Diverses questions d’histoire

publié le 14 janvier 2016
la Cour européenne des droits de l’homme entre liberté d’expression et négation du génocide arménien

La Cour européenne des droits de l’Homme a condamné en appel la Suisse, lui reprochant d’avoir condamné un homme politique turc qui avait nié l’existence du génocide arménien.

Cette décision, maintenant définitive, s’impose à tous les Etats européens. Reste à savoir quelles conséquences elle aura dans le domaine des lois mémorielles françaises.

 
Le centenaire du génocide des Arméniens

Il y a un siècle, le 24 avril 2015, débutait — après de premiers massacres de masse en 1895 et 1908 — l’un des premiers génocides du xxe siècle [1] : celui des Arméniens de l’empire ottoman. En un an, il y eut près d’un million et demi de victimes, la presque totalité de la communauté. De nombreux États ont reconnu cette réalité — la France l’a fait en 2001. La Turquie n’a pas reconnu ce génocide et elle a réagi aux pressions en ce sens, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, qui a conseillé à la France en octobre 2011 d’« affronter son passé colonial avant de donner des leçons aux autres pays ». La section de la LDH de Toulon se joint aux manifestations mémorielles organisées par Operanenir, Abriss Club et par le Théâtre occitan.

 
Génocide des Arméniens : la déclaration d’Erdogan, un pas important

Pour la première fois depuis 1915, l’Etat turc a reconnu l’existence du drame arménien : dans un communiqué officiel publié sur son site internet, mercredi 23 avril, veille du 99e anniversaire du déclenchement du génocide, le Premier ministre turc a présenté ses « condoléances » aux victimes arméniennes des massacres de 1915 et à leurs descendants. Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a ainsi accompli un geste historique important : c’est la première fois qu’il s’exprime aussi clairement sur ce drame survenu entre 1915 et 1917, au cours des dernières années de l’empire ottoman, un drame qui est reconnu comme un génocide par de nombreux pays, dont la France, mais pas par la Turquie. Ci-dessous, la déclaration officielle du premier ministre turc, suivie de la réaction d’Ara Toranian, directeur des Nouvelles d’Arménie
 [2].

 
Faire connaître le génocide des Arméniens (1894–1916)

Le 27 avril 2013, la Ligue des droits de l’Homme a organisé une journée d’étude pour réfléchir à la meilleure façon de faire connaître le génocide des Arméniens commis entre 1894 et 1916 dans l’empire ottoman. Il s’est achevé par le massacre d’un million deux cent mille Arméniens, soit les deux tiers de la population arménienne vivant en Turquie à l’époque. Il s’agissait aussi de débattre de la pertinence ou non d’une loi pénalisant en France sa négation. La journée a été entièrement filmée et vous trouverez en bas de cette page des liens vers les enregistrements vidéo de cette rencontre.

 
Génocide arménien : la transformation d’un fait historique en argument électoraliste

Au lendemain de sa ratification par le Parlement, l’Elysée a promis, mardi 24 janvier, une promulgation « dans les 15 jours » de la loi “visant à réprimer la contestation de l’existence des génocides reconnus par la loi”. Une loi qui ne paraît pas dénuée d’arrière-pensées électoralistes : avant son élection en 2007, M. Sarkozy avait promis aux représentants de la communauté arménienne de France, estimée à un demi-million de personnes, de soutenir le vote d’une loi réprimant la négation du génocide de 1915, reconnu en 2001 par une loi française. Lors de sa visite d’État en Arménie, début octobre, Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs appelé la Turquie à reconnaître sa responsabilité dans le génocide arménien de 1915 en « revisitant » et en « regardant en face » son histoire – sans doute n’avait-il pas présent à l’esprit, ce jour-là, le refus de la France de reconnaître sa responsabilité dans les massacres du 17 octobre 1961. Cette loi, à laquelle une grande partie de la gauche était favorable, est jugée aberrante par de nombreux historiens, comme Gilles Manceron qui a traité par ailleurs de “mémoire et histoire : des liaisons dangereuses”. Le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) évoque une « instrumentalisation de l’histoire ». Par ailleurs, l’ancien président du Conseil constitutionnel, Robert Badinter, juge ce texte anticonstitutionnel.

[Mis en ligne le 21 décembre 2011, mis à jour le 24 janvier 2012]


 
Génocide arménien : l’allocution de Robert Badinter au Sénat, le 4 mai 2011

L’Assemblée nationale vient d’adopter une proposition de loi de Valérie Boyer visant à réprimer « la contestation de l’existence des génocides reconnus par la loi » [3]. En fait, cette proposition de loi vise à pénaliser le génocide arménien, et cela conformément à une promesse de Nicolas Sarkozy aux associations arméniennes, en 2007, juste avant son élection. Les massacres et déportations d’Arméniens dans l’Empire ottoman, ont fait plus de 1,5 million de morts entre 1915 et 1917 selon les Arméniens, 300 000 à 500 000 selon la Turquie, qui récuse la notion de génocide. Le 4 mai 2011, le Sénat avait rejeté, par 196 voix contre 74, une proposition de loi socialiste, adoptée par l’Assemblée nationale en 2006, prévoyant que toute personne niant la réalité du génocide arménien de 1915 serait punie d’un an de prison et d’une amende de 45 000 euros. Ce texte, qui avait divisé tous les groupes politiques, avait été rejeté à l’issue d’un débat passionné entre partisans et opposants. Ci-dessous l’allocution prononcée ce jour-là par Robert Badinter.

 
Le génocide des Arméniens en Turquie

Le génocide des Arméniens a été le premier du XXe siècle. Mais il n’a été reconnu que récemment [4]. La population arménienne de l’empire ottoman fut presque totalement anéantie entre 1915 et 1918 par des massacres et des déportations qui firent plus d’un million de morts. Taner Akçam, historien turc vivant en exil et spécialiste des archives ottomanes, a montré de manière irréfutable – à partir de documents ottomans – que, loin de n’être qu’une conséquence aussi fâcheuse qu’involontaire de la Première Guerre mondiale, le génocide fut soigneusement planifié et exécuté par le parti au pouvoir à l’époque, le comité Union et Progrès, plus connu sous le nom de « Jeunes-Turcs ». En 2001, la France a reconnu le génocide arménien de 1915.

 
Bush s’empare de l’Histoire, par Sonia Combe

Le président américain a nommé un de ses proches à la tête des Archives nationales américaines. Retour sur un problème français. Sonia Combe est conservatrice du département des archives de la BDIC. [Article paru dans Libération, le 14 juin 2004]

 
Le fichier des Juifs sous l’Occupation : la fin d’une polémique

Dans son ouvrage, L’antisémitisme de bureau. Enquête au cœur de la préfecture de police de Paris et du commissariat général aux Questions juives (1940-1944) qui vient d’être publié (Grasset), l’historien Laurent Joly met fin à la polémique sur la question du fichier des Juifs d’octobre 1940 et contredit les conclusions de la commission dirigée par René Rémond. Il parvient, 17 ans après ce qu’avait avancé Sonia Combe dans son livre, Archives interdites, aux mêmes conclusions : le fichier – ou plutôt les fichiers – découverts par Serge Klarsfeld étaient bien issus du fichier Tulard. Nous reproduisons ci-dessous, avec l’autorisation des éditions de la Découverte, le chapitre que Sonia Combe consacrait en 1994 à cette question dans Archives interdites.

 
Un manuel d’histoire commun à la France et à l’Allemagne

Un manuel d’histoire commun à la France et à l’Allemagne est actuellement en chantier. Les bases d’une conscience historique commune ? Le CNDP a interrogé Jean-Louis Nembrini, conseiller du ministre de l’Éducation nationale et inspecteur général.

À quand un manuel d’histoire commun à la France et à l’Algérie ? [5]

Ci-dessous, un article paru dans Témoignages, quotidien de l’île de la Réunion, le mercredi 11 janvier 2006.

 
les Ivoiriens victimes de « l’ivoirité »

« La crise ivoirienne trouve son origine dans une dérive xénophobe qui diabolise l’autre, le voisin avec qui on vit depuis des années. L’autre devient alors le représentant abstrait d’un mal absolu qu’il faut éradiquer soit en le chassant soit en le tuant. Tant que perdurera en Côte d’Ivoire cette idéologie d’exclusion, le respect des droits fondamentaux de toutes les personnes qui habitent ce pays semble impossible ».

Amnesty international, novembre 2004.

 
La France des camps d’internement de 1938 à 1946

« En France, nous n’aimons guère évoquer, nous ne tenons pas trop à connaître les aspects négatifs du passé national. Les manuels d’histoire savent se faire discrets et même la recherche historique ne se précipite guère sur les moments noirs s’il n’est pas possible de trouver un homme ou une petite minorité coupables auxquels on peut assigner le rôle de bouc émissaire. »

Alfred Grosser [6]

Entre le décret du 12 novembre 1938, qui permit d’interner les « indésirables étrangers » dans des centres spécialisés, et la libération en 1946 du dernier interné – un nomade –, six cent mille hommes, femmes et enfants ont été enfermés dans les camps français.

Républicains exilés de la guerre d’Espagne, puis «  ressortissants des puissances ennemies » – pour la plupart, ils avaient fui les persécutions antisémites et la répression politique –, enfin quelques communistes furent les premiers à subir les mesures d’exception nées de situations d’exception. Avec l’instauration du régime de Vichy et l’occupation, communistes, Juifs et Tsiganes, ainsi que les droits-communs et les marché-noir devinrent les victimes de la politique d’internement. A partir de l’été 1942, suivant la logique d’extermination de la solution finale, les camps se transformèrent en antichambres de la mort pour 75 000 Juifs de France déportés à Auschwitz. Ils furent remplacés, à la Libération, par tous les suspects de la collaboration.

 
le pape reconnaît en 2007 les « ombres » de la colonisation en Amérique

Réagissant à la vague de protestations qui ont suivi ses récentes déclarations au Brésil, le pape Benoit XVI a reconnu les « souffrances » et les « injustices » que la colonisation et l’évangélisation de l’Amérique ont provoquées. En 1992, Jean Paul II, prédécesseur de Benoît XVI, avait demandé pardon aux peuples amérindiens pour le rôle joué par les chrétiens européens dans la conquête de l’Amérique.

[Première mise en ligne le 17 mai 2007, mise à jour le 23 mai 2007]
 
La contrainte ou le consentement, deux écoles d’historiens français de la guerre de 14-18

Les historiens français de la guerre de 14-18 sont souvent classés en deux écoles : ceux qui considèrent que les « poilus » ont « consenti » au sacrifice et ceux pour qui les « poilus » ont été « contraints » de multiples façons. La première école est souvent rattachée à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, les thèses du second groupe étant exposées sur le site du CRID 14-18 (Collectif de Recherche International et de Débat sur la guerre de 1914-1918). Vous trouverez ci-dessous un article de Jean Birnbaum qui, au printemps 2006, faisait le point sur ce débat. Les polémiques entre ces deux groupes d’historiens reviennent au premier plan de l’actualité avec la publication récente d’un rapport de Jean-Jacques Becker dans lequel s’esquisse une nouvelle tentative d’instrumentalisation politique de l’histoire de France, de la part de Nicolas Sarkozy, à l’occasion de la commémoration de la fin de la « grande guerre ».

 
Bernard Kouchner et l’addiction à la guerre

En 2003, Bernard Kouchner justifiait l’invasion de l’Irak, tout en se déclarant opposé à la guerre [7]. Aujourd’hui le fondateur de Médecins sans frontières utilise, vis à vis de l’Iran, le langage viril d’un “militaire sans frontières”. Mais sait-il que l’on estime aujourd’hui à un million le nombre des victimes irakiennes depuis l’invasion américaine du pays en mars 2003 ? La guerre... Le choix des mots n’est pas innocent. D’ailleurs, l’ex-“french doctor” ne fait que suivre l’exemple du Président de la République qui, dans son allocution à la conférence des Ambassadeurs, au Palais de l’Élysée, le 27 août dernier, n’a pas craint d’évoquer « une alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran ».

 
Faire la guerre au nom des valeurs “universelles”

Après la décision de Nicolas Sarkozy d’envoyer de nouvelles troupes en Afghanistan, il est bon de lire le dernier ouvrage paru en France d’Immanuel Wallerstein, L’Universalisme européen. De la colonisation au droit d’ingérence [8]. L’universitaire américain y rappelle que ce sont toujours des valeurs “universelles”, aujourd’hui la liberté et la démocratie, hier l’évangélisation et l’expansion de la chrétienté, qui sont invoquées pour justifier, aujourd’hui l’intervention armée en Afghanistan, hier la conquête des Amériques… Pour éclairer son propos, nous reprenons plus bas l’entretien avec Immanuel Wallerstein qui a été publié dans Le Monde des livres du 29 février 2008.

 
A propos du « droit d’ingérence humanitaire »

Le « droit d’ingérence humanitaire » est un concept très controversé dont Bernard Kouchner est un actif promoteur. L’invocation de l’argument humanitaire pour justifier des actions militaires d’Etats occidentaux n’est pas sans rappeler la justification des conquêtes coloniales au nom de la “civilisation”. Au lendemain de la nomination de Bernard Kouchner au poste de ministre des Affaires étrangères, la polémique rebondit en France à propos du Darfour, un des dossiers prioritaires du nouveau ministre.

[Première mise en ligne le 24 mai, mise à jour le 26 mai 2007]
 
La rafle méconnue du 20 août 1941

Ce jour là, il y a 70 ans, les policiers français soutenus par des militaires allemands, arrêtent 4 232 Juifs en plein Paris, pour les envoyer vers le camp de Drancy qui vient d’ouvrir. Souvent absente des manuels d’histoire, elle est le résultat du zèle du gouvernement de l’État français dirigé alors par le maréchal Pétain. L’article ci-dessous est repris du blog de l’association MEMORIAL98 qui combat le racisme, l’antisémitisme et tous les négationnismes (Arménie, Rwanda, Shoah...)
 [9].

 
L’attentat d’Oslo de 2011 et le nationalisme

« Cette idée de frontières et de nations me paraît absurde. La seule chose qui peut nous sauver est d’être des citoyens du monde. »

Jorge Luis Borges [10]


 
Guilherme Hauka Azanga : de l’acharnement au “délire total”

Guilherme Hauka-Azanga est venu en 2002 demander l’asile à la France après avoir fui l’Angola et les massacres qui ont décimé une partie des siens. Sa seule famille est maintenant constituée de trois enfants réfugiés au Congo et la compagne avec laquelle il a refait sa vie à Lyon, les deux enfants de celle-ci et les deux enfants nés de cette union. Il refuse obstinément d’être expulsé vers un pays où il n’a plus de liens familiaux et où sa vie serait menacée. Jeudi 8 avril 2010 a vu l’échec de la quatrième tentative pour l’expulser. L’avion parti pour le reconduire au Portugal n’ayant pas eu l’autorisation d’atterrir, le Préfet du Rhône a décidé de mettre fin à sa rétention vers minuit [11]. A la suite du communiqué de la LDH qui s’indigne de l’acharnement manifesté par un gouvernement dont la politique de l’immigration est de plus en plus mal acceptée, nous reprenons le témoignage de Dominique Noguères, avocate de Guilherme Hauka Azanga, sur cette journée de « délire total ».

 
« Une vie contre une autre »,
de Sonia Combe

À Buchenwald en 1944, des communistes allemands sauvent un enfant juif âgé de trois ans d’un convoi pour Auschwitz en rayant son nom de la liste. Un autre partira à sa place. Les circonstances de ce sauvetage et la découverte de procès secrets de détenus politiques, kapos de Buchenwald, menés à la fin de la guerre dans la zone d’occupation soviétique et en RDA, ont soulevé un débat en Allemagne de l’après-réunification : victimes du nazisme, les antifascistes auraient-ils été aussi des collaborateurs ? Fondée sur l’écoute de témoignages essentiellement collectés par la Shoah Foundation, croisés avec la littérature mémorielle ainsi qu’avec des archives personnelles de déportés (notamment de David Rousset), l’étude de Sonia Combe montre comment la substitution de déportés a pu être une modalité de survie dans les camps de concentration dont ont bénéficié aussi bien Stéphane Hessel qu’Imre Kertész ou encore Jorge Semprun. Analysant la pratique de l’échange comme une situation à laquelle médecins déportés et prisonniers politiques ont été confrontés au quotidien, elle s’interroge sur les usages de la révision de l’histoire de l’antifascisme dans l’Allemagne actuelle. Loin d’idéaliser la conduite des détenus comme avait pu le faire une certaine vulgate de la résistance antifasciste, il s’agit de voir dans quelle mesure le jugement porté désormais sur eux serait tributaire d’un nouveau climat politique et d’une reconfiguration des mémoires.

 
L’Assemblée nationale adopte un projet de loi pénalisant la négation du génocide arménien

De nombreuses critiques et réserves ont été exprimées avant et après le vote du 12 octobre [12]. Gilles Manceron, vice-président de la LDH, s’était exprimé sur ce sujet en juin dernier, dans un article publié sur ce site. Vous trouverez ci-dessous le point de vue de Michel Wieviorka, une déclaration d’Amnesty International, le communiqué publié par les signataires de la pétition « Liberté pour l’histoire » [13], et enfin un texte dans lequel la romancière turque Elif Shafak écrit que :« Le véritable changement [entre la Turquie et l’Arménie] viendra d’en bas, non d’en haut, et sera le fait des individus et des peuples, non des Etats et des hommes politiques. »

[Première publication le 18 oct. 2006, mise à jour le 20 oct. 2006]
 
« Défendre la loi reconnaissant le génocide des Arméniens. Faire progresser la connaissance de ce crime contre l’humanité »
par Gilles Manceron
« Suite à mon article paru dans Libération du jeudi 25 mai 2006 titré “Génocide arménien, colonisation... les modifications des lois existantes sont inutiles. Ne jouons pas avec les mémoires !”, Les Nouvelles d’Arménie ont publié une réaction signée Sarkis [14] que son auteur a également envoyée à la Ligue des droits de l’Homme. J’ai hésité à lui répondre car non seulement il emploie des termes qui ne sont pas acceptables mais sa réaction témoigne d’une lecture de mon article à un tel point hâtive qu’elle l’a amené à comprendre sur plusieurs points le contraire de ce que j’ai écrit ! Mais, par égard aux lecteurs des Nouvelles d’Arménie, en raison de l’importance du combat pour la reconnaissance universelle du génocide arménien et au nom de l’engagement plus que centenaire de la Ligue des droits de l’Homme en faveur des droits des Arméniens, auquel elle reste plus que jamais fidèle, il m’a semblé nécessaire de demander aux Nouvelles d’Arménie de publier cette mise au point. » [15]
Gilles Manceron [16]
 
Rafle du Vel d’Hiv : de Mitterrand à Chirac et Hollande, la lente reconnaissance de la responsabilité de la France

En 1992, comme il était de tradition depuis la Libération, François Mitterrand attribuait la responsabilité de la déportation des juifs au « gouvernement de l’Etat français », précisant : « en 1940, l’État français c’était le régime de Vichy ce n’était pas la République. » C’est à Jacques Chirac, déclarant en 1995, dans un discours de rupture et de vérité [17], que « la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable », que l’on doit la reconnaissance de la responsabilité de la France dans la rafle du Vélodrome d’Hiver. Et c’est dans cette ligne que François Hollande s’est inscrit le 22 juillet 2012 en dénonçant « un crime commis en France par la France ». Retour ci-dessous sur quelques étapes de cette évolution.

 
L’arrêté du 24 décembre 2015 : Ouverture des archives de Vichy

Soixante-dix ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, le gouvernement français a décidé de faciliter l’accès des citoyens, de l’administration et des chercheurs aux archives de la police et de la justice du régime de Vichy [18]. L’arrêté du 24 décembre 2015 portant ouverture d’archives relatives à la Seconde Guerre mondiale est entré en vigueur lundi 28 décembre 2015. Historien et enseignant-chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales, Vincent Duclert [19] analyse ci-dessous cette décision d’ouvrir à tous ces dossiers sombres de l’histoire. [20].

 
La lente gestation du mémorial du camp des Milles

Aménagé dans le seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact, le mémorial des Milles, inauguré le 10 septembre 2012 par le premier ministre, marque une étape dans la reconnaissance de la responsabilité de l’État français. Ouvert en 1939 sous la Troisième République dans une ancienne tuilerie située près d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), il fut d’abord utilisé comme camp d’internement pour les « étrangers ennemis ». A partir de 1940, le ministère de l’intérieur de Vichy y interna des résistants au nazisme et des « indésirables », et il servit de camp de déportation pour les juifs. Plus de 10 000 personnes, de 38 nationalités, y furent emprisonnées et, durant l’été 1942, 2 000 hommes, femmes et enfants juifs furent déportés des Milles vers Auschwitz. Ci-dessous un petit dossier, mis en ligne en février 2007, qui retrace la gestation de ce projet.

 
Sonia Combe commente l’ouverture des archives de Vichy

L’historienne Sonia Combe commente l’arrêté du 24 décembre 2015 relatif à l’ouverture des archives de la Seconde Guerre mondiale. Elle demande notamment « pour quelles raisons a-t-il fallu attendre [cette ouverture] plus de 70 ans ? ».

 
Contre la négation du génocide arménien

Le génocide arménien a été reconnu par la France en 2001 [21]. Faut-il une nouvelle loi pour sanctionner sa négation ?

[Première publication, le 30 avril 2006,
mise à jour, le 8 mai 2006.]

 
Les Arméniens, le juge et l’historien,
par Madeleine Rebérioux

Au mois de juin 1995, le tribunal de grande instance a condamné l’historien Bernard Lewis pour s’être prononcé « sans nuance » sur le massacre des Arméniens en 1915 (Cf. le dossier de « L’Histoire » n°187). Madeleine Rebérioux, décédée en février 2005, était professeur émérite d’histoire et présidente d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme. Elle s’insurgea contre cette dérive qui fait des juges les arbitres des controverses nécessaires entre historiens.

 
« Je partage les sentiments et les peines de mes sœurs et frères arméniens et je leur demande pardon… »

« 1915’te Osmanlı Ermenileri’nin maruz kaldığı Büyük Felâket’e duyarsız kalınmasını, bunun inkâr edilmesini vicdanım kabul etmiyor.
Bu adaletsizliği reddediyor, kendi payıma Ermeni kardeşlerimin duygu ve acılarını paylaşıyor, onlardan özür diliyorum. »

« Ma conscience ne peut accepter que l’on reste indifférent à la Grande Catastrophe que les Arméniens ottomans ont subie en 1915, et qu’on la nie. Je rejette cette injustice et, pour ma part, je partage les sentiments et les peines de mes sœurs et frères arméniens et je leur demande pardon. »

Ces excuses adressées aux victimes du génocide arménien de 1915 ont été formulées par quatre intellectuels turcs, Ahmet İnsel, Baskın Oran, Cengiz Aktar et Ali Bayramoğlu, qui étaient des proches du journaliste d’origine arménienne Hrant Dink, assassiné en janvier 2007. Cette déclaration a reçu plus de 30 000 signatures depuis sa mise en ligne sur internet le 15 décembre dernier sous forme de pétition. Certaines personnes d’origine arménienne ont décidé de réagir personnellement et publiquement à ce geste. Elles ont choisi de le faire par une pétition lancée le 19 janvier 2009, second anniversaire de la mort de Hrant Dink.

[Mise en ligne le 24 décembre 2008, complétée le 25 février 2009]
 
Un lieu d’éducation : le mémorial du camp des Milles

L’ancienne tuilerie des Milles, près d’Aix-en-Provence, a été utilisée dès 1939, d’abord par les autorités françaises puis par celles de Vichy pour y parquer des étrangers, des opposants politiques, des juifs… jusqu’aux cinq convois de la mort de l’été 1942. Ce site, dernier camp français de déportation encore intact, maintenant aménagé en un « lieu de mémoire et d’éducation » a été officiellement inauguré le 10 septembre 2012 en présence du premier ministre Jean-Marc Ayrault qui a annoncé que « la lutte contre le racisme et l’antisémitisme est une priorité de [son] gouvernement ». Ce plan sera « d’abord fondé sur l’éducation, la volonté de combattre les préjugés sur l’étranger, sur l’autre, qui restent ancrés dans bien des mentalités et que des vents mauvais ont à nouveau attisés au cours des années passées » a-t-il précisé.

 
Enfants de la guerre

À la Libération, quelques dizaines de milliers de femmes subirent l’humiliation d’être tondues en public : « En ce temps-là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles. On alla même jusqu’à les tondre » [22]. L’épuration ... « sauvage » !

Plus de cent mille « enfants de la guerre », nés d’une mère française et d’un père soldat allemand pendant l’occupation, ont été les victimes innocentes d’un conflit qu’ils n’avaient même pas connu. La reconnaissance de leur situation n’est intervenue qu’en février 2009, après plus de 60 ans passés dans l’ombre de l’Histoire, quand l’Allemagne a accepté de leur accorder sa nationalité.

Une célèbre photo de Robert Capa a été le point de départ d’un spectacle qui sera donné au théâtre Liberté de Toulon les 8 et 9 mars prochains.

 
Oradour le 4 septembre 2013 : rencontre des présidents allemand et français

Le président de la République fédérale d’Allemagne Joachim Gauck et le président de la République François Hollande se sont rencontrés mercredi 4 septembre 2013 à Oradour-sur-Glane. Les deux présidents se sont rendus à l’église du village. A leur côté, un homme, Robert Hébras, 88 ans, l’un des derniers survivants du massacre, n’avait pas 20 ans à l’époque – sa famille a péri ce jour-là.

« Vous êtes la dignité de l’Allemagne d’aujourd’hui, capable de regarder en face la barbarie nazie d’hier », a lancé le président français à son homologue allemand. « Je vous regarde, monsieur Hollande, lui a répondu ce dernier, je regarde les familles des victimes assassinées, je voudrais tous vous remercier au nom des Allemands de venir au devant de nous avec cette volonté de réconciliation. »

Derrière le passé franco-allemand, il y a une vieille blessure franco-française qui n’est pas encore complètement refermée.

 
Quarante et un ans pour dévoiler, dans Nuit et Brouillard, le képi caché

Jusqu’en 1997, dans les copies du film Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, la silhouette d’un gendarme français dans le poste de guet du camp de détention de Pithiviers était masquée.

[Mis en ligne le 16 septembre 2006, mis à jour et complété le 5 mars 2014 ]


 
1987-2015. Le « point de détail » de Jean-Marie Le Pen

Le 13 septembre 1987, le président du FN, Jean-Marie Le Pen, a déclaré sans barguigner que les chambres à gaz constituent un « point de détail » de l’histoire de la Seconde guerre mondiale. Déclarations qui lui ont valu de nombreuses condamnations.

Près de 30 ans plus tard, le 2 avril 2015, interrogé sur BFMTV-RMC par Jean-Jacques Bourdin, Jean-Marie Le Pen, maintenant président d’honneur du FN, a déclaré maintenir ses propos.
Il a précisé qu’il ne les avait regrettés « à aucun moment ». « Ce que j’ai dit [...], a-t-il déclaré , je [le] maintiens, parce que je crois que c’est la vérité et que ça ne devrait choquer personne. »