La reconnaissance du passé colonial

publié le 25 juillet 2021
Benjamin Stora : la mémoire retrouvée de la guerre d’Algérie

Ceux et celles qui vont devoir faire et font déjà l’Algérie et la France de demain n’ont aucune responsabilité dans l’affrontement d’hier.

par Benjamin Stora, professeur d’histoire du Maghreb à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).

[Le Monde, 19 mars 2002]

 
inventer une mémoire commune

par Alain Gresh

[extrait de Manière de voir n°58 - juillet août 2001]

 
La France reconnaît qu’elle a fait la « guerre » en Algérie (juin 1999)

L’Assemblée Nationale vote - le 10 juin 1999 - un texte qui enterre le terme officiel d’« opérations de maintien de l’ordre ».

par Blandine GROSJEAN - Libération - 10 juin 1999

 
quarante ans après, le temps de tourner la page est venu

Un Niçois, rapatrié d’Algérie, répond au discours haineux de l’extrême droite.

 
Gilles Manceron : “affronter le passé colonial”

La colonisation fait partie de l’histoire française, mais la France ne veut pas le voir. Ce trou de mémoire ne peut que favoriser le retour d’un certain nombre de préjugés et la permanence dans la société française de ce que le philosophe Sidi Mohamed Barkat appelle des « faux plis ».

Par Gilles Manceron, vice-président de la Ligue des droits de l’Homme [GM].

 
Marc Ferro : un bilan globalement négatif

S’enrichir, christianiser, « civiliser » : les justifications de l’entreprise coloniale n’ont pas manqué au cours de l’histoire. Mais l’incapacité des colonisateurs, prisonniers de préjugés raciaux, d’accorder la citoyenneté aux peuples asservis a produit un désastre

L’historien Marc Ferro [1] revisite cinq siècles de colonisation.

Extrait d’un dossier publié dans le Nouvel Obs du 8 décembre 2005.

 
naturaliser les mémoires, par Brahim Senouci

Vous trouverez ci-dessous deux textes de Brahim Senouci, maître de conférences à l’université de Cergy.


 
Colonisation - Paroles

Article paru dans l’Humanité du 23 février 2006.

 
Marseille ou l’Orient à domicile ! par Bruno Etienne

Contre les tentatives de révision de l’histoire coloniale, l’imbroglio marseillais nous rappelle au principe de réalité.

Cet article de Bruno Etienne, membre de l’Institut universitaire de France, directeur de l’Observatoire du religieux à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence [2], est paru dans le numéro 15, été 2005, de La pensée de midi [3].

 
lettre ouverte de Ségolène Royal aux associations de rapatriés et de harkis

Cette lettre ouverte a été publiée le 11 avril 2007 sur le blog du secrétariat aux droits de l’Homme et libertés du parti socialiste [4].

 
à l’ouest, rien de nouveau, les mines sont toujours là

Les souffrances et les déracinements qu’ont vécus des centaines de milliers d’Européens à l’occasion de la guerre et de l’accession à l’indépendance d’un pays où ils étaient nés, sont abondamment évoqués depuis 1962. Des centaines de milliers d’Algériens “de souche” ont également connu l’exode au Maroc ou en Tunisie, à cause de cette guerre. Cette page est consacrée à ceux qui ont dû se réfugier au Maroc à la suite de la construction de la ligne Morice.

En 1961, François Chevaldonné et Paul Moity, deux jeunes Français qui travaillaient alors au Maroc, avaient commencé à préparer un court métrage sur ces réfugiés algériens, mais le cessez-le-feu est intervenu avant que le film ne soit achevé. Quarante ans après, à l’occasion de l’année de l’Algérie en France, ils ont pu réaliser un livre et une exposition avec les photos et les éléments de documentation qu’ils avaient alors recueillis. Cette page a été réalisée à partir du site internet qu’ils ont consacré à ces oubliés de l’histoire. [5]

 
Vue d’Alger, la France n’est pas guérie de ses plaies

Après la page du Quotidien d’Oran qui évoquait le retour à El Bayadh d’un ancien appelé de la guerre d’Algérie, nous reprenons ci-dessous dans son intégralité la page “ France-Actualités ” de l’édition du 24 novembre 2008 du quotidien algérien El Watan [6].

En juin 2002, Benjamin Stora déclarait que «  les mouvements souhaitables dans les deux pays sont inverses : en France, les politiques et l’État doivent prendre leurs responsabilités sur la guerre d’Algérie. Côté algérien, l’État doit perdre le monopole de la mémoire, [qui doit] revenir à la société. » [7]

Six ans plus tard, il faut malheureusement constater que les politiques français, étonnamment silencieux devant les tentatives de réhabilitation de l’OAS, n’ont toujours pas pris leurs responsabilités sur ce passé colonial, alors que le système algérien persiste à considérer que l’écriture de l’histoire des Algériens relève de sa compétence.

 
Bordeaux se retourne vers son passé négrier

Bordeaux a longtemps ignoré son passé de port négrier, mais, aiguillonnée par le mouvement associatif, elle ne pouvait rester à l’écart alors que Nantes poursuit son travail de mémoire. L’ouverture au musée d’Aquitaine de salles consacrées à l’esclavage mérite donc d’être remarquée. Nous reprenons un entretien accordé à ce sujet par Alain Juppé, maire de la ville.

L’inauguration officielle s’est déroulée le 10 mai dernier, à l’occasion de la Journée nationale de la mémoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions, en présence de la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie. Faut-il voir dans l’absence de Nicolas Sarkozy à cette cérémonie une nouvelle manifestation de l’« anti-repentance » présidentielle ?

Comme le rappelle ci-dessous l’historien Marcel Dorigny, « l’esclavage [est] une histoire qui concerne la nation entière ».

 
les séquelles psychiques de la guerre d’Algérie (pour les anciens appelés)

Près de deux millions de jeunes ont été appelés entre 1956 et 1962 pour participer à la guerre coloniale en Algérie. On peut estimer que plusieurs centaines de milliers en sont revenus psychiquement malades. Dans le texte que nous reprenons ci-dessous, Gilbert Argelès rappelle que la France n’a jamais vraiment affronté le problème et que, malgré leur âge maintenant avancé, beaucoup des anciens combattants de cette guerre qui ne disait pas son nom continuent à souffrir de ses suites.

 
Benjamin Stora : « Algériens et Français doivent regarder ensemble leur histoire commune »

Invité par l’Association des Anciens Elèves des Lycées Malika Gaid et Mohamed Kerouani, Benjamin Stora a animé un débat à Sétif le 6 avril 2013. A cette occasion il a déclaré que « le moment est venu pour les Algériens et les Français de regarder leur histoire commune en face ».

Il a poursuivi : « Il faut en outre se pencher sur la question de l’enrôlement par l’armée française de la paysannerie algérienne (harkis), celle du statut des minorités qui ont quitté l’Algérie (pieds-noirs). On doit savoir qu’après l’indépendance, plus 200 000 Européens sont restés en Algérie jusqu’aux années 1970. Côté français, beaucoup d’archives sont à ouvrir, notamment celles inhérentes aux champs de mines, aux essais nucléaires français au Sahara, aux disparitions de milliers d’Algériens et à l’utilisation du napalm, pour ne citer que ces sujets. » [8]

 
Publication des Actes de la journée d’étude sur les disparus de la guerre d’Algérie du fait des forces de l’ordre françaises. Un vif débat a lieu sur l’accès aux archives de l’armée française

Ouverte par Stéphane Peu, député de Seine-Saint-Denis, et Pierre Audin, le 20 septembre 2019, dans la salle Victor Hugo de l’Assemblée nationale, la journée d’étude « Les disparus de la guerre d’Algérie du fait des forces de l’ordre françaises : vérité et justice ? » a rassemblé un public nombreux. Les vidéos résumant ses travaux ont été publiées par Mediapart et par ce site. Les textes complétés des interventions sont sur le site du CREDOF. Plusieurs évoquent le blocage de l’accès aux archives constitué par un texte non législatif de 2011, l’« IGI 1300 », qui contredit la loi. Sa mise en application avec zèle, en janvier 2020, au Service historique de la Défense, soulève un vif débat parmi les historiens et les archivistes.

 
La France rapatrie la dépouille d’un soldat mort à Oran en 1956

La dépouille d’un soldat français mort et enterré en Algérie en 1956 a été rapatriée en France. Mais la restitution par la France des crânes des résistants algériens tués dans les combats du XIXe siècle contre la colonisation française ne semble pas à l’ordre du jour. Pourtant, nombreux sont ceux qui, d’une rive ou de l’autre de la Méditerranée, et parfois depuis des années, demandent le retour en Algérie des restes mortuaires des résistants algériens qui se trouvent toujours en France. Aucune réponse n’a été donnée à ce jour à la trentaine de milliers de signataires de la pétition lancée par Brahim Senouci, demandant la “Restitution des têtes des résistants algériens, détenues par le Musée de l’Homme.” Nous reprenons ci-dessous deux articles parus le 7 août dernier, dans le quotidien algérien El Watan, qui font le point sur différents aspects du problème.

 
Une plaque en l’honneur d’un avocat assassiné ?

Pendant la guerre d’Algérie, au début de la Ve République, en plein Paris, le 23 mai 1959, avec l’aval du Premier ministre, Michel Debré, a été ordonné l’assassinat d’un avocat inscrit au Barreau de Paris, Me Amokrane Ould Aoudia qui défendait les indépendantistes algériens. Un voeu relatif à l’apposition d’une plaque commémorative au 10, rue Saint-Marc a été adopté le 14 septembre 2017 par le Conseil du 2e arrondissement de Paris.

 
L’historien Alain Ruscio lance un débat : une statue de l’émir Abdelkader à Paris

La statue du général sudiste Robert Lee défenseur de l’esclavage a été déboulonnée à Charlottesville (États-Unis), ce qui a provoqué des incidents graves. En France aussi, la présence des statues érigées à la gloire de colonisateurs font débat. L’historien Alain Ruscio [9] propose quant à lui de rendre hommage à un héros de la résistance anticoloniale en Algérie, l’émir Abdelkader. Il montre que l’idée d’installer une statue de l’émir à Paris avait déjà ses partisans au début du XXe siècle.

 
Monuments et passé colonial : détruire, déplacer ou ajouter ?

A la suite des polémiques aux Etats-Unis sur les statues de défenseurs de l’esclavage, des voix se sont exprimées en France pour mettre en cause la présence dans l’espace public, par exemple, des statues de Colbert, l’initiateur du Code noir, ou du général Bugeaud. Faut-il les abattre de la même façon ? ou bien les retirer pour les mettre dans des musées ? Faut-il surtout installer de nouvelles statues pour rendre hommage à des personnalités qui se sont opposées à l’esclavage et à la colonisation ? C’est un débat auquel, du fait de cette page de son histoire, la France ne peut échapper.

 
Pourquoi tant de noms à la gloire de la colonisation ?

Rues, boulevards, avenues et places, sans oublier collèges, lycées, statues et monuments, sont à Paris autant de témoins de l’histoire et de la légende du colonialisme français. Alors qu’aux États-Unis, les statues des généraux esclavagistes, contestées, s’apprêtent à quitter les rues pour gagner les musées, ce guide invite à porter notre attention sur ces nombreuses traces du passé colonial dans la capitale.

 
Monuments et statues du temps des colonies dans la capitale

Alain Ruscio recense dans cet article les principales traces architecturales du passé colonial dans la capitale. Plusieurs de ces monuments et statues datent de l’Exposition coloniale de 1931. A cette occasion, tout le quartier populaire à la lisière du Bois de Vincennes, dans l’est de Paris, a été remodelé. De nouvelles artères ont été créées, des édifices nouveaux érigés, dont le Palais des colonies, place de la Porte dorée, devenu Musée d’histoire de l’immigration. C’est précisément cette institution qui a publié une brochure de Gilles Manceron, Traces de l’Histoire coloniale dans le 12e arrondissement de Paris [10], qui le complète sur plusieurs points et dont nous reproduisons la description de la façade ouest du musée.

 
Pourquoi la France a-t-elle du mal à regarder son histoire coloniale en face ?
par l’historienne Christelle Taraud

Emmanuel Macron a été le premier président à qualifier la colonisation de « crime contre l’humanité », plus de soixante ans après les guerres d’indépendance. Comment expliquer ces années de silence ? L’historienne Christelle Taraud, spécialiste de la colonisation, explique dans un entretien à Francetvinfo que le fait de connaître la colonisation est essentiel pour comprendre la France d’aujourd’hui. Elle estime qu’à force de ne pas parler de cette histoire, on abîme durablement les individus et la société, c’est comme un cancer qui nous ronge de l’intérieur et empêche tout avenir commun. Il est donc nécessaire de penser une nouvelle histoire, sortir d’une vision européocentrée, masculine et blanche de l’histoire. Il faut redonner aux anciens pays colonisés leur place et aux peuples leur complexité.

 
Le Salon et la Semaine anticoloniale et antiraciste 2018

Durant tout le mois de mars 2018, la Semaine anticoloniale et antiraciste est l’occasion de nombreuses rencontres. A Paris, à La Bellevilloise, le week-end des 10 et 11 mars, s’est tenu un Salon du livre. D’autres rendez-vous sont annoncés dans le programme de la Semaine. Parmi eux, le dimanche 18 mars, un atelier du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) sera consacré à une réflexion sur le mot « Race », avec les historiennes Elsa Dorlin et Carole Reynaud-Paligot.

 
La décolonisation, un terreau de Mai 68, par Nils Andersson

Nous avons rendu compte de la publication du dernier livre de Nils Andersson, « Mémoire éclatée » (1), dans lequel il revient sur ses combats politiques d’éditeur militant, au premier rang desquels la lutte anticolonialiste. On lira ici son intervention lors de la séance inaugurale de « Mai 68 vu des Suds », le 2 mars 2018 à la Sorbonne, qui pointe l’importance de la décolonisation comme l’un des terreaux principaux de Mai 1968, tout particulièrement la diffusion des idées d’émancipation des peuples colonisés par des maisons d’éditions anticolonialistes qui avaient ouvert « un front éditorial ».

 
Une campagne « Faidherbe doit tomber »

A l’occasion du bicentenaire, le 3 juin 2018, de la naissance de Louis Faidherbe (1818-1889), héros de la guerre de 1870-1871 contre les Prussiens, mais figure majeure du colonialisme français en Afrique, une campagne est menée à l’initiative de l’association Survie Nord, en partenariat avec l’Atelier d’histoire critique, le Collectif Afrique, le Front uni des immigrations et des quartiers populaires et le Collectif sénégalais contre la célébration de Faidherbe. Pour continuer à documenter la réflexion déjà engagée sur ce site sur la « décolonisation » des toponymes et des monuments, nous publions des extraits du site internet qui relaie cette campagne « Faidherbe doit tomber. Le colonialisme tue » : une présentation de la carrière de ce pacificateur colonial, « Bugeaud du Sénégal », ainsi qu’un « questions-réponses (à ceux qui veulent garder Faidherbe) ».

 
Le Mémorial de la prison de Montluc a oublié la présence
des patriotes algériens

En 2009, les prisons de Lyon ont été fermées et il a été décidé de transformer la prison du Fort de Montluc en Mémorial. Mais on a limité celui-ci à la période 1943-1944. On a oublié la présence de centaines de patriotes algériens pendant leur guerre d’indépendance, dont douze y ont été guillotinés. D’anciens détenus algériens l’ont visité et ont constaté ce manque. Cela a suscité un débat dont un site internet créé par des chercheurs s’est fait l’écho. Ce lieu de mémoire va-t-il accorder une place à cette page de notre histoire ?

 
Pour Souleymane Bachir Diagne
et Benjamin Stora,
la question coloniale
ne cesse de faire retour

Le philosophe africain Souleymane Bachir Diagne, auteur de « En quête d’Afrique(s), universalisme et pensée décoloniale », et l’historien Benjamin Stora ont échangé pour « l’Express » sur le retour du passé colonial et décolonial dans notre présent. Benjamin Stora a également participé à une émission de la chaîne de télévision algérienne « Al Magharibia » sur « le Premier novembre 1954, 64 ans après », reproduite ci-dessous. Nous reviendrons dans un prochain article sur ses propos sur la déclaration d’Emmanuel Macron sur l’assassinat de Maurice Audin et les plus de 3000 Algériens disparus durant la Bataille d’Alger, objet du site 1000autres.org, reproduits par le quotidien algérien « El Watan » .

 
Jean-Paul Sartre et l’Afrique :
décoloniser l’esprit,
par Séverine Kodjo-Grandvaux

Gallimard réédite les écrits sur l’Algérie de Jean-Paul Sartre, qui a été un soutien résolu de la cause indépendantiste, notamment à travers la revue qu’il dirigeait, « Les Temps Modernes ». Il s’agit des articles que cet éditeur avait regroupés sous le titre « Situations V ». Pour Séverine Kodjo-Grandvaux, ils permettent de mieux saisir ce qui se passe avec l’irruption de la pensée décoloniale dans le monde francophone. Mais, selon elle, Sartre n’avait pas saisi l’aspiration à l’universel porté par la négritude, qu’il a essentialisée.

 
Musées, théâtre, cinéma,
arts graphiques,
regard colonial ou décolonial ?

Quelles images musées et artistes doivent-ils donner de la période coloniale européenne ? Près de Bruxelles, le Musée royal de l’Afrique centrale, à Tervuren, a rouvert ses portes après une longue fermeture que regrettait, par exemple, en 2014, « La Libre Belgique », en raison du « parfum de colonialisme qui y règne toujours ». Dans « Le Monde », Philippe Dagen confirme que sa rénovation perpétue les idées reçues sur les colonies. Heureusement, des historiens, des artistes, comme dans la rencontre à l’ENS que nous présentons ci-dessous, secouent le vieux cocotier des préjugés coloniaux.

 
Recherches entravées… il est urgent de lever les obstacles à la consultation des archives

Paradoxalement, après la déclaration importante du président de la République du 13 septembre 2018 concernant la vérité sur l’affaire Audin et les tortures pratiquées par l’armée française en Algérie, des mesures ont été prises concernant les archives qui empêchent le processus qu’il a jugé nécessaire et entravent les recherches sur notre histoire contemporaine. Via l’organisme opaque qu’est le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), a été mis en place, en effet, en 2019 et jusqu’à aujourd’hui, un mécanisme long et complexe de « déclassification » qui empêche l’accès aux archives tel que prévu par la loi. Par des questions orales ou écrites, plusieurs parlementaires s’en sont inquiétés. Il est urgent de lever ces obstacles dressés en France contre la liberté de la recherche historique et le droit des citoyens à l’information.

 
Albert Memmi, écrivain et penseur de la société coloniale et du racisme

Albert Memmi est mort le 22 mai 2020 dans sa centième année. Né à Tunis le 15 décembre 1920 dans une famille juive arabophone, formé d’abord à l’école rabbinique puis à l’école de l’Alliance israélite universelle, il a poursuivi sa scolarité, grâce à une bourse, au lycée Carnot de Tunis, puis à l’université d’Alger, où il mena des études de philosophie qu’il poursuivra à la Sorbonne. Installé en France en 1956, il a conduit une carrière universitaire à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) puis à Nanterre. Ses œuvres de fiction comme ses essais sociologiques portent en particulier sur les rapports de domination, sur les conséquences complexes de la société coloniale et sur les différentes formes de racisme. L’universitaire Hervé Sanson, qui a publié avec lui Penser à vif. De la colonisation à la laïcité, l’évoque pour notre site.

 
Alain Ruscio : les décapitations dans l’ensemble de l’espace colonial français

L’historien Alain Ruscio explique que les décapitations ont été une pratique courante à l’époque des conquêtes coloniales françaises et de l’empire qui en a résulté. Lors de la colonisation de l’Algérie, mais aussi en Indochine, dans l’Afrique subsaharienne et en Nouvelle-Calédonie, des crânes ont été exhibés comme des trophées et fait l’objet de cartes postales et de collections. Nous reprenons aussi l’article de Amel Blidi publié dans le quotidien algérien El Watan du 5 juillet 2020 expliquant que des centaines de crânes algériens sont encore conservés à Paris au Musée de l’homme et au Muséum national d’histoire naturelle. L’indignation légitime que suscite aujourd’hui en France les décapitations récentes par Daech ne devrait-elle pas s’étendre à ces pratiques barbares des armées françaises dans l’ère coloniale ?

 
Raphaëlle Branche analyse la place de la guerre d’Algérie dans la société française

Dans l’entretien qu’elle a donné au quotidien algérien Liberté, l’historienne Raphaëlle Branche parle de son enquête sur les anciens appelés de l’armée française qui a donné lieu à son livre, Papa, qu’as-tu fait en Algérie ? Enquête sur un silence familial. Fondé sur une vaste collecte de témoignages et des sources inédites, ce livre analyse les silences de ces hommes dont les causes sont familiales, sociales et liées aux contexte historique des dernières décennies. Avec le renouvellement des générations, la place de la guerre d’Algérie dans la société française se trouve modifiée et de nouveaux récits sont possibles. Elle commente aussi dans cet interview le contentieux mémoriel entre l’Algérie et la France et souligne l’importance de la bataille menée pour l’ouverture des archives.

 
Étienne Achille et Lydie Moudileno :
« Pour une décolonisation du quotidien »

Écrire des « mythologies » et des « lieux de mémoire » postcoloniaux. C’est à ce projet ambitieux que se sont attelés Étienne Achille et Lydie Moudileno, avec une volonté politique et historique qui résonne avec les mobilisations antiracistes contemporaines. Ci-dessous l’entretien qu’ils ont accordé à Joseph Confavreux pour Mediapart. Tous deux travaillent aux États-Unis, en Pennsylvanie et en Californie du Sud, et c’est en s’inspirant du meilleur des postcolonial studies qui se développent dans les universités nord-américaines qu’ils se sont lancés dans une tentative audacieuse de réécriture dans une perspective post-coloniale des deux grands livres que sont les Mythologies de Roland Barthes et les Lieux de mémoire, dirigé par Pierre Nora.

 
Benjamin Stora s’explique sur le rapport
qu’il doit remettre au président de la République

Emmanuel Macron a demandé fin juillet à Benjamin Stora un rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie dans les deux pays. Une mission vivement contestée par l’extrême droite et la droite française et au sujet de laquelle la gauche est restée silencieuse. L’historien s’en est expliqué dans l’entretien pour Mediapart avec Rachida El Azzouzi dont nous donnons le lien. Il y répète qu’il ne travaillera ni avec la personnalité désignée par le président Tebboune, ni dans le cadre d’une commission mixte binationale. Dans son article ci-dessous, la journaliste résume ses propos et évoque les débats que cette mission a suscités. La remise du rapport est prochaine. Les conclusions qu’en tirera Emmanuel Macron montreront s’il est véritablement décidé à entreprendre un travail de vérité historique sur ces sujets ou si ses déclarations antérieures seront sans lendemain.

 
Appel aux lecteurs
Soutenez le site histoirecoloniale.net

Notre travail d’information sur le passé colonial et ses traces aujourd’hui est plus indispensable que jamais. La lettre d’info du site histoirecoloniale.net en rend compte. Nos lecteurs peuvent demander à la recevoir. Par ailleurs, un don ou une contribution régulière via le lien ci-après lui serait utile. Documenter ce passé et ses séquelles est l’objet de ce site, né de l’initiative d’un militant de la LDH de Toulon conscient de ce que l’ignorance et les préjugés coloniaux alimentent fortement dans notre société le racisme et l’extrême droite, qui risque de profiter des différentes crises que nous traversons. Merci de votre soutien.

 
Une rencontre avec Lilian Thuram
autour de son livre « La pensée blanche »

Qu’est-ce qu’être blanc ? Plus qu’une couleur de peau, n’est-ce pas plutôt une pensée ? Qui sont ceux qui l’ont inventée, et pourquoi ? Telles sont les questions que pose Lilian Thuram dans son essai La pensée blanche. Il ne s’agit pas pour lui de culpabiliser ni d’accuser, mais de comprendre les mécanismes à l’œuvre, d’en prendre conscience pour construire de nouvelles solidarités. Le temps n’est-il pas venu d’élargir nos points de vue pour nous considérer tous enfin comme des êtres humains ? Autour de ce livre, une section parisienne de la Ligue des droits de l’Homme organise, avec la Fondation Lilian Thuram-Education contre le racisme, une rencontre sur internet sur le thème « La pensée blanche, l’invention de la race », le mardi 12 janvier 2021 de 18h à 19h15. Ci-dessous deux interviews donnés par Lilian Thuram et le lien de connexion pour suivre cette rencontre.

 
« Repentance » : l’histoire d’un mot écran

Il n’y aura « ni repentance, ni excuses » : telle fut, dans la bouche de Bruno Roger-Petit, l’actuel conseiller mémoire du président Macron, la première réaction de l’Elysée au rapport de l’historien Benjamin Stora sur la colonisation et la guerre d’Algérie, avant même sa remise officielle, le 20 janvier 2021. « Repentance » : l’usage officiel de ce mot est lourd de signification et ne peut qu’inquiéter ceux qui militent pour la reconnaissance de ce que fut le colonialisme. Rappelons que cette notion aujourd’hui banalisée dans le débat public français a une histoire : empruntée au vocabulaire religieux, elle fut introduite dans les années 2000 comme repoussoir par des courants politiques nationalistes amateurs de roman national, désireux de réhabiliter la colonisation et de disqualifier toute histoire critique de cette dernière, avant d’être consacrée sous Nicolas Sarkozy. Nous publions ici deux textes, l’un de Fabrice Riceputi, l’autre de Sébastien Jahan et Alain Ruscio, qui expliquent l’émergence de ce thème, ainsi qu’un article de Gilles Manceron paru le 17 février 2021 dans l’Humanité.

 
Des réactions
de la part d’historiens en France
au rapport de Benjamin Stora

Remis le 20 janvier 2021 au président de la République, le rapport de Benjamin Stora sur les questions mémorielles concernant la colonisation et la guerre d’Algérie a suscité de nombreuses réactions, en France comme en Algérie. Ci-dessous, dans l’ordre chronologique de leur publication, les réactions des historiens en France Gilles Manceron, Malika Rahal, Fabrice Riceputi et Alain Ruscio, qui font partie de la rédaction des sites histoirecoloniale.net et 1000autres.org. Nous indiquons également les liens vers les points de vue publiés par Pascal Blanchard, Olivier Le Cour Grandmaison, Sylvie Thénault, Tramor Quemeneur et Saïd Bouamama. Et nous ajoutons celui vers la contribution de l’Association Josette et Maurice Audin ainsi que les articles d’El Watan et du Quotidien d’Oran qui en rendent compte.

 
L’étrange positionnement
de Gérard Noiriel et Stéphane Beaud

Le livre de Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, Race et sciences sociales. Essai sur les usages publics d’une catégorie, et l’extrait de son introduction et de sa conclusion publié par Le Monde diplomatique, ne manquent pas de surprendre au regard de la valeur des travaux antérieurs de ces auteurs. Les recherches en sciences sociales sur la question des inégalités et des ségrégations ethno-raciales ne sont pratiquement pas discutées et sont assimilées au discours de petits groupes politiques qui, depuis une quinzaine d’années, sont pris comme « chiffons rouges » de la part de médias comme Marianne ou Le Point, d’idéologues comme Laurent Bouvet et de mouvements comme le Printemps républicain, pour disqualifier les mouvements antiracistes au nom de « la sauvegarde de la République ». L’histoire des luttes de l’immigration et de ces mouvements montre que les choses sont beaucoup plus complexes. Ci-dessous la réaction de notre site, l’article publié par Contretemps et les liens vers d’autres commentaires critiques.

 
Marseille, le nom des rues en débat :
quelle place accorder dans l’espace public
au passé colonial et à ses suites ?

Les personnages honorés dans l’espace public sont des repères pour les citoyens. A Marseille, des rues et des écoles portent les noms des colonisateurs Bugeaud ou Cavaignac. L’association Ancrages, qui travaille sur l’histoire de la ville et sa diversité, a élaboré une liste de 315 noms dont les parcours pourraient être rappelés dans l’espace public. L’écrivain Claude Mckay, originaire de la Jamaïque, et la militante de l’indépendance algérienne puis de l’antiracisme à Marseille, Baya Jurquet-Bouhoune, en font partie. Cette association a fait des proposition de cartels pour accompagner les statues à la gloire de la colonisation qui se trouvent à la Gare Saint-Charles. Le Collectif pour une mémoire apaisée appelle à débaptiser les lieux portant les noms de Bugeaud et de Cavaignac pour leur donner les noms de Gisèle Halimi et de Maurice Audin. Par ailleurs, après un quart de siècle de refus de l’ancienne municipalité, une avenue au nom d’Ibrahim Ali, tué en 1995, à 17 ans, par des colleurs d’affiches du FN, a été enfin officiellement inaugurée.

 
L’analyse par l’historienne Sylvie Thénault
de la publication du rapport de Benjamin Stora

Ci-dessous le compte rendu du rapport de Benjamin Stora publié par Sylvie Thénault sur histoire@politique. Et des extraits de son article dans la Revue d’histoire culturelle, XVIIIe-XXIe siècle où elle propose, à travers son vécu d’historienne, une réflexion sur l’action de l’État concernant l’histoire de la guerre d’indépendance algérienne. Elle y évoque trois expériences : la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats au Maroc et en Tunisie ; la déclaration présidentielle du 13 septembre 2018 sur la responsabilité de l’État dans la mort de Maurice Audin ; l’instruction générale interministérielle 1300 (IGI 1300) et la déclassification des archives. Nous reprenons ci-dessous ce qui concerne la déclaration présidentielle de 2018 dans la préparation de laquelle elle a joué un rôle important, et renvoyons les lecteurs à l’intégralité de l’article.

 
Les « fallaces » de l’anti-décolonialisme,
par le sociologue Gilles Bastin

Le quotien Le Figaro a publié le 26 mars 2021 sur son site internet une tribune intitulée « Décolonialisme et idéologies identitaires représentent un quart de la recherche en sciences humaines aujourd’hui ». Ce texte se donne une apparence scientifique mais il est fondé sur une méthodologie défaillante et une argumentation confuse. Comme le montre le sociologue Gilles Bastin, de l’Institut d’Études Politiques de Grenoble, qui dirige l’équipe Régulations du laboratoire Pacte, ce texte prend place dans le cadre d’une offensive soigneusement organisée depuis la fin de l’année 2020, de l’« Observatoire du décolonialisme » et d’autres groupes politiques qui n’hésitent pas à recourir à des « fallaces » — c’est-à-dire à des tromperies — pour diffuser leur dénigrement de la recherche universitaire.

 
Au lieu de regarder son histoire en face
la France se limite-t-elle trop aux symboles ?
par le « BondyBlog »

Par des déclarations et des gestes symboliques, le président Macron a invité les Français à poser un regard lucide sur deux pages de l’histoire coloniale de la France, la guerre d’Algérie et sa politique au moment du génocide des Tutsis au Rwanda. Mais les deux chercheurs dont le point de vue a été recueilli par le BondyBlog, François Graner, de l’association Survie, spécialiste de l’histoire du génocide au Rwanda, et Fabrice Riceputi, enseignant, chercheur et l’un des animateurs des sites histoirecoloniale.net et 1000autres.org, se demandent si le président cherche vraiment à faire émerger la vérité historique ou plutôt à recueillir les lauriers symboliques de sa démarche. Pour eux la commande présidentielle de deux rapports aux historiens Benjamin Stora et Vincent Duclert entouré d’une commission dont la composition a été contestée s’avère très insuffisante.

 
“L’invention de l’Afrique”,
par Valentin-Yves Mudimbe
un classique enfin traduit en français

C’est un ouvrage pionnier lors de sa parution 1988 aux Etats-Unis, devenu un classique des études africaines et décoloniales. L’Invention de l’Afrique est souvent comparé à L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident (1978) d’Eward Saïd. Philosophe, poète et romancier congolais exilé aux Etats-Unis, Valentin-Yves Mudimbe y enquête sur les fondements du discours colonial présentant l’Afrique comme un monde primitif et hors de l’histoire. Comme le souligne un article du Monde que nous publions ici, cette traduction parait aux éditions Présence africaine alors qu’est engagé en France un débat sur ce qu’est ou ce que peut être une « pensée décoloniale ». Ci dessous aussi, une émission que lui a consacré « La grande table » de France Culture.

 
Le rapport de Benjamin Stora
sur la mémoire de la guerre d’Algérie
provoque de riches débats
en France et en Algérie

Les autorités algériennes n’ont toujours pas réagi officiellement au rapport Stora sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie, et le membre du cabinet du président Tebboune que celui-ci a chargé de lui remettre un rapport de son côté ne l’a toujours pas rendu public ni peut-être même rédigé. Mais, en Algérie comme en France, le rapport Stora suscite réflexions et commentaires. Ci-dessous, le texte d’un universitaire algérien, Mouloud Hedir, qui le considère comme le point de départ d’un débat qui rassemble toutes les bonnes volontés en Algérie. Il souhaite par ses propres commentaires faire la jonction avec ceux qui, en France, travaillent dans la même direction. Ci-dessous aussi une émission de France culture où Benjamin Stora revient sur son rapport.

 
Le 11 juin 2021
nouvel hommage à Josette et Maurice Audin
au cimetière du Père-Lachaise

Comme l’année précédente, un hommage a été organisé le 11 juin 2021 devant le cénotaphe de Maurice Audin au cimetière du Père-Lachaise à Paris. C’est le seul monument érigé en France à la mémoire d’un militant de l’indépendance algérienne. Maurice Audin a été arrêté à Alger le 11 juin 1957 par des militaires français et le président de la République, Emmanuel Macron, a reconnu le 13 septembre 2018 que ceux-ci l’avaient assassiné. Ce cénotaphe a été inauguré en juin 2019, après la dispersion des cendres de son épouse, Josette Audin, décédée le 2 février 2019. Le président de l’Association Josette et Maurice Audin, Pierre Mansat, a fait le point sur ses efforts pour l’ouverture des archives et sur les risques que comporte la nouvelle loi qui risque d’être adoptée à la va-vite en juillet 2021.

 
Un rassemblement
devant la statue de Bugeaud
à Paris

A l’initiative de l’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison et du président de l’Association Les Oranges, M’hamed Kaki, un rassemblement a lieu le 18 juin 2021 devant la statue du maréchal Bugeaud, qui domine la façade nord du Louvre, le long de la rue de Rivoli à Paris. La date a été choisie en référence à celle des enfumades ordonnées par le colonel Pélissier, le 18 juin 1845, pour provoquer la mort par asphyxie des populations civiles algériennes qui s’y étaient réfugiées. Elles ont anéanti, conformément aux ordres du général Bugeaud, une tribu entière – celle des Ouled Riah - dont les membres s’étaient réfugiés dans les grottes du Dahra, proches de Mostaganem.

 
Le chemin de fer Congo-Océan
symbole des crimes contre l’humanité
de la colonisation

Dénoncé par André Gide, dans son livre Voyage au Congo (1927) et par Albert Londres dans Terre d’ébène (1929), le chantier de la voie ferrée Congo-Océan à partir de Brazzaville dans le Congo français (AEF) a coûté la vie à près de 20 000 travailleurs africains pendant sa construction entre 1921 et 1934. Il a aussi fait naître en France un début de prise de conscience des abus du système colonial. Ci-dessous, l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch explique au Monde qu’il peut être considéré comme un crime contre l’humanité emblématique de tous ceux du colonialisme. Nous indiquons aussi les liens vers les articles sur ce sujet publiés par ce quotidien ainsi que par notre site.