Histoire coloniale et postcoloniale

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résurgence de l’Algérie française

dimanche 17 mai 2015, par la rédaction

Ce 16 mai 2015, le quotidien algérien El Watan a proposé à ses lecteurs un compte-rendu du colloque organisé mardi 12 mai à l’Hôtel de Ville de Paris sur le thème de la "nostalgie de l’Algérie française et de l’OAS". Une évolution dénoncée par les associations anticolonialistes et les familles des victimes de l’OAS.

Une initiative analogue est organisée, jeudi 21 mai, à Béziers, autour de la parution des livres d’Alain Ruscio, Nostalgérie, et Pierre Daum, Le dernier tabou. Les harkis restés en l’Algérie après l’indépendance.
Attention : cette soirée se déroulera finalement, non au théâtre Le Minotaure, mais dans les locaux de la Cimade 14 rue de La Rotonde où le rendez-vous reste fixé à 19 h 00.

Résurgence de la nostalgie de l’Algérie française

par Ghezlaoui Samir, El Watan le 16 mai 2015


La stèle toulonnaise des « Martyrs de l’Algérie française », le 25 mars 2006 (© JSR ).

Il existe encore en France, 53 ans après l’indépendance de l’Algérie, une certaine nostalgie de l’Algérie française et des groupuscules terroristes qui l’ont défendue jusqu’au bout. C’est ce qu’ont dénoncé les participants au colloque « Résurgence de la nostalgie de l’Algérie française et de l’OAS », organisé le 12 mai, à la mairie de Paris.

Initiée par l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo), cette journée de débat a été marquée par la projection du film-documentaire OAS, un passé très présent de Djamel Zaoui.

Son contenu n’a pris aucune ride, sept après sa réalisation. Il raconte la lutte des enfants des victimes civiles et militaires de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) contre le lobbying entretenu auprès de la classe politique et des institutions étatiques par les nostalgiques de l’organisation.

Ces derniers ne ratent aucune occasion pour rendre hommage aux membres de cette organisation terroriste, ériger des stèles à leur mémoire et vanter les bienfaits du colonialisme. Dans sa communication, concernant ce phénomène, l’historien Alain Ruscio explique que parmi les meneurs de ce mouvement révisionniste « on trouve des sympathisants de l’OAS, des pieds-noirs nostalgiques de l’Algérie française, des harkis et leurs enfants, etc. » Pour le conférencier, « ce sont des gens qui ont voulu bloquer l’histoire », et à défaut, « ils ont bloqué la mémoire ».

L’Organisation de l’armée secrète a unifié toutes les forces de l’Algérie française. « J’ai recensé une vingtaine d’associations de pieds-noirs qui se revendiquaient de cette mouvance, et qui seront regroupées sous l’OAS. Il y a eu un millier de personnes, sur l’ensemble du territoire algérien, qui ont véritablement porté les armes. Mais l’OAS, même si cela écorche certaines oreilles, a été un mouvement de masse. Ses membres ont bénéficié de la sympathie et de la complicité d’une bonne partie de la population européenne en Algérie, et celle des cercles fascistes et nationalistes en France », a commenté l’orateur.

L’auteur de Nostalgérie. L’interminable histoire de l’OAS (La Découverte, 2015) est catégorique : « Des députés en exercice soutenaient l’action de l’OAS. J’ai même l’intime conviction que les cercles giscardiens étaient l’œil de l’OAS à l’intérieur du gouvernement français. » Tout ce beau monde « avait une confiance irraisonnable que l’OAS pouvait sauver et sauvegarder l’Algérie française ».

87 monuments à la gloire du colonialisme

A partir de ce constat qu’il partage avec son confrère, l’historien Gilles Manceron pense que la nostalgie de l’Algérie française est le résultat de « l’inexistence d’un retour critique sur l’histoire coloniale de la France et de l’Europe en général ». Dans son intervention, il a d’abord accentué son propos autour de l’utilisation du discours antifasciste par la gauche française dans sa lutte contre l’OAS, à la veille de l’indépendance de l’Algérie. « Si on prend le terme fasciste dans le sens de désigner une violence extrême, utilisée contre les adversaires politiques et les civiles, on peut considérer effectivement l’OAS comme un courant comparable aux autres mouvements fascistes connus. Mais si on étudie l’OAS d’un point de vue historique rigoureux, on se rend compte que sa violence n’est pas du tout la même que celles des mouvements fascistes.

C’est plutôt une violence de milices coloniales », a souligné M. Manceron. « C’est là tout le problème, dit-il, la nostalgie de l’Algérie française relève du fait que la colonisation n’a pas été suffisamment pensée comme étant contradictoire avec les principes républicains et démocratiques. » Avant et après l’indépendance de l’Algérie, « l’Etat français n’a pas un réel discours politique de déconstruction de l’idéologie coloniale. Par conséquent, des courants politiques, aveuglés par les mensonges, continuent à croire aux bienfondés de la colonisation et à la justifier », a-t-il précisé.

Il y aurait, selon Henri Pouillot qui a présenté un exposé illustré sur ce sujet, « au moins 87 stèles et rues en France métropolitaine qui glorifient l’Algérie française et rendent hommage à la mémoire des membres de l’OAS dont certains ont été exécutés par la justice française ». Les participants à ce colloque ont appelé les partis politiques, particulièrement la gauche au pouvoir, à mettre un terme à cette résurgence de la pensée colonialiste en marquant une rupture claire avec l’histoire coloniale de la France.

Ghezlaoui Samir



La section de Toulon de la LDH tente d’obtenir du sénateur-maire, Hubert Falco, qu’il fasse figurer, à proximité du monument “aux martyrs de l’Algérie française” de Toulon, des explications permettant d’en comprendre le sens.