Toulon

publié le 2 mai 2016
Toulon - Marignane : histoires de stèles et de plaques

Pourquoi la section toulonnaise de la LDH s’est-elle sentie concernée par la stèle de Marignane ?

Pour répondre à cette question il faut d’abord revenir une dizaine d’années en arrière. [1]

 
le 26 mars 2008, à Paris et à Toulon

Le 26 mars est l’anniversaire de la fusillade de la rue d’Isly en 1962 à Alger. Une cérémonie s’est déroulée à Paris, où en dépit des protestations d’un certain nombre d’organisations qui en avaient demandé l’interdiction, des nostalgiques de l’Algérie française ont pu participer au ravivage de la Flamme de l’Etoile.

A Toulon, deux cérémonies se sont succédées, devant le monument des Martyrs de l’Algérie française.

Comme nous l’avions écrit en juillet 2006 à la présidente de l’Association des Familles des victimes du 26 Mars 1962, « la volonté de conserver la mémoire de toutes les victimes est parfaitement légitime  », mais non son instrumentalisation en vue de la réhabilitation d’une «  organisation qui a voulu renverser la République. »

[Mise en ligne le 27 mars 2008, le compte rendu de L’Humanité ayant été ajouté le 28 mars]
 
Toulon et Cagnes-sur-Mer : contestation de cérémonies commémorant les “barricades d’Alger”

Plusieurs associations protestent contre les célébrations en région Provence-Alpes-Côte d’Azur du 50e anniversaire des Barricades de janvier 1960 à Alger [2]. Ces tragiques journées apparaissent en effet comme le début d’une guerre civile qui culmina avec le putsch des généraux d’avril 1961, avant de se poursuivre par le combat sans issue de l’OAS qui devait anéantir toute chance d’un règlement humain de la guerre d’Algérie.

A la suite des communiqués de l’ANPNPA, de l’ANPROMEVO et de l’association Les amis de Max Marchand de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, nous reprenons une tribune dans laquelle les présidents des deux dernières associations s’interrogent devant « la mise en œuvre d’une politique de mémoire adossée à la valorisation du fait colonial ». Ils demandent si « la France ne serait pas entrée en voie de repentance pour avoir permis la décolonisation de l’Algérie ? ».

 
un discours nauséabond

Le 16 mai dernier, le sénateur-maire de Fréjus, David Rachline, a inauguré une nouvelle stèle “en hommage à tous ceux qui sont tombés pour que vive la France en Algérie”, réalisation d’un projet du RNFAA (Rassemblement national des Français d’Algérie et leurs amis).

Cette manifestation a été l’occasion pour le maire de Fréjus de prononcer un discours d’“anthologie” nostalgérique, accessible sur son blog, devant une assistance constituée pour partie d’élus du Front national et d’anciens activistes de l’OAS.

Ci-dessous, quelques articles de diverses origines qui évoquent un événement dont on a quelque peine à mesurer qu’il s’est déroulé en 2015.

 
le discours historique du préfet Deleplanque

La carrière de Jean Deleplanque a débuté comme sous-préfet dans la Marne en mars 1945 ; elle s’est poursuivie à Batna (Algérie) et à Grasse.
Promu préfet, il a été en poste successivement dans le Gers, en Guadeloupe puis dans le Var. C’est en tant que préfet du Var qu’il a prononcé le discours d’inauguration de la stèle de Lagoubran le 14 février 1971, discours que nous reprenons intégralement ci-dessous [3].

Sa carrière préfectorale poursuit sa progression : préfet de la région Bourgogne puis de la région Lorraine. En novembre 1971, il est entré comme chargé de mission au cabinet du ministre de l’intérieur, M. Raymond Marcellin, fonction qu’il conserve jusqu’en novembre 1973, date de sa nomination comme préfet de la région Bourgogne
 [4].

 
de la nostalgie de l’empire à la glorification de l’OAS

A Toulon en juin 1980, une stèle était plastiquée avant d’avoir été inaugurée : elle honorait Roger Degueldre, ancien chef des commandos de la mort, communément appelés “commandos Delta”, sous les ordres du général Raoul Salan, chef suprême de l’OAS. L’hommage à d’anciens tueurs de l’OAS avait dû être inacceptable à certains.

En effet, si le monument funéraire inauguré le 14 février 1971 dans le cimetière de Lagoubran à Toulon était un hommage empreint de nostalgie à la grandeur perdue de l’empire colonial français, il n’en est pas de même pour l’autre monument érigé Porte d’Italie à Toulon également en 1980 qui s’est voulu hommage à la violence de l’OAS pour défendre l’Algérie française.

La destruction partielle de ce second monument le rend aujourd’hui illisible pour les générations à venir : la stèle de la porte d’Italie est la première d’une série de stèles-monuments – Marignane, Aix-en-Provence, Perpignan, Béziers ... – qui rendent hommage aux condamnés de l’OAS, et notamment aux quatre fusillés de l’organisation. Ne pas fournir d’explications aux Toulonnais et aux visiteurs étrangers, c’est tricher avec la vérité historique. Il n’est pas pire moyen pour perpétuer les conflits de mémoire liés au passé colonial de la France en Algérie.

 
Lagoubran : la stèle de la fin de l’empire

Plus d’un demi-siècle après l’arrêt des combats, les batailles mémorielles se poursuivent au sujet de la guerre d’Algérie. Des « stèles du souvenir » apparaissent ...
Le plus ancien de ces monuments semble être celui de Narbonne [5]. Réalisé en 1969, il a été inauguré le 30 mai 1970 par le général Edmond Jouhaud avec la complicité du maire Francis Vals (SFIO).

Il s’agit bien de l’ex-général putschiste, ancien adjoint du général Salan à la tête de l’OAS et responsable de la région d’Oran. Arrêté le 25 mars 1962, il est condamné à mort le 13 avril 1962 par le Haut tribunal militaire. Sa peine de mort est commuée en peine de détention criminelle à perpétuité le 28 novembre 1962. Il a été libéré de la prison de Tulle en décembre 1967, et une succession d’amnisties lui a permis de retrouver tous ses droits et prérogatives [6].

Érigé par l’Amicale des rapatriés d’outre mer de Narbonne et sa région et par un “comité de la stèle”, le monument de Narbonne n’est pas représentatif des stèles qui ont été mises en place ici ou là : tout d’abord, il est dépourvu du caractère violent que l’on retrouve chez beaucoup de celles-ci. D’autre part, il s’agit d’un véritable monument funéraire encastré parmi d’autres, au sein d’un cimetière (le Cimetière de la Cité). La stèle de Lagoubran est également située dans un cimetière de Toulon, mais on devrait plutôt la qualifier de mausolée de l’empire ...

 
commémoration à Toulon de « la fin de l’esclavage barbaresque »

Environ cent cinquante personnes, répondant à l’appel du Collectif pour la commémoration de la fin de l’esclavage barbaresque, ont commémoré à Toulon, jeudi 25 mai 2006, le départ de l’expédition d’Alger le 25 mai 1830.