Belgique

publié le 20 juin 2020
La Belgique et son passé colonial au Congo

Au même titre que les Français, les Belges se sont trouvés confrontés à la violence de leur passé colonial. Mais, alors qu’en France le débat est resté crispé, faussé par une tentative d’imposer des réponses par une loi affirmant le « côté positif » de la colonisation, il semble que les Belges ont mieux su regarder ce passé en face : ils lui ont donné une place dans un grand musée et ont ouvert un véritable débat à son sujet.

La plupart des illustrations de cette page sont des reproductions d’oeuvres de Tshibumba Kanda Matulu (TKM), artiste-peintre congolais qui a mystérieusement disparu au cours des années 80.

 
Les Archives coloniales belges en danger

Des motivations peut-être financières, des calculs administratifs liés aux subtilités de la politique fédérale en Belgique et, au final, un certain mépris pour l’histoire de l’Afrique, risquent de conduire à une disparition de fait des Archives africaines de Bruxelles, qui, avec un personnel limité, mais très compétent, ont réservé, depuis des années, un accueil efficace à de nombreux chercheurs belges, européens, américains et africains.

Si ces fonds sont intégrés aux Archives générales du royaume, comme il en est question, le risque est grand de voir fortement diminuer leur accessibilité. A une époque où les débats sur l’histoire coloniale restent vifs, le recours aux archives reste un garant de rigueur, de sérieux et d’approfondissement. C’est pourquoi des historiens du monde entier se sont émus de cette information et appuient l’initiative prise par leur collègue belge Léon Saur et leur collègue française Christine Deslaurier, qui, en liaison avec d’autres habitués de ce remarquable centre d’archives, diffusent le texte ci-joint.

Jean-Pierre Chrétien


 
La vérité sur le passé colonial belge au Congo

Un “Collectif mémoire coloniale et lutte contre la discrimination” existe en Belgique — il présente ses objectifs.

Après la commémoration récente en hommage au roi Léopold II, Kalvin Soiresse Njall, coordinateur du collectif, exprime, dans un article que nous reprenons ci-dessous, l’exigence de vérité sur l’histoire coloniale de la Belgique au Congo.

 
Lumumba, le déshonneur des Belges

« C’est dans l’État indépendant du Congo, futur Congo belge, que les méthodes de conquête ont atteint un degré de brutalité qui en fait une sorte de modèle dans l’histoire des colonisations du XIXe et du XXe siècle.
Il faut partir de l’indépendance du Congo belge en 1960 pour mesurer à quel point les colonisateurs ont voulu légitimer l’entreprise colonialiste, au mépris de l’Histoire. Ne disait-on pas alors de ce pays qu’il était une colonie modèle : un modèle administratif grâce à son taux d’encadrement exceptionnellement élevé, et un modèle de rentabilité pour la métropole ? »

Elikia M’Bokolo, Afrique centrale : le temps des massacres


Henri Goldman, rédacteur en chef de la revue belge d’analyse et de débat Politique, revient sur un épisode dramatique de la “décolonisation” du “Congo belge” : la mort de Patrice Lumumba.

 
Un débat très vif sur le passé colonial
se développe en Belgique

Le débat sur le passé colonial, sa présence monumentale et statuaire dans l’espace public, ses liens avec les discriminations racistes systémiques contemporaines est vivement relancé dans plusieurs pays européens depuis l’assassinat de Georges Floyd et l’essor du mouvement international Black Lives Matter. Il est particulièrement nourri en Belgique, où vient d’être décidée une commission d’enquête parlementaire sur le passé colonial du pays. Le débat s’y focalise sur la figure du roi colonisateur du Congo Léopold II (1835-1909), dont plusieurs statues ont été dégradées récemment. Dans le journal Le Soir, deux historien.ne.s, Amandine Lauro et Benoît Henriet, se sont livré.e.s en 2019 à l’exercice d’utilité publique de déconstruire dix idées reçues sur la colonisation belge. On ne manquera pas d’y reconnaître des problématiques également présentes dans les débats sur la colonisation française.