Histoire coloniale et postcoloniale

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« retour à Argos », à Toulon

mercredi 15 mai 2013

Théâtre Liberté (salle Albert Camus)
vendredi 24 et samedi 25 mai 2013 à 20h30 [1]


Retour à Argos d’Eschyle d’après Les Suppliantes et Prométhée enchaîné
Textes additionnels Violaine Schwartz
Mise en scène et traduction Irène Bonnaud
Avec Astrid Bayiha, Ludmilla Dabo, Jean-Christophe Folly, Adeline Guillot, Laetitia Lalle Bi Benie, Jean-Baptiste Malatre, Marius Yelolo


Vendredi 24 mai à 18h : rencontre avec Irène Bonnaud sur le thème des migrants et de l’“Europe forteresse” (Frontex ...)

[Mis en ligne le 21 avril 2013, mis à jour le 15 mai]


Sur ta gauche tu apercevras le peuple qui produit l’acier
Les Chalybes
Mais reste sur tes gardes
Ce sont des sauvages
Ils n’accueillent pas les étrangers

Eschyle, Prométhée enchaîné


Des femmes nées en Afrique, «  fleurs noires au visage brûlé par le fracas du soleil », mais lointaines descendantes d’Io, princesse d’Argos et amante de Zeus, ont traversé la Méditerranée pour demander hospitalité aux Grecs : dans leur pays d’Égypte, on veut les contraindre au mariage forcé. Les autorités sont partagées : si ces migrantes perturbent la vie de la Cité, les citoyens seront furieux. Mais le puissant Zeus, protecteur des étrangers, pourrait aussi se fâcher : on redoute les conséquences d’une « honte qui montera jusqu’au ciel » si on repousse celles qui demandent refuge sur la terre de leur ancêtre.

En ajoutant musique et danse à cette tragédie venue du fond des âges, Irène Bonnaud redonne sa poésie, son humour et son urgence à ces Suppliantes dont le titre grec, Hiketides, signifie Celles qui sont venues demander l’asile. Metteuse en scène et traductrice, elle emprunte à Eschyle (qui écrit ce texte cinq siècles avant notre ère) une réflexion contemporaine sur « la forteresse Europe » et sa politique envers les migrants. C’est aussi dans cette pièce d’Eschyle qu’apparaissent pour la première fois dans l’Histoire de l’humanité, ces mots : démo-cratie, pour parler de ce lointain royaume d’Argos, où le peuple règne.

« Une langue qui nous parle, nous touche, nous ébranle dans une Europe, et particulièrement une France, où les demandeurs d’asile sont souvent considérés comme des pestiférés. » (J-P Thibaudat, Rue 89)

Opérations de surveillance de Frontex : maritimes en bleu (Héra, Indalo, Nautilus, Hermès, Poséidon) ou terrestres en marron (Neptune, Saturne, Jupiter, Mars) (Source : Atlas des migrants en Europe)

A l’heure où l’idéal démocratique est mis mal en Europe, particulièrement en Grèce, où le droit d’asile est réduit à peau de chagrin, Irène Bonnaud a eu envie de retourner à Argos, à cette aurore de la politique et du théâtre qu’est la tragédie grecque.

Zeus
Toi qui protèges les demandeurs d’asile
Tourne tes regards vers nous
Vers notre périple par-delà les mers
Nous avons levé l’ancre
Nous sommes parties du delta du Nil
Des bouches du fleuve et des buttes de sable fin
Laissant derrière nous l’Egypte
Terre de Zeus
Qui partage ses pâturages avec la Syrie

Eschyle, Les Exilées


Vendredi 24 mai à 18h : rencontre avec Irène Bonnaud

« Quand on me demande ce que sera mon prochain spectacle, je réponds : une tragédie grecque, une pièce d’Eschyle – l’histoire d’Africains qui traversent la Méditerranée en bateau et demandent l’asile à l’Europe.

Et pour mon interlocuteur, l’affaire est faite, « l’actualisation » a encore frappé…

Sauf que non.

La pièce d’Eschyle, longtemps [mé-]connue sous un autre titre, Les Suppliantes, raconte précisément cela. « Celles qui sont venues demander l’asile », dit son titre grec.

Que faire de ces femmes et de leur vieux père qui demandent de l’aide à Argos ? Des citoyens seront furieux si le roi les accueille,— ne s’ensuivront que des ennuis de toutes sortes — elles-mêmes se posent la question : trouveront-elles des amis si loin de leurs foyers, les écoutera-t-on malgré leur accent étranger ?

Aujourd’hui, la géographie de l’Union Européenne pousse les migrants à entrer dans « l’espace Schengen » par la Grèce [2]. C’est là, dans le premier pays européen où ils arrivent, qu’ils doivent déposer une demande d’asile, mais le pays ayant le taux d’acceptation le plus faible d’Europe, beaucoup renoncent d’avance, et restent là en attendant, dans un vide juridique total, main-d’œuvre corvéable à merci, aubaine pour employeurs sans scrupules.

Quant à l’agence européenne Frontex, chargée par l’Union du contrôle « des frontières extérieures », elle semble avoir un penchant marqué pour les dieux de l’Olympe, forcés bien malgré eux de prêter leurs noms à des opérations militaires — le canal de Sicile et Lampedusa sont protégés par « le dispositif Hermès », les îles de la mer Egée se prémunissent contre les arrivées de Turquie grâce à «  »l’opération Poséidon », « Hera » renvoie dans des camps mauritaniens ceux qui tentent d’atteindre les Canaries en pirogue et « Zeus » renforce le contrôle des zones portuaires.

Zeus, qui, dans la pièce d’Eschyle, est omniprésent car il était pour tous les Grecs le Dieu protecteur des étrangers, des errants et des demandeurs d’asile, celui qui pouvait anéantir la Cité qui ne respecterait pas les règles sacrées de l’hospitalité, celui qui avait autrefois protégé Ulysse pendant dix années d’errance en Méditerranée.

Plus personne dans l’Union Européenne ne craint de fâcher Zeus. Nous n’en sommes plus à ces croyances archaïques. Mais était-ce si bête, cette crainte d’une « honte qui montera jusqu’au ciel » si l’on refuse son aide à qui en a besoin ?

Alors c’est vrai, l’actualité m’a poussée à relire Les Exilés.

De la crise économique aux Printemps arabes, les événements se télescopent qui poussent la même question à faire retour encore et encore : quelle Europe voulons-nous ? »

Irène Bonnaud [3]



[1Réservation : 04 98 00 56 76, reservation@theatreliberte.fr ou www.theatreliberte.fr
Tarif préférentiel 20€ pour les membres de la LDH.

[3Voir également cette page du site de la compagnie d’Irène Bonnaud.