Histoire coloniale et postcoloniale

Nous contacter

Accueil > la reconnaissance du passé colonial > la "fondation Falco" > une fondation partisane et orientée

communiqué de la LDH

une fondation partisane et orientée

jeudi 21 octobre 2010, par la rédaction

Le secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants a officiellement installé la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats de Tunisie et du Maroc, mardi 19 octobre 2010, à l’Hôtel des Invalides – panthéon des gloires militaires françaises [1].

Une fondation créée par la loi du 23 février 2005, dont l’article 4, retiré depuis, reconnaissait le « rôle positif » de la colonisation, et qui vise surtout à flatter les nostalgiques de l’Algérie française à des fins électoralistes.

Mais comment cette fondation pourrait-elle contribuer à « réconcilier toutes les mémoires », alors que son conseil d’administration comporte un quarteron de généraux signataires en 2002 d’un manifeste affirmant contre toute vraisemblance que « ce qui a caractérisé l’action de l’armée française en Algérie, ce fut d’abord sa lutte contre toutes les formes de torture » ?

[Mis en ligne le 19 octobre 2010, mis à jour le 21]


Communiqué LDH

Paris, le 19 octobre 2010

La Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie :
une institution partisane et orientée

Le secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, Hubert Falco, a installé à l’Hôtel des Invalides une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie, en application de l’article 3 de la loi du 23 février 2005 qui demandait (dans son article 4) que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». Alors qu’après les polémiques suscitées par cette loi le président de la République d’alors avait fait retirer cette phrase de l’article 4 sans créer ladite Fondation, celle-ci vient d’être instituée avec pour vice-président celui qui a été le principal artisan de cette loi, M. Hamlaoui Mekachera.

Dans son conseil d’administration, outre cinq représentants de l’Etat, siègent trois généraux (Bertrand de La Presle, Jean Salvan et François Meyer), signataires en 2002 d’un manifeste affirmant que « ce qui a caractérisé l’action de l’armée française en Algérie, ce fut d’abord sa lutte contre toutes les formes de torture ». Ce texte est la préface d’un Livre Blanc de l’armée française en Algérie qui s’en prend violemment, comme au temps de cette guerre, à la soi-disant campagne de « désinformation » contre l’armée, attribuée notamment au quotidien Le Monde, et qui conteste que des instances universitaires aient admis à la soutenance la thèse de l’historienne Raphaëlle Branche, « L’armée et la torture dans la guerre d’Algérie », primée à l’Institut politique de Paris par la mention très bien et les félicitations d’un jury unanime et parfaitement qualifié.

C’est au conseil d’administration de cette Fondation qu’il reviendra de choisir un conseil scientifique, dont il n’a pu encore annoncer la composition, en « nommant les chercheurs qui lui sembleront le plus à même d’apporter leur pierre singulière à l’édifice de la mémoire ». Loin des déclarations de M. Falco disant que cette Fondation œuvrera à l’apaisement et à la réconciliation, une telle institution, en raison notamment de la confusion qu’elle entretient entre mémoire et histoire, des conditions de son installation et de sa composition, ne peut qu’apparaître comme un obstacle aux demandes, auxquelles la Ligue des droits de l’Homme a toujours été attachée, de vérité et de reconnaissance concernant la période tragique de la guerre d’Algérie.

Claude Bébéar et Hubert Falco, ont inauguré la fondation dans le pavillon d’honneur des Invalides.

La fondation

La fondation est présidée par Claude Bébéar que Hubert Falco a présenté comme « ayant servi l’armée française en Algérie ».

Le conseil d’administration comprend actuellement 15 membres (trois places étant réservées à d’éventuels “amis de la fondation” – moyennant un ticket d’entrée fixé à 500 000 euros) :

- six représentants des trois associations fondatrices (l’Union des blessés de la face et de la tête – dite les “Gueules cassées” » –, la Fédération nationale André Maginot et le Souvenir français) :

  • le général Bertrand de Lapresle, Vice-Président des Gueules Cassées
  • Patrick Remm, Les Gueules Cassées
  • le général Jean Salvan, président honoraire des Gueules Cassées
  • Maurice Gambert, président de la Fédération nationale André Maginot
  • Alain Clerc, secrétaire national de la Fédération nationale André Maginot
  • le général d’armée Pierre de Percin Northumberland, président d’honneur du Souvenir français

- cinq personnes nommées par le gouvernement et quatre “personnalités qualifiées” choisies en raison de leurs compétences par les deux collèges précédents :

  • Claude Bébéar, président d’honneur du groupe AXA
  • Hamlaoui Mekachera, ancien ministre
  • Frédéric Grasset, ambassadeur
  • le général François Meyer
  • Roger Benmebarek, préfet honoraire représentant le premier ministre
  • un représentant pour chacun des ministres des Affaires étrangères, de l’Intérieur et de l’Éducation nationale
  • Hubert Falco, secrétaire d’État à la Défense et aux anciens combattants ou son représentant.

On notera la présence dans ce conseil d’administration d’un quarteron de généraux signataires du manifeste des généraux publié en 2002 comme préface du Livre blanc de l’armée française en Algérie : les généraux Bertrand de Lapresle, Jean Salvan, Pierre de Percin Northumberland et François Meyer.

La fondation bénéficie d’une dotation initiale en capital de 7,2 millions d’euros, les “Gueules cassées” apportant 2,5 millions, la Fédération Maginot 1,2 million, le Souvenir français 500 000, et l’État 3 millions.

Quelques réactions

  • Wladyslas Marek, président de la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (Fnaca), qui rassemble le plus grand nombre d’anciens appelés : « C’est l’argent qui sert de critère. Le conseil d’administration ne reflète pas la diversité nécessaire. Or il faut aborder cette guerre avec objectivité. Nous allons observer cette structure de l’extérieur avec circonspection. [2] »
  • Sylvie Thénault : « S’ils trouvaient un ou des chercheurs algériens, ça me surprendrait. Ceux que je connais ont tendance à considérer que cette façon d’envisager la guerre est assez franco-française ». L’historienne, spécialiste de la guerre d’Algérie rappelle que la Fondation a déjà bien du mal à trouver des historiens français prêts à travailler pour elle : « Ils bottent en touche en ne donnant pas le comité scientifique. Ils l’avaient déjà annoncé pour juin, puis pour septembre. C’est bien qu’ils ont du mal à le composer » [3]
  • Jean-Pierre Rioux, spécialiste d’histoire contemporaine et auteur du Dictionnaire de la France coloniale (Flammarion, 2007) : « Ce qui me gêne, c’est l’ancrage très fort rapatriés/harkis et, deuxièmement, l’ancrage franco-français qui fait qu’aucun contact n’est pour l’instant prévu avec l’Algérie » [4].
  • Benjamin Stora, historien spécialiste de l’Algérie contemporaine : « La seule nouveauté de cette Fondation aurait été de faire croiser les mémoires, mais là, malheureusement, ce n’est pas le cas » [5]

Quelques vidéo

  • Hubert Falco, secrétaire d’Etat à la Défense et aux anciens combattants
  • Benjamin Stora, historien spécialiste de la guerre d’Algérie
  • Sylvie Thénault, historienne au CNRS
  • Linda Amiri, historienne à l’IEP Strasbourg

[1L’intervention de Hubert Falco, le mardi 19 octobre 2010, à l’occasion de l’installation de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie : http://www.defense.gouv.fr/sedac/pr....

[2La Croix, 18 octobre 2010.

[3« Une Fondation pour la mémoire de la Guerre d’Algérie dénoncée par les historiens », Laurent Berbon, Public Sénat, le 19 octobre 2010 :
http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/une-fondation-memoire-guerre-d-algerie-denoncee-historiens-46724

[4Le Bien public, 20 octobre 2010.

[5Le Bien public, 20 octobre 2010.