Identité nationale

publié le 10 février 2016
Histoire de France : crise de l’identité nationale, par Suzanne Citron

Texte publié dans Dialogues Politiques - revue plurielle de science politique, n°2, Janvier 2003 -

 
Qu’est-ce qu’un Français ?

À la question que pose Patrick Weil, il n’y a qu’une réponse :
est français celui que l’Etat considère comme tel.

Mais cela peut réserver des surprises : votre nationalité française peut faire Pschitt  !

 
Vous avez dit « identité nationale » ?

Rappelez-vous les déclarations de Nicolas Sarkozy, à Toulon, il y a trois ans : article 215 Mais à force de racolage, le ministre-candidat a fini par devenir lui-même propagandiste des thèmes de l’extrême droite. Son dernier dérapage le montre une fois de plus : la création d’un « ministère de l’immigration et de l’identité nationale » aux inquiétantes connotations.

L’identité nationale est une notion à manier avec beaucoup de précautions. L’occasion d’en appeler aux historiens et notamment à Anne-Marie Thiesse qui écrivait, dans un contexte très différent, que « la nation est une création vieille d’à peine deux siècles qu’il fallut inventer et ensuite consolider autour de mythes fondateurs ... »

 
« Identité nationale » et immigration, les liaisons dangereuses de Nicolas Sarkozy

Gérard Noiriel observe que, depuis les années 1930, l’identité nationale a toujours été associée à l’idée faisant de l’étranger une menace. « On parle alors d’« indésirables » et même plus de « racailles », de « métèques », de « clandestins », les « indésirables » étant ceux que l’on n’avait pas choisis », ajoute l’historien [1].

Jean-Marie Le Pen, obsédé par l’immigration (elle met en danger l’identité française), peut se réjouir de la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un « ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale » : à force de racoler son électorat, le ministre-candidat est devenu le meilleur propagandiste des thèmes de l’extrême droite.

En réalité, rien de véritalement nouveau : les relations entre droite et extrême droite sont anciennes tant sur le plan idéologique que sur le plan « électoral ».

 
Un ministère indésirable dans une démocratie libérale, par Tzvetan Todorov

Tzvetan Todorov est historien des idées et essayiste. Son article est paru dans Le Monde du 17 mars 2007.

 
Laurent Mucchielli : l’identité nationale, une régression historique et politique

Il est désolant de voir « le débat public se concentrer sur l’identité nationale, le drapeau, la lutte contre l’immigration clandestine et autres obsessions franco-françaises. La pression de l’extrême droite a remis en route la machine destructrice qui place au centre de tout « l’immigration » et le rejet de l’autre. » [2]

Concernant la notion d’identité nationale française, la vigoureuse mise au point de Laurent Mucchielli nous semble particulièrement salutaire [3]. Pour terminer, vous trouverez un petit texte où Olivier Wieviorka montre que le sentiment national n’est peut-être pas aussi « naturel » qu’on le dit.

 
Tout Français peut être un étranger qui s’ignore ou qui se cache

Pour obtenir une carte d’identité sécurisée ou un passeport électronique, l’administration refuse maintenant de reproduire le document périmé, comme elle le faisait jusqu’à présent. Elle procède désormais à un « examen approfondi » de la situation du demandeur au regard de l’identité, mais surtout de la nationalité. Lorsque la copie intégrale d’acte de naissance indique que les deux parents sont nés à l’étranger, elle exige donc une « preuve » de la nationalité française [4].

Certes la situation n’a fait empirer ces dernières années, mais les extraits d’un article de Maurice T. Maschino datant de 2002 que nous reprenons montrent que le syndrome ne date pas d’hier : craignant, depuis des décennies, que la France ne soit submergée par des « hordes » venues du tiers-monde, le législateur paraît atteint de paranoïa galopante et, se croyant entouré d’ennemis, exige de ses nationaux qu’ils montrent patte blanche.

 
Huit universitaires démissionnent de la Cité nationale de l’Histoire de l’immigration

Ces huit historiens démissionnent des instances officielles de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI) pour protester contre l’instauration « inacceptable » d’un ministère de « l’immigration et de l’identité nationale ».
La Cité de l’histoire de l’immigration, située Porte-Dorée à Paris et dont le président du conseil d’orientation est Jacques Toubon, proposera de nombreuses manifestations, outre un musée national (son ouverture devrait avoir lieu dans le courant de l’année).

Patrick Weil et Gérard Noiriel expliquent ci-dessous leur décision de quitter la future Cité de l’histoire de l’immigration.

[Première mise en ligne le 18 mai, mise à jour le 31 mai 2007]
 
Protestations contre la création d’un ministère chargé de “l’immigration” et de “l’identité nationale

A l’issue du Conseil des ministres du mercredi 30 mai 2007, le service de presse de la présidence de la République a présenté dans un communiqué les décrets définissant ou modifiant les attributions de membres du Gouvernement. Il y est précisé que « le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement prépare et met en oeuvre l’action du Gouvernement en matière d’immigration, d’asile, d’intégration des populations immigrées, de promotion de l’identité nationale [5] et de codéveloppement. » [6]

La création de ce ministère continue à susciter des protestations : le 18 mai, jour où huit historiens et démographes ont démissionné des instances officielles du Cnhi, le collectif Ucij publiait un communiqué que vous trouverez ci-dessous, suivi de plusieurs autres prises de position analogues dont celles de l’Association française des anthropologues et du réseau scientifique Terra.

[Publié le 1er juin, mis à jour le 18 juin 2007]
 
Les chercheurs contre l’institutionnalisation de l’identité nationale

Les participants au forum du 27 juin, , opposés à la création du ministère dit de « l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement », lancent un appel à participer à la mise en place de :

  1. un observatoire de ce ministère, de ses actions et effets dans la société française ;
  2. un groupe de vigilance sur l’indépendance de l’enseignement et de la recherche ;
  3. un réseau national de soutien aux réflexions collectives et aux débats publics, nationaux et internationaux, sur les amalgames opposant l’immigration à l’identité
    nationale et sur l’institutionnalisation du racisme et de la xénophobie.

La LDH soutient cette mobilisation contre l’utilisation politique de la notion d’identité nationale (voir également la pétition ci-dessous).

[Première publication le 4 juin, mise à jour le 29 juin 2007]
 
Laurent Bazin : invoquer l’“identité nationale”, comme l’“ivoirité”, est un appel à la xénophobie

Huit professeurs engagés dans le projet de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI), en France, ont démissionné le 18 mai dernier pour protester contre l’association des termes “identité nationale” et “immigration” dans l’intitulé d’un même ministère [7]. « Un acte fondateur » de la nouvelle présidence Sarkozy, estiment-ils, qui vise à « inscrire l’immigration comme un problème » et « menace d’installer la division ». Ils ont été rejoints dans leur démarche, à la fin du mois de mai, par l’association française des anthropologues (AFA) [8]. Son président, Laurent Bazin, chargé de recherche au CNRS, a longtemps travaillé sur la question de la Côte d’Ivoire. L’ethnologue a expliqué à Afrik en quoi la création de ce ministère est une menace, avec en filigrane l’expérience tragique de l’“ivoirité” [9].

 
La République et ses symboles, par Gilles Candar

Les symboles de la République sont très présents dans notre quotidien : timbres, pièces de monnaie, chants nationaux, drapeaux... Mais ils ne se sont pas tous imposés facilement. Retour sur l’histoire de ces emblèmes qui sont l’image de la République.

Cet article de Gilles Candar a été publié dans le N° 138 - avril / mai / juin 2007 - de la revue Hommes & Libertés [10]

 
Achille Mbembe : la France peut-elle réinventer son identité ?

La crise dans les banlieues de France a pour origine la manière dont la France a historiquement voulu esquiver la question raciale tout en multipliant, à tous les niveaux de la vie quotidienne, des pratiques de « racialisation ». Elle révèle au grand jour l’impasse à laquelle a conduit le refus, par ce pays, de s’auto-décoloniser.

Dans ce texte datant de décembre 2005, l’historien camerounais pose la question : comment régénérer cette vieille société et donner un coup de fouet à cette vieille culture qui donne aujourd’hui l’impression de s’écrouler sous la sclérose ? [11]

 
Les murs, par Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant

Patrick Chamoiseau, écrivain martiniquais [12], et Édouard Glissant, poète et philosophe martiniquais [13], analysent le recul de civilisation que signifie le ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité et du Codéveloppement. Ils montrent comment, par cette initiative, la France trahit son plus grand message historique, « l’exaltation de la liberté pour tous ». Ils appellent « toutes les forces humaines » à protester « par toutes les formes possibles » contre la création du « mur-ministère ». [14]

 
Françoise Vergès et l’identité française

Un groupe de citoyens d’origines diverses, mais partageant la conviction qu’un gouvernement n’a pas à légiférer pour définir l’identité de notre pays, vient de créer un site internet Identités Nationales. Refusant de considérer l’immigration comme un problème en soi et contestant la politique symbolisée par la création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, ils ont pour objectif de créer un espace de réflexion et d’échange.

Professeure d’Histoire et vice-présidente du Comité pour la Mémoire de l’Esclavage [15], Françoise Vergès a accepté de répondre à leurs questions.

 
Condamnation de la création d’un Institut d’études sur l’immigration et l’intégration

Un Institut d’études sur l’immigration et l’intégration (IEII), créé par le Haut conseil à l’intégration, sera installé le 8 octobre par le ministre de l’Immigration, de l’Intégration et l’Identité nationale, Brice Hortefeux (l’inauguration est reportée).

Les universitaires s’inquiètent de la création d’un « nouvel instrument de pilotage politique des recherches » dont le conseil scientifique est présidé par l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse, qui s’était fait remarquer, à l’automne 2005, en associant les émeutes en banlieue et la polygamie (voir).

[Mis en ligne le 2 oct. 07, mis à jour le 5 oct.]
 
Alain Badiou : “de quoi Sarkozy est-il le nom ?”

Alain Badiou, professeur émérite de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure (Paris), évoque dans deux entretiens que nous reprenons certains des thèmes qu’il développe dans son dernier livre, « De quoi Sarkozy est-il le nom ? » [16].


 
Quand les drapeaux sont déployés, toute l’intelligence est dans la trompette (Stefan Zweig)

A l’occasion de son discours, vendredi 15 février à Périgueux, le président de la République a appelé au « respect des valeurs et des emblèmes de la République française ».

En fait, ni le drapeau tricolore, ni la Marseillaise ne semblent l’objet de marques particulières d’irrespect. En revanche, on peut constater tous les jours — voir cette page — que la loi sur l’“immigration choisie” et la politique des quotas sont contraires à l’une des valeurs fondamentales de la République : la Fraternité.

 
L’éducation civique ne doit pas devenir un apprentissage de la xénophobie

Six organisations (FCPE, FERC-CGT, GISTI, LDH, RESF, SNES-FSU) ont lancé, vendredi 6 juin, un appel à la vigilance après avoir pris connaissance de nouveaux programmes d’éducation civique pour le collège qui leur apparaissent « comme un nouvel usage scolaire de la problématique de l’identité nationale dans ce qu’elle a de plus pernicieux ».

Faut-il voir dans ces nouveaux programes une contribution du ministère de l’Education nationale à la célébration du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme ?

 
Mieux que les “valeurs” de la Marseillaise, les valeurs de la République

Le ministre de l’Immigration, Brice Hortefeux, souhaite que les migrants connaissent les “valeurs” de La Marseillaise, mais oublie la devise de la République.

Nous souhaitons que les valeurs de la République soient connues et respectées par ceux qui nous gouvernent.

 
“Ce n’est pas au pouvoir politique de décréter ce que c’est qu’être Français” (Patrick Weil)

Réagissant à l’intention du ministre de l’Immigration de lancer un débat sur l’identité nationale, l’historien Patrick Weil, auteur de Qu’est-ce-qu’un Français? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution [17], a jugé lundi « insupportable » « la volonté de M. Besson d’encadrer quelque chose qui a toujours été très divers et fluide ».

« Etre Français, c’est se rattacher à des traditions extrêmement différentes », a déclaré à l’AFP Patrick Weil. « On peut se sentir Français en relation avec Jeanne d’Arc, Louis XIV, Danton ou Robespierre, de Gaulle ou Clemenceau. Il n’y a pas une seule façon d’être Français. M. Besson a une volonté d’encadrer quelque chose qui a toujours été très divers et fluide, ce qui est insupportable ».

Plutôt que de participer à la récupération populiste d’Eric Besson, profitons de l’occasion pour relire Ernest Renan : l’éditeur Les liens qui libèrent vient de publier un petit livre intitulé De la nation et du « peuple juif », dans lequel l’historien israélien Shlomo Sand reprend deux textes d’Ernest Renan : Qu’est-ce qu’une nation ? du 11 mars 1882 et Le judaïsme comme comme race et comme religion du 27 janvier 1883. Voici la dernière partie du premier de ces deux textes [18].

 
Michel Rocard : « Le débat sur l’identité nationale est complètement imbécile »

« Ma crainte, c’est qu’on mette des frontières là où il n’en faut pas. C’est que parler de l’identité nationale nous convainque qu’il y a une substance de plus, quelque chose de qualitativement différent, entre ceux qui sont Français et ceux qui ne le seraient pas mais habiteraient quand même notre territoire. »

Michel Rocard [19]



 
Benjamin Stora : « il faut se méfier des initiatives étatiques relatives à l’écriture de l’histoire et à la définition de la nation »

Historien de la colonisation, auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’immigration, Benjamin Stora juge suspecte l’injonction étatique à ouvrir un débat sur « l’identité nationale ». Pour lui, la mondialisation ou la construction européenne nourrissent, plus que l’immigration, une « crise de la question nationale » que la stigmatisation des immigrés et des Français d’origine étrangère ne saurait, en aucun cas, résoudre.

Dernier ouvrage paru :
le Mystère de Gaulle, son choix pour l’Algérie, Robert Laffont, Paris, 2009.

 
Quand Claude Lévi-Strauss dénonçait l’utilisation politique de l’identité nationale

En 2005, Claude Lévi-Strauss prononçait un discours mettant en garde contre les dérives de politiques étatiques se fondant sur des principes d’identité nationale. « J’ai connu une époque où l’identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent », disait-il. Pour Philippe Descola, professeur au Collège de France et qui a succédé à Claude Lévi-Strauss à la tête du laboratoire d’anthropologie sociale, « c’est la double expérience, personnelle et politique d’un côté et d’ethnologue de l’autre, qui a conduit Lévi-Strauss à récuser et vivement critiquer l’accaparement, par des Etats, de l’identité nationale ».

 
La circulaire Besson organisant le “grand débat” sur la soi-disant “identité nationale”

Le ministre de l’Immigration, Eric Besson, a lancé le 2 novembre dernier un « grand débat » sur l’« identité nationale ».

Ci-dessous : la version initiale [4] de la circulaire d’organisation de cette manifestation ainsi que son annexe, dans leur intégralité, précédées d’une brève présentation de cette « instrumentalisation perverse » par l’historienne Suzanne Citron [20].

[Page mise en ligne le 6 novembre 2009, mise à jour le 9]


 
Vincent Duclert : « ignorer le “grand débat” de Monsieur Besson »

Pour Vincent Duclert, il faut ignorer le débat sur “l’identité nationale” lancé ce lundi 2 novembre par le ministre de l’Immigration, en raison de trois problèmes majeurs :

  • il enferme une question légitime, “qu’est-ce qu’être français ?” dans le cadre idéologique de “l’identité nationale” emprunté aux bagages de l’extrême droite ;
  • il évacue tout l’effort de la République et des républicains pour fonder une relation des Français à la nation qui rejette le nationalisme ;
  • il politise les institutions publiques et les met au service d’une cause douteuse et partisane.

Le texte suivant a été publié par Vincent Duclert sur son blog, le 6 novembre 2009. Il est suivi d’un autre texte écrit par l’historien au cours de la campagne pour l’élection présidentielle de 2007, mais resté jusqu’à présent inédit.

 
Jean-François Bayart : “il n’y a pas d’identité française”

Jean-François Bayart est directeur de recherche au CNRS (SciencesPo-CERI) et président du Fonds d’analyse des sociétés politiques, auteur notamment de L’Illusion identitaire (Fayard, 1996), de Le Gouvernement du monde. Une critique politique de la globalisation (Fayard, 2004) et de L’Islam républicain (Albin Michel), à paraître le 3 mars 2010.

Dans l’entretien que nous reprenons, initialement publié sur LeMonde.fr le 6 novembre 2009, Jean-François Bayart fait une analyse sévère de l’opération « identité nationale ».

 
Le ministère de l’Immigration prend en charge la formation civique et morale des citoyens

Le ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire qui, jusqu’à présent, limitait son action – certes avec brutalité – à la chasse aux étrangers, s’arroge aujourd’hui des prérogatives dans la formation civique et morale des citoyens. Une formation étayée sur les pires égarements de l’extrême-droite.

Bernard Girard, enseignant blogueur, nous livre son analyse de la circulaire Besson qui lance le débat sur l’« identité nationale ».

 
Pour la LDH : « ministère identitaire, discours identitaire »

Pour la Ligue des droits de l’Homme, le “débat” sur “l’identité nationale” est une opération de communication électorale en direction de l’extrême droite, qu’elle ne saurait cautionner en aucune manière.


[Mise en ligne le 9 novembre 2009, complétée le 11 novembre 2009]


 
Le discours identitaire de Nicolas Sarkozy à la Chapelle en Vercors

Le 12 novembre 2009, Nicolas Sarkozy était à la Chapelle en Vercors. Alors que l’Elysée avait annoncé que le déplacement présidentiel serait placé sous le « thème du soutien à l’agriculture et de l’avenir des territoires ruraux », le président a prononcé un discours au lyrisme suranné consacré à l’« identité nationale » – le nom de la France a été prononcé 60 fois, et chacun des mots « identité » et « culture » 23 fois.

Un discours de campagne électorale – les élections régionales ne sont pas loin – analogue à ceux de la campagne présidentielle de 2007. Un texte comportant de nombreux messages plus ou moins codés : « La France est un pays où il n’y a pas de place pour la burqa, pas de place pour l’asservissement de la femme. »

Le texte du discours présidentiel est téléchargeable [21].

 
Guerre d’Algérie et “identité nationale”

Le conseiller de Nicolas Sarkozy, avocat de l’exploitation populiste du thème de l’identité nationale, est connu : il s’agit de Patrick Buisson ancien journaliste à Minute, puis à Valeurs actuelles qu’il a dirigé pendant plusieurs années.

Les activités de Patrick Buisson sont nombreuses : il dirige un cabinet de conseil [22], préside la chaîne Histoire – propriété de TF1 –... il écrit des livres [23].

Sa dernière publication, un album intitulé La Guerre d’Algérie, a bénéficié d’une promotion officielle bien surprenante pour cet exposé unilatéral consacré aux seuls aspects positifs de l’action de l’armée française pendant cette période.

Tandis que se met en place une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, à laquelle les universitaires sont hostiles, la caution apportée par la présence d’un membre du gouvernement à l’occasion de sa publication fait craindre que cet ouvrage ne devienne un chapitre de l’histoire de France officielle.

 
L’inquiétant visage de l’identité nationale, par Bernard Girard

Après ses commentaires sur la circulaire Besson aux préfets, Bernard Girard [24] revient sur le discours prononcé par Nicolas Sarkozy le 12 novembre 2009 à la Chapelle-en-Vercors.

L’enseignant en histoire dénonce dans ce discours une stigmatisation de toute une partie de la population : jamais expressément nommées, mais clairement identifiées par les comportements mis en cause – même s’ils sont ultra-minoritaires –, les personnes immigrées ou “issues” de l’immigration sont désignées comme des menaces à notre soi-disant « identité nationale française ».

 
Benoît Falaize : si “identité nationale” il y a, c’est dans la revendication de la France comme terre d’accueil

Pour Benoît Falaize, chargé d’études et de recherches à l’Institut National de Recherche Pédagogique (INRP), « si “identité nationale” il y a, c’est assurément dans la revendication de [la France comme] terre d’accueil : de l’accueil des enfants du regroupement familial des années 70 à RESF. Pour les enseignants, majoritairement, la France tolérante et accueillante se définit là. »

Un entretien du chercheur avec François Jarraud, publié le 17 novembre 2009 sur le site du Café pédagogique.

 
Identité nationale : refusons un débat posé en termes xénophobes !

Les débats sur l’identité nationale que le ministre de l’immigration a demandé aux préfets « d’organiser et de présider » partout en France continuent à être fortement contestés.

Les signataires d’une tribune publiée dans Le Monde du 24 novembre 2009 s’alarment du contenu de la circulaire Besson adressée aux préfets le 2 novembre, et notamment de son point 1.7 qui comporte une liste de préjugés et de fausses évidences à coloration xénophobe à propos des étrangers.

 
La section de Toulon de la LDH refuse de participer au débat sur l’“identité nationale”

Lors de sa dernière réunion mensuelle, le 17 novembre 2009, la section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme a décidé d’adresser la lettre ouverte suivante au Préfet du Var, afin de l’informer de son refus de participer au “grand débat” sur l’“identité nationale” organisé par la circulaire du 2 novembre du ministère de l’Immigration [25] .

 
Pourquoi il faut refuser ce débat sur l’identité nationale, par Tzvetan Todorov

Selon un sondage Ifop à paraître dans le Journal du Dimanche, 72% des Français sont massivement convaincus que le débat sur l’identité nationale lancé par Eric Besson et justifié par Nicolas Sarkozy est avant tout « une stratégie pour gagner les élections régionales ». 57% des sondés trouvent néanmoins que ce débat est justifié, et, en majorité, les Français ne pensent pas que son ouverture remettra le Front national au centre du débat politique. Dans cette tribune, Tzvetan Todorov explique pourquoi selon lui il faut refuser un tel débat [26].

 
Appel à la suppression du ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration

Au nom des « idéaux universalistes qui sont au fondement de notre République », une vingtaine de chercheurs ont lancé le 4 décembre 2009 un appel demandant la suppression de ce ministère, symbole d’une politique qui « met en danger la démocratie ».

Le site Mediapart avec plusieurs dizaines de personnalités avait lancé le 2 décembre un appel à refuser le “grand débat sur l’identité nationale” organisé par le pouvoir. La LDH est signataire de cet appel : elle souhaite qu’il soit à l’origine d’une grande pétition citoyenne qui suscite un vaste rassemblement.

[Mise en ligne le 4 décembre 2009, mise à jour le 16 février 2010]


 
« Moi, députée française, étrangère pendant la moitié de ma vie... »

À l’Assemblée nationale, ce discours-là fut le seul moment de grâce d’une semaine enragée. Mardi 8 décembre, en plein cœur du débat sur l’identité nationale, quand Marietta Karamanli, députée PS de la Sarthe, est montée à la tribune après deux heures sans queue ni tête, elle a parlé cinq petites minutes, avec son accent irrépressible, et les travées se sont tues, sur 180 degrés.

Voici le compte-rendu de cette intervention que Mathilde Mathieu a publié sur Mediapart le 11 décembre 2009 [27].

 
Ras la casquette du “grand débat”

Comme il était aisément prévisible, le “grand débat” sur la soi-disant “identité française” a dérapé : la secrétaire d’Etat à la famille a tenu des propos où suintent de vieux préjugés xénophobes – les musulmans français seraient de jeunes voyous qui ne parlent pas vraiment français, qui ne veulent pas travailler et qui mettent leur casquette à l’envers.

Il serait temps que cesse ce déballage qui stigmatise, par amalgame, tous les Français de confession musulmane.

 
Identité nationale et passé colonial – pour un véritable débat

« Un grand débat sur l’identité nationale. » Des centaines de milliers de connexions, des rencontres en province dans les préfectures et 40.000 contributions (dont de nombreux « dérapages ») sur le site du ministre Éric Besson… Un succès ? Les critiques virulentes à gauche, les demandes répétées de mettre fin à ce dangereux débat, et les doutes à droite se multiplient depuis quelques jours et donnent, déjà, un sentiment contraire. Des intellectuels, des chercheurs, des écrivains, des journalistes qui travaillent sur le colonial, l’immigration et le postcolonial proposent ici, tout en refusant depuis le début de participer à cette manipulation, une alternative au faux débat actuel.

 
Emmanuel Todd : « Ce que Sarkozy propose, c’est la haine de l’autre »

Inspirateur du thème de la fracture sociale, repris par Jacques Chirac lors de sa campagne présidentielle de 1995, Emmanuel Todd observe depuis longtemps la coupure entre élites et classes populaires. Il livre pour la première fois son analyse du débat sur l’identité nationale, dans un entretien au journal Le Monde daté du 27 décembre 2009. Sans dissimuler sa colère. « Si vous êtes au pouvoir et que vous n’arrivez à rien sur le plan économique, la recherche de boucs émissaires à tout prix devient comme une seconde nature », estime-t-il.

Démographe et historien, Emmanuel Todd, 58 ans, est ingénieur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED).

 
Vous êtes français ? prouvez-le !

A l’initiative de la LDH et de Daniel Karlin, documentariste, un appel a été lancé, signé par de nombreuses personnalités et publié dans Libération pour dénoncer les difficultés qu’ont certains citoyens à renouveler leurs papiers d’identité.

Pour signer l’appel « Vous êtes français ? Prouvez-le ! », cliquez.

 
“Ulysse clandestin”, de Thomas Lacoste

Un film pour la nécessaire suppression du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale (93’), produit par La Bande Passante.

Avec la participation des historiens Pap Ndiaye, Gérard Noiriel, Tzvetan Todorov et Sophie Wahnich, des anthropologues Michel Agier, Marcel Detienne, Françoise Héritier et Emmanuel Terray, des sociologues Luc Boltanski et Eric Fassin, tous membres du Collectif pour la suppression du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale.

 
La suppression du ministère de l’identité nationale

« Le ministère de l’immigration et de l’identité nationale n’est plus, et c’est tant mieux, écrit Eric Fassin. Mais, poursuit-il, le mal est fait » : stigmatisation des étrangers, amalgame entre immigration et délinquance ...

Patrick Buisson

« La stratégie de Patrick Buisson n’a pas marché », aurait lâché Nicolas Sarkozy à des conseillers, lundi 8 novembre, selon le Canard enchaîné. Une référence au politologue et conseiller élyséen associé à l’idée d’offensive sécuritaire et de campagne ancrée à droite. « Quand on gagne 1 point sur le Front national, on en perd 4, notamment au centre », aurait ajouté le chef de l’Etat, toujours selon le Canard.

Quand donc Nicolas Sarkozy se débarrassera-t-il de ce conseiller diabolique [28] qui, selon ses propres termes, « n’a rien faire à [ses] côtés »?

[Mis en ligne le 16 novembre 2010, mis à jour le 19]


 
Identité nationale et histoire de France : déconstruire le mythe national, par Suzanne Citron

Ce texte est une reprise un peu modifiée d’une intervention au séminaire de recherches ERMINE sur les minorités nationales, université Rennes 2 sous la direction de Ronan Le Coadic. Voir Bretons, Indiens, Kabyles…, Presses universitaires de Rennes, 2009.

Suzanne Citron revient sur un thème qu’elle a souvent abordé : la question de la nation et de son récit, « à nouveau implicitement posée par l’islamophobie qui se glisse insidieusement derrière les proclamations d’une laïcité transmuée en dogme ». La nation n’est pas une essence surgie du fond des âges et son récit transmis par l’école républicaine n’est pas un tabou intouchable. La nation est une construction, un devenir, une dynamique, une suite d’interactions. Elle exige, pour demeurer vivante, de perpétuels réajustements de son récit et l’aggiornamento de son enseignement, quitte à bousculer les institutions et les représentations qui les ont engendrés et formatés.

Il a été publié le 4 avril 2011 sur un nouveau site “aggiornamento hist-géo” qui a pour objectif de proposer une réflexion et des propositions dans l’optique d’un renouvellement de l’enseignement de l’histoire et de la géographie scolaires et universitaires.
Un groupe de réflexion sur ce thème a été créé sur google groupe – pour l’intégrer, en faire la demande à hypotheses.aggio@yahoo.fr.

 
François Fillon est-il atteint du syndrome de l’ivoirité ?

Dans un entretien donné en juin 2007, Laurent Bazin, président de l’association française des anthropologues, qui a lui-même longtemps travaillé sur la question de la Côte d’Ivoire, faisait le rapprochement entre l’utilisation du thème de l’identité nationale en France et « l’expérience tragique de l’ivoirité » en Côte d’Ivoire. Mais François Fillon, ne semblant pas disposer d’une culture suffisante de l’histoire de l’Afrique pour pouvoir faire le rapprochement, n’a sans doute pas perçu l’analogie entre les deux situations.

« La crise ivoirienne trouve son origine dans une dérive xénophobe qui diabolise l’autre, le voisin avec qui on vit depuis des années. L’autre devient alors le représentant abstrait d’un mal absolu qu’il faut éradiquer soit en le chassant soit en le tuant. Tant que perdurera en Côte d’Ivoire cette idéologie d’exclusion, le respect des droits fondamentaux de toutes les personnes qui habitent ce pays semble impossible. » (Amnesty international, nov. 2004)

 
Après les Roumains, les Comoriens : Claude Guéant sombre dans la xénophobie

« Il y a à Marseille une immigration comorienne importante qui est la cause de beaucoup de violences. Je ne peux pas la quantifier ».
La nouvelle « petite phrase » a été lâchée dimanche soir dernier par le ministre de l’Intérieur et elle a beaucoup choqué localement (voir par exemple les articles de La Provence [29]).

A la suite de la réaction de la Fédération départementale de la LDH, nous reprenons le commentaire de Laurent Mucchielli, initialement publié sur son blog.

 
Le crime de Serge Letchimy

Le crime de Serge Letchimy, député de la Martinique ? avoir rappelé que les propos sur l’inégalité des « civilisations » relèvent d’une idéologie d’extrême-droite et ouvrent la voie à toutes les dérives.
Pour Edwy Plenel, le député de la Martinique a raison.

Une pétition pour soutenir Serge Letchimy : http://www.convergencedesluttes.fr/...

 
Patrick Chamoiseau : soutien total à Serge Letchimy

Les propos très polémiques sur la hiérarchie des civilisations tenus par Claude Guéant, samedi 4 février, continuent à susciter des réactions. Le mardi suivant, le député Serge Letchimy comparait à la tribune de l’Assemblée Nationale l’idéologie défendue par le ministre de l’Intérieur à celle ayant amené aux camps de concentration. L’écrivain Patrick Chamoiseau, prix Goncourt 1992, prend la défense de Serge Letchimy dans une tribune publiée le 10 février dans LeMonde.fr et reprise ci-dessous.


 
Copé demande la suppression du “droit du sol”

Aujourd’hui, un enfant né en France de parents étrangers peut acquérir automatiquement la nationalité française à sa majorité s’il réside dans le pays depuis cinq ans. Ce droit que l’on désigne par l’expression “droit du sol”, favorise l’intégration des enfants d’étrangers. Il fait partie des valeurs de notre pays où, comme le rappelle l’ancien ministre UMP Patrick Devedjian, « plus de 25 % des Français ont au moins un grand-parent de nationalité étrangère ». A partir des années 1980, la plupart des pays européens l’ont adopté.

Jean-François Copé, président de l’UMP, va déposer une proposition de loi pour mettre fin à cette acquisition automatique de la nationalité française pour des enfants nés en France de parents étrangers en situation irrégulière. Il demande également la suppression de l’Aide médicale d’État, un dispositif datant de 1999 dont l’objectif est avant tout de santé publique.

En reprenant ces propositions, qui figurent dans le programme du Front national, Jean-François Copé contribue à entretenir la xénophobie ambiante.

 
Gare à ne pas attiser une fictive guerre des identités

Après la marche du 11 janvier, de nombreux experts et éditorialistes pérorent sur l’affrontement identitaire qui opposerait « Français musulmans » et « Français de souche ». Une ineptie qui fait le jeu des nationaux populistes.

 
Quand les drapeaux sont déployés ...

Par l’intermédiaire de son blog, Bernard Girard exerce une surveillance permanente de l’enseignement et notamment de l’enseignement de l’histoire en primaire et au collège.

Nous reprenons ci-dessous de très larges extraits de deux de ses articles : tout d’abord “Une journée du drapeau”, où il montre l’école prise dans le piège identitaire par le biais du drapeau. Le second article met en scène la récupération par le président de la République d’un autre emblème national : la Marseillaise.

Tous deux illustrent l’aphorisme attribué à Stefan Zweig : “Quand les drapeaux sont déployés, toute l’intelligence est dans la trompette”.

 
Née en France, de deux parents français, elle s’est vue privée de sa nationalité française

La mésaventure juridico-administrative d’une Française née
à Toulon qui s’est vue notifier l’été dernier une obligation de quitter le
territoire.

Elle dit : « Je n’ai jamais eu affaire à la justice, j’ai 54 ans,
je suis tranquille. Je ne demande qu’à vivre auprès de ma famille dans le pays où je suis née et ai grandi...
 »
Son avocat Me Oreggia : « Nous allons faire reconnaître [sa] nationalité
française
[...] devant le Tribunal de grande instance de Marseille. »

Ci-dessous un dossier établi par Thierry Turpin, publié dans La Marseillaise du 4 février 2016.