La reconnaissance de l’esclavage

publié le 9 août 2020
Une nouvelle revue :
« Esclavages & Post-esclavages »

Lancée fin 2019, la revue quadrilingue, « Esclavages & Post-esclavages », consacrée à l’esclavage et à sa persistance après ses multiples et souvent partielles abolitions, témoigne de l’intérêt croissant pour les études décoloniales. Dirigée par Myriam Cottias, directrice du Centre international de recherches sur les esclavages et post-esclavages (Ciresc), et Céline Flory, c’est la première en France à aborder ces questions. Comme l’explique dans son premier numéro l’historien Paulin Ismard, auteur de La Cité et ses esclaves (Seuil, 2019), la France souffre d’un net retard dans leur étude. Il est probablement révélateur d’une forme de gêne et de déni vis-à-vis d’une question qui a été très présente pendant plus de deux siècles dans son histoire et son développement.

 
Création le 10 mai 2006 d’une journée des mémoires de la traite négrière,
de l’esclavage
et de leurs abolitions

Le 30 janvier 2006, Jacques Chirac, président de la République, annonçait que le 10 mai serait chaque année « Journée des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions ». Nous vous proposons ci-dessous de larges extraits de son allocution du 10 mai 2006 au jardin du Luxembourg. Une cérémonie officielle s’y déroulera à nouveau en 2007, en présence de Nicolas Sarkozy, nouvellement élu président de la République. Opposé à la « repentance » durant sa campagne, il y participera néanmoins.

 
Pierre Serna : « L’esclavage était bien un crime contre l’humanité »

L’historien Pierre Serna, professeur à l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne et membre de l’Institut d’histoire de la Révolution française, souligne que les députés de la Convention avaient, dès 1794, qualifié la pratique de l’esclavage de « crime de lèse-humanité ». La loi Taubira de 2001 n’a donc fait aucun anachronisme en renouant avec cette qualification, contrairement à ce qu’affirment certains historiens.

 
un documentaire et un livre importants sur « les routes de l’esclavage »

L’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch, l’une des grands spécialistes de l’histoire de l’Afrique, du colonialisme et du post-colonialisme, a été la conseillère historique de la série documentaire, « Les Routes de l’esclavage », diffusée par la chaîne Arte le 1er mai 2018 et visible en ligne ensuite. Elle a également publié un ouvrage intitulé « Les Routes de l’esclavage. Histoire des traites africaines VIe-XXe siècle », qui est une approche globale de ce phénomène en Afrique et à partir de ce continent, de la fin de l’empire romain jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale.

 
Pourquoi s’en prendre
aux statues de Victor Schoelcher ?

Le vendredi 22 mai, des militant(e)s ont détruit deux statues de Victor Schoelcher en Martinique, à Fort-de-France et à Schoelcher. Ce jour-là, l’île commémorait l’anniversaire de l’abolition de l’esclavage, par un décret de la Deuxième République du 27 avril 1848 pour lequel Victor Schoelcher avait longtemps combattu. Nous publions la réaction de l’historien Marcel Dorigny, ainsi que celles de trois universitaires antillais, Myriam Cottias, Louis-George Tin et Dominique Taffin, recueillies par le quotidien 20 Minutes. Ils s’interrogent sur le bien fondé de cet acte, mais aussi sur ses raisons, dans le contexte actuel de lutte contre le racisme et d’inégalités persistantes dans la société des Antilles. Nous reproduisons aussi les liens vers une vidéo qui justifie ces destructions et vers le communiqué publié à ce sujet par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage.

 
L’Élysée, le bâtiment qui témoigne à Paris
du passé esclavagiste de la France

Trois siècles après sa construction au XVIIIe siècle par un homme qui a fait fortune grâce à l’esclavage, l’Élysée est le principal témoignage à Paris des richesses engendrées par la traite négrière. Les autres bâtiments parisiens occupés par des esclavagistes ou par des institutions qui les ont soutenus, tel l’hôtel de Massiac, ont disparu. Comme l’explique Benoît Grossin sur le site de France culture, un travail de mémoire reste à accomplir. La construction d’un mémorial de l’esclavage à Paris, qui serait un lieu à vocation pédagogique, avec des expositions, des reproductions d’œuvres et une médiathèque, est proposée par l’historien Marcel Dorigny, membre du comité scientifique de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage bientôt installée place de la Concorde. Son siège sera à l’Hôtel de la Marine, ancien ministère de la Marine et des colonies, qui a été au cœur de l’histoire de la traite et de la colonisation.

 
La traite négrière, passé occulté par les entreprises françaises

Axa, la Banque de France, la Caisse des dépôts, Marie Brizard, Cognac Hennessy, toutes ces sociétés ont bénéficié plus ou moins directement du commerce des esclaves. En Grande-Bretagne, les entreprises qui sont dans ce cas ont été amenées à le reconnaître et à s’engager en faveur de la connaissance de cette page d’histoire et de la prise en compte de la diversité de la société britannique d’aujourd’hui. En revanche, le silence ou le déni prévalent en France. Ces sociétés tardent à se pencher sur leur passé esclavagiste. Un article et un éditorial du quotidien Le Monde se demandent pourquoi, à l’heure où elles acceptent leur responsabilité sociale et environnementale, elles n’assument pas leur responsabilité historique. Elle implique la notion de réparation, qui doit être avant tout une réparation de la connaissance.