Discours de Dakar 2007

publié le 28 janvier 2009
le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, le 26 juillet 2007

L’allocution du chef de l’Etat français est mal passée au Sénégal : « Les jeunes Sénégalais attendaient tout autre chose qu’un cours magistral sur la colonisation et le malheur africain », a déploré une journaliste d’une radio dakaroise.

Dans un discours historico-philosophique rédigé par son conseiller spécial Henri Guaino, Nicolas Sarkozy s’est employé à reconnaître les « torts » de la colonisation pour mieux inviter les Africains à se tourner vers l’avenir. Sa réflexion, parsemée de jugements péremptoires sur « l’Africain » qui « jamais ne s’élance vers l’avenir », a surpris et heurté les sensibilités à Dakar. Pour de nombreux Sénégalais, Nicolas Sarkozy, qui affirme rejeter un « paternalisme [...] qui a fait beaucoup de tort à la relation entre la France et l’Afrique », a donné l’impression inverse : celle du « grand chef blanc » venu asséner ses vérités aux « petits frères » africains. [1]

 
les déclarations de Sarkozy à Dakar sévèrement jugées en Algérie

Les Algériens y voient une « glorification insensée » de la colonisation et une « insulte » aux Africains. Ils notent que les couches nostalgistes relèvent la tête, dopées par le discours de Nicolas Sarkozy que la loi du 23 février 2005 a fortement inspiré.

 
l’Afrique de Nicolas Sarkozy, par Achille Mbembe

Lors de sa récente visite de travail en Afrique sub-saharienne, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, a prononcé à Dakar un discours adressé à « l’élite de la jeunesse africaine ». Ce discours a profondément choqué une grande partie de ceux à qui il était destiné, ainsi que les milieux professionnels et l’intelligentsia africaine francophone. Viendrait-il à être traduit en anglais qu’il ne manquerait pas de causer des controverses bien plus soutenues compte tenu des traditions de nationalisme, de panafricanisme et d’afrocentrisme plus ancrées chez les Africains anglophones que chez les francophones. Achille Mbembe, professeur de sciences politiques et d’histoire à l’Université de Witvatersrand de Johannesburg, en fait, ici, une critique argumentée.

[Le texte d’Achille Mbembe a été publié sur ce site le 1er août 2007 [2].
Il a été complété le 5 août 2007 par un codicille de Catherine Coquery–Vidrovitch.]
 
Ibrahima Thioub répond à Nicolas Sarkozy

Ibrahima Thioub, Professeur d’Histoire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, répond au discours que le Président de la République française y a prononcé le 26 juillet 2007.

 
Sarkozy gaffe à Dakar

Voici le texte de El Hadj Hamidou Diallo, publié le 28 juillet dans le quotidien sénégalais Wal Fadjri, en réponse au discours que Nicolas Sarkozy avait prononcé l’avant-veille à l’Université de Dakar.

Il est suivi du commentaire publié dans Courrier international.

 
Jean-François Bayart : Y a pas rupture, patron !

Dans un article publié le 8 août 2007 dans le quotidien camerounais Le Messager, Jean-François Bayart [3] se se dit « stupéfait » par le discours de Nicolas Sarkozy à l’Université de Dakar, le 26 juillet 2007.

 
France-Afrique : ces sottises qui divisent, par Achille Mbembe

Il y a quelques jours, et en réponse au discours controversé prononcé par Nicolas Sarkozy, chef d’état français, à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), nous publiions un texte d’Achille Mbembe, « L’Afrique de Nicolas Sarkozy ». Ce texte a été très largement diffusé en Afrique francophone et en Europe. Repris par plusieurs organes de presse et dans les médias alternatifs, il a suscité de vigoureux débats sur plusieurs sites internet. Il a également donné lieu à de nombreuses réactions et nouvelles interrogations qui obligent son auteur à préciser sa pensée – ce qu’il a aimablement accepté de faire dans la note qui suit [4]. Entretemps, l’on apprend que le discours de Dakar fera bientôt l’objet d’une publication.

 
lettre ouverte de Raharimanana à Nicolas Sarkozy

Plusieurs écrivains africains se joignent à Raharimanana pour répondre au discours du président français, le 26 juillet 2007 à Dakar.

Cette lettre a été initialement publiée dans Libération le vendredi 10 août 2007.

 
géopolitique de la nostalgie

En matière de politique africaine, l’homme de la rupture disparaît sous le poids des traditions.

Par Florence Brisset-Foucault, doctorante, Paris-I- Sorbonne ; Marie-Emmanuelle Pommerolle, maître de conférences, université Antilles-Guyane : Etienne Smith et Emmanuel Viret doctorants, Sciences-Po, Paris.

[Libération, mardi 14 août 2007]
 
Mamadou Diouf : pourquoi Sarkozy se donne-t-il le droit de nous tancer et de juger nos pratiques...

Devons-nous réellement prêter attention à son discours ou devons-nous faire en sorte qu’il ne puisse plus prendre avec une telle arrogance et un tel mépris — un mépris fait de tant d’ignorance — cette liberté que s’octroie le maître vis-à-vis de l’esclave : lui dire son fait, le définir, lui attribuer une essence qui affiche son comportement, sa moralité douteuse, sa sexualité débridée tout en se rendant disponible pour le corriger et le punir parce qu’il le connaît mieux que tout le monde. Telle est la position de Mamadou Diouf, l’invité personnel du Président Chirac lors du dernier Sommet France-Afrique. Il balaie au passage le recours sélectif de la philosophie de Senghor par Nicolas Sarkozy. Pour l’historien sénégalais une protestation des Sénégalais et du Gouvernement étaient et sont toujours d’actualité. [5]

 
Thabo Mbeki victime collatérale du discours de Dakar ?

Le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar le 26 juillet 2007 a été particulièrement mal reçu en Afrique. On comprend donc que l’évocation par le président français d’une lettre de félicitation — elle figure vers le bas de cette page — que lui a adressée Thabo Mbeki, président de la République sud-africaine, y ait causé une certaine surprise.

A la suite des remous provoqués par ce qui apparaît comme une vaine tentative pour sauver un discours calamiteux, une mise au point de la présidence sud-africaine rappelle que les félicitations de Thabo Mbeki ne concernaient que le soutien de la France au développement de l’Afrique.

[Première mise en ligne le 24 août 2007, mise à jour le 28 août]
 
le discours de Dakar : un mois plus tard on en parle toujours

« Le discours de Dakar, on en parlera encore dans dix ans ». Selon le Canard Enchaîné du 1er août 2007, Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, se serait ainsi vanté du texte de 16 pages rédigé par ses soins, ajoutant « ceux qui ne connaissent pas l’Histoire ne font pas de bons discours ».

Un mois plus tard, on parle encore beaucoup du discours de Dakar, les commentaires restant très sévères, et pas seulement en Afrique. Il ne reste que Jean-Marie Bockel pour le qualifier de “grand discours”.

[Première mise en ligne le 23 août, mise à jour le 28 août 2007]
 
et s’il n’en reste qu’un, Jean-Marie Bockel sera celui-là

Le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar sur « l’homme africain » jugé étranger à « l’idée de progrès » continue à être très mal reçu en Afrique.
« Se peut-il qu’il n’ait pas compris à quel point nous nous sommes sentis insultés? », lance l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop.
« D’un point de vue rigoureusement politique, son discours est une faute. Il ne tardera pas à s’en rendre compte : les Africains et les nègres de la diaspora ne le lui pardonneront jamais », souligne-t-il.

Vous trouverez ci-dessous, à titre de document, l’appui que Jean-Marie Bockel a cru devoir renouveler aux thèses de Nicolas Sarkozy [6]

 
l’historienne Adame Ba Konaré réagit au discours de Sarkozy

Jugé décalé et rétrograde par les uns, paternaliste voire colonialiste par certains et raciste par les autres, le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar le 26 juillet dernier continue à susciter une vive réprobation sur l’ensemble du continent africain.

Dans un texte publié le 14 septembre par le quotidien malien Les Echos, Adame Ba Konaré s’insurge. Elle demande à ses collègues de la rejoindre dans un Comité pour la défense de la mémoire de l’Afrique. Et elle propose aux historiens africains de s’engager dans la production d’un ouvrage scientifique qui réponde au discours du chef de l’Etat français.

 
les amabilités d’Henri Guaino à ceux qui n’apprécient pas son discours de Dakar

Les propos de Fadela Amara qualifiant de « dégueulasse » l’instrumentalisation de l’immigration et donc les tests ADN ont provoqué l’indignation de Patrick Devedjian : « ce n’est pas bien d’injurier les députés de la majorité ». Le député des Hauts de Seine, secrétaire général de l’UMP, a-t-il oublié que lui-même, peu après les législatives, avait qualifié Anne-Marie Comparini de « salope » ?

Fadela Amara évoquait un projet de loi, et n’injuriait pas des hommes, comme cela semble se pratiquer sans complexe au sommet de l’Etat : “petit con”, “connard”, “crétin”, “salaud”...

 
Henri Guaino aime le discours de Dakar

Dans un entretien publié le 20 octobre 2007 par le quotidien Libération, dont nous reprenons un extrait ci-dessous, Henri Guaino revient sur le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Dakar. Après avoir longuement évoqué son incompréhension du refus de nombreux enseignants d’obéir à l’injonction qui leur est faite de lire à leurs élèves la lettre de Guy Môquet conformément à l’instruction officielle du 30 août dernier, Henri Guaino montre qu’il ne comprend pas plus la vague de critiques soulevée par un texte dont il est l’auteur ...


 
le discours de Dakar : premier anniversaire

Il aura fallu attendre un an pour apprendre que Bernard Kouchner « juge avec une certaine sévérité » le discours prononcé par Nicolas Sarkozy il y a un an à Dakar. On notera que notre ministre des Affaires étrangères travestit la réalité quand il affirme, au sujet de Thabo Mbeki, qu’« il a en tout cas envoyé une lettre très claire de soutien au président Sarkozy ». En effet, dans cette lettre, Thabo Mbeki remerciait Nicolas Sarkozy pour le soutien qu’il avait déclaré vouloir apporter au développement de l’Afrique — mais il semble que, là aussi, le président français en soit resté au stade des déclarations.

Bernard Kouchner n’ayant pas précisé ses critiques, vous trouverez ci-dessous un point de vue sur ce “fameux” discours.

[Première mise en ligne le 25 juillet, revue et complétée le 26 juillet 2008]
 
Henri Guaino veut faire entrer le discours de Dakar dans l’histoire

Le conseiller spécial du président de la République revient dans une tribune du journal Le Monde sur le discours toujours très controversé prononcé à Dakar par Nicolas Sarkozy, en juillet 2007. La “plume du président” se défend de toute vision raciste de l’Afrique — il avait aimablement traité de « petit con prétentieux » BHL qui avait affirmé « Guaino, il est raciste » — mais il n’hésite pas à répéter, avec l’assurance qu’on lui connaît, que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ».

Achille Mbembe, professeur d’histoire et de science politique à Johannesburg, avec « L’Afrique de Nicolas Sarkozy », et Ibrahima Thioub, professeur d’histoire à l’Université de Dakar, avec sa « lettre à Nicolas Sarkozy », ont répondu en leur temps à cette vision “frivole et exotique” de l’Afrique. Ci-dessous, avant la reprise de la tribune d’Henri Guaino, un commentaire de David Servenay qui remarque que l’appréciation du rôle de la France dans le génocide rwandais ne semble pas avoir été affectée par le changement de président de la République.

[Mise en ligne le 28 juillet 2008, complétée le 30 juillet]
 
petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy

Le Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy [7], sous la direction de Adame Ba Konaré, se veut une riposte argumentée au discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Dakar le 26 juillet 2007. Un ouvrage pour éclairer le président français, son entourage et, plus généralement, le grand public, sur la réalité de l’histoire africaine.

 
l’Afrique de Sarkozy, un déni d’histoire

Un an après le discours controversé de Nicolas Sarkozy à Dakar, cinq universitaires français et africains reviennent sur les déclarations du président français et fustigent « un déni d’histoire » basé sur « une vision manichéenne, raciale et paternaliste » de l’Afrique.

Dans un livre dirigé par Jean-Pierre Chrétien, intitulé L’Afrique de Sarkozy - un déni d’histoire [8], ces historiens se penchent sur les « propos littéralement stupéfiants » qu’avait tenus le chef de l’Etat, et notamment sur sa thèse selon laquelle « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ».

Nous reprenons ci-dessous un extrait de la contribution du professeur Ibrahima Thioub de l’Université de Dakar.

 
le discours de Dakar mis à nu

Malgré quelques précautions oratoires, le discours prononcé à Dakar par Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007 concentre tous les traits dominants de la vision néo-conservatrice occidentale des peuples africains, dans la droite ligne des préjugés racistes de l’époque coloniale.

Après les nombreuses réactions courroucées qu’il a suscitées sur le moment, trois ouvrages collectifs, parus en 2008, se sont employés à répondre à ce déni de l’histoire africaine étalé sans vergogne.

Nous reprenons ci-dessous les notes de lecture de Gilles Manceron, historien et membre du Comité central de la Ligue des droits de l’Homme, publiées dans le dernier numéro de Hommes & Libertés, revue de la Ligue des droits de l’Homme [9].