Mémoire et histoire en Algérie

publié le 24 octobre 2020
L’histoire a servi à légitimer le pouvoir, par Benjamin Stora

un entretien avec Benjamin Stora recueilli par Wahiba Labrèche et publié dans le journal Liberté du 1er novembre 2004.



Historien, sociologue, Benjamin Stora est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur la guerre d’Algérie et le mouvement nationaliste algérien. Pour ce spécialiste de l’histoire des nationalismes maghrébins, l’écriture de l’histoire doit impérativement répondre aux questionnements du présent.

 
Hassan Remaoun : le passé colonial continue à peser lourdement sur la mémoire des vivants

Les Evénements de Mai 1945, Le Mouvement national
et la société algérienne aujourd’hui


par Hassan REMAOUN,
Université d’Oran et CRASC [Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle]

Texte paru dans le quotidien El-Watan du 8 Mai 2005.

 
Bouteflika : l’Algérie a été injuste avec les familles des harkis

Après avoir déclaré à Chlef, le 2 septembre dernier, que les "les enfants des harkis ne sont pas responsables des actes de leurs parents", le président Bouteflika est revenu sur le problème des harkis jeudi 8 septembre à Oran.

 
Paris-Alger, aller-retour, par Mohammed Harbi

L’historien Mohammed Harbi est auteur, avec Benjamin Stora, de La Guerre d’Algérie, 1954-2004, la fin de l’amnésie, Robert Laffont, Paris, 2004.

Article publié dans Le Monde diplomatique de novembre 2005.

 
L’amnésie algérienne, par Benjamin Stora

En septembre 2005, après plus de dix ans de guerre civile, le président Bouteflika décrète la réconciliation nationale. Approuvé par une large majorité, son projet ne fait cependant pas l’unanimité. L’Algérie fera-t-elle l’économie de son histoire?

par Benjamin Stora [1]

[Article paru dans L’Histoire, N°311, juillet-août 2006, les Guerres civiles]

 
« Où est notre histoire, notre mémoire ? » demandent des historiens algériens

« Nos politiciens la censurent, nos jeunes l’ignorent »

Ce constat sur l’enseignement de l’histoire de l’Algérie inquiète Dahou Djerbal et Hassan Remaoun. Pour les historiens, ce qui est essentiel ce sont les faits qu’il faut rétablir, enregistrer, inscrire, étudier et transmettre. Il suffirait d’une volonté politique pour le faire.


Un dossier de Chafaâ Bouaïche, publié dans le quotidien Le Soir d’Algérie [2], le 16 nov 2006.


 
Qui écrira l’histoire de l’Algérie ?

Les deux chambres réunies du Parlement algérien ont adopté, mercredi 12 novembre, une révision de la constitution dont l’objet principal était de permettre au président algérien, Abdelaziz Bouteflika, 71 ans, de briguer un nouveau mandat, mais qui a touché d’autres points.
Concernant l’écriture de l’histoire la constitution algérienne déclare maintenant [3] :

« L’histoire étant la mémoire et le patrimoine commun de tous les Algériens, nul n’a le droit de se l’approprier et de l’instrumentaliser à des fins politiques. Il appartient donc à l’Etat d’assurer la promotion de son écriture, de son enseignement et de sa diffusion. »

Avec Mohammed Harbi qui s’est prononcé pour une histoire dénationalisée et apaisée, une partie de la presse algérienne réagit en revendiquant pour les Algériens le droit de connaître leur histoire sans restriction et sans intervention de l’Etat.

 
Extraits de l’avant-propos du livre testament de Ferhat Abbas

Parution de Demain se lèvera le jour.

« Je suis au soir de ma vie. Ce livre est le dernier acte de ma vie politique. C’est un adieu à l’Algérie, à mes amis
du Maghreb et à tous ceux que j’ai aimés et servis durant ma longue carrière. Et aussi un adieu à mes amis français de France et d’Algérie, particulièrement à ceux qui ont vécu à nos côtés durant notre terrible guerre de Libération, souvent au péril de leur vie. » (Ferhat Abbas) [4]

 
Mohammed Harbi : « les archives de la guerre de Libération sont explosives »

Dans un long entretien publié dans l’édition du 26 mai 2011 du journal El Watan, l’historien Mohammed Harbi aborde de très nombreux problèmes. Il revient sur les récentes controverses suscitées par des déclarations polémiques d’anciens acteurs de la guerre de libération algérienne. Il s’exprime sur les tabous, liés aux juifs d’Algérie, aux harkis et aux pieds-noirs : le fait de ne pas avoir traité ces problèmes a « fait le lit de l’islamisme ». Il évalue le nombre de harkis et goumiers à environ 100 000 hommes et il estime à quelque 50 000, les victimes algériennes des bavures du FLN/ALN, dont nombre de militants nationalistes authentiques. Préconisant une déconstruction de la pensée nationaliste, il estime que la question identitaire et celle de l’autoritarisme sont deux problèmes majeurs qu’il est impératif de dépasser pour aller vers une Algérie nouvelle et apaisée...

Les propos de Mohammed Harbi ont été recueillis par Mustapha Benfodil et publiés dans l’édition du 26 mai 2011 d’El Watan [5]. A la suite, vous trouverez une mise au point de Mohammed Harbi, publiée dans l’édition du 28 mai, une brève biographie de Mohammed Harbi et enfin un glossaire repris de l’édition du 26 mai.

 
Le rapport 2011-2013 du Comité des familles de disparus en Algérie est alarmant

Ci-dessous un communiqué de presse, relatif à la publication du rapport 2011-2013 du Collectif des Familles de Disparu(e)s en Algérie (CFDA)
 [6] sur la situation des droits de l’Homme en Algérie : Le régime algérien à l’épreuve des droits de l’homme. L’illusion du changement.

Documents téléchargeables :

[Mis en ligne le 28 juin 2013, mis à jour le 1er juillet]


 
En mars 2014, manifestations en Algérie : « Barakat ! » ça suffit !

« Barakat ! », ou « ça suffit ! » C’est le nom du mouvement qui vient de se créer en réaction à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un quatrième mandat. Ce jeudi [6 mars 2014], une quarantaine de personnes, dont des journalistes, qui manifestaient devant la faculté d’Alger ont été interpellées de manière musclée par les forces de l’ordre.

Depuis l’annonce de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika (77 ans) à la présidentielle du 17 avril, les manifestations se multiplient en Algérie.

 
Daho Djerbal : réconcilier les Algériens avec eux-mêmes et avec leur histoire

L’historien Daho Djerbal, directeur et l’un des fondateurs de la revue Naqd,
est maître de conférences en histoire de l’Algérie contemporaine à l’Université d’Alger.

Nous reprenons ci-dessous l’interview qu’il a donnée à Hadjer Guenanfa et qui a été publiée dans TSA le 8 mai 2015 [7],

[Mis en ligne le 10 mai 2015, mis à jour le 11]


 
Hocine Aït Ahmed, “un géant s’en est allé”

C’est une marée humaine qui a assisté aux obsèques du leader historique Hocine Aït Ahmed. Les Algériens, de toutes les régions du pays, ont rendu un hommage exceptionnel, vendredi 1er janvier, au dernier chef historique de la Révolution dans son village natal, Ath Ahmed, sur les hauteurs d’Aïn El Hammam, dans la wilaya de Tizi Ouzou.

Aït Ahmed était le dernier survivant des neuf « chefs historiques » du FLN initiateurs du déclenchement de l’insurrection en Algérie le 1er novembre 1954.

Après avoir milité dans un groupuscule d’extrême gauche, Driss El Yazami, a évolué vers les droits de l’Homme. Après avoir été Secrétaire général de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, il a présidé le Conseil consultatif des Marocains de l’étranger. En 2011, il a pris la direction du Conseil national des droits de l’Homme. L’hommage qu’il rend ci-dessous à Hocine Aït Ahmed est repris de l’édition du 6 janvier 2016 du quotidien marocain L’économiste.

 
à Oran, Fernand Iveton retrouve sa rue

Fernand Iveton avait 30 ans lorsqu’il a été condamné à mort pour avoir posé une bombe dans son usine à Alger, en 1956, deux ans après le début de la guerre de libération. Français d’Algérie anticolonialiste, délégué CGT, membre du Parti communiste algérien rallié au FLN, il voulait alerter l’opinion sans intention de tuer. L’explosif a été désamorcé, ne faisant ni dégât ni victime. Fernand Iveton a été guillotiné le matin du 11 février 1957, avec deux de ses camarades algériens, après une journée de procès sommaire et une demande de grâce rejetée par le président René Coty et François Mitterrand, alors garde des Sceaux.

On ignore les raisons qui ont incité les autorités municipales d’Oran à débaptiser la rue portant son nom en la renommant “rue du Chahid Bouachir Bouamer”, mais la réaction de protestation de la population a été vive. Finalement, sous la pression de jeunes citoyens, les autorités municipales d’Oran ont remis à sa place la plaque portant le nom de celui qui déclarait : « ?Je ne suis pas musulman […] mais je suis algérien d’origine européenne? ».

 
Mars 2017 : faire avancer la protection des défenseurs des droits de l’Homme en Algérie

Dans la perspective de la réunion du Conseil d’association UE-Algérie, le 13 mars, une demi-douzaine d’organisations ont invité instamment l’UE à aborder le sujet des graves violations des droits de l’Homme commises par les autorités algériennes, en particulier à l’encontre des défenseurs des droits de l’Homme (DDH) du pays.

Un an après l’adoption par le parlement algérien d’une réforme constitutionnelle, le nombre de ces violations graves n’a cessé de croître. Les organisations soussignées ont saisi l’occasion de la réunion du Conseil d’association pour mettre en lumière quelques-unes des violations relevées récemment et leur impact sur les DDH. [8]

 
Une pétition en mai 2017 pour que la clinique Larribère garde son nom

Il y a trois ans, Lucie Safia Hadj Ali, née Larribère, militante de l’indépendance de l’Algérie, engagée contre toutes les injustices et toutes les oppressions, nous quittait. Celle que tout le monde appelait Lucette, est décédée à l’âge de 94 ans, lundi matin 26 mai 2014 à La Seyne-sur-Mer, près de Toulon, entourée de ses enfants. Ses obsèques se sont déroulées quelques jour plus tard - une cérémonie de recueillement avant son incinération au crématorium de La Seyne. [9]

Aujourd’hui, nous relayons l’appel à signer la pétition :


 
Algérie : un livre utile sur la mémoire de la guerre d’indépendance

Le livre qu’Emmanuel Alcaraz consacre aux lieux de mémoire de la guerre d’indépendance algérienne propose de visiter ces espaces commémoratifs tels qu’ils ont été aménagés en Algérie depuis l’indépendance. A partir d’enquêtes de terrain effectuées en Algérie entre 2006 et 2017 auprès des musées et lieux de commémoration, et de plongées dans les archives militaires et judiciaires de ce pays, il propose une analyse critique des usages algériens du passé. Il montre que la mémoire nationale participe à la fois à la légitimation et à la contestation du pouvoir dans une société façonnée par la guerre d’indépendance où l’armée est omniprésente.

 
Dans la presse algérienne : la journée sur les disparus de la guerre d’Algérie du fait des forces de l’ordre françaises

Plusieurs quotidiens algériens ont annoncé la journée d’étude organisée le 20 septembre, salle Victor Hugo de l’Assemblée nationale, sur « Les disparus de la guerre d’Algérie du fait des forces de l’ordre françaises : vérité et justice ? », ou ou en ont rendu compte. C’est le cas notamment de « El Watan », « Liberté », « Le Quotidien d’Oran » et « L’Expression ». Tous soulignent que la répression durant la guerre d’Algérie a entrainé des milliers de disparus, au-delà du cas emblématique de Maurice Audin. Et que la question des archives est centrale, à la fois sur le plan historique et en ce qui concerne l’enjeu citoyen de leur accès. Voici quelques uns de leurs articles. Ainsi que l’annonce de l’ouvrage « Réparer l’injustice – L’Affaire Maurice Audin », dirigé par Sylvie Thénault, à paraitre en octobre 2019.

 
En Algérie, le besoin de mémoire,
en dépit du trop-plein de célébrations officielles,
par Brahim Senouci

Pour Brahim Senouci, beaucoup de jeunes algériens disent leur ras-le-bol devant le trop-plein de commémorations officielles de la guerre d’indépendance. Mais le problème est que ces célébrations n’ont aucun caractère populaire et que la confiscation de la mémoire par le pouvoir provoque chez les jeunes algériens une ignorance abyssale de l’histoire de la colonisation et de la décolonisation. Face à ceux qui préconisent l’oubli, il défend une véritable transmission vers eux de la connaissance du passé.

 
En Algérie, des révoltées de 1848
aux porteuses de valises,
par Michèle Riot-Sarcey

Lors d’un voyage universitaire en Algérie, l’historienne Michèle Riot-Sarcey a rencontré par hasard l’une des porteuses de valises du FLN, évadée de la prison de la Roquette en 1961. L’occasion de réfléchir aux difficultés des colonisés ou des femmes à laisser une trace dans l’histoire. En Algérie, les effets indélébiles de la colonisation sont toujours à vif et les années de silence ne peuvent être compensées par la reconnaissance tardive et sélective des morts sous la torture. Combien sont-ils encore à attendre ce dévoilement si parcimonieux ?

 
Hocine Aït Ahmed,
l’une des figures les plus marquantes du combat d’émancipation nationale
des Algériens,
par Tahar Khalfoune

Hocine Aït Ahmed est l’un des neuf chefs « historiques » qui organisèrent le déclenchement de l’insurrection nationale algérienne du 1er novembre 1954. Tahar Khalfoune, juriste originaire de Kabylie qui était un ami, à Lyon, de l’historien Gilbert Meynier, reprend ce jugement que ce dernier avait énoncé à son sujet : « Hocine Aït Ahmed — Si l’Hocine —, [était] l’une des figures historiques les plus marquantes du combat entrepris par les Algériens pour se délivrer de la domination coloniale française ». Tahar Khalfoune l’avait rencontré en 1989 quand il avait mis fin à son exil en Europe et il a eu de nombreux échanges avec lui jusqu’à sa mort en 2015.

 
Le hirak de 2019 fait s’interroger les Algériens sur la prise du pouvoir par l’armée au lendemain de l’indépendance

L’Algérie commémore en 2019 le 65e anniversaire du soulèvement du 1er novembre 1954 qui a marqué le début de la guerre d’indépendance nationale. Mais l’accession du pays à l’indépendance en 1962 a été marquée par une crise politique majeure au sein du mouvement national algérien (FLN, ALN, CNRA et GPRA*) qui a vu l’armée des frontières s’emparer du pouvoir en écartant les institutions construites tant bien que mal durant la guerre de libération. Nous reproduisons un texte de Mohammed Harbi du 31 octobre 2019 qui revient sur cette histoire ainsi qu’une interview filmée où il explique cette crise de l’année 1962. Et aussi le film d’un débat organisé le 22 octobre 2019 par le site Algeria-Watch sur l’histoire refoulée de l’Algérie depuis son indépendance.

 
Mohammed Harbi : « Il y a une régression culturelle immense en Algérie, on n’imagine pas l’ampleur du désastre »

A la veille du scrutin du 12 décembre 2019 qui est dénoncé par une grande partie des Algériens mobilisés dans le « hirak » comme une tentative de replâtrage du système qu’ils refusent, Mohammed Harbi, qui est à le plus important historien algérien après avoir été un militant engagé durant la guerre d’indépendance, a livré au quotidien « Le Monde » son analyse sur la situation politique de son pays. Nous reproduisons cet entretien.

 
Un ouvrage collectif important et un article de Sylvie Thénault sur l’affaire Audin et les autres disparus

Deux publications importantes sur l’affaire Audin et les autres disparus de la guerre d’Algérie sont intervenues en novembre et décembre 2019. D’une part, le livre collectif « Réparer l’injustice : l’Affaire Maurice Audin », dirigé par Sylvie Thénault et Magalie Besse, publié, dans le cadre de son programme de recherche « Justice transitionnelle et histoire », par l’Institut francophone pour la Justice et la Démocratie (IFJD). D’autre part, un long article de Sylvie Thénault, qui fait l’ouverture et est annoncé en couverture de la revue « l’Histoire » de décembre 2019 (n°466), sur « Les disparus de la guerre d’Algérie ». Nous présentons ce livre et reprenons des extraits de cet article.

 
Pierre Audin, citoyen algérien

Dans l’entretien ci-dessous accordé le 4 septembre 2020 au site TSA, Pierre Audin a annoncé qu’un décret du président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune, disait qu’il lui accordait la nationalité algérienne. L’info est passée en bandeau le 2 septembre au soir sur la télévision algérienne. En réalité, sa mère étant algérienne par décret du 4 juillet 1963, il était Algérien depuis cette date, le code algérien de la nationalité stipulant que les enfants d’une Algérienne ou d’un Algérien sont Algériens. Or, depuis presque deux ans, il demandait ses papiers algériens sans avoir de réponse. Par ailleurs, beaucoup d’Algériens, sachant qu’il y aura bientôt une inauguration, place Maurice Audin, à Alger, d’un monument pour lequel le wali a commandé le 20 août à un sculpteur de fabriquer en trois mois un buste du chahid assassiné par l’armée française, craignent que ce nouvel aménagement vise en réalité à y gêner la tenue de futures manifestations.

 
Mohammed Harbi réagit publiquement
à un texte diffamatoire à son égard

Mohammed Harbi a pris connaissance d’un texte diffamatoire signé par Mohammed Hachemaoui et publié par la revue Sociétés Politiques Comparées, éditée par Béatrice Hibou, et a décidé d’y répondre en s’adressant directement au public. Le chercheur en science politique auteur de ce pamphlet, dont les premiers travaux étaient dignes d’intérêt, développe depuis quelques années, pour diverses raisons personnelles, un discours complotiste qui lui fait tout expliquer de l’Algérie contemporaine par l’emprise absolue de la police politique — laquelle serait même l’organisatrice du hirak ! Etant donné le caractère injuste et absurde de ses attaques contre notre collègue Mohammed Harbi, dont les travaux sont d’un apport essentiel à l’histoire de l’Algérie contemporaine, nous publions sa lettre ouverte afin d’informer le public et d’obtenir de la revue Sociétés Politiques Comparées qu’elle revienne sur son erreur d’avoir publié ce texte indigent et s’exprime à son sujet.