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si Israël ne lève pas son blocus, la guerre sera vite de retour

mercredi 13 août 2014

A la date du 8 août 2014, l’ONU avait dénombré 448 enfants parmi les 1922 Gazaouis — dont 1407 civils — tués au cours de l’intervention de l’armée israélienne dans la bande de Gaza [1].

La situation est dramatique et le coordinateur des opérations humanitaires de l’ONU estime que, sans levée du blocus instauré en 2006 par Israël, tout espoir de paix durable est vain. Tant que les habitants de l’enclave palestinienne n’auront aucun horizon de développement, le cessez-le-feu ne sera qu’une pause avant un nouvel accès de violence.

[Mis en ligne le 11 août 1974, complété le 13]


ONU : "Le blocus doit être levé"

Le Point.fr avec AFP, le 11 août 2014


Peu avant la trêve de 72 heures qui a débuté ce jour à minuit, James Rawley, coordinateur des opérations humanitaires de l’ONU dans la bande de Gaza, a accordé un entretien à l’AFP. Selon lui, Gaza sombrera de nouveau dans la guerre dans quelques mois si Israël ne lève pas son blocus, a-t-il mis en garde.

Il n’a pas mâché ses mots sur ce qu’il estime être un échec de la communauté internationale : "Trois bases de l’ONU ont été attaquées et des gens sont morts, donc nous avons échoué, collectivement, la communauté internationale, à mettre fin au massacre et à protéger les gens", a dénoncé le responsable de l’ONU, avant de souligner que, sans levée du blocus dans la bande de Gaza, une paix durable était presque illusoire.

"Le blocus doit être levé, pas seulement pour faire parvenir du matériel afin de reconstruire, mais pour permettre à Gaza de faire ce qu’elle faisait très bien il y a 10 ans : commercer", a affirmé M. Rawley. "Gaza a un potentiel immense. Les gens sont pleins d’initiatives, ils sont bien éduqués, il existe des marchés potentiels, en Israël et en Cisjordanie. Le blocus doit être levé, pour que Gaza puisse se développer", a encore dit ce responsable.

Un blocus depuis 2006

La levée du blocus est l’une des exigences fondamentales des Palestiniens dans leurs négociations avec Israël pour un accord durable de cessez-le-feu. Pour l’heure, les négociateurs, qui ont conclu dimanche une trêve de 72 heures dont on ignore les termes, poursuivent les pourparlers via le médiateur égyptien. Parmi les demandes du Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, figurent aussi l’extension des zones de pêche, l’ouverture d’un port et d’un aéroport.

Israël impose un blocus à la bande de Gaza depuis la capture, en juin 2006, du soldat Gilat Shalit, libéré en 2011, et contrôle de façon stricte espace aérien, eaux territoriales, trafic de marchandises et mouvements migratoires. Certaines restrictions sur l’importation de nourriture et de matériel de construction ont été levées en 2010, mais Gaza reste terriblement isolée.

Inquiétudes "légitimes"

Alors qu’Israël répète qu’il refuse de négocier "sous les tirs" de roquettes du Hamas, M. Rawley estime que les inquiétudes légitimes de l’État hébreu sur sa sécurité doivent être prises en compte. Mais sans une levée du blocus, a-t-il mis en garde, un nouveau conflit est "probable". Sans levée, "non seulement peu sera fait pour aller vers la reconstruction, mais je crains que les conditions soient alors en place pour un nouveau round de violences, comparable à ce que nous voyons en ce moment", a-t-il dit à l’AFP depuis la ville de Gaza.

Israël a lancé le 8 juillet l’opération Bordure protectrice pour faire cesser les tirs de roquettes et détruire le réseau de tunnels servant à des incursions sur son territoire. Depuis, 1 939 Palestiniens sont morts, et du côté israélien, 67 personnes ont péri. Si les conditions des belligérants pour une paix durable semblent quasiment inconciliables, le coordinateur de l’ONU reste cependant optimiste et voit des "signes" de changement dans l’attitude israélienne. "Nous voyons des signes, et j’espère que ces voix en Israël qui comprennent le besoin de lever le blocus vont se faire entendre."

Sombre tableau

Sur le plan matériel, selon de premières estimations, les besoins s’élèvent entre 6 et 8 milliards de dollars (4,5 à 6 milliards d’euros), et les agences humanitaires ont besoin de 380 millions de dollars pour fournir une aide de première nécessité, a dit M. Rawley, dressant un sombre tableau : plus de 10 000 maisons, "une grande partie" des capacités industrielles et "jusqu’à la moitié" des terres agricoles ont été détruites, et plus de 300 000 personnes se retrouvent au chômage. Quelque 500 000 personnes, soit près d’un tiers de la population, ont été déplacées, 240 000 d’entre elles se trouvent dans des abris de l’ONU, 20 000 dans des abris du gouvernement, et le reste s’est réfugié chez des amis ou des proches.

Avant même le conflit, souligne-t-il, la situation était dure : Gaza souffrait d’un manque cruel d’eau, l’électricité ne fonctionnait que 8 à 12 heures par jour et 1,1 million de personnes - sur une population de 1,8 million - recevaient une aide alimentaire.

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Il faut lever le blocus de Gaza

Édito du Monde, le 7 août 2014


Et maintenant ? La troisième guerre de Gaza en cinq ans s’est achevée sans véritable vainqueur. Les pertes palestiniennes sont colossales – près de 1 900 morts, dont 80 % de civils, selon l’ONU, 9 000 blessés et de 4 à 6 milliards de dollars de dégâts –, mais le Hamas n’a cessé, tout au long des vingt-huit jours de conflit, de tirer ses roquettes, causant trois victimes civiles.

Israël a rempli son objectif en détruisant un tiers des 9 000 roquettes censées être détenues par le mouvement islamiste palestinien (un autre tiers a été tiré pendant le conflit) et une trentaine de tunnels. Mais les pertes militaires (64 soldats) sont nettement plus élevées que lors des opérations passées, témoignant du renforcement de la capacité militaire du Hamas, malgré le blocus auquel il est soumis.

UNE PAUSE AVANT LES PROCHAINES VIOLENCES

Dans l’attente des négociations qui doivent s’ouvrir au Caire, le conflit s’est achevé comme les précédentes offensives israéliennes, « Plomb durci » (décembre 2008-janvier 2009) et « Pilier de défense » (novembre 2012), par un cessez-le-feu qui risque de n’être qu’une longue pause en attendant le prochain accès de violence. Pourtant, des voix continuent de s’élever en Israël pour regretter de ne pas avoir « fini le travail ». Comme si l’on pouvait en finir avec le Hamas, comme si la bande de Gaza pouvait disparaître dans la Méditerranée…

Le plus effrayant est que ce raisonnement, démenti par la répétition accélérée des conflits, se généralise dans la société israélienne, aveuglée par sa puissance militaire et sa supériorité technologique, mais de plus en plus incapable de penser la question palestinienne en termes politiques plutôt que sécuritaires. En Israël, la guerre, qui est devenue l’apanage d’un état-major de plus en plus affranchi de la tutelle politique, est un recours trop automatique, sans passer par la case politique. La paix n’est plus une finalité valant sacrifices, mais soumise à l’exigence préalable d’une tranquillité absolue, sans conditions ni concessions.

SORTIR DU CYCLE AGRESSION-REPRÉSAILLES

Ainsi, les habitants de Gaza, n’ayant rien à perdre, ne peuvent qu’adhérer au discours nihiliste du Hamas, qui promet de punir un ennemi invisible, abrité derrière ses drones et ses barrières électroniques, en échange de la vie éternelle.

La proposition du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou de l’arrêt de l’opération « Bordure protectrice » en échange d’un retour au calme ne suffit pas. Il faut sortir de l’équation mortifère agression-représailles, qui scande la vie des Gazaouis depuis le retrait israélien de 2005. Seules des négociations sur le blocus de Gaza permettront de changer les paramètres de ce cycle infernal en donnant aux habitants de l’enclave palestinienne des raisons de se consacrer à leur développement plutôt que de haïr ceux qui l’empêchent. C’est tout l’enjeu des négociations à venir en Egypte et de l’immense chantier de reconstruction qui s’annonce.