esclavage domestique, ainsi qu’un commerce plus large, en Angola et dans les îles, aussi bien du côté atlantique que du côté de l’océan Indien. Mais, à partir des années 1880, tous les colonisateurs européens développent le « travail forcé » qui est une variante de l’esclavage. Un phénomène dont on imagine mal l’ampleur. Nous publions l’entretien avec Elikia M’Bokolo, directeur d’études à l’EHESS, qu’a publié la revue L’Histoire en octobre 2005.

 
La construction d’une certaine image
de l’Afrique
sur fond d’idéologie coloniale

Des débuts des conquêtes aux années 1990, l’idéologie coloniale, en particulier le discours missionnaire, contribuèrent à forger des représentations stéréotypées des Africains, inspirées des doctrines raciales européennes. Cette question est abordée dans la thèse de Sophie Pontzeele, « Burundi 1972/Rwanda 1994 : L’efficacité “dramatique” d’une reconstruction idéologique du passé par la presse ». Nous reproduisons le début de son premier chapitre, intitulé « Les représentations du continent africain en France, des débuts de la conquête coloniale aux années 1990 ».

 
Gilles Manceron : “1885, le tournant colonial de la République”

Lors du débat public de 2005 en France sur la question coloniale, on a souvent oublié que la République n’a jamais été vraiment unanime sur ce sujet. Ainsi, en 1885, quand certains républicains ont repris à leur compte l’idée monarchique de conquêtes coloniales, cela a donné lieu à des affrontements à la Chambre des députés à l’issue desquels le projet colonial ne s’est imposé que de justesse. D’où l’intérêt de relire les débats parlementaires de juillet et décembre 1885, lors du vote de crédits pour la poursuite de la conquête de Madagascar et de l’Indochine. Nous publions une partie de l’introduction de l’ouvrage de Gilles Manceron, 1885 : le tournant colonial de la République.

 
La République française et la question coloniale : quelques dates clés (1792-1962)

Cette chronologie a été établie par l’historien Gilles Manceron, en annexe de l’ouvrage reproduisant le passionnant verbatim des débats parlementaires français de 1885, sous le titre 1885 : le tournant colonial de la République. Jules Ferry contre Georges Clemenceau, et autres affrontements parlementaires sur la conquête coloniale (Éditions La Découverte, 2006). Nous la reprenons sur ce site avec ’accord de l’auteur et de l’éditeur.

 
Le 16 pluviose an II : la première abolition française de l’esclavage

Il a fallu attendre près de cinq ans après la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen pour que l’esclavage soit déclaré aboli par un décret de la Convention nationale, le 16 pluviose an II. Mais certaines colonies comme la Martinique et la Réunion n’en connurent aucune application et Napoléon rétablira l’esclavage en 1802. Il faudra attendre 1848 pour qu’un décret de la Deuxième République l’abolisse de nouveau. Selon les territoires, cette abolition sera parfois très lente, et des formes nouvelles, sous couvert d’« engagement », seront mises en place. Sans compter le travail forcé qui a été, en Afrique et à Madagascar, une forme d’esclavage.

 
« Le Nègre est à peu près un homme comme les autres », Onésime Reclus (1926)

« La Géographie vivante » pour le cours préparatoire et le CM1, d’Onésime Reclus.

 
Le « parti colonial », par Charles-Robert Ageron

Dans les dernières années du XIXe siècle, les partisans de la « France des cinq parties du monde » se sont regroupés. Ils ont formé un « parti colonial » composé de députés, géographes, militaires, hommes d’affaires, qui a exercé une influence décisive et souvent occulte sur la politique française. Il fut l’une des forces agissantes de la IIIe puis de la IVe République. Cet article de Charles-Robert Ageron est paru dans Le temps des colonies, hors série de la revue L’Histoire, n° 11, en avril 2001.

 
L’exposition coloniale de 1931, par Charles-Robert Ageron

Ce texte est le chapitre consacré à l’Exposition coloniale de 1931 dans le premier tome - La République - des Lieux de mémoire, sous la direction de Pierre Nora, publié chez Gallimard en 1984. Il a été repris sur ce site en 2005, afin de rendre ce texte largement accessible, au moment où les problèmes de la mémoire coloniale étaient aux centre d’un large débat provoqué par la loi du 23 février 2005 qui incitait les enseignants à montrer les « aspects positifs de la colonisation [2] » .

 
Ces zoos humains de la République coloniale

Comment cela a-t-il été possible ? Les Européens sont-ils capables de prendre la mesure de ce que révèlent les « zoos humains » de leur culture, de leurs mentalités, de leur inconscient et de leur psychisme collectif ? Double question alors que s’ouvre enfin, à Paris, au cœur du temple des arts - le Louvre -, la première grande exposition sur les arts premiers. [3] Ci-dessous la première partie de l’article de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire [4], paru dans Le Monde Diplomatique d’août 2000.

 
Esclavage et traite atlantique

En 2005, après la publication de la loi dite Taubira et celle du 23 février 2005 voulant inciter les enseignants à montrer les « aspects positifs de la colonisation », des polémiques ont éclaté à propos de l’esclavage et de sa qualification. Ci-dessous quelques rappels historiques. Ainsi qu’un article, dans Le Monde du 5 mars 2005, intitulé « Traite négrière : les détournements de l’histoire », publié par Olivier Pétré-Grenouilleau, professeur d’histoire à l’université de Lorient, membre de l’Institut universitaire de France.

 
Le Code noir

Le Code noir est l’édit de Louis XIV « sur la police de l’Amérique française », préparé par Jean Baptiste Colbert (le « grand » Colbert) à partir de 1681, et signé par son fils Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay, qui lui succède en mars 1685. C’est lui qui co-signera le Code noir en cette année 1685 qui est aussi l’année de la révocation de l’Édit de Nantes.

 
La colonne infernale de Voulet-Chanoine

En 1899, deux officiers français, Paul Voulet et Julien Chanoine, un capitaine et son lieutenant, partirent avec leurs hommes à la conquête du Tchad, au cœur de l’Afrique. Leur colonne infernale a laissé une longue traînée de sang à travers le Niger actuel, pillant et massacrant tout sur son passage. Le ministère des colonies tenta de les arrêter, mais à Paris l’affaire en resta là. L’opinion admettait fort bien que la soumission de l’Afrique s’accompagnât de telles tueries. Articles publiés par Le Monde du 26 Septembre 1999.

 
Onésime Reclus, inventeur du mot « francophonie » et militant de l’expansion coloniale

Onésime Reclus (1837-1916), est un géographe, tout comme son frère Elisée Reclus. Mais autant Elisée a été critique du colonialisme, autant Onésime en a été un défenseur. C’est sous sa plume qu’apparaît le mot « francophonie » vers 1880, dans le cadre de sa réflexion sur le destin colonial français. Cette notion lui paraissait être la meilleure réponse de la France au jeu des forces à l’œuvre dans le monde en cette fin du XIXe siècle, dans lequel le facteur linguistique était pour lui essentiel. [5]

 
La « mission Marchand » et Fachoda

Les deux grandes nations européennes qu’étaient la France et la Grande-Bretagne étaient, à la fin du XIXe siècle, lancées toutes deux en Afrique dans des conquêtes prétendument civilisatrices. Elles faillirent se jeter l’une contre l’autre pour la possession d’une région que les conquérants avaient eux-mêmes décrite comme « un pays de marécages et de fièvres » (Robert Salisbury) ou comme « un pays peuplé par des singes et par des Noirs pires que des singes » (Gabriel Hanotaux). C’est l’épisode de la « mission Marchand » (Loango, juin 1896 - Djibouti, mai 1899).

 
Quand Victor Hugo dénonçait la barbarie des Européens en Chine en 1861

L’empereur de Chine, Xianfeng, a abandonné Pékin aux troupes anglo-françaises qui, le 6 octobre 1860, envahissent sa résidence d’été, d’une beauté exceptionnelle, la saccagent, la dévastent. Ce pillage, qui marquera la seconde guerre de l’opium, indigne certains témoins occidentaux. Victor Hugo, lui, ne connaît cette « merveille du monde » qu’à travers le récit des voyageurs, mais, d’emblée, il prend le parti des civilisés, les Chinois, contre les barbares. [6]

 
La LDH et le problème colonial en 1930 - 1931

La LDH a connu des débats internes sur la question coloniale, mais son congrès de 1931, l’année de l’exposition coloniale, a finalement prôné une « colonisation démocratique ». Attentive au respect des droits des individus, elle n’a pas pris en compte le droit collectif d’un peuple à disposer de lui-même. Nous reproduisons le texte sur ce sujet publié dans la brochure l’Exposition coloniale de 1931 - Le débat colonial de l’époque, publiée en 2002 par section Paris XII de la LDH.

 
L’exposition coloniale de 1931

L’exposition coloniale internationale de Paris, dans le Bois de Vincennes, en 1931, est restée dans les mémoires comme l’apothéose de la colonisation française. C’était une immense opération de propagande vivante en faveur de l’œuvre coloniale, à destination de la population de tous les âges, des adultes aux enfants des écoles. Nous reproduisons à son sujet un extrait de la brochure que la section Paris XII de la LDH a consacrée en 2002 à l’Exposition coloniale de 1931.

 
Quand Jules Ferry et Clemenceau s’opposaient sur la question coloniale

En juillet 1885, la politique coloniale de la France a fait l’objet de débats à la Chambre des Députés, à propos du vote des crédits nécessaires aux expéditions lointaines au Tonkin et à Madagascar. Lors de ces débats, les députés monarchistes, légitimistes ou orléanistes, et les députés bonapartistes se sont souvent montrés favorables à cette politique coloniale. En revanche, les députés républicains se sont divisés, à l’exemple de Jules Ferry et de Clemenceau.

 
La colonisation française dans le manuel de Malet et Isaac de 1961

Le discours tenu sur la constitution de l’empire colonial dans le manuel d’histoire le plus utilisé dans les collèges et les lycées de France en 1961, le Cours de Malet et Isaac intitulé « La naissance du monde moderne » est peu différent de celui des manuels de la IIIe République. Cela bien que l’on soit depuis 1945 dans l’ère de l’émancipation des colonies et que l’empire colonial français est en passe de se disloquer.

 
Quelques réflexions sur les colonies et le colonialisme

Le fait colonial a été perçu et défini très différemment du XIXe au XXIe siècle. Dans son Dictionnaire des idées reçues, Gustave Flaubert donnait comme définition du mot « colonies » : « S’attrister quand on en parle ». Ernest Lavisse a fait l’éloge du colonialisme, Kateb Yacine l’a dénoncé. Raoul Girardet et Jean Sprecher, qui ont vécu dans l’Algérie coloniale, le premier partisan alors de l’Algérie française, le second « libéral » et favorable à l’indépendance, ont réfléchi, plus tard, sur cette idéologie. Au XXIe siècle, des historiens comme Marc Ferro et Gilles Manceron se sont efforcé d’en donner des définitions.

 
« Les conquêtes de la France », dans un manuel scolaire d’Ernest Lavisse de 1913

La colonisation, telle qu’elle était enseignée par la IIIe République aux enfants des écoles primaires, était présentée comme une grande entreprise civilisatrice. C’était le cas, en particulier, dans la célèbre « Histoire de France » d’Ernest Lavisse qui était l’un des livres scolaires les plus utilisés dans es écoles, publiques ou privées. Nous reproduisons ici le chapitre 22, qui porte sur « Les conquêtes de la France », du manuel destiné au cours élémentaire (édition de 1913).

 
Le point de vue lucide de Paul Ricœur en 1947 sur la question coloniale

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, un mouvement d’émancipation s’est déclenché dans l’ensemble du monde colonisé. De l’Indochine à l’Algérie, sont apparus des mouvements importants en faveur de l’indépendance qui réclamaient les mêmes droits nationaux que les mouvements de résistance en Europe avaient revendiqués contre l’invasion allemande. L’article de Paul Ricœur, publié dans Réforme, le 20 septembre 1947, dont nous reproduisons le passage sur ce sujet, se distingue des idées dominantes en France à l’époque en reconnaissant le droit à l’indépendance des colonisés.