Le rôle des historiens

publié le 15 novembre 2020
Madeleine Rebérioux, historienne de parole et d’acte

L’historienne et présidente d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, Madeleine Rebérioux est morte chez elle, à Paris, boulevard Arago, lundi 7 février. Depuis près d’un an, elle souffrait d’une grave maladie qui l’empêchait de plus en plus d’être ce qu’elle avait toujours été, une femme savante et publique, « de parole et d’acte », pour répéter le titre d’un petit ouvrage qu’elle avait consacré en 1994 à Jaurès, inlassable objet d’étude et synthèse entre ses trois vies, d’enseignement, d’engagement et de recherche.

 
Claude Liauzu : la guerre d’Algérie n’est pas finie ...

Côté algérien comme côté français, chacun s’acharne à dicter sa vérité aux historiens.
 [1]

 
colonialistes/anticolonialistes, ou quand le mort saisit le vif

par Raphaëlle Branche, Claude Liauzu, Gilbert Meynier et Sylvie Thénault
 [2]

Ces quatre historiens ont adressé au journal Le Monde le texte que vous trouverez ci-dessous, que nous a adressé Claude Liauzu.

Faute de place, ce texte étant trop long pour pouvoir être publié intégralement, Le Monde a fait paraître, le 20 septembre 2005, dans sa page « Horizons, débats », un texte un peu abrégé : La responsabilité des historiens face à l’histoire coloniale.

 
Pierre Vidal-Naquet, « historien militant », est décédé

L’historien Pierre Vidal-Naquet est décédé dans la nuit de vendredi 28 à samedi 29 juillet 2006, à l’âge de 76 ans. Il était dans le coma depuis lundi à la suite d’une hémorragie cérébrale.

Ce « grand savant de la Grèce antique » était « l’archétype de l’intellectuel dreyfusard », a déclaré François Gèze, l’un de ses éditeurs. Toute sa vie, il a lutté contre la raison d’Etat et la tyrannie - l’une de ses dernières actions aura été d’apporter sa signature à la pétition « assez ! » par le collectif Trop, c’est trop.

 
le passé colonial entre histoire et mémoire, par Catherine Coquery-Vidrovitch

Communication de Catherine Coquery-Vidrovitch à la journée organisée par le CVUH (Comité de vigilance face aux usages publics de l’Histoire), le 4 mars 2006 : « Sur les usages publics de l’histoire. Polémiques, commémorations, enjeux de mémoire, transmission et enseignement » [*].

[Première publication, le 9 août 2006,
complétée le 8 mars 2007.]
 
« Pierre Vidal-Naquet, un historien dans la cité » : journée d’hommage

Programme de la journée d’hommage à la Bibliothèque nationale de France, le 10 novembre 2006

La mort de Pierre Vidal-Naquet, le 29 juillet 2006, laisse un grand vide. Pour lui rendre hommage et témoigner de l’importance de ses engagements comme de celle de son œuvre d’historien, ses amis organisent une journée de témoignages, le vendredi 10 novembre (de 9 h 30 à 19 h 30) au grand auditorium de la Bibliothèque nationale de France, entrée Est (entrée libre).

 
le décès d’un grand historien, Charles Robert Ageron, par Benjamin Stora

On a appris mercredi 3 septembre 2008, le décès de Charles-Robert Ageron [3], « historien primordial de l’Algérie coloniale, et plus largement, de la colonisation » [Gilbert Meynier], « qui a marqué de son empreinte au moins trois feuillets du livre de la recherche historique : l’Algérie au temps des Français, l’opinion française et la question coloniale, les “chemins de la décolonisation” en France et dans le reste de l’Europe » [Daniel Rivet [4] ]

Voici le texte que Benjamin Stora a consacré à celui qui a été son « maître » en Histoire de l’Algérie, dans son livre Les guerres sans fin, à paraitre aux éditions Stock.

 
la mort de notre ami, Bruno Etienne

Nous venons d’apprendre le décès de notre ami Bruno Etienne, des suites d’un cancer. Cette nouvelle fait ressurgir toute notre dette envers lui, toute notre reconnaissance. Quand nous avons obtenu l’accord de principe de la mairie de Toulon pour une exposition « Abd el-Kader à Toulon, héros des deux rives », nous avons aussitôt demandé à Bruno Etienne son concours et son parrainage – son accord a été immédiat.

J’ai ainsi été amenée à le rencontrer à plusieurs occasions, à Toulon ou à son domicile aixois. J’avais lu son Abd el-Kader, isthme des isthmes et cette découverte m’avait donné le goût et le courage d’entreprendre le travail de réalisation de l’exposition. J’ai trouvé un homme généreux et d’une extrême simplicité. Il a été manifestement heureux de nous prêter toute une série d’ouvrages, pièces rares auxquelles il tenait comme à « la prunelle de ses yeux » – elles ont bien sûr trouvé place dans différentes vitrines de l’exposition. Quand il s’agissait d’Abd el-Kader, il ne comptait plus son temps. La conférence « Abd el-kader mythes et réalités » qu’il a faite à Toulon au cours de l’exposition a été pour certains la révélation de la richesse de leur propre culture d’origine, méconnue.
Pour tout son apport à la reconnaissance de “l’autre rive”, merci à Bruno Etienne !

Andrée Bensoussan
commissaire scientifique de l’exposition


Relisons Marseille ou l’Orient à domicile.

 
Gilbert Meynier appelle les historiens algériens et français à ouvrir des chantiers mémoriels

Rencontré en marge de sa tournée en Algérie, l’historien Gilbert Meynier revient sur la relation entre la France et l’Algérie à moins d’une année du 50e anniversaire de l’indépendance. Le professeur émérite de Nancy II n’épargne ni les responsables algériens ni les responsables français, et appelle les historiens des deux pays à se pencher sur ce qu’il appelle les « chantiers mémoriels ».

À la suite de la publication de cet entretien dans El Watan, Gilbert Meynier a adressé deux mises au point à Aziz Mouats qui les a reprises sur son blog – vous les trouverez en bas de cette page.

 
La disparition de l’historien Gilbert Meynier

Gilbert Meynier, engagé jeune contre la guerre d’Algérie, devenu spécialiste de l’histoire de ce pays, est décédé le 13 décembre 2017 à l’âge de 75 ans. Parmi ses nombreux livres, avec Mohammed Harbi, « Le FLN, document et histoire 1954–1962 » (2004), et « L’Algérie, cœur du Maghreb classique. De l’ouverture islamo-arabe au repli (698-1518) » (2010). De convictions libertaires, il participait aussi, avec la Cimade, aux combats pour l’accueil des migrants. Voici l’article que lui a consacré l’universitaire algérien Tahar Khalfoune ainsi que les hommages que lui ont rendu Christian Delorme, prêtre à Lyon, Hassan Remaoun, historien algérien, Oran (Crasc), et Dalila Aït-el-djoudi, historienne algérienne, auteure d’une thèse sur la Wilaya III dans la guerre.

 
Suzanne Citron (1922-2018)

L’historienne Suzanne Citron, militante anticolonialiste, engagée dans sa jeunesse contre la guerre d’Algérie comme, jusqu’à sa mort, pour les droits des Palestiniens, est morte le 22 janvier 2018 à Paris. Nous publions ci-dessous des extraits des articles que la presse lui a consacrée, ainsi qu’un passage de son livre de Mémoires, « Mes lignes de démarcation » (Syllepse, 2003), sur son action dans les années 1956 et 1957 contre la torture et pour l’indépendance de l’Algérie.

 
Un hommage à Suzanne Citron

Une rencontre est organisée le 6 mars 2018, à Paris, sur « Suzanne Citron. Trajectoire et héritage(s) d’une intellectuelle engagée ». Née en 1922 et disparue le 22 janvier 2018, l’historienne Suzanne Citron a milité contre le colonialisme, notamment lors de la guerre d’Algérie et pour les droits des Palestiniens, et a mené une réflexion importante sur l’enseignement de l’histoire, que poursuit aujourd’hui le collectif Aggiornamento. Nous publions ci-dessous un extrait du Prologue de son livre, « Mes lignes de démarcation. Croyances, utopies, engagements », sur la vision de la colonisation qu’elle avait dans son enfance, ainsi que l’article que l’historien Rémi Fabre a consacré à ce livre.

 
Parution d’un livre d’hommage
à l’historien
Gilbert Meynier

Dirigé par le juriste Tahar Khalfoune, vient d’être publié en mars 2019 un livre d’hommage mérité au grand historien de l’Algérie que fut Gilbert Meynier (1942-2017). Dans cet ouvrage collectif, certains de celles et ceux qui l’ont connu - dont d’éminent.e.s spécialistes - évoquent avec précision l’apport décisif qui fut le sien à l’histoire de l’Algérie à la période coloniale, comme à ses séquelles postcoloniales, tant en France qu’en Algérie. Outre la présentation et la table des matières du livre, nous reprenons ici la préface de Tahar Khalfoune et un des articles, celui de Mohammed Harbi.

 
Jacques Thobie, historien pionnier de l’histoire coloniale, par Catherine Coquery-Vidrovitch

Spécialiste de l’histoire coloniale de l’Afrique subsaharienne, Catherine Coquery-Vidrovitch a eu l’occasion de travailler avec l’historien Jacques Thobie, mort le 8 avril 2020. Tous deux étaient alors communistes et partageaient le même intérêt pour une histoire contemporaine qui ne se limite pas aux frontières de l’Europe. Elle évoque pour notre site leurs collaborations dans un moment où l’intérêt pour l’histoire coloniale a commencé à émerger dans l’université et la société françaises. Mais de manière provisoire, puisqu’il est rapidement retombé et qu’il faudra attendre, au XXIe siècle, une nouvelle génération de chercheurs pour que ce domaine commence à être reconnu. Tout en continuant à susciter de vives oppositions. Nous reprenons aussi l’évocation de ses travaux par Faruk Bilici.

 
Le rapport demandé à Benjamin Stora
sur le passé franco-algérien :
les faits… et les « fake news »

Benjamin Stora a reçu le 24 juillet 2020 d’Emmanuel Macron la commande d’un rapport sur « ce qui a d’ores et déjà été accompli dans notre pays sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ainsi que la perception qui en est retenue de part et d’autre des deux rives de la Méditerranée ». Ci-dessous sa lettre de mission et les interviews qu’il a donnés au Soir d’Algérie et à France culture. De son côté, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a parlé d’« aller de l’avant avec son homologue français sur les questions mémorielles » et désigné l’un de ses conseillers, un haut fonctionnaire, non historien, pour conduire un travail « directement sous sa tutelle », Abdelmadjid Chikhi, qui est connu en Algérie pour vouloir régenter les travaux des historiens et limiter leur accès aux archives nationales dont il a la charge. Ci-dessous, le point de vue, recueilli par Le Monde, de l’historien et archiviste algérien Fouad Soufi et la lettre que l’Association Josette et Maurice Audin a adressée le 26 juillet à Benjamin Stora.

 
Madeleine Rebérioux,
une historienne engagée
pionnière des travaux sur le fait colonial

A l’occasion d’un hommage à Madeleine Rebérioux (1920-2005), à l’occasion du centenaire de sa naissance, organisé le 12 septembre 2020 par la Ligue des droits de l’Homme, La contemporaine (ex-BDIC) et le Musée de l’histoire vivante, plusieurs interventions ont porté sur les travaux de cette historienne sur l’histoire coloniale. Ci-dessous le texte de celle d’Alain Ruscio, sur « Madeleine Rebérioux, de l’anticolonialisme à l’anti-impérialisme » et, après un interview d’elle, les vidéos de deux autres contributions. Celle du président de la Société d’études jaurésiennes Gilles Candar, qui traite de son intérêt pour Jean Jaurès, en grande partie déterminé, dans les années de la guerre d’Algérie, par l’évolution de celui-ci « vers l’anticolonialisme », et celle de Gilles Manceron, qui présente l’apport de cette historienne engagée à cette association. L’ensemble des films de cet hommage sont visibles sur le site de la LDH.